VECI : S : LEU
La détermination se complète au moyen de la suite qui se lit sur les rampants du sommet pignonné :
DESERENS (d'Esserant).
Au revers, une épingle qui servait à fixer l'enseigne au costume du pèlerin.
S'il ne s'agissait que de se creuser la tête pour arriver à une interprétation arbitraire qui présentât quelque petit trait plausible, je pourrais me hasarder à dire que le nom du saint ressemble passablement à celui du lion {lœwe^ leuw) en allemand. Mais je ne vois pas franchement la part qu'aucun idiome germanique aurait droit de prétendre dans une dévotion de l'Ile-de-France. Risquons-nous toutefois encore sur cette pente un peu glissante, puisqu'il ne s'agirait plus de chercher la formule abrégée de faits biogra-
phiques (comme les attributs ordinaires des saints) , mais d'admettre ime espèce de rébus. On sait que leu signifie loup, en picard ; et c'est bien le nom réel du saint : Lupus. Or, le loup n'étant pas une bête noble à laquelle le blason ait fait bon accueil, n'aura- t-on pas cherché à lui donner un équivalent zoologique plus élevé ? Les héraldistes qui réfléchissent doivent avoir remarqué que certaines armoiries passent avec le temps par des substitutions ou transformations analogues à celle que je signale, mais c'est à quoi je ne m'attache pas ici plus qu'à une simple conjecture, faute de mieux. A vrai dire, pourtant, je ne la crois pas très-mauvaise. Dureste^ rappelons-nous que le rébus était particulièrement cher aux Picards, et que, vers Senlis, la Picardie touche de bien près Tlle-de* France, surtout pour le langage ou la tournure d'esprit. Cela était spécialement applicable jadis à Saint-Leu-d'Esserant, bâti sur le bord de TOise, et à la vieille Picardie d'en haut (haute Picardie) ; car il ne s'agit pas des divisions officielles tracées par les intendances du XVIP siècle, qui eurent bien plus en vue les arran* gements administratifs du pouvoir central que les affinités piîmitives des populations.