‹ Collection de plombs historiés trouvés dans la SeineChapitre 32 sur 36 · SAINT JULIEN DE VOUVANT · texte numérisé non relu

SAINT JULIEN DE VOUVANT

Placiae circultûre. Au centre, un personnage debout, armé de toutes pièces, la tète nimbée, tenant de la main droite une lance, et de la main gauche un bouclier chargé d'une croix. A la droite de la lance, une psûre de ceps. Autour du saint et faisant bordure seldéroule la légende, qui tombe près du pied droit de notre per-

SAINCr IVLIAN DE VOTANT.

Au revers existe une agrafe qui servait à la fixer au costume. Cette enseigne est du XV* siècle et a été trouvée au pont Saint- Michel, en 1852.

Nous manquons de renseignements sur le pèlerinage de Vouran

(ou Vouvantes, comme on le trouve écrit parfois) et sur le patron qu'on y honorait ; car les saints du nom de Julien sont en assez grand nombre, et il n'est pas prudent défaire un choix sans motif de détermination fondé sur les faits. Cependant, le costume de chevalier donné au saint sur cette enseigne me porte à croire qu'il s'agit d'un guerrier. Nous pencherons donc pour saint Julien de Brioude, qui passe pour avoir servi dans les armées romaines, comme saint Ferréol, son compagnon. Saint Grégoire de Tours raconte que l'Auvergne avait envoyé de ses reliques aux Tourangeaux, et il serait facile d'expliquer que son culte eût été ainsi établi dans le diocèse de Nantes, dont Vouvant faisait partie. Des ceps qui se voient sur notre plomb pourraient alors s'expliquer par quelques-uns des miracles du saint ; car Grégoire de Tours, en les racontant, parle de prisonniers délivrés par suite de prières faites à ce martyr.

SAINT MIRTIN.

Fragment d'une enseigne de saint Martin, représenté à cheval, tenant de la main droite une épée au style moyen âge, et de la gauche un large manteau qu'il divise en deux parts, pour en couvrir un pauvre. Celui-ci, debout h la croupe du cheval, est représenté d'un air très-piteux, ce qui explique l'opportunité de l'aumône. Le saint est tellement retourné vers le mendiant, qu'on le croirait à cheval à rebours, si la place qu'occupe le fourreau de l'épëe n'indiquait réellement la position rationnelle du cavalier.

L'histoire nous apprend qu'un jour d'hiver, saint Martin étant avec ses compE^nons h la porte de la vUle d'Amiens, un pauvre, tremblant de froid, se présenta à lui, sollicitant une aumône pour

acheter de quoi se couvrir. Les autres soldats voulurent reconduire ; mais Martin , n'ayant rien à lui donner, tira son épée, coupa son manteau en deux parts, en abandonna une au pauvre et se couvrit de l'autre le mieux qu'il put. Jésus-Christ témoigna au soldat combien cette œuvre lui avait été agréable ; car, la nuit suivante, il lui apparut entouré d'anges, se drapant de cette moitié de manteau, et disant : « Martin, qui n'est encore que catéchumène, m'a couvert de ce vêtement. »

Saint Martin était si honoré en France et, à vrai dire, dans toute la chrétienté, que cette enseigne a, sans doute, été destinée à quelqu'un des pèlerinages ayant ce saint pour objet. Tours était incontestablement le principal rendez-vous des dévots de saint Martin ; mais le plomb dont il s'agit ne s'y rapporte pas d'une manière certaine et pourrait bien appartenir au pèlerinage d'Amiens. On montrait encore dans cette dernière viUe l'endroit où la tradition assurait que saint Martin avait fait cette aumône de son manteau; cette inscription commémorative s'y Usait jadis :

me VESTEM MISERO MARTINU8 DIMIDIAVIT UT FACEREMU8 IDEM NOBIS EXEMPLIFICAVIT.

Peut-être aussi Paris a-t-il droit de réclamer ce plomb à cause d'un endroit qu'on y visitait en mémoire du saint.

Voici ce qu'en dit Félibien (t. I", p. 44) :

« Au côté septentrional de la ville de Paris se voyait une chapelle de Saint-Martin, élevée depuis peu en mémoire du miracle que le saint avait fait autrefois en guérissant un lépreux dans le même endroit. •

Cette enseigne a été trouvée au pont Saint-Michel, en l'année 1851 •

StINT LÉONARD.

Fragment de plaque. Saint Léonard debout, la tête nimbée, revêtu d'ornements ecclésiastiques, et tenant de la main droite une crosse dont la volute est tournée en dehors. A ses pieds, et du même côté, est agenouillé un personnage, les mans jointes. Dans le champ, sont figures une chaine et des ceps. Un bandeau, qui surmonte le tout, est chargé de créneaux enjolivés et de la légende :

(L) EONARDI.

Cette enseigne, limousine sans doute, n'a pas la tournure de

notre art des provinces de la langue d'oil, et je l'attribuerais, avec quelque hésitation au XV* siècle. Elle a été trouvée dans la Seine, au pont d'Arcole, en 1862.

Saint Léonard, né en France, jouissait d'une grande réputation à la cour du roi Clovis. Ses parents tenaient le premier rang dans le palais; il reçut le baptême de la main de saint Rémi, archevêque de Reims, et obtint du roi la faveur que tous les prisonniers qu'il visiterait seraient mis en liberté.

Craignant que le roi ne l'obligeât de rester à la cour, pour l'élever aux honneurs du monde du de l'Église, et désirant se consacrer entièrement à Dieu dans la retraite, il partit secrètement et se rendit avec son frère Lisard à Orléans, où il passa quelque temps dans un monastère. Mais, pour vivre dans une solitude entière, il gagna le Limousin et fixa définitivement sa demeure dans la forêt de Pauvin, à quatre lieues est de Limoges, où il mourut le 6 novembre, vers l'an 559. Outre le lieu de sa mort, qui a pris son nom et devint une ville, notre saint est honoré comme patron dans un bon nombre d'églises en France. On l'invoque particulièrement en faveur des prisonniers et des femmes en travail d'enfant. Au XV* siècle un certain Martel, seigneur de Bacqueville, dans le pays de Catix, ayant été fait prisonnier des Turcs avec deux autres seigneurs français, fit vœu à saint Léonard de lui bâtir une chapelle s'il parvenaità revenir en France. Il s'endormit ensuite et se trouva, à son réveil, à l'entrée de la forêt de Bacqueville, ayant encore les fers aux pieds. Il s'acquitta de son vœu le plus tôt qu'il put, en faisant construire dans son château une chapelle sous l'invocation de saint Léonard, à qui il reconnaissait devoir sa délivrance. Cette invocation seule montrerait que notre saint était la ressource bien connue des captifs

SkINT LÉONARD;

TÀBIÉTÉ.

Sunt Léonard, debout, revêtu des ornements abbatiaux et la outre en tête, bénit de la main gauche {erreur de l'artiste sans doute) un personn^e agenouillé à ses pieds. Des ceps, des cliaînes et autres objets analogues remplissent le champ. Au-dessus de cette représentation, entre deux filets, est la légende :

LÏX)NARD.

Ce plomb, très-singulier encore par son mélange de brusquerie entendue et de barbarie grossière, qui sentent l'une et l'autre l'art roman, me parait être de la fin du XV siècle. Il a été trouvé au pont Notre-Dame, en 1862.

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