TYPES TÊTES HUMAINES
Les ressources que ce groupe peut livrer à rinterprctation ne me semblent jusqu'à présent que très-minces. Avec le vague et la maladresse qui règne chez presque tous ces méreaux, le premier collecteur y a fort peu de prise pour établir ou proposer des attributions qui obtiennent créance. Lorsque mes tentatives de musée populaire auront fait boule de neige, la quantité des faits réunis permettra mieux d'y voir clair à l'aide d'un triage devenu dèslors plus facile. .Jusque-là, les tâtonnements sont presque aveugles, faute de comparaisons sur quoi l'on puisse établir des rapports entre pièces qui demeurent isolées dans leur petit nombre.
.Je me suis plu à défendre deux ou trois fois les hommes stu-^ dieux que le manque de matériaux avait induits en erreur quand ils abordaient un peu témérairement la numismatique populaire du moyen âge, lorsque les renseignements y étaient trop clairsemés pour diriger l'investigateur. On ne sera que juste en me concédant l'application d'une excuse dont je réclamais le bénéfice en faveur de ceux qui me précédaient. Si j'ai patienté plus qu'eux avant de produire mes petites séries, ce n'est certainement pas un motif pour me débouter dé l'exception que j'ai tâché de faire valoir à décharge d' autrui.
Tête de profil, garnie de cheveux taillés en couronne.
Grènetis.
Ç: : Croix lleurounée, chargée en cœur d'une fleur de lis.
Double filet renfermant une série d'annelets, contenant chacun une perle.
Trouvé au pont Notre-Dame, en 18G2.
XV siècle.
Les têtes figurées sur les deux premiers numéros de cette série ont un aspect monacal qui peut les faire considérer çà et là comme un monument de la fête des Fous et des Innocents, célébrée autrefois dans presque toutes nos églises en manières de vacances à Noël, pour les enfants de chœur et les jeunes clercs élevés près du chapitre, en vertu de (juoi ils portèrent la tonsure dès leur jeune âge. Le numéro 3 semble conçu dans le môme esprit. Mais que dire des autres ? Aussi lue permettrai-je de présenter sobrement divers avis que je soumets à qui de droit.
Le moine qui semble représenté sur cette pièce, où la fleur de lis occupe le centre d'une croix très-ornce, rappelle peut-être un personnage trop oublié dont nous remettrons la mémoire en lumière sous le numéro suivant (à tort ou à raison).
Tête dans un capuchon, si ce n'est quelque chose comme un croissant de lune.
Grènetis.
1^ : Fleur de lis dans un grènetis.
Trouvé au pont Notre-Dame, en 1805.
XV^ siècle.
En admettant qu'il s'agisse d'une tête encapuchonnée, il y a lieu de ramener au jour l'ermite de Saint-Claude (le bienheureux Jean de Gand) , précurseur de Jeanne d'Arc, et que nos historiographes ont trop laissé tomber dans l'ombre. Le révérend père Victor de Buck, l'un des continuateurs actuels de l'œuvre l'ondée par Bollandus, pour la publication des Acla sanctorwn, a consacré quarante pages (Revue belge et étrangère. 1802) à la niémuiie de l'ermite flamand, (pii réclama l'indépendance française avec toute la lorce qu'une vie principalement contemi)lative ])ermettait de mettre en œuvre. Laissons au savant hagiographe le détail de ses recherches pour ceux qui voudront les a])précier à loisir. On y verra que les ordres mendiants s'associèrent de tout cœur à nos affaires nationales, et plus d'une autre preuve montrerait encore que les frères mineurs (cordeliers ou observantins)
s'intéressaient vivement à la monarchie Très-Chrétienne dans* les Inttes qui menaeaient son existence. N'était-ce pas un héritage de leur fondateur, qui avait dû son nom (François d'Assise) à sa grande pratique de la langue française; ou l'école théologique de Paris ne leur apparaissait-elle point comme un centre précieux dans la chrétienté ?
Quels que soient les personnages que l'on aura prétendu désigner ici, mettons du moins sur la voie qui les fera retrouver avec le temps, si la postérité consent à être juste envers les bienfaiteurs de nos ancêtres. Il est vilain d'accepter une succession sans ses charges, et cela rend suspecte la légitimité de l'héritage recueilli avec semblables réserves. Qui est bon Français tient, sauf preuves concluantes, au culte et à la conservation des souvenirs où la France retrouve les traces de son passe, chez les moines tout comme chez les Celtes.
Tête de face, coiffée d'un bonnet ou d'un capuchon, si ce n'est la coilfe rappelée par les portraits de Catherine de Médicis et de certaines chanoinesses du temps passé, ou par le capuchon à baleine du clergé parisien durant l'hiver.
1^ : Croix bourdonnée, dont chaquebranche est côtoyée de deux perles; le tout renfermé dans un double entourage formé par
— Mo —
quatre arcs de cercle ; chaque point d'intersection est accompagné en dedans d'une perle.
Grènetis et filet.
Trouvé au Pont-aii-Cliange, en 1855.
XV* siècle.
Tête couronnée de face; elle est éborgnée à gauche par un accident dont la trace se trouve sur l'avers. Grènetis.
1^ : Fleur de lis grossière, sur un fond haché à double grènetis. Trouvé au Petit-Pont, en 18G3.
XV' siècle.
Tête de profil, coiffée d'un capuchon quadrill( 1^ : Tôte de face, couronnée à l'antique. Trouvé au Pont-au-Change, en 1800.
XV" siècle»
— JIC) —
Un minutieux antiquaire, ou uu costumier consciencieux, plus au fait des vieilles modes que je ne le suis, dirait à cette occasion quelle princesse introduisit chez nos arrière-grand' mères l'usage de la coiffe ou de la capeline en réseau à mailles dorées. Il ajouterait aussi, je l'espère, la durée de cette invention ou importation, afin que les termes extrêmes de probabilité ne laissent point lieu à trop de vague dans la détermination chronologique de notre méreau. Pour moi, j'ai bien souvenance d'avoir rencontré une sorte de capuchon semblable dans les recueils d'anciens costumes; mais l'instant vrai de sa lloraison ne s'est pas fixé dans ma mémoire au point de me permettre une approximation présentable.
léte couronnée de lace, type imité de i'esterlin. Grènetis.
1^' : Croix ornée de perles dans un entourage formé de quatre arcs de cercle aboutés.
Grènetis.
Trouvé au pont Notre-Dame, en 18()5.
Tête diUbi'nu' (de mort ])eut-être), couronnée ; dégénérescence de resterlin.
R: : Croix dont cluique branche se termine |.;ir un iii-oiipc di trois perles, une perle plus grosse dans cliiujuc canton. Trouvé au pont Notre-Dame, en 1805.
XV' siècle.
Tête délace, coiffée de longs cheveux.
Grènetis.
R: : Croix dont chaque branche est terminée par un p:roupe de trois annelets renfermant chacun une perle ; un ornement semblable est placé en cœur.
Grènetis.
Trouvé au Petit-Pont, en 1865.
XI V siècle.
Quand la couronne n'indique pas des pc^rsonncs royales, ces méreaux ont tout l'air d'être des pièces de mariages ou d'accordaiiles (c'est-à-dire de fiançailles, alors mises sous la protection de l'Eglise, par une cérémonie ad hoc, pour qu'on ne se dédît pas). La croix signifiait alors que l'on s'aime en tout bien tout honneur. Si la future est peu attrayante, il faut se rappeler que l'îirt a la vie longue, quand l'imagination lui prête et l'affection aussi. Dureste^ l'âge apporte inévitablement plus d'un décliet à la forme extérieure, et l'amour vrai doit se prendre aux qualités vraiment plus dui'ables.
Tête de face, ornée d'une longue chevelure, qui pourrait ne pas être féminine, si l'on considère les bustes du temps. Toutefois, je pense qu'il peut s'agir d'une femme.
Grènetis.
1^ : Croix bourdonnée, dont chaque branche est côtoyée de deux perles; le tout renfermé dans un entourage formé de quatre arcs de cercle.
Grènetis.
Trouvé au Pont-nu-Chano;e, en 1S5G.
XV' siècle.
Tête de face, remplissant le champ entier.
1^ : Rosace à quatre feuilles.
Trouvé au Petit-Pont, en 1858.
XVP siècle, sauf l'observation que je vais adjoindre ?i la page suivante.
Si ce méreau ei le suivant ont jamais pu prétendre à devenir des signes de galanterie, même la plus honorable, il faut convenir que robjectif s'y trouvait réduit à une sorte d'abstraction peu engageante. Qui s'en éprenait pouvait tout aussi bien adresser ses soupirs à la lune. Mais la lune n'accepte pas les cadeaux d'un amant, et quelque mortelle plus ou moins simple aura peut-être
— Il') -
placé celui-ci dans sa bavette avec transport. N'importe If siuiic, c'est la signification qui vaut, dès (pie l'on s'entend. Comme disait la chanson :
Maman, donnez-moi Pierrot, Car c'est un garçon ([iit> j'aime ;
Il m\a donné un rnban Lieu, Hélas ! ma mère, je le veux.
Tête de foce, remplissant tout le champ.
1^ : Croix entourée d'un grènetis.
Trouvé au Petit-Pont, en 1 858.
XVP siècle, s'il y a moyen de classer chronologicpiement les produits d'un art tellement primitif.
Cette face lunaire semble avoir l'intention d'être bar1)ue. Si les hachures qui prêtent à mon soupçon doivent se rédnire en uii reste de grènetis ou de cordé formant jadis entourage plus large, la pensée de l'auteur m'échappera quasi tout h fait ; car ce n'est pas communément notre sexe qui vise à payer de mine dans une demande en mariage : il n'y gagnerait que de blesser la prétendue, laquelle se réserve le droit de beauté. La coutume subsiste néanmoins d'échanger des portraits en telle occurrence; et si le prétendant (que l'on peut snpposer ici) comptait se faire valoii- de la sorte, je lui en fais mon compliment affectueux , avec sonhaits de bonne chance. Mais nos félicitations et vœux de rénssite arrivent bien tard pour les jeunes amoureux d'il y a trois ou (piatre cents ans.
Tête monstriieuso, dont l:i l)oiic]ie éiiorrao laisse passer la langue
R' : Croix ornée de boules, dans un entourage formé de quatre iloul)les arcs d(' cercle al)Outés.
Trouvé au pont Saint-Michel, en 1 S-'iS.
XV'' siècle.
Voilà qui n'aura rien signifié, si ce n'est une bouffonnerie'; mais la grimace y est tellement vulgaire, que. nous n'en pouvons plus savourer le sel, supposé même que l'inventeur et les parties prenantes aient été initiés à quelque secret qui releva cette pièce dans l'estime des contemporains; car elle pourrait bien n'avoir d'autre origine que la balourdise baroque de plaisants qui n'étaient pas en veine au moment de la parade. Comme pourtant il fallait être gai à jour fixe, on servait le spectateur à la fortune du pot. Demandez à maint journaliste si l'on ne doit pas avoir de la condescendance pour l'esprit de commande. « Vous êtes engagé, tii-ezvous-en ! Il est entendu que vous nous devez une page in-folio d'espiègleries, ce jourd'hui du mois ou de la semaine. Nos droits et devoirs réciproques sont fixés par contrat synallagmatique. Tout est là ! Exécutez-vous ! Sinon, l'acte est résilié avec frais, dont sera passible le contrevenant.» Les rieurs de profession éprouvaient avant nous ces misères du métier; compatissons à leurs tribulations, qui montrent le côté (fort piteux) de la vie du farceur en tout genre (même littéraire").
— It>l —
Tête laurée, de profil dans un grènetis.
1^ : Croix puttée, cantonnée de quatre annelets.
Grènetis.
Trouvé au pont Notre-Dame, en 1860.
XV' siècle.
Ce profil et sa couronne de laurier annoncent la prétention d'imiter, au moins en partie, une médaille romaine. Il y eut une période dans notre XV' siècle où rien ne sembla bon aux incroyables d'alors, si l'on ne désertait brusquement les traditions nationales pour tourner bride vers le passé classique par delà quelque mille ans. Mais n'imite pas les médailles antiques qui veut ! surtout dès le premier conp de main. Nous en avons une preuve dans notre plomb, entre autres.
Si la manie de copier les Komains paraissait attribuable au XI V" siècle (ce dont je doute beaucoup, sauf pour les jurisconsultes), j'aurais proposé de reconnaître ici une pasqainade contre les prétentions semi-impériales de Philippe le Bel et autres princes français d'alors. Les conseillers du souverain rêvaient pour lui une espèce de monarchie universelle (qui du reste ne demanda pas mieux que de revivre sous Louis XII et François I"), et, ce que le peuple y voyait de plus eiFectif, c'était le faux monnayage avec l'accroissement journalier des charges qui pesaient particulièrement sur le j)auvre monde. Le tout avec promulgation de plus en plus inhibitoire du texte cher aux hommes de loi : « Rendez à César ce qui est à César; » mais l'oubli affecté pour l'autre partie cunqdémentaire : « et à Dieu ce qui est à Dieu. »
JOQ
Tête couronnée, de profil.
Grènetis.
1^ : Croix pattée, cantonnée de quati'e annelets renfermant cliaciin nne perle.
Grènetis.
Trouvé au Pont-au-Change, en ISoG.
XY^ piècle.
Les profils à l'antique reprenaient faveur, quoicpie l'usage ait maintenu chez nous le mot face; mais nnlle prétention classique ne se montre vraiment ici. C'est une justice à rendre au plomb que voilà, en attendant que sa destination s'établisse par des travaux ultérieurs.
Tête casquée dans un grènetis.
R' : Quatre croix formées chacune par quatre groupes de cinq ])erles ; le tout renfermé dans un entourage formé de quatre arcs de cercle.
Trouvé au Pont-au-Changc, en 18(50.
XV' siècle, autant que l'on peut détcMuiiner la dato d'une pièce due à des artistes populaires qui consultaient assurément les habitudes de la veille bien plus que la dernière mode du jour, ou la tendance destinée à régner le lendemain.
Fallût-il s'en tenir strictement au XV" siècle, les attributions plausibles se présenteraient en assez grand nombre pour nous excuser de n'en adopter aucune à l'exclusion des autres. Tournois et carrousels ne manqueraient pas, sans compter les guerres de France et d'Italie oii l'on n'avait que trop habituellement le pot en te te. Libre même à qui voudra (et fera ses preuves) de donner notre buste à Jeanne d'Arc, Dunois, Charles YII ou Charles VIII. Je n'étais pas en mesure de serrer la solution d'un peu près :
Approuvez le respect qui me ferme la bouche.
Tête de profil.
1^ : Croix pattée dans un entourage formé de r|u;itro arcs de cercle.
Grènetis.
Trouvé au Pont-Neuf, en 1857.
XV? siècle.
Lii tête se coiffe-t-elle (Viin casque ou d'un bonnet? (Question pivjudicielle qu'il sera bon de vider avant de passer outre. Je la signale, et la laisse intacte.
Tête de profil, coiffée d'un bonnet.
Grènetis.
R' : Croix bourdonnée, renfermée dans un entourage formé de quatre arcs de cercle.
Grènetis.
Trouvé au Pont-Neuf, en 1860.
XVP siècle.
Tête de profil, coiffée d'un chaperon à crête, dans un champ haché à double grènetis.
R: : C-roix pommetée, dont l'extrémité de chaque branche est côtoyée de deux perles ; dans chaque canton, un arc de cercle mouvant du grènetis.
Trouvé au Pont-Marie, en 1865.
XW siècle.
Je ne m'avancerai pas trop en proposant d'admettre ce plomb populaire entre les pièces de mariage ou d'épousailles (et préliminaires de noces) que j'indiquais dans le même groupe, pages 117, 118, etc.