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tion entamée avec le roi de Suède. Bientôt il ne fut plus question que de désigner le négociateur, et tous les yeux se tournèrent vers le palatin de Posnanie. Il fut député d'une voix unanime , avec le titre d'auibassadeur de la république , et plein pouvoir de traiter en son nom.
Cette circonstance fait époque dans la vie de Stanislas. Ce fut à Heilsberg qu'il eut une première entrevue avec le roi de Suède. Loin d'aggraver les torts d'Auguste, il se constitua son défenseur , mais sans né^li^er les intérêts de la patrie. Charles lui donna des marques d'estime, et, en l'assurant qu'il ne se départirait jamais de la résolution qu'il avait prise de renverser Auguste, il lui promit, pour la république , toutes les conditions favorables qu'elle pouvait attendre d'un fidèle allié. Ce prince, en quittant le palatin de Posnanie , ditaux officiers qui l'entouraient : « Voilà un Polonais qui sera toujours de mes amis! » Ainsi se termina la première conférence que Stanislas eut avec le roi de Suède.
Charles XII faisait prendre des informations secrètes sur le jeuue palatin , et tous les rapports qui lui parvenaient tendant à confirmer la haute opinion qu'il avait conçue de lui , il n'attendit
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plus que le moment d'exécuter le projet qu'il avait forme' de placer sur le trône de Pologne celui que la république lui avait envoyé comme ambassadeur.
Après la publication de l'interrègne , plusieurs prétendans au trône s'étaient mis sur les rangs : ils furent bientôt écartés , et tous les suffrages se réunirent en faveur de Stanislas Leczinski. Charles XII, qui jusqu'alors n'avait point manifesté ses dispositions , n'eut pas plutôt appris celles de la nation, qu'il fit offrir au palatin d'employer tout son crédit pour lui assurer la couronne. Mais Stanislas ne répondit aux offres du roi de Suède qu'en s' écriant : « Il n'y a que les suffrages libres de la nation qui puissent me porter sur le trône ; et que deviendra donc notre liberté , si c'est Charles XII qui me fait roi ? » Ainsi, le jeune palatin de Posnanie ne dut son élection qu'à son mérite personnel , et à la confiance qu'il avait inspirée à la république.
Pendant que le nouveau roi était occupé dans Varsovie à donner des ordres nécessaires au rétablissement de l'ordre, Frédéric-Auguste, sans attendre Charles XII , s'avançait à la tête d'une armée nombreuse, avec le projet d'enlever son rival dans sa capitale, où il savait quil se trou-
vait sans forces. A la nouvelle de son approche, Stanislas assembla un conseil à l'effet de délibérer sur les mesures à prendre dans cette circonstance critique ^ et il fut de'cide' qu'en dérobant sa marche à l'armëe saxonne, le roi de Pologne irait rejoindre le roi de Suède à Léopold , capitale de la Russie-Rouge.
Ce n'est pas ici le lieu de retracer les opérations militaires, les succès, les défaites et toutes les vicissitudes qui influèrent sur la destîne'e de Stanislas. Tous nos lecteurs savent quelle était liée à celle du roi de Suède , qui avait juré la perte de Frédéric-Auguste , et que le roi de Pologne, qui n'avait pas ambitionné la couronne , et qui n'en était que plus digne de la porter, s'affermissait sur le trône, à chaque victoire de Charles, et chancelait à chaque défaite de ce prince.
Dès le commencement de Tannée 1706, le czar parut en Pologne à la tête d'une armée de 80,000 hommes, pour soutenir Auguste, ensorte que les deux rivaux se faisaient la guerre avecdes forces étrangères; et la Pologne, théâtre de cette lutte, en payait les frais.
Pendant une année , la fortune seconda les efforts de Charles XII; les Moscovites furent re-
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pousses , et Auguste forcé de repasser en Saxe. La France, l'Espagne, l'Allemagne, l'Angleterre reconnurent Stanislas pour roi de Pologne; le roi de Prusse, le grand seigneur , et quelques autres princes lui avaient de'jà envoyé leurs ambassadeurs.
Stanislas rentra dans Varsovie vers le milieu de l'année suivante, et y fut reçu comme un sauveur. Les plaies de la patrie étaient profondes, le roi parvint à les cicatriser. Pendant qu'il remplissait ainsi les devoirs les plus doux de la royauté , son allié, Charles XII, s'avançait vers les états du czar, dans l'intention, disait-il , de le détrôner. L'on connaît le triste succès de cette entreprise , et l'on sait par quelle suite de revers , le roi de Suède fut réduit à chercher un asyle en Turquie.
La défaite de Pultawa ne fut pas moins funeste à Stanislas qu'à son allié. Auguste, attentif à profiter des circonstances , ne laissa pas échapper le moment favorable de reparaître en Pologne. Précédé par un manifeste dans lequel il protestait contre le traité d'Altranstadt , et appuyé par le czar, il avait déjà passé l'Oder à la tête des forces de son électorat. Alors Stanislas, après avoir tenté inutilement de conclure
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la paix avec le czar, et résolu à faire le sacrilice de sa couronne au repos de sa malheureuse patrie, quitta la Pologne pour se rendre à Stettin où il fixa sa demeure , et qu'il ne quitta qu'en 17I 2, époque à laquelle il réunit sa petite armée à celle du général Steinbock, pour défendre les états de son généreux allié, que leurs ennemis communs attaquaient de toutes parts.
Il avait écrit précédemment à Charles, pour lui mander la résolution qu'il avait prise de remettre entre les mains des Polonais la couronne qu'il avait reçue d'eux, et engager ce prince à ne pas s'opposer à son abdication, qui seule pouvait rendre la tranquillité à la Pologne. Mais le roi de Suède lui ayant fait connaître son refus formel à la destruction de ce qu'il appelait son plus bel ouvrage ,1e généreux Stanislas forma le dessein d'aller lui-même jusqu'en Turquie, solliciter le consentement de Charles XII.
Muni d'un passeport, et accompagné seulement de deux olliciers , il traversa heureusement les terres où ses ennemis étaient les maîtres, et se crut en sûreté dès qu'il fut chez les Turcs. Arrivé a Jassy, où il fut reconnu par le commandant, il apprit comment le roi de Suède avait été fait prisonnier à Bender, après s'être battu
avec ses domestiques contre une armée turque. Bientôt il fut lui-même traité comme prisonnier, et conduit à Bender, au moment même où l'on transférait Charles dans l'endroit qui lui était assigné pour prison. Ils restèrent tous deux en Turquie , jusqu'au moment où le roi de Suède se détermina enfin à retourner dans sa patrie, pour commencer de nouvelles expéditions qu il avait méditées; mais Sianislas ne voulut jamais consentir à tirer l'épée pour se faire restituer sa couronne; et Charles, se chargeant de la tirer pour lui, etespérant toujours rentrer en triomphe dans Varsovie, lui fit présent de sa principauté des Deux-Ponts avec ses revenus.
Stanislas reçut avec reconnaissance cette nouvelle preuve d'affection , que lui donnait son généreux ami. Il quitta Bender à la fin du mois de mai I714? et traversa la Moldavie, la Transylvanie , la Hongrie, l'Autriche et tout l'Empire, pour se rendre au lieu de sa destination. Ce fut le comte, Poniatowski qui , muni des pouvoirs de Charles XII , mit le roi de Pologne en possession de la principauté des Deux-Ponts. Là , ce prince, après tant d'années d'inquiétudes, d'agitations et de maux, commençait à respirer, loin du tumulte des armes, environné de sa famille qu'il
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avait appelée du fond du nord, et Rappliquant sans relâche à faire le bonheur de ses nouveaux sujets j il laissait à son allie' le soin d'avoir de l'ambition pour lui. Il lui semblait que rien n'était plus capable de troubler la paix de sa retraite, lorsqu'il faillit à tomber sous les poignards d'assassins apostés contre lui ; mais heureusement leur complot fut découvert , les scélérats furent arrêtés , jugés , condamnés , et ils allaient être exécutés , lorsque Stanislas , toujours grand et généreux leur fil grâce de la vie.
Auguste , malgré ses protestations à la face de toute l'Europe, ne put jamais parvenir a détruire les soupçons qui s'élevèrent contre lui , ou plutôt contre son ministre Flemming. On se rappelle qu à cette époque le roi de Suède était sur le point de faire la paix avec le czar, afin de replacer Stanislas sur le trône de Pologne.
Mais un événement nouveau devait bientôt soumettre à de nouvelles épreuves toute la* constance de noire héros. Tout-à-coup son vengeur succombe: Charles XII est .atteint d'un boulet de canon, sous les murs de Friderichshall, en Norwège , «à la lin de l'année 1 7 1 8.
F.n perdant sou ami, Stanislas perdait tout. Proscrit dans sa pairie, privé, par une diète,
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de ses biens patrimoniaux, la mort de Charles vint encore lui enlever la principauté' des Deux- Ponts , dont le comte palatin Gustave prit possession. Dans cette perplexité, il n'eut d'autre ressource que de chercher un asile en France. Louis XV le lai accorda généreusement , en ajoutant à son bienfait tout ce qui pouvait le rendre digne de l'auguste réfugié. Stanislas choisit pour sa demeure la petite ville de Weissembourg, dans la Basse-Alsace, et s'y établit au commencement de 1720. Là, partageant ses loisirs entre l'étude et les soins quil devait à sa famille, son occupation la plus chère à son cœur était de diriger l'éducation de la princesse Marie, devenue sa fille unique depuis la mort de celle quil avait perdue aux Deux-Ponts.
Quelque temps après , on découvrit en France une nouvelle conspiration contre la vie de ce prince. Cette fois ce fut une tentative d'empoisonnement au moyen d'une boite de tabac à fumer, qu'on cherchait à mettre à son usage. Quelques précautions quel'on prit pour laisser ignocer à Stanislas ce nouvel attentat, il en eut connaissance, et l'acharnement de ses ennemis jeta dans son âme des nuages de tristesse que toute sa philosophie ne pouvait «lissiper. L'idée de se voir
exposé à périr d'une mort violente , sur une terre étrangère, l'affectait moins cependant que celle de laisser sa famille sans ressources , et sa fille unique sans établissement.
Telle était sa situation , lorsqu'on vint lui annoncer que cette fille, l'objet de toute sa sollicitude, était destinée à devenir reine de France. On le pressait de donner son consentement , et cependant il ne pouvait encore s'y résoudre. Les motifs de ses refus font le plus grand honneur au caractère de ce prince, digne d'un meilleur sort. Il savait que le mariage de Louis XV élait arrêté avec une infante d'Espagne, et que cette princesse était depuis long-temps en France, pour en apprendre la langue et les usages. Il craignait que le mariage de sa fille ne pût se réaliser qu'en armant la France contre TEspngne, et il répondit au cardinal de Rohan , chargé de lui transmettre les instructions secrètes qu'il avait reçues de la Cour de Versailles : a Qu'il se reprocherait à jamais dêtreentrédansleroyaume de France , si les noces du roi devaient y être célébrées par des batailles. » Pour guérir ses craintes, il fallut qu'on l'assurât que toutes les mesures de prudence avaient été prises pour que l'Espagne ne s'offensât pas du nouvel arrange-
ment. Cédant enfin à des instances réitére'es , Stanislas , né pour les grandeurs qu'il n'ambitionna jamais, consentit à ce que sa fille devint reine de France, comme il avait autrefois consenti lui-même à devenir roi de Pologne.
Ce fut à cette époque qu'il transfera sa cour à Strasbourg. Après le mariage de sa fille Marie , il quitta l'Alsace pour habiter le château de Chambord , doù il vint fixer sa résidence à Meudon. Là il croyait enfin avoir retrouvé le bonheur qu'il avait perdu dès le moment où il était monté sur le trône. Sa fille était heureuse et Stanislas était au comble de ses vœux , quand par un nouveau caprice du sort, il fut tout à coup replongé dans un abîme de maux : il redevint Roi.
Le Ier février 17^3, Frédéric-Auguste était mort à Varsovie, peu regretté des Polonais. A cette époque il se tenait une Diète , et le primat chargé du droit de régence, proclama l'interrègne. Parmi tous les prétendans à la couronne , ceux qui réunissaient le plus grand nombre de suffrages , étaient le roi Stanislas, et l'électeur de Saxe , fils d'Auguste : celui-ci porté par les puissances voisines, et Stanislas, par le vœu général des Polonais , qui le con-
juraient de rentrer dans sa patrie pour y recevoir la couronne que tous les ordres de l'état s'empressaient de lui offrir.
Il en coûta beaucoup à ce prince pour adopter des vues qui contrariaient ses penchansj cependant, cédant aux sollicitations de la cour de France qui lui promettait des secours au besoin , il consentit à remonter sur le trône. Son voyage, soit par terre soit par mer, offrait de grandes difficultés. Une flotte russe croisait sur la mer Baltique, et 1 Empereur faisait garder tous les passages, pour arrêter Stanislas sur les terres de l'empire. La France parvint adonner le change à l'ennemi, en faisant courir le bruit que le roi de Pologne allait prendre le commandement d'une flotte équipée sur les cotes de Bretagne , et prête à faire voile pour Dantzick, tandis qu'il parlait , en effet y dans une voiture de peu d'apparence , accompagné seulement du chevalier d'Andelot,et déguisé comme lui, en marchand. Après avoir traversé l'Allemagne sans aucun accident, il arriva au commencement de septembre à Varsovie, et descendit, de nuit, chez lambassadeur de France.
Telles furent les précautions que dut prendre
un roi qui remontait sur son trône , porte par l'assentiment général de son peuple. Mais l'empereur et la czarine avaient publie' des manifestes en faveur du fils de Frédéric-Auguste, et s'apprêtaient à soutenir son élection par tous les moyens possibles; contrariant ainsi le vœu d'une nation libre , et re'unie dans tous ses membres, qui déclarait qu'elle n'avait point d'ennemis , et qu'elle ne regardait comme tels que ceux qui, sans son aveu, voulaient s'immiscer dans ses affaires, et se constituer ses protecteurs, pour lui donner un maître.
Les faits justifièrent bientôt les craintes des Polonais et celles de Stanislas. L'empereur remplit la Sile'sie de ses troupes , et la czarine en protestant toujours de la droiture de ses intentions , introduisit les siennes sur les terres de la république - où elles vivaient comme en pays de conquête. Des procédés si violents achevèrentd'aigrir les esprits. Les Polonais en demandèrent justice à tous les souverains de l'Europe , et voulurent se la rendre eux-mêmes. La liberté menacée leur rappela qu'ils étaient frères; les divisions cessèrent; tous les partis se rapprochèrent,et ce qu'on ne voyait plus depuis quarante ans, on le vit alors : tous les ordres de l'état
concourir au même but, et agir de concert; on ordonna de nouvelles levées. L'armée de la couronne se mit en campagne , et toute la noblesse se montra disposée à monter à cheval s'il en était besoin.
Le moment de la crise approchait. L'armée moscovite, commandée par le général Lascy? s'avançait vers Varsovie. Les troupes de la couronne n'étaient point en état de lui faire télé ; un secours qu'on attendait de France n'était pas encore arrivé, Stanislas vit donc s accomplir ce ce qu'il avait prédit : que les Polonais qui lui décernaient la couronne ne sauraient pas la lui conserver. Cependant, comme ses partisans lui faisaientdegrandespromesses, il prit la résolution de s'enfermer dans une place forte pour attendre les événemens.
Dantzick, ville libre et qui se gouvernait par ses lois , sous la protection de la Pologne, était à portée de recevoir des secours de la France, et en état de soutenir un long siège; S tanislas s'y rendit donc accompagné du primat, du comte Poniatowski! de l'ambassadeur de France , et de plusieurs autres seigneurs. Les Dantzickois, flattés de la marque de conliance que leur donnait ce prince , protestaient qu'ils périraient tous, s'il le
fallait, les armes à la main pour soutenir ses droits . et voulurent lui prêter serment de fidélité pour toute la dure'e du sie'ge.
L'armëe moscovite, après avoir fait élire à Varsovie l'électeur de Saxe, roi de Pologne, se porta bientôt vers Dantzick, et commença ie siège de cette place le 2o février 17J4.
Ce siège durait depuis plus de trois mois , et la ville de Dantzick ne recevait aucun secours. Dès qu'elle eut perdu toute espérance, Stanislas, ne voulant pas la rendre victime de son dévouement héroïque, fut le premier à lui conseiller de penser à son salut , et songea lui-même aux moyens de pourvoir au sien.
Il s'agissait de se soustraire à une armée de soixante mille hommes qui assiégeait moins la ville que sa personne, et d'échapper à la vigilance d'ennemis si acharnés à sa perte, qu'au moment où ils apprirent son évasion, ils mirent sa tête à prix. Divers expédiens furent proposés au Roi pour sa fuite , et il adopta celui que lui conseillait l'ambassadeur de France.
C'est la relation de cette fuite que nous allons offrira nos lecteurs. On sait quelle fut adressée par Stanislas à sa fille Marie-Charlotte, épouse de Louis XV.