‹ Collection de relations de voyages. Voyages de Stanislas, de Dantzick à Marienwerder.--De Mesdames tantes du roi, à Rome, 1791.--De Louis 16, à Varennes.--De S.M. Louis 18, à Bruxelles et à Coblentz.--De Napoléon, à l'ile d'Elbe, en 1814, et à l'ile Sainte-Hélène, en 1815Chapitre 2 sur 12 · IDE STANISLAS LECZINSKI · texte numérisé non relu

IDE STANISLAS LECZINSKI

Stanislas Ier naquit le 20 octobre 1682, à Léopold, capitale du palatinat de la Russie- Rouge, de Raphaël Leczinski , comte de Leekno, et de la fille de Stanislas Jablonowski , palatin de Russie et grand général de l'armée de la couronne. La complexion de Stanislas fut d'abord faible et languissante; mais les soins maternels parvinrent à la fortifier. A l'âge de six ans, il passa des mains de sa mère entre celles de son père , qui dès-lors se fit son gouverneur. Bientôt les heureuses dispositions du jeune prince promirent qu'il ne dégénérerait pas des vertus de sa race. Son esprit se développait à mesure que son tempérament prenait de nouvelles forces . A l'âge de dix-sept ans, Stanislas savait déjà tes langues latine, française et italienne; il avait

approfondi les connaissances mathématiques, et il e'crivait élégamment en prose et en vers.

Pour achever son éducation, le palatin, son père, le fît voyager dans les principaux états de l'Europe , et lui prescrivit surtout un assez long séjour en France, à l'époque la plus brillante du règne de Louis XI V. Dès que le jeune Stanislas fut de retour dans sa patrie, le comte Raphaël le jugea digne d être initié aux grandes affaires de la république.

Les Polonais étaient en possession d'élire leurs rois ; privilège plus séduisant qu'avantageux pour le peuple ; car presque en tout temps les élections furent orageuses , ou suivies de troubles et de guerres civiles qui mirent l'état à la discrétion des puissances voisines, toujours prèles à se constituer les arbitres de la Pologne.

Le roi, après son élection , et avant son couronnement , faisait le serment solennel d'observer les lois du royaume, et contractait avec la noblesse un traité portant toujours pour clause principale que, s'il venait à oublier ses engagemens, la république serait, par le fait, dégagée de son serment de fidélité , et libre de procéder à une nouvelle élection , tandis que la noblesse, investie du pouvoir législatif, réglait les impôts ,

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statuait sur la paix ou la guerre , et sur la police générale. Le roi, dont le pouvoir se bornait à présider aux assemble'es , à faire promulguer les décrets, et à veiller à leur exe'cution , n'était réellement que le premier dans la re'publique , sans en être le maître : et l'on ne manquait aucune occasion de l'en faire ressouvenir.

Les élections des rois se faisaient dans des diètes extraordinaires qui se tenaient en pleine campagne. Les électeurs y assistaient à cheval et sous les armes; aussi ces sortes d'assemble'es offrirent-elles souvent des scènes tragiques.

Quand le roi Jean Sobieski mourut^otanislas, à peine âge' de dix-neuf ans, e'iait déjà staroste , ou juge de la noblesse du Palalinat d'Odolanow. Nommé député par sa province, pour la diète dans laquelle on devait procéder à l'élection d'un nouveau roi, ses jeunes lalens lui attirèrent la confiance de plusieurs grands de Pologne : d'une voix unanime, il fut choisi pour complimenter la reine , à l'occasion de la mort de Sobieski , et la manière dont il s'acquitta de celte commission honorable, surpassa l'attente générale. Bientôt il fut regardé comme l'espoir de la patrie. Dans la première fleur de la jeunesse, il annonçait les fruits de l'âge mûr'. En lui

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tout parut noble et grand ; ses lumières , ses vertus, son éloquence, sa physionomie heureuse, pleine de hardiesse et de douceur, et qu'embellissait encore un air de franchise et de probile : tels étaient les brillans avantages qui faisaient augurer qu'il serait un jour la gloire de son siècle, comme il était de'jà la gloire de la nation.

Quand il fut question de nommer le mare'chal de la diète, les palatins qui opinèrent les premiers le portèrent unanimement : mais les nombreux ennemis de sa famille se hâtèrent de prcsenÎCT un autre candidat , en employant la brigue et la calomnie pour écarter Stanislas. Lui, sans paraître regretter la charge, s'attacha principalement à repousser la calomnie, en flétrissant ses auteurs; et son discours plein d'énergie lui conciliait déjà tous les suffrages, lorsqu'il donna le sien à l'un de ses concurrens. Tant de vigueur et tant de modération à la fois, et surtout de désintéressement, ajoutait encore à sa réputation, et lui frayait sans doute la voie au trône.

Bientôt la diète fut agitée de mouvemens plus violens au sujet de l'élection d'un roi. On comptait jusqu'à dix prélendans à la couronne

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de Pologne, au nombre desquels se trouvaient le prince Jacques, fils de Sobieski, et le prince Louis de Bourbon Conti, qui élait représente' par l'abbé de Polignac. Nous citons ces deux prétendans comme ceux dont les partis e'taient les plus puissans. Les séances devenaient de jour en jour plus tumultueuses. La moitié' des nonces despalatinats criaient : vive Conti ! l'autre moitié' : vive Jacques! et des violences particulières donnaient lieu de craindre que le champ électoral ne se transformât en un champ de bataille.

Sur ces entrefaites l'électeur de Saxe, Frédéric-Auguste , se mit au rang des prétendans , soutenu par son ministre, Flemming , et par le Castellande Culm,qui rivalisèrent d'intrigues avec l'abbé de Polignac. Jacques Sobieski fut forcé de se retirer. Ses partisans , suivant ses intentions, se réunirent à ceux de l'électeur de Saxe pour écarter le prince de Conti. Le slaroste d'Odolanow , Stanislas, qui lui-même était porté par un parti nombreux , se prononça en faveur de Frédéric-Auguste. Dans la même journée , les deux compétiteurs furent élus , et les Polonais qui , le matin, étaient sans roi, en avaient deux le soir, et en auraient eu trois, sans la modération de Stanislas.

Ainsi, au moment ou l'abbé de Polignac dépéchait à la cour de France pour y annoncer l'élection du prince de Conti, le ministre Flemming faisait parvenir à son maître la nouvelle de la sienne.

L'abbé de Poliimac agissait de concert avec Je primat, et une armée fut envoyée contre Frédéric-Auguste, qui choisit le jour même où ses ennemis devaient le combattre, pour se faire couronner à Cracovie. Cependant le prince de Conti , qui était en route , débarqua quelque temps après au port d'Olive près de Dantzick. Mais Auguste, maitre du pays, sut empêcher son rival d'y pénétrer , et le prince de Conti fut bientôt forcé de remettre à la voile, pour retourner en France.

Frédéric-Auguste régna donc alors sur la Pologne , mais sans se concilier la bienveillance de la noblesse. L'état était agité, des troubles se manifestaient. Le roi, malgré les représentations qui lui avaient été faites par plusieurs palatins, au nom de tous, et malgré ses promesses formelles , retenait encore en Pologne les troupes saxonnes qu'il y avait introduites pour soutenir son parti au temps de son élection. Ces troupes commettaient des désordres, le mécon-

tentement devint général, et l'armée nationale somma l'électeur de Saxe de convoquer une diète à l'effet d'aviser aux moyens de rétablir l'ordre. Auguste , habitué à faire la loi en Saxe, ne voulut point la recevoir en Pologne, et au lieu d'entrer en négociation avec son nouveau peuple, il résolut de le courber sous le joug. Dans cette vue , il contracta une alliance avec l'Empereur, leCzar, le roi de Dannemarck et le prince de Saxe-Gotha. Le traité fut conclu vers le milieu de l'année 1699, sans la participation de la république, qui s'indigna contre le

négociateur.

Cependant Auguste ne renvoyait pas ses troupes , et pour les retenir en Pologne , il fallait au moins un prétexte : le livonien Patkul le lui fournit. Doué d'un esprit hardi et entreprenant j il avait su s'introduire à la cour, gagner la confiance du roi , et il parvint , sans beaucoup de peine, à lui suggérer l'envie de reconquérir, sur la Suède, la Livonie qui avait autrefois appartenu à la Pologne. Cette entreprise mit le comble au mécontentement des Polonais. Ils firent , à ce sujet, de nouvelles représentations aussi vaines que celles qu'ils avaient faites précédemment, et prirent en haine celui

quils avaient choisi pour chef et non pour maître absolu.

Frédéric-Auguste entra en Livonie au commencement de l'année I700. A cette époque, Charles XII apprend que le roi de Pologne attaque ses états , et que le Danemarck et la Russie se sont déclarés contre la Suède. Ce jeune prince, qu'on regardait jusqu'alors comme un enfant, sans s'effrayer du nombre et de la force de ses ennemis, arme de toutes parts, et jure de ne désarmer qu'après s'être vengé complètement. Il n'est pas de notre sujet de retracer les entreprises de Charles XII. Tout le monde sait comment il punit son agresseur.

Nous venons de dire que le roi de Pologne, par cette guerre entreprise contre le vœu général , avait aggravé ses torts envers la nation : du moins elle en jugea ainsi , puisque dans une assemblée ouverte le 3o janvier 1704 ? et qui se nomma elle-même confédération , la conduite du roi fut examinée et déclarée aussi injuste à l'égard de la Suède, que préjudiciable aux intérêts delà Pologne- et que le l5 du mois suivant, ce prince fut déposé à la pluralité des voix, et l'acte de sa déposition dressé en cette forme : ce Puisque le sérénissime roi Auguste II, duc

de Saxe , a méprise nos lois et nos droits , et que . par là , suivant les pacta conventa , il nous a dégagés de son obéissance , nous y renonçons, prenant en main la justice distribu-

tive et vindicative Et nous prions l'émi-

nentissime primat de publier l'interrègne, de pourvoir à la justice et aux finances , et d'indiquer l'élection d'un nouveau roi. »

A cette époque, Stanislas Leczinski perdit son père, et fut nommé palatin de Posnanie. L'armée de la couronne, en accédant à la confédération, le demanda unanimement pour chef, en assurant qu'elle ne recevrait d'ordres que de lui. Mais Stanislas , toujours plein de cette modération dont il avait déjà donné des preuves éclatantes , refusa obstinément de rien entreprendre de contraire aux intérêts du roi déposé.

Cependant Frédéric-Auguste venait de mettre le comble à ses actes arbitraires , en faisant enlever, au milieu d'une partie de chasse , les princes Jacques et Constantin Sobicski , qu'il tenait renfermés dans une étroite prison à Leipsick. A la nouvelle de cette violence, les Polonais crièrent à la tyrannie, et l'assemblée arrêta qu'il fallait conclure sans délai la négocia-

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