QUI ONT PRÉCÉDÉ LEUR ARRIVÉE A TRIESTE, EN I
DE
IjOUIS xvi venait d'accepter la constitution de I791 : mais cet acte n'avait pu détruire les préventions qui existaient contre le monarque , et que les socie'te's populaires fortifiaient encore par des soupçons habilement re'pandus d'une arrière pense'e politique. Louis XVI ? mal conseille' , entouré d'agens qui ne voyaient le salut du roi et de la France que dans la conservation intacte de toutes les prérogatives du trône ? était placé dans une position difficile : plus d'un exemple d'une volonté incertaine , d'une faiblesse de caractère livré à toutes les fluctuations, à tous les doutes , semblait autoriser dans le peuple la dé" fiance. En vain ? l'infortuné monarque prodiguait les sacrifices les plus pénibles 3 en vain , s'enorçait-il de rallier toutes les opinions autour de la monarchie constitutionnelle : la ca-
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lomnie trouyait plus d'un prétexte pour accuser les plus pures intentions ; le retour de Louis vers une liberté' fonde'e sur les lois e'tait présenté adroitement comme l'effet de la peur. Enfin il ne lui était plus possible de rester sur le trône, ou d'en descendre sans danger.
Déjà et long-temps avant cette époque , l'émigration d'une partie de la noblesse française avait eu lieu : de mode qu'elle était dans le principe, on l'avait vu devenir comme une nécessité , comme un devoir ? dans ce corps privilégié dont la révolution française avait blessé l'amour-propre , offensé les pluscbers intérêts. Les menaces accompagnaient cette fuite sur la terre étrangère ; elles retentissaient jusqu'au sein de Paris, où elles ameutaient toutes les passions contre le monarque qui semblait avoir provoqué réloigncment de sa noblesse. Sans doute il y avait des dangers à courir pour elle, au milieu de la France ; quelle classe de citoyens était alors exempte de périls? Une grande révolution ne peut s'opérer sans troubles, sans orages : c'est le signal du combat pour mille ambitions , pour mille intérêts divers. La patrie demande alors le concours des nobles efforts qui peuvent la sauver \ et des vœux eu des menaces , du sein
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de l'exil, ne peuvent que compromettre son salut. On a envisage' l'émigration sous difierens aspects; chaque parti Ta interprétée à sa manière; mais la saine raison ne traçait-t-elle pas à la noblesse une autre conduite qu'un exil volontaire et stérile pour la cause du roi qu'elle voulait défendre? N'y avait- il pas au moins de l'imprudence à l'abandonner à la fureur des partis 5 et cette désertion extraordinaire n'a-t-elle pas précipité la chute de la monarchie près de de laquelle la noblesse aurait dû se grouper , pour la préserver d'attaques multipliées et sans cesse renaissantes ?
Dès le mois de novembre 1 790 ? des bruits
de l'évasion prochaine de Louis XVI s'étaient
répandus et avaient excité l'alarme générale. Ce
projet conçu peut-être à cette époque, ne pût
être exécuté ? et la surveillance la plus active ?
exercée à l'égard du malheureux roi , dut en
faire ajourner l'exécution. Monsieur , frère de
Louis XVI et maintenant Louis XVIII , eut
sans doute aussi l'intention de quitter la France,
et les mêmes obstacles le forcèrent également
d'attendre des circonstances plus favorables.
Monsieur courut de qrands dangers : une mul-
titude furieuse se porta au palais du Luxem-
bourg; et le prince ne put l'en éloigner, qu'en s'engageant par des promesses à rester à Paris. Un homme de lettres, connu par des compositions agréables , M. le chevalier Lable'e , commandait le poste de la garde nationale au palais du Luxembourg , et , grâce à sa puissante médiation entre le prince et la multitude, Monsieur fut délivré d'un des plus grands périls auxquels il ait été exposé.
Mesdames Victoire et Adélaïde , tantes du roi, étaient presqu'inaperçues à la cour : livrées aux pieux exercices de la religion, elles ne fixaient pas sur elles l'attention publique, et leur fuite ne présentait pas de grandes difficultés. Au mois de février I79I5 elles prirent la résolution de quitter la France et de se retirer à Rome ; elles devaient y séjourner jusqu'à ce que les troubles révolutionnaires eussent cessé. Mais , sorties de France , sans obstacle, elles éprouvèrent en Italie de longues tribulations qui mirent fin à leur existence.
On trouve dans les Mémoires de madame Campan> ouvrage publié récemment, des détails que le lecteur sera satisfait de trouver ici : ils servent à faire mieux connaître le caractère de Mesdames, et madame Campan qui les avait
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vues de près, à la cour de Louis XVI, trace ainsi le tableau de leur éducation :
ce Le cardinal de Fleury qui , à la vérité, eut le mérite de rétablir les finances , poussa ce système d'économie au point d'obtenir du roi de supprimer la maison et l'éducation des quatre dernières princesses. Elles avaient été élevées , comme simples pensionnaires, dans un couvent, à quatre-vingts lieues de la cour. La maison de St.-Cyr eût été plus convenable pour recevoir les filles du roi ; le cardinal partagea probablement quelques-unes de ces préventions qui saitacbent toujours aux plus belles institutions , et qui , depuis la mort de Louis XIV , s'étaient élevées contre le bel établissement de madame de Maintenon. Il aima mieux confier l'éducation de Mesdames à des religieuses de province. Madame Louise m'a souvent répété qu'à douze ans elle n'avait pas encore parcouru la totalité de son alpbabet, et navait appris à lire couramment que depuis son retour a Versailles.
« Madame Victoire attribuait des crises de terreur qu'elle navait pu vaincre, aux violentes frayeurs qu'elle éprouvait à l'abbaye de Fontevrault, toutes les fois qu'on l'envoyait, par pé-
nitence, prier seule dans le caveau où l'on enterrait les religieuses, Aucune prévoyance salutaire n'avait préservé ces princesses des impressions funestes, que la mère la moins instruite sait éloigner de ses enfans.
ce Un jardinier de l'abbaye mourut enragé ; sa demeure extérieure était voisine dune chapelle de l'abbaye où l'on conduisit les princesses pour réciter les prières des agonisans. Les cris du moribond interrompirent plus d'une fois ces prières.
« Les gâteries les plus ridicules se mêlaient à ces pratiques barbares. Madame Adélaïde, l'aînée des princesses , était impérieuse et emportée ; les bonnes religieuses ne cessèrent de céder
à ses ridicules fantaisies Quand Mesdames ,
encore fort jeunes, furent revenues à la cour ? elles jouirent de l'amitié de monsieur le Daupbin, et profitèrent de ses conseils. Elles se lilivrèrent avec ardeur à l'étude, et y consacrèrent presque tout leur temps. Elles parvinrent à écrire correctement le français et à savoir parfaitement fliistoire. Madame Adélaïde , surtout, eut un désir immodéré d'apprendre; elle apprit à jouer de tous les instrumens de musiqne, depuis le cor ( me croira-t-on ) jusqu'à la guim-
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barde. L'italien, l'anglais , les hautes mathématiques, le tour , l'horlogerie, occupèrent successivement les loisirs de ces princesses. Madame Adélaïde avait eu un moment une figure charmante ; mais jamais beauté n'a si promptement disparu que la sienne. Madame Victoire était belle et très -gracieuse; son accueil , son regard, son sourire étaient parfaitement d'accord avec la bonté de son âme. Madame Sophie était d'une rare laideur; je nai jamais vu personne avoir l'air si effarouché ; elle marchait d'une vitesse extrême; et pour reconnaître, sans les regarder, les gens qui se rangeaient sur son passage, elle avait pris l'habitude de voir de côté, à la manière des lièvres. Cette princesse était d'une si grande timidité, qu'il était possible de la voir tous les jours, pendant des années, sans l'entendre prononcer un seul mot.
ce On assurait cependant qu'elle montrait de l'esprit et même de l'amabilité dans la société de quelques dames préférées; elle s'instruisait beaucoup, mais elle lisait seule, la présence d'une lectrice l'eût infiniment gênée. Il y avait pourtant des occasions où cette princesse si sauvage devenait tout-à-coup affable, gracieuse et montrait la bonté la plus communicative. C'é-
tait lorsqu'il faisait de l'orage; elle en avait peur, et tel e'iait son effroi , qu'alors elle s'approchait des personnes les moins considérables; elle leur faisait mille questions obligeantes ; voyait-elle un éclair, elle leur serrait la main; pour un coup de tonnerre , elle les eût embrassées ; mais le beau temps revenu , la princesse reprenait sa roideur, son silence, son air farouche, passait devant tout le monde sans faire attention à personne , jusqu'à ce qu'un nouvel orage vînt lui ramener sa peur et son affabilité. »
Mesdames Adélaïde et Victoire habitaient au mois de février 1791 le château de Bellevue. Tout était préparé pour leur départ : la suite de madame Adélaïde se composait de M. le comte Louis de ÎNarbonne , chevalier d'honneur et de madame la duchesse de Narbonne , sa mère, dame d'honneur. M. le comte de Chastellux , chevalier d'honneur, et madame la comtesse de Chastellux accompagnaient madame Victoire. Monseigneur l'évoque de Pergame, premier aumônier de madame Adélaïde; monseigneur l'évéque d'Evrcux , premier aumônier de madame Victoire, et madame la comtesse Louis de Narbonne , désignés également pour l'accompagner, devaient rejoindre Mesdames à Rome.
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Peu s'en fallut que leur départ ne fut diffère', comme celui de Monsieur : un grand nombre d'habitants de la ville de Taris savancaient du côté de Bcllevue, sans doute pour arrêter Mesdames. Elles en eurent avis, et montèrent en voiture au milieu d'une nuit très-épaisse vers deux heures du matin. A peine avaientelles quitté le château, que le peuple y entra et les personnes attachées au service des princesses éprouvèrent quelques mauvais traitemens. Arrivées à Moret, petite ville près de Fontainebleau , Mesdames furent sur le point d'être arrêtées par un rassemblement nombreux de peuple qui s'opposait avec violence à la continuation de la route ; déjà même les portes de la ville étaient fermées, lorsqu'un olhcicr, qui avait accompagné la voiture dans la forêt de Fontainebleau, parvint à la faire sortir de la ville , après avoir calmé l'effervescence populaire.
Cependant reconnues à Arnay-le-Duc, elles y furent arrêtées. Leur séjour dans cette ville pendant douze jours éprouva le courage et la fermeté des deux princesses. Renfermées a>nleur suite dans la maison du curé, elKs v attendirent le résultat de la démarche du comte deNarbonne, chevalier d'honneur de madame
Adélaïde, auprès de l'assemblée nationale. Enfin , le comte obtint de nouveaux passeports , et les princesses ne rencontrèrent plus d'obstacles jusqu au Pont de Beau-voisin. Des dispositions avaient été' prises par le roi de Sardaigne, pour qu'elles fussent traitées sur leur passage avec tous les honneurs dus à leur illustre naissance.
Trois princes fugitifs se trouvaient alors à la cour de Turin. Le comte d Artois et ses deux fils accueillirent Mesdames avec une joie facile à concevoir. C'est une grande consolation pour l'exile' de rencontrer sur la terre e'trangère des compatriotes . des amis ; mais si Ton y trouve des parens cbe'ris , re'unis par les mêmes malheurs ^ combien le sentiment d'une commune infortune ajoute à la vivacité' d'une ancienne affection ! combien d'épreuves , combien de maux oubliés , au sein de tendres épanchemens , de fraternelles confidences!
Le comte d' Artois veillaitalors à l'éducation des ducs d'Angoulème et de Berry , ses fils , et consacrait aux soins qu'elle exigeait le temps de l'exil. La cour de Turin, grâce a cette réunion de nobles exilés, était très-brillante, et l'espoir d'un meilleur avenir pour la France , adoucis-
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sait les rigueurs d'un e'loignement momentané'. Les émigrés , qui se trouvaient en assez grand nombre dans le Piémont, comptaient beaucoup sur le résultat de la fuite du roi , dont le projet n'e'tait qu'un secret pour la France ,et ils attendaient le signal du retour qui leur semblait trèsprochain.
Aussi Mesdames eurent-elles à résister aux plus vives instances ; on voulaitles retenir à Turin j où elles trouvaient encore leur famille ; mais de pieux devoirs les appelaient à Rome, et après avoir séjourné quelque temps à Parme , où madame Infante j sœur de la reine Marie- Antoinette, les reçut avec toutes sortes de distinction, elles arrivèrent à Rome au moment de la semaine sainte; et le Pape, honorant en elles le malheur, les vertus et la majesté de la couronne de France, leur fit un brillant accueil. Un des plus beaux palais de Rome fut leur demeure, et le pontife leur accorda une garde d'honneur. Mesdames goûtèrent quelques instans de repos dans la capitale du monde chrétien, mais bientôt leur bonheur fut empoisonné par le récit des événemens sinistres qui se succédaient en France avec une incroyable rapidité.
L'arrestation du roi à Varennes. la captivité'
delà famille royale, les atleniats de la guerre civile, les maux de l'anarchie , tout vint à la fois porter dans l'âme de Mesdames le désespoir et l'épouvante. Réfugiées au pied des autels , elles priaient pour leur famille et pour la France. Elles apprirent bientôt la mort de Louis XVI ; celles de Marie-Antoinette et du dauphin. Résignées à un éternel exil , elles fixèrent leur séjour à Rome; leur dévotion et leur bonté les firent adorer du peuple romain, qui leur témoigna son respect et son amour dans plusieurs occasions.
Cependant la victoire avait conduit les armes de la république française au sein de l'Italie. L'appel à la liberté avait été proclamé par les \ainqueurs de l'Europe , et 1 Italie semblait s'être réveillée au souvenir de son antique gloire. Tous les trônes avaient été ébranlés par la chute du trône de Louis X^ I , et le Pape dut prévoir que se puissance , fondée sur la crainte des bulles et des anathèmes , viendrait bientôt échouer contre le glaive des Français. Un héros, Bonaparte , était à leur tête ; il avait renouvelé les prodiges des An n mal et des César; et ni les armées du roi de Naples , ni les innombrables bataillons de V Autriche m- pouvaient préserver la
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capitale du monde chrétien de la domination française.
A Tapproche des troupes françaises, Mesdames se réfugièrent à Albano , à cinq lieues de Rome. Bientôt cet asile nouveau présenta les mêmes dangers : alors Mesdames demandèrent au roi de Naples la permission de se retirer dans ses états. Bonaparte accourait à marches forcées sur Rome ; rien ne pouvait arrêter l'etFort de ses armes. Mesdames vinrent habiter l'ancien palais de Caserte , à côté de celui bâti par le roi Charles III. Le roi et la reine de Naples - oubliant leurs propres infortunes et les maux dont ils étaient menacés, entouraient Mesdames des soins les plus touchans d'une vive amitié et des plus tendres consolations.
Ainsi la cour de Naples leur rappelait quelquefois le brillant Versailles, et le bonheur qu'elles y avaient goûté. Mais quand leurs regards se tournaient vers cette France qu'elles avaient laissée en proie aune double anarchie, vers ce trône brisé, naguères environné de toutes les splendeurs, de toutes les magniiieenecs ; alors les douces illusions de l'espérance s'effaçaient devant de tristes réalités, et souvent Mesdames déploraient l'exil qui les éloignai tdu théâtre de tant
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de maux , parce qu'elles auraient voulu adoucir les peines de la famille royale 3 en les partageant.
Malheureures ! le sort jaloux leur réservait aussi de longues épreuves. Jusqu'ici on les a vues échapper à différens périls , changer plusieurs fois d'asile, et ne trouver que quelques instans de repos : mais leur vie n'a point encore été menacée; la fuite n'a pas été si difficile et si pénible pour elles 5 que les fatigues dussent précipiter la fin de leurs jours. Le chagrin, le désespoir ont sans doute déchiré leur cœur ; elles ont plus souffert en déplorant les infortunes de leurs païens , que de leurs propres malheurs. Maintenant leur héroïque constance, leur inaltérable fermeté vont se déployer à travers des maux sans nombre.
Le royaume de Naples avait été inquiété vers 1798 parle voisinage des troupes françaises qui occupaient les étals romains. Cependant on ne pouvait croire quelles eussent 1 intention d'envahir le territoire napolitain ; leurs forces n'étaient pas assez considérables dans la partie de l'Italie qu'elles occupaient. Une ligue formidable les menaçait dans le nord de cette contrée, et leur petit nombre près du royaume de ]\aples ne pouvait justifier l'armement précipite! du roi qui, à la
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lelc de quarante mille hommes s'avança pour attaquer les Français. Cette expe'dition intempestive coûta cher au monarque napolitain. D'ailleurs ses opérations auraient dû se lier à celles du général russe Suwarow , qui n'était pas encore en mesure ; mais privé de cet appui 5 le roi de Naples osa pénétrer dans les états romains. Le général Mack avait imaginé un plan d'attaque qui ne pouvait guère être exécuté par des troupes napolitaines contre des bataillons français. L'armée du roi de Naples ? divisée en plusieurs colonnes ? devait cerner les petits détachemens français ? et les pousser jusqu'à Terni , où devait avoir lieu leur capitulation.
L'armée française ne s'élevait pas au-dessus de neuf à dix mille hommes , et le roi de Naples avait avec lui quarante mille napolitains. Il n'éprouva aucune résistance jusqu'aux portes de Rome où il fit son entrée triomphale. Mesdames étaient restées à Caserte. Le peuple de Naples se livrait aux plus vifs transports de l'allégresse; mais bientôt des nouvelles alarmantes circulent ; on parle déjà d'échecs éprouvés par les troupes napolitaines. Tout-à-coup le roi de Naples arrive dans la nuit du 12 au l5 décembre à Belvédère , près de Caserte.
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Qu'on juge de l'effroi de Mesdames; le roi de Naples s'e'tait renferme' dans ses appartenons et le gouvernement se taisait sur les événemens qui venaient de se passer. Mesdames e'crivirent au roi 5 qui leur répondit que sa santé n'était point altérée ; quelques heures après , le roi était revenu à Naples.
Mesdames reçurent une lettre de la reine de Naples : elle ne dissimulait aucun des malheurs de son royal époux : l'armée napolitaine avait été vaincue dans toutes les rencontres ; elle fuyait en désordre, et les Français marchaient surJNapies où la famille royale n'était plus en sûreté. La reine voulait se retirer en Sicile ? et elle proposait à Mesdames une retraite dans ce pays } entièrement à l'abri des attaques des troupes françaises. Mesdames virent le roi le i5décembre, et dînèrent avec LL. MM.
La nlus grande agitation régnait à Naples , les partisans des idées nouvelles commençaient à concevoir des espérances d'une prochaine régénération politique. Bientôt les préparatifs du départ delà famille royale confirmèrent les désastres de l'armée napolitaine. On armait des vaisseaux napolitains; les matelots manquaient pour en faire le service. La famille royale était
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réduite au plus violent désespoir. Aucun obstacle ne pouvait empêcher et retarder l'arrivée des Français devant Naples. Une escadre anglaise était dans le port de cette ville et rendait la fuite sûre et facile par mer.
Le roi et la reine de Naples décidèrent que Mesdames les accompagneraient sur le vaisseau qui allait cingler vers la Sicile ; ils les prévinrent que, vu le grand nombre de personnes qui composaient leur suite , ils ne pouvaient recevoir Mesdames qu'avec une ou deux femmes de chambre. Une place était destinée à madame de Chastellux qui s'était dévouée à tous les malheurs de madame Victoire. Lord Nelson qui commandait l'escadre anglaise rassura le comte de Chastellux sur le sort de sa famille, en lui promettant sa protection. Le roi de Naples vint prendre le 17 décembre à Belvédère des papiers importans, et parut moins inquiet. On annonçait que les troupes napolitaines s'étaient ralliées et avaient obtenu quelques avantages sur les Français.
Néanmoins le 18 les effets appartenant à la famille royale et au capitaine général Aelon, étaient emballés devant le peuple ; afflige de ces préparatifs de départ, il s'était porté sous les
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fenêtres du roi , pour le conjurer de ne point abandonner ses sujets à la merci des vainqueurs. Mais le roi comptait peu sur ces vaines protestations d'un zèle qui ne pouvait le de'fendre. Mesdames apprirent que plusieurs personnes de la suite du roi étaient déjà à Lord des vaisseaux portugais qui faisaient partie de l'escadre sous les ordres de l'amiral Nelson : elles s'empressèrent donc d'écrire le 21 à la reine 7 en lui témoignant toutes leurs inquiétudes, et en lui demandant quelles dispositions elles devaient prendre. Elles se trouvaient éloignées de cinq lieues de Naples et de la mer , et il leur fallait traverser, pour s'embarquer ^ une ville livrée au désordre , et où les émigrés français étaient exposés aux plus cruels traitemens : le peuple, aveugle dans son désespoir ? leur attribuait tous les maux de la guerre , et deux d'entre eux avaient échappé avec peine à sa fureur.
La reine de Naples répondit aux princesses quelles ne devaient avoir aucune inquiétude , et sa lettre très-concise leur promettait incessamment des détails sur létat des affaires et sur les moyens d'un départ qui n'offrirait aucun danger; la nouvelle dun échec essuyé par les troupes républicaines ne tarda pas a être dé-
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mentie par la confusion qui régna bientôt à Naples ; on s'attendait à tout moment à voir arriver les Français , et déjà les plus riches habitans avaient abandonné le théâtre de la guerre. Mesdames comptaient toujours sur la promesse de la reine. Le samedi 22 , elles furent averties que le roi et la reine s'étaient embarqués j et un courrier de LL. MM. leur apporta, deux heures après, un message qui ne leur laissa plus de doute sur leur pénible situation. Le roi et la reine les engageaient à s'embarquer dans un autre port que celui de Naples , où l'éloignement du monarque allait faire naître des troubles. Le courrier devait les conduire à Manfrédonia, où elles trouveraient une frégate qui les transporterait à Trieste ou en Sicile , selon leur choix. Cette frégate qui attendait Mesdames à Manfrédonia devait également transporter à Trieste le marquis de Gallo , chargé d'une mission importante près la cour de Vienne.
Mesdames ne balancèrent pas un moment à partir et montèrent en voiture à deux heures du matin. Elles avaient choisi pour séjour la ville de Trieste. Dans le carosse de Mesdames se trouvaient la duchesse de Narbonne , la comtesse et le comte de Chastellux; dans une autre
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voiture étaient la comtesse de Narbonne , mesdemoiselles de Chastellux , monseigneur révêque de Pergame; le médecin et le chirurgien de Mesdames.
A peine était-on éloigné de quelques milles de Caserte , qu'un courrier arrivé de Manfrédonia apporta à Mesdames une lettre du marquis de Gallo , qui les informait que la frégate annoncée par le roi et la reine de Naples venait de quitter le port de Manfrédonia. Il n'était par prudent de revenir sur ses pas ; Naples et son port n'offraient aucune sûreté, Mesdames résolurent donc de continuer leur route. Elles firent écrire, par M. le comte de Chastellux, au capitaine-général Aclon une lettre où elles exposaient leur triste était, et lui faisaientsavoir que le plan de départ arrêté entre elles et leurs Majestés napolitaines ne pouvaient être dérangé, sans qu'elles courussent de grands dangers , à cause du voisinage des troupes françaises , elles suppliaient le capitaine-général de vouloir bien donnerdes ordres pour remplacera Manfrédonia la frégate sur laquelle elles avaient trop compté, par un vaisseau napolitain , anglais ou porlugais. Mesdames continuèrent donc leur route, malgfë l,i rigueur d'un froid excessif. Elle» ne s'ar-
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relaient même pas la nuit, et le 24 la neige tombait avec tant de violence > le vent e'tait si impétueux que les voitures n'avançaient qu'avec les plus grandes difficultés. Enfin, Mesdames arrivèrent le 23 à Manfrédonia ; le marquis de Gallo les y avait préce'de'es.
M. le vice-roi Pignatelli envoya à Mesdames un courrier qui arriva le 7 à Manfrédonia, et proposa verbalement aux princesses de revenir à Naples , pour s'y embarquer. Quel degré de confiance pouvait-on accorder à un tel messager, et les soupçons de Mesdames ne pouvaient-ils pas être jusqu'à un certain point jusiiiiés ? Comment M. le vice-roi Pignatelli pouvait-il conseiller à Mesdames de s'exposera de nouveaux périls, dans une ville telle que Naples, abandonnée par son roi , et où les émigrés ne trouvaient plus d'asile ? D'ailleurs 5 déjà le peuple des campagnes s'était porté à beaucoup d'excès, et les voitures de Mesdames avaient été arrêtées à différentes reprises ? et leur suite avait été insultée ; Mesdames ne pouvaient donc accéder à la proposition du capitaine général.
Pescara, ville voisine de Manfrédonia, venait de tomber au pouvoir des Français. Mesdames prirent le parti de se retirer à Foggia > et elles
étaient sur le point d'y arriver , lorsqu'elles recurent l'avis que les Français menaçaient l'Anbruzze. Il fallut donc retourner à Manfrédonia, mais les Français se dirigeaient sur Naples,et Mesdames retournèrent à Foggia. Le séjour qu'elles y firent leur fut très-pénible ; madame Victoire, dont la santé était déjà fort chancelante, donna de vives inquiétudes. En vain, M. le comte de Chastellux écrivit-il à l'amiral russe Outchakoff qui commandait une escadre dans la mer Adriatique ; la lettre ne putlui parvenir que très-tard : dessollicitations auprès de lord Nelson et du marquis de Nissa, amiral portugais, furent également infructueuses. Ces commandansauxquelsondemandait une frégate pour transporter Mesdames à Trieste, répondirent qu'ils ne pouvaient séparer aucun bâtiment de leurs escadres.
Il fallut donc se décider à se retirera Brindisi ; tout le royaume de Naples était envahi par les troupes françaises. Cependant le médecin de madame Adélaïde avait déclaré le 12 janvier que cette princesse ne pouvait supporter les fatigues d'un voyage précipité. Elle s'arma de courage, et le l5 , malgré son état de souffrance, elle quitta Foggia avec sa sœur. Les princesses s'arrêtèrent à Trani.
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Le 3i janvier elles reçurent une lettre du marquis de Gallo qui leur annonçait la prochaine arrive'e à Brindisi de trois frégates russes. Le 2 fe'vrier on sut que trois frégates , dont deux russes et une turque, étaient dans la rade de Brindisi. Aussitôt Mesdames s'embarquèrent dans un trabaccolo, espèce de bâtiment léger et de petite dimension, dont se servent les habitans des côtes de la mer Adriatique. Le trabaccolo n'a guères que trois pieds et demi de hauteur dans son entrepont. Il était nuit lorsque Mesdames s'embarquèrent ; et le vent étant favorable permit de faire très-vite quarante milles; mais le vent changea , la mer devint houleuse et le bâtiment dériva un peu. Le pilote voulut envahi aborder à un petit port qui se trouvait sur la route, mais le vent contrariait ses manœuvres, et ce fut avec beaucoup d'e peine , et non sans avoir échappé à beaucoup de dangers , que l'on put mouiller à Mola di Bari , qui esta quinze milles de Bari. Bari était alors dans un état de trouble difficile à décrire. Deux partis s'y livraient de meurtriers combats, et de la Mola di Bari on pouvait distinguer les flammes de lincendie qui dévorait plusieurs maisons de la ville. Le trabaccolo était obligé de se tenir au large ,
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pour éviter d'être arrêté et pillé. Pour surcroît d'embarras la rade ne présentait que peu de fond , et la frêle embarcation faillit à plusieurs reprises d'être submergée. Le patron du bâtiment vint tout enrayé déclarera Mesdames qu'il était forcé de relâcher à Bari; mais fort heureusement le vent devint si favorable qu'en neuf heures le bâtiment fit soixante milles, et le 6 février entra dans la rade de Brindisi ; mais les frégates russes et le marquis de Gallo en étaient partis le 3. Cette ville était encore soumise au roi de Naples, mais tout annonçait qu'elle cesserait bientôt de lui appartenir. Mesdames aimaient encore mieux s'exposer aux chances d'une hazardeuse navigation, que de se trouver dans une ville occupée par des Français. C'était un préjugé de rémigration de croire que le soldat français avait perdu sa générosité et ses vertus sous l'étendard tricolore ; et cependant jamais les fastes militaires de la France offrirent- ils autant d'exemples du plus noble héroïsme, que dans ces temps où le glaive de nos guerriers s'illustrait partant de victoires. Un écrivain dont on n'accusera pas ici la partialité, a dit que pendant la révolution Vhonneur Français s'était réfugié dans les camps. Mesdames auraient sans
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doute trouvé une protection généreuse auprès des Français , et même n'auraient pas eu besoin de l'invoquer.
Elles se préparèrent donc à quitter Brindisi avant son occupation par les troupes françaises. Un trabaccolo devait encore les conduire à Trieste : les fatigues sans nombre qu'il fallait essuyer dans une traversée qui devait être longue ne les arrêtaient pas. Mais une frégate russe envoyée par l'amiral Outchakofl, avec une polacre portant pavillon turc, arriva à Brindisi le 5 mars# Les Français n'avaient pas envoyé de détachement dans cette ville , trop éloignée de Naples. Les vents contrarièrent jusqu'au l51e départ de l'embarcation. La santé de madame Victoire souffrit beaucoup de ce délai , et elle éprouva des vomissemens continuels.
La frégate russe et la polacre turque sortirent le i5 mars de la rade de Brindisi. Une tempête s'éleva dans la soirée du 16 et dura jusqu'au 18. La frégate qui portait Mesdames se trouvait alors près des cotes d'Albanie. Les efieis du roulis du bâtiment étaient si violens que les cordages qui attachaient les canons dans la chambre de poupe, où se trouvaient Mesdames , ne pouvaient les retenir, et à chaque secousse on craignait que
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quelques personnes fussent écrasées. Le 19 la frégate fat approchée par un vaisseau de 74» A huit heures du matin ce vaisseau arbora un pavillon napolitain; mais tout portait a croire qu'il voulait donner le change à la frégate sur sa manœuvre. Il suivait le bâtiment russe 5 et se trouvant, à la pointe du jour, près delà frégate . il avait tiré quelques coups de canon auxquels elle avait répondu; mais les signaux n'avaient pas été compris de part et d'autre. Il fallut se préparer au combat : Mesdames furent obligées de descendre à fond de cale. Madame Victoire ne quittait plus son lit de uis long-temps, et cependant elle se leva avec courage et suivit sa sœur C'est peut-être celte circonstance qui hâta la fin de sa vie.
Le chevalier Baylie , qui commandait la frégate russe j aurait vouln cependant éviter le combat ; il ne pouvait opooser au feu du vaisseau de 74 (jue trente-six canons , dont dix-huit de six livres. Le vaisseau fit mine de lui donner la chasse, et le quitta brusquement. Cn croyait d'abord que ce bâtiment était le Généreux, vaisseau français sorti de Gorfou , dans les premiers jours de février, et qui s'était réfugié à Ancùne. On sut depuis que c'était un vaisseau
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portugais de l'escadre de l'amiral de Nissa. La frégate russe, délivrée d'un voisin qu'on croyait si dangereux, alla, vent arrière, mouiller dans le golfe de Durazzo, pour se mettre à l'abri sous les batteries de la ville. Elle resta dans le golfe jusqu'au 24 mars ; Enfin le 28 elle entra daus la rade de Corfou.
L'amiral Outchakoff , qui s'y trouvait avec l'escadre russe , vint à bord de la frégate où se trouvaient Mesdames, et les complimenta au nom de son souverain , et fit préparer, pour loger les princesses , le palais de l'archevêque , situé dans un des plus beaux quartiers de Corfou. La ville, autrefois si brillante par son commerce et la magnificence de ses édifices, attestait alors les ravages d'une guerre récente; deux faubourgs et un quartier n'offraient plus que des ruines. Le séjour de Mesdames à Corfou ne fut marqué par aucun événement extraordinaire ; elles y furent constamment l'objet des distinctions et des hommages des autorités et des respects de la population.
Cependant elles devaient se rendre à Trieste, et les arrangemens qu'elles prirent avec les commandansdes forces navales qui se trouvaient dans la rade de Corfou, leur aplanirent toutes les
Ilg RELATION DU VOYAGE
difficultés du nouveau voyage. Elles avaient demande' une escorte : le capitaine du vaisseau portugais pre'tendait qu'à lui seul appartenait l'honneur de conduire Mesdames à Trieste , puisque tel avait étélebut de la mission dont l'amiral N elson l'avait chargé. Mesdames soumirent cette question singulière à l'amiral Outchakoff; celuici de'cida que l'honneur réclamé par le capitaine portugais devait être partage' par le pavillon russe et deux frégates russes de 5o canons furent jointes au vaisseau portugais.
Une manquait plus rien pourassurer le transport de Mesdames et de leur suite à Trieste. Elles allaient donc enfin, après tant de fatigues et de dangers , jouir de quelques instans de repos. Mais l'altération sensible de la santé de madame Victoire empoisonna la joie du départ, et ne laissa bientôt plus d'espérance. Le trajet, fait sur le Trabaccolo, avait jeté dans son sein le germe du mal qui devait la précipiter au tombeau. Les vomissemens dont elle avait été incommodée pendant la traversée, avaient redoublé de violence. M. Lavite, son médecin , avait remarqué des taches de scorbut aux jambes, lorsque la frégate russe se trouvait dans le golfe deDurazzo. On avait espéré que le séjour à Cor-
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fou rétablirait les forces de madame Victoire, mais le mal empirait; elle reçut même les sacremens le 20 avril. Cependant la malade éprouva une crise salutaire, et M. Lavite crut Madame hors de danger. Peut-être quelques jours de plus à Corfou auraient justifie' les espérances de M. Lavite; mais le commodore Stone pressait lede'part de Mesdames ; il fallait quil retournât incessamment dans fes eaux de la Sicile. Enfin, M. Lavite déclara le premier mai, que Madame était en état de partir, et qu'elle partirait Je 6; et madame \ ictoire s'embarqua sur le vaisseau la Reine de Portugal. Mais à peine avait-on fait quelques milles, que les enflures reparurent au jambes, et, malgré tousles soins, tous les remèdes de M. Lavite, elles ne disparurent quau moment delà mort.
Le temps fut très - beau pendant toute la traversée , et le 18 au soir, le vaisseau portugais mouilla à peu de distance de Trieste. Un coup de vent très-violent empêcha qu'on jetât fancre tout de suite , et força de replier les voiles ; mais le lendemain à neuf heures du matin, on entrrt dans la rade de Trieste. M. le comte de Brigido, gouverneur de la ville , s'empressa de présenter ses hommages à mesdames. Mais il ne monta
pas dans le vaisseau qui fut soumis à quatorze jours de quarantaine. Madame Victoire était plus faible encore , et les enflures rendaient son état presque désespéré. Mesdames trouvèrent, en arrivant à Trieste, des dépêches qui leur annonçaient que l'empereur d Autricheavait désigné pour leur résidence la ville d'Agram en Croatie.
Hélas! mesdames ne de\aienfcpas profiter de cebienfait. Madame Victoire, peu de joursaprès Bon arrivée à Trieste, sentit redoubler ses souffrances ; on redoutait déjà la gangrène : les efforts de M. Lavite et des plus babiles médecins de Trieste , appelés en consultation , furent impuissans. Elle pressentit sa fin prochaine et son courage augmenta à mesure que ses forces diminuaient. Ses derniers momens furent consacrés à l'accomplissement des devoirs religieux , elle expira dans les bras de lévêque de Moulins entourée de ses iidèles serviteurs, qui arrosaient de larmes son lit de mort. Elle fut enterrée dans la cathédrale de Trieste avec tous les honneurs dûs à son rang; sou cercueil fut porté par des émigrés français, et le peuple de Trieste associa son deuil à la pompe de cette lugubre cérémonie. Madame Adélaïde ne survécut que peu de
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temps à sa sœur che'rie ; elle mourut à Trieste , et fut ensevelie également dans la cathe'drale de Trieste. En 1814, quand S. M. Louis XVIII remonta sur le trône de ses rjères , monseigneur l'évêque de Moulins fut envoyé par son ordre à Trieste, pour re'clamer les dépouilles mortelles de Mesdames. Une frégate française les amena au port de Toulon , d'où elles furent transportées à Saint Denis.