‹ Collection de plombs historiés trouvés dans la Seine et recueillisChapitre 9 sur 28 · TYPES FLEUR DE LIS · texte numérisé non relu

TYPES FLEUR DE LIS

La fleur de lis n'était pas seulement jadis l'emblème ]iéraldi(|ue de notre maison souveraine; elle était devenue, avec le temps, un type de la nationalité française. Si chanceuse que soit l'humanité, la dynastie capétienne ne nous donna durant sept siècles nul prince qui ait mérité le nom de tyran. Bien d'autres pays n'en pourraient autant dire des traîtres qu'une succession si prolongée leur donna; et ce privilège presque exclusif avait attaché nos provinces à la race de ses rois. Aussi, quel que fût l'enthousiasme de 89 pour des institutions nouvelles, des vieillards nous ont assuré que la levée en masse de 92 rêvait uniquement : La nation^ la loi, le roi (comme s'exprime la monnaie d'alors), et point du tout la décapitation de Louis XVI. Certains meneurs réservaient sans doute leur opinion pour plus tard; ce n'était assurément pas l'avis du peuple honnête, si dévoué qu'il fût aux changements désirés par le très-grand nombre.

Ces prémisses ont pour but de faire mieux entendre que la fleur de lis étant devenue emblème national, elle ne doit pas être prise toujours comme symbole d'autorité suprême. On l'employait jjour couvrir une décision arrêtée par la commune, sous la garantie du prince, ou afin de témoigner la joie publique dans les événements qui intéressaient la monarchie populaire; d'autres fois encore à

titre de pavillon français, suiis lequel tuute marchandise se trouvait bien couverte.

On risquerait donc de se tromper beaucoup en prenant tous les plombs fleurdelisés comme résultat d'émissions ofticielles. 181 i et 1815 en ont produit bien d'autres, que je n'ai pas à éclaircir, mais où le gouvernement n'y était pour rien. Je pense qu'il en est ainsi de plusieurs entre ceux que je vais donner. Aussi n'ai-je pas la prétention de les expliquer tous péremptoirement. A peine si quelques-uns m'offrent une interprétation qui m'allèche moimôme, lorsque je me hasarde à vouloir |)ercer le mystère. Mais il semblait bon de se diligenter pour donner l'exemple du courage et d'un peu d'espoir en frayant la voie.

Fleur de lis dans un 2;rènetis.

1^ : Croix pattée et alaisée, chargée d'un sautoir dont chaque branche est terminée par un groupe de trois perles, de façon à retracer deux croix superposées, sans autre coïncidence que celle des centres.

XV'' siècle.

On pourrait supposer que cette série appartient à la maison du roi ; mais on ne voit pas trop quel service pourrait les réclamer. Quant au reste, je me vois contraint de garder le silence ; je n'ai pas une proposition digne d'être écrite pour l'usage d'autrui.

Comme je l'insinuais à propos du premier groupe, pngeSl, certaines formes de croix pourraient avoir été aifectées chacune à l'annonce d'une cérémonie ecclésiastique particulière. Si l'on m'accordait ce postulatum, je n'en pourrais tirer qu'une conclusion assez vague sans doute ; encore ne sortirait-il que tel ou tel denosméreaux devait procurerl'admission aux solennités royales.

pour n'importe quelles noces, funérailles, etc., qu'il s'agirait ensuite de préciser, moyennant l'époque de la pièce.

Ouanrl on ne trouve pas de grives, on prend des merles,

dit le proverbe. J'offre donc à mes successeurs un procédé pour ne pas faire absolument buisson creux^ dans la battue chanceuse que j'ouvre en traquant le gibier quelconque sur mes terres.

Fleur de lis cantonnée, en chef, de deux groujies de trois annelets et, en pointe, de deux annelets, tous remplis d'une perle.

Grènetis ponctué entre deux filets.

1^ : Croix dont chaque branche est terminée par un groupe de trois annelets et chargée en cœur d'un meuble seiiiblal)le, ces annelets étant tous remplis d'une perle. Dans chaque canton se trouve un double arc de cercle mouvant du u-rènetis.

Trouvé au pont Saint-^Iichel, en ISOo.

XIF siècle.

Dans le champ une fleur de lis.

R: : Croix à triples bras, cantonnée des lettres g, t, s, e, l ; (ni lues à rebours /, e, s, i, g. Mais cette peniiutation ne nous avance guère pour éelaii'cir le sens que l'auteur devait aAoir en vue.

Grènetis.

Trouvé au Petit-Pont, en ISriO.

XV* siècle.

Dans ce même volume, groupe I, page 70, je m'eiforçais de faire reconnaître un jeton de vérificateur, pour recommander l'examen plus concluant aux historiographes de la cour des comptes ; car on ne peut pas appeler trop d'aides quand on se noie. L'inscription que voici ne va-t-elle pas décourager ceux-là même dont j'implorais un coup de main? J'espère que non, quoique pourtant :

On désespère, alors qu'on espère toujours.

Fleur de lis dont chaque fleuron est trifidé.

Grènetis.

R* : Croix trifidée dans un grènetis.

Trouvé au Pont-au-Change, en 18G4.

XV siècle.

Fleur de lis dans un grènetis.

Ç: : Croix feuillée, vidée en cœur et chargée d'un annelet, renfermée dans un entourage formé de quatre arcs de cercle dont les points d'intersection sont ornés chacun de trois perles.

Trouvé au Pont-Marie, en i8G5.

XTY^ siècle.

Fleur de lis.

1^ : La lettre E gothique ornée.

Trouvée au pont de T Archevêché, en 1858. XV* siècle.

Fleur de lis dans un grènetis.

1^ : Croix pattée, cantonnée de quatre globules,

Grènetis.

Trouvé au Pont-au-Chauge, en 18G0.

XV» siècle.

Fleur de lis dans un grèneti?.

R: : Croix pattée.

Trouvé au Pont-au-Cliange, en 1857

XV? siècle.

Fleur de lis renfermée dans un îrrènetis. R: : Une croix pattée, cantonnée de quatre annelets et renfermée dans un grènetis.

Trouvé au pont Notre-Dame, en 1 859.

XV? siècle.

Fleur de lis sur un fond haché à double.

Ijt : Croix pattée, cantonnée de quatre annelets.

Grènetis.

Trouvé au pont Notre-Dame, en 1865.

XIV' siècle.

lOC)

Fleur (le lis dont la forme épaisse ne paraît pas antérieure au XVI II'' siècle.

1^ : Croix pattée dans un double filet. Trouvé au pont Saint-Michel, en 1859.

Fleur de lis flanquée des lettres M S.

Ç: : Aigle, si ce n'est une autruche fiintastique, qui n'est pas inexpUcahle en vertu do ce que je vais dire 1)rièvement.

Trouvé au pont Notre-Dame, en I808.

XV" siècle.

Après ce que j'écrivais plus haut, groupe I, pages ()8-09, SU]' l'aigle attribuée aux Luxembourg de Bohême, pourquoi ne risquerai-je pas encoi'e une mention du vaillant et aventureux roi

Jean l' Aveugle ^, qui voulut mourir sous le harnois, malgré son âge et la cécité où il pouvait bien trouver un prétexte à s'accorder du repos? On sait que le cimier de cet intrépide batailleur (trois })lumes d'autruche avec la devise allemande icli dien) écliut au prince Noir, après la bataille de Crécy, et fut adopté ])ar les héritiers présomptifs de la couronne d'Angleterre, jusqu'il nos jours. Notre noble coureur de pays, qui passa son temps à guerroyer pour d'autres, me semble avoir voulu ici traduire sa devise en un français quasi créole ou teutonique, par coquetterie envers les Parisiens, ou par galanterie pour sa seconde femme ; et je lirais : moi, servir!

Fleur de lis dans un grènetis.

]^ : Quelque chose comme les lettres it, ib, etc. Le t (si c'en est un) affecte une plus grande dimension que les autres lettres, et parait chargé d'un appendice qui ne peut être clairement déterminé. Cette pièce, d'un mauvais travail, est en outre mal conservée; ce qui rend toute description difficile et ouvre la voie aux explications les plus hasardeuses.

Trouvé au Pont-au-Chango, en 1802.

XV' siècle.

' Jean, d'ailleurs, avait deux fois été vicaire de l'Empire (en Allemagne et en Italie). Quant à la fleur de lis, il épousa en secondes noces Béatrix, lille de Louis de Bourbon,

Continuons à jouer au colin-maillard sur les traces de Jean l'Aveugle, qui ne s'est pas laissé arrêter par le casse-cou de Crécy, où il risquait plus gros jeu que je ne fais à sa suite.

On m'accordera que notre artiste ne fait pas preuve d'une telle sûreté de main, ou d'information si précise dans tous ses détails, qu'il faille les accepter au pied de la lettre (comme on dit) . Partant de là, je dirai que l'oiseau du revers appartient à la tribu qu'il nous plaira de choisir entre les ovipares emplumés; et, ce point gagné, pourquoi ne signifierait-il point aigle ou autruche, autant que perroquet? Voilà toujours un pas en avant, quoique sur terrain fort meuble et périlleux (je n'ai pas dissimulé le danger) . Admettons, de plus, par manière de postnlatiim, pour ne pas rester court, que le graveur inexpérimenté (cela est convenu) aura reçu commission de remémorer une devise à laquelle il ne comprenait rien. Nous voici dès lors l)ien autorisé à le soupçonner d'avoir renversé les lettres ; ce dont nous avons quelque habitude, même en tâche plus simple, avec nos plombs populaires. Cet échafoudage de stratagèmes innocents permettrait, en somme, de lire les initiales du cri de guerre, ich dicn. Ce qu'il fallait démontrer, sous peine de ne rien dire.

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