DES DIFFÉRENTS NOMS DES SCEAUX
On a donné aux sceaux un grand nombre de noms différents. On les a appelés sceaux plaqués et sceaux pendants, grands sceaux, moyens et petits sceaux, sceaux secrets ou du secret, sceaux publics, sceaux communs, etc. Quant aux sceaux eux-mêmes, ils ne nous offrent, en général, que les appellations de sigillum et bulla en latin, et seel en français. On trouve encore, mais rarement, signum. Nous croyons que l'on peut adopter la nomenclature suivante : bulle, pour tous les sceaux de métal, et, quant aux sceaux
' J 3ii,n° 6I1.— ' S lioli,n°3S. — ' J 261,11"' 45. — ' S 6960,11'' i3.— ■■ L821. — ' S 2127, n° i5. — ' S 2288, n° 2.
xxMu ELEMENTS DE SI
de cire, sceau de majesté, pour les rois et empereurs représentés assis; sceau équestre et sceau armoriai pour la noblesse, et sceau secret et signet pour désigner tout petit sceau qui n'est ni équestre ni armoriai. 11 y a néanmoins une distinction capitale à faire entre les sceaux ordinaires et les sceaux aux causes, qui sont ceux des juridictions ordinaires; les sceaux doubles, qui peuvent s'entendre, soit d'un sceau ayant servi à deux personnes à la fois, soit d'un sceau qui appartient à une personne par sa face, et à une autre par son revers, et enfin les sous-sceaux, c'est-à-dire ceux que l'on trouve quelquefois suspendus au bas d'autres sceaux. Indépendamment de leurs sceaux ordinaires, les évêques ont employé parfois une sorte particulière de sceaux appelés sceaux de la chambre. On n'emploiera ici que les termes bien précis de sceau de majesté, sceau équestre, sceau armorud, sceau secret et signet.
Les sceaux plaqués, par leur nature même, qui est d'adhérer au papyrus, au parchemin ou au papier, ne pouvaient présenter qu'une face; mais dès qu'on leur a substitué des sceaux pendants, on a pu leur imprimer au dos une image quelconque, et c'est une idée qui est bientôt venue. Soit, comme on l'a dit, aiin de rendre la falsification du sceau plus difficile, ce qui est vrai, soit pour toute autre cause, mais non pas pourtant , ainsi qu'on l'a prétendu à tort , pour donner au sceau plus d'authenticité; car en quoi le sceau d'un évêque , par exemple , qui offrait son effigie et son nom, aurait-il été plus authentique parce qu'il portait au dos une image quelconque accompagnée d'un mot de prière? Le sceau du Châtelet se trouvait à son origine, et avec raison, assez authentique avec sa seule fleur de lys, si évidemment significative. Aussi n'est-ce que plus tard, et lorsque les contre-sceaux ont été de mode , qu'il en a pris un. Suivant nous , le contre-sceau aura été imaginé par le désir d'ajouter quelque chose de plus à la personnalité déjà si marquée sur le sceau lui-même. Voyez le premier roi qui s'en est servi, Louis Vil; il avait son sceau de majesté,
GILLOGRAPHIE
qui lui suffisait comme à tous ses prédécesseurs; mais il devient duc d'Aquitaine par son mariage avec Eléonore , dès lors il sent le besoin de se montrer au monde sous un nouvel aspect. La face de son sceau nous le représente assis sur son trône; mais, sur son contre-sceau, il en descend pour ainsi dire, et monte à cheval, comme pour prendre possession de son duché d'Aquitaine. L'analogue a lieu pour Guillaume le Conquérant : sur la face, c'est le duc de Normandie, et il est à cheval; sur le revers, c'est le nouveau roi d'Angleterre, et il est sur son trône. Ou nous nous trompons fort, ou ces deux exemples insignes ont diî faire de bonne heure la fortune des contre-sceaux; ainsi voyons-nous la noblesse s'empresser à l'envi de les adopter. Quoi qu'il en soit, au reste, de l'origine et de l'usage des contre-sceaux, cette innovation a grandement servi l'étude du passé. Combien de sceaux, en effet, ne nous sont parvenus que dans un état de dégradation presque complet , tandis que les contre-sceaux se présentent presque toujours sains et entiers à notre examen. Il est vrai de dire que malheureusement ils n'offrent à l'étude que des éléments bien moins utiles que ceux des sceaux. Toutefois, pour les sceaux de la noblesse en particulier, on en peut tirer des indications précieuses, comme nous le montrerons plus loin.
Un usage qui se rattache en quelque sorte au contre-sceau et qui a été très-pratiqué , principalement en Allemagne , consistait à imprimer la marque des doigts sur la cire du dos du sceau. Ce qui est bien moins connu, c'est de voir le dos du sceau recevoir une gravure qui pourtant n'est nullement un contre-sceau. Les Archives de l'Empire offrent un exemple , peut-être unique , de cette singularité. C'est un sceau d'Eustache de Lévis, archevêque d'Arles, de l'an i ^79 (ogival, de 9 8 millimètres de hauteur), qui a au dos des arabesques gravées, sans aucune légende, et de pure convention '.
DE LA PRÉSÉAiSCE DU SCEAU.
La place qu'occupaient les sceaux au bas des actes , en d'autres termes la préséance du sceau , n'est pas un point sans importance. En général , la place d'honneur
TIRES DE LA COLLECTION
est à gauche de la charte. Dans un accord entre le comte de Biois et l'Hôtel-Dieu de Châteaudun , on lit : K Avons scellées ces lettres, c'est assavoir, nous, conte, de nostre grant séel, mis en la première queue, etc.' Une charte de l'an 1286, de Guillaume de Sainte-Croix, chevalier, est scellée de quatre sceaux, dans cet ordre : à gauche, le sien, suivi de celui de sa femme; puis celui de son fds aîné, et enfin celui de son second fils 2. Un traité entre la noblesse de Bourgogne et le roi, de l'an i3oi, est scellé de treize sceaux, qui viennent dans cet ordre , de gauche à droite : Jean de Châlon, sire d'Arlay; Renaud, comte de Montbéliard; Jean de Bourgogne; Jean de Montfaucon; Gauthier de Montfaucon; Jeaji, seigneur de Faucogney; Thibaut de Neuchâtel; Imbert, sire de Clairvaux; Gauthier de Ghâleauvillain ; Eudes, sire de Montferrant; Eudes, sire de Coucondroy; Jean, sire de Plagie, et, en dernier, un écuyer nommé Jean de Jou ^. Cependant, le plus ordinairement, quand il y avait trois sceaux ou plus à un acte, la place d'honneur était au milieu. C'est ce qu'on voit à une charte de l'an 121a, où Blanche de Navarre, comtesse de Champagne règle, avec le consentement de ses barons, ce qui concerne la succession féodale des filles , et les duels. La pièce était scellée de trente-quatre sceaux, dont il ne reste plus que les attaches et les noms, inscrits sur le repli. Or le sceau de la comtesse se trouve au milieu '. Dans une charte de l'an 1268, où la commune de Provins accorde un subside à Thibaut V, roi de Navarre et comte de Champagne, charte qui était scellée de cinq sceaux, dont trois subsistent encore, celui de la commune occupe le milieu ^. Mais l'exemple le plus remarquable de la préséance du sceau se trouve à cette ordonnance de saint Louis, dont nous avons déjà parlé. Voici les noms des grands barons dans l'ordre où on les lit dans la pièce : ^Philippus, cornes Bolonie ; «Theobaldus, comes Campanie; Hugo, comes Mar- «chie; Hugo, dux Burgundie ; Amaurricus, comes R Montisfortis , Francie constabularius ; Robertus de «< Curtiniaco , Francie buticularius ; Henricus, comes «Barri; Hugo, comes Sancti-Pauli; Radull'us, comes
wAugi; Johannes , comes Cabilonensis ; Guillelmus . Rvicecomes Lemovicensis ; Ingerrannus de Cociaco: «Archambaudus de Borbon; Guillelmus de Dompnowpetra; Guido de Dompnopetro; Johannes de Nigella: ?ç Guillelmus de Vergiaco. » 11 est curieux de voir l'ordre dans lequel tous ces grands seigneurs vont se placer autour du roi , au bas et sur les côtés de la charte en question. Le sceau du roi occupe le milieu du bas de la pièce. A sa droite, viennent les sceaux de Thibaut, comte de Champagne; de Hugues IV, duc de Bourgogne, et d'Amauri de Montfort, connétable de France. Puis, en montant au côté droit de la charte, ceux de Raoul d'issoudun, fils du comte d'Eu; de Hugues de Châtillon, comte de Saint-Pol; de Guillaume de Linières; d'Archambaud de Bourbon; de Jean de Braine et de Guillaume de Dampierre. A la gauche du sceau •royal, se présente d'abord celui de Philippe, comte de Boulogne; puis successivement, dans un ordre analogue à celui du côté droit, les sceaux de Hugues, comte de la Marche; de Robert de Courtenai, bouteil- 1er de France; de Henri, comte de Bar; de Jean, comte de Châtillon ; d'Erard de Braine , seigneur de Rameru, et de Gui de Dampierre'^'. Nous citerons encore, comme dernier exemple de la préséance du sceau, une vente faite l'an 1271, par un bourgeois de la Rochelle à un seigneur nommé Hugues d'Allemagne. Cette vente, qui transférait une rente sur le grand fief d'Aunis, est scellée de quatre sceaux. Le premier est celui de l'archidiacre d'Aunis; le second, celui de la ville de la Rochelle; le troisième, celui de Pierre d'Allemagne , et le (juatrième , celui de Hugues d'Allemagne. Comme la charte nous apprend qu'ils étaient frères , l'ordre des sceaux nous montre que Pierre était l'aîné \