DE LA FORME DES SCEAUX
Il n'y a, à proprement parler, que deux formes essentielles des sceaux, la forme ronde et la forme ogivale. Toutes les autres , telles que les formes carrées , triangulaires, en pentagone, en hexagone, jen trèfle, en poire, etc. sont très-rares et purement de caprice. Nous citerons le sceau de l'abbaye de Tournus , qui a la forme d'une fenêtre en plein cintre ^K Nous excepterons pourtant les sceaux en forme d'écu arrondi , qui sont communs dans le midi de la France et dans la Navarre, et les sceaux triangulaires, comme l'écu qu'ils
' JJ 59, pièce 63. — = J 726, n° 44. — ' J 726, n° 43. — * J 726, n" 45 et 46. — ' J gSa. — « J i53, n° 17. — ' J 4og, n° 5o. — ' KK i355, fol. 66. — » S a235, n° 1. — >» J 326, q° 9. — " J 345, n° i3o. En 1275, Hélouin de Cisoing, chevalier, se sert pour contresceau d'une matrice ayant la forme d'une rose hexagone (n° 1985).
TIRES DE LA COLLECTION
embrassent, que l'on trouve plus particulièrement dans le nord. La forme en losange n'est pas trèsrare. Juhel, seigneur de Mayenne, en i 2 i/i*; Mabile de Boves , dame de Fécamp , en 1299^; Aimar IV de Poitiers, comte de Valentinois, en 1294^, avaient des sceaux de cette sorte. Quant à la forme ovale, elle est, ou très-ancienne ou très-moderne. A partir du xvi' siècle, elle devient habituelle pour les sceaux ecclésiastiques. Des deux formes que nous admettons seules comme caractéristiques, la forme ronde est presque toujours celle des sceaux laïques, et la forme ogivale celle des sceaux ecclésiastiques et des sceaux de femmes. Les exceptions sont rares, principalement dans la classe des sceaux laïques; car, si l'on rencontre assez souvent la forme ronde pour les sceaux ecclésiastiques ou pour ceux des femmes, le contraire n'a guère lieu quant aux sceaux laïques*. Il n'est pas inutile d'observer ici que cette forme ogivale, qui dans les premiers temps est tellement surbaissée qu'elle se rapproche beaucoup de l'ovale, tend constamment à s'allonger. Cela se voit bien à une charte de l'an 1261, émanée de l'abbé du Chaage, au diocèse de Meaux. Deux sceaux de cire verte y sont appendus, celui de l'abbé est d'un ogival fort allongé, tandis que celui de l'abbaye, qui est d'une époque beaucoup plus ancienne que la charte, est aussi d'un ogival sensiblement surbaissé^. C'est donc là un caractère d'antiquité.
La dimension des sceaux n'est pas à négliger dans leur examen. En thèse générale, la grandeur du sceau indique son importance. Les sceaux royaux ont toujours été plus grands que ceux de la noblesse; les sceaux des villes, que ceux des juridictions; les sceaux des abbés et des monastères, que ceux des offices claustraux; les sceaux de la noblesse, que ceux des bourgeois, des artisans et des habitants des campagnes. Pour la noblesse principalement, cette différence dans la dimension des sceaux est, dans beaucoup
de cas, marquée d'une manière très-significative, et paraît obéir à des conventions de préséance. A une charte de l'an 12 45, scellée par Guillaume, Gui et Jean de Dampierrc, les dimensions sont de 55 , 45 et 33 millimètres''. En 1289, le comte de Saint-Pol et ses deux frères apposent à une même charte leurs sceaux, qui sont dans la proportion de 80, 5o el 4o millimètres^. C'est ainsi encore que le sceau d'Otlon IV, duc de Bourgogne, apposé à une charte de l'an 1294, a 80 millimètres de diaqiètre, tandis que celui de son frère, Hugues de Bourgogne, n'en a que 5o *.