‹ Collection de sceauxChapitre 15 sur 1543 · DU CHANGEMEINT DU SCEAU · texte numérisé non relu

DU CHANGEMEINT DU SCEAU

Le caractère tout personnel du sceau faisait que le possesseur était obligé d'en changer quand il venait lui-même à changer d'état. Lorsque en lalik Marguerite II, dite de Constantinoph , fille puînée de Baudouin IX, comte de Flandre, devint à son tour comtesse de Flandre par la mort de sa sœur aînée, elle promit au roi saint Louis de lui renouveler et de sceller de son nouveau sceau , comme comtesse de Flandre , les lettres des conventions passées entre eux qu'elle lui avait déjà données. Les termes de son engagement portent : r Ego Margareta , Flandrie et Hanonie Kcomitissa. Notum facio universis ad quos présentes «littere pervenerint, quod quando ego fidelitatem feci «karissimo domino meo Ludovico, régi Francorum tillustri, pro comitatu Flandrie, conventiones quas «habui cum eo, cum adhuc sigilluni novum non ha- «bebam , sigillavi, illas autem litteras omnes quas si- «gillo predicto sigillavi tcneor, infra instantem Puri- «ficationem béate Marie, sigillo meo novo comitatus '^ Flandrie sigillare -. «

Voici maintenant un acte qui confirme , ce qu'avaient bien établi les diplomatistes, qu'on changeait de sceau lorsqu'on était fait chevalier; c'est une charte de l'an ia38, où Erard de Saint-Remi, en considération de ce que Thibaut IV, roi de Navarre et comte de Champagne, a renoncé à toute juridiction sur les hommes de sa terre de Saint-Remi et de Chap[)e, s'engage à faire trois mois de garde dans la forteresse de Sainte-

Menehould : «In cujus rei testimonium présentes litte- «ras fieri volui, et cum miles ero et sigillum meum «renovavero, tradam dicto domino meo, vel heredi «ejus, litteras meas ejusdem forme et tenoris consismilis, sigillo meo roboratas ^. n En 12/16, un noble, récemment fait chevalier, suspend à une charte émanée de lui avant sa nouvelle dignité son sceau comme chevalier, avec un petit carré de parchemin en forme de charte, contenant ces mots : «Hec est impressio Kuovi sigilli Henrici de Mota, militis, perhibens testi- « monium presenti carte , sigillo veteri prefati militis « sigillate *. n

Un cas des plus remarquables du changement de sceau , qui a été signalé par M. de Wailly^, est celuici : Raimond-Roger dit Trencavel, vicomte de Béziers, captif de Simon de Montfort, mourut dans sa prison le 10 novembre 1209®. D'après dom Vaissette, il laissa d'Agnès de Montpellier, sa femme, un fils unique nommé Raimond Trencavel. Nous remarquerons en passant que ce nom d'Agnès ne s'accorde pas avec les actes; car on a une charte du fils, de l'an 1 2 1 1 , où il désigne sa mère par l'initiale S, dont on ne saurait faire Agnès : kR. Trencavellus, filius quon- « dam R. Trencavelli et S. uxoris cjus ''. 5) Quoi qu'il en soit du nom de sa mère, ce qu'il y a de certain, c'est qu'en isàj Trencavel, enveloppé dans la disgrâce de Raimond VII, comte de Toulouse, fut contraint d'abandonner au roi saint Louis, non-seulement sa vicomte de Béziers, mais encore tout ce quil pouvait prétendre dans les diocèses de Béziers, Carcassonne, Toulouse, Albi, Agde, Lodève, Nîmes el Maguelonne. Il y a au Trésor des chartes deux actes relatifs à cette cession. Le premier commence ainsi : wPateat universis quod nos Trencavellus, vicecomes '^quondam Bitteris et Carcassone, et filius quondam " Raimundi Rogerii , vicecomitis quondam Bitterensis

R et Carcassonnensis , confitemur , etc " — « Actuni

«fuit hoc apud Biterrim, in piano sancti Fclicis juxta «ecclesiam, anno nativitatis Domini millesimo ducenn tesimo quadragesimo septimo, septinio idus aprilis. " (7 avril- 12/17.) ^ *^*^*^ ^'^'^ ^^' appendu sur cordon-

' Tr. des Ch. reg. coté JJ 56, pièce 85. — = .1 538, n" 6. — ^ J 197, n° hU. - ^ Dom Vaissette, Hisl du Languedoc, t. III, p. i83. — ' J 8go, n° 3.

L 1 i/i6. — ' Élément» de Paléogi-aphie , I. II, [j.

ÉLÉMENTS DE SIGILLOGRAPHIE

nets de soie verte un sceau rond en cire jaune, de 8 millimètres de diamètre, dont il nian(jue aujourd'hui environ le quart. Sur la face , Trencavel est représenté à cheval, armé de toutes pièces, l'épée haute et galopant à gauche. Le houclier et la housse du cheval sont à ses armes. C'est un fascé de six pièces, dont trois d'hermines'. Ce qui reste de la légende porte : * S : SIHDIT V6LLI : VIOE : COÎIIITI :

BITeR6HSIS : GT : D G SigiUum Sindit-

velli vicecomitis Bilerensis et doininus Carcassone , oii le mot SinditveUi est la traduction de Trencavel. Au revers, même légende et même représentation qu'à la face, si ce n'est que la masse d'armes y remplace l'épée ■-. On ne se contenta pas d'arracher à l'infortuné Trencavel cette première cession , car, trois mois plus tard , on le fait venir à Paris , où , non-seulement on lui retire de nouveau sa seigneurie , on lui en ôte encore l'emhlème , en le forçant à hriser son sceau comme vicomte de Béziers. C'est ce qu'on voit par la seconde pièce, qui porte : aUniversis présentes littet^ras inspecturis, Trencavellus, dictus vicecomes Bytertrensis, salutem. Noveritis quod nos quitavimus, etc. " — «^ In quorum omnium testimonium et perpetuamfîr- «mitatem, présentes litteras sigillo nostro, quo ute- (^bamur quando dicehamur vicecomes Biterris, nec ^non et iiovo sigillo nostro fecimus sigillari. Quibus wsigillatis, predictum primum sigillum cum confrasit^gillo quo tune similiter utebanmr, fecimus cassari et o-frangi totaliter, in presenlia sepedicli domini nostri «régis, ad majorem securitatem omnium predictorum. <^Actum Parisius, anno Domini M" CC° quadragesimo «septimo, mense octobris ^. » Sur le repli de cette charte il y a quatre trous rapprochés deux à deux. Les deux de gauche (la place honorable) servent à passer un cordonnet de soie rouge qui retient encore un très-faible fragment de sceau de cire jaune , mais où , grâce au détail de la masse d'armes du revers , on reconnaît parfaitement le sceau que nous avons décrit plus haut. Les deux trous à droite sont vides, et n'ont peut-être jamais eu d'emploi. Toutefois , à une date trèsrapprochée, puisque c'est à une charte de l'an 12/18,

nous avons ce nouveau sceau de Trencavel. C'est un sceau armoriai, en cire jaune, sur simple queue, d'environ ào millimètres de diamètre. Il porte un écu fascé de six pièces, dont trois de vair. La légende n'a

plus que : * SI6I flVeLLI t^ Sigillum Trenca-

f. velli".7î

On lit dans l'Amplissima collectio de doni Martenne (col. 1067-1068) qu'en laaB l'université de Paris se fit faire un sceau, mais que les chanoines de Notre- Dame de Paris le firent briser par le légat, comme attentatoire à leurs droits. En 1289, le chapitre de Reims déclare que, treize ans auparavant, l'archevêque de Reims avait fait briser sur la margelle d'un puits la matrice du sceau du chapitre, laquelle était d'or ou d'ivoire, et en avait fait faire une autre ^.

L'usage de briser les sceaux à la mort du possesseur paraît avoir été général , au moins dans les monastères. Voici comment les choses se passaient au monastère de Saint-Alban , au comté d'Herford , en Angleterre. A la mort de l'abbé, son grand sceau était mis sous le scellé jusqu'au jour de ses funérailles. Ce jour-là, après la grand'niesse, on le portait devant le grand autel, et là on le brisait : t^Defuncto abbate, «prout mos exigit nostri monasterii, sigillum ejus ma- K gnum in quodam loculo reponendum est cum sigillé lis suis minoribus; cum sigillo communi signabilur «custodiendum usque ad diem sepulturœ suae. Quo K quidam die, coram omni populo, post missam ma- «jorem ante altare proferendum est, cum niarlello ttconfringendum. In Prioris vero magni dispositione R constat quod de aliis sigillis suis sit agendum '"'. » En 12 55, Marguerite de Sargines, abbesse de Montivilliers, étant morte, la prieure écrit au roi afin de lui demander, pour ses religieuses, la permission d'élire une nouvelle abbesse , et elle scella du sceau de l'abbesse défunte avant qu'il fût brisé : «Quia vero non Kconsuevimus habere sigillum, imo semper sigillo ■^nostre abbalisse utimur; sigillum dicte M. antequani « fractum fuisset, una cum sigillo decani nostri presens tibus litteris apponi fecimus ^. t>

On sait que les religieuses du prieuré de la Saus-

' là elles pourraient être confondues avec le vair; mais elles se distinguent fort bien à une autre pièce du Trésor des chartes (J 385, n" 8). — ' J 295, n° 11. — ' J 295, n" 12. — * J ag5, n° 12 bis. — * Documents hiédils , extraits des Archives et Bibliothèques , I. I, p. 356. — » Monasticon Anglicamim. Londres , 1819, in-fol. t. II, p. 286. — ' J 3/i5, n° tli'i.

TIRES DE LA COLLECTION

.saie, près Villejuif, jouissaient du singulier privilège d'hériter des sceaux royaux à la mort du roi. François Duchesne a cité à l'appui de ce fait, dans la préface de son Histoire des chanceliers, une pièce d'autant plus curieuse, qu'on y trouve en même temps l'énumération des sceaux royaux en usage à l'époque dont il s'agit. C'est une quittance donnée par la prieure de la Saussaie à la Chambre des comptes, pour wles «sceaux d'or et d'argent avec les chaisnes-, tous cassés, «demeurés du trespassement du roy Charles nostre «sire, derrenièrement trespassé. Ce est assavoir : les «deux sceaux du secret, l'un d'or et l'autre d'argent, «avec les chaisnes. Item, le grand seel de la chancel- « lerie , avecques le contre-seel , les chaisnes et le coffre «en quoy on le mettoit. Item, le seel et contre-seel «des Grands jours de Troyes, avecf|ues la chaisne. «Item, le seel, contre-seel, à tout la chaisne, de l'E- «chiquier de Rouen, tous d'argent. Lesquelles choses «nous appartiennent à cause des droits que nous « avons acoustumé de prendre en la cour du roy nostre «sire, à cause de nostre fondation royale ^»

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