‹ Collection de sceauxChapitre 26 sur 1543 · V. - TYPE ECCLESIASTIQUE · texte numérisé non relu

V. - TYPE ECCLESIASTIQUE

.Nous entendons par type ecclésiastique celui où les sceaux représentent un membre quelconque du clergé séculier, tel qu'un cardinal, un archevêque, un évéque , un chanoine, etc. ou du clergé régulier, tel qu'un abbé, un prieur, etc. Nous y comprenons encore tous les sceaux où l'on voit des calices, des croix, des crosses et autres objets à l'usage du culte. Ainsi la première de ces deux catégories s'applique spécialement au costume, et la seconde, au mobilier. Quant aux autres sceaux ecclésiastiques, très-nombreux, qui offrent différentes représentations du Christ , de la Vierge et des saints , nous en formerons un type à part : le type légendaire.

Les sceaux des cardinaux, des archevêques et des évêques offrent des représentations très-semblables, en sorte que ce que l'on dit des uns peut s'appliquer aux autres. L'ordre successif dans la représentation des personnages ecclésiastiques est celui-ci : en buste, assis, debout. La représentation en buste a dû être la plus ancienne. Mathieu, cardinal d'Albano (ii25 à 11 35)'; Ives, cardinal de Saint-Damase (ii3o- 1 1 hS)'-, ont de ces sortes de sceaux. On en trouve aussi parmi les évêques , par exemple Alain , évêque de Rennes, en ii53^, et Arnoul, évêque de Lisieux, en 1 1 70 *. A la vérité, le plus ancien sceau de prélat de la collection, de beaucoup antérieur aux sceaux que nous venons de citer, est à représentation assise. C'est le sceau de Richard, archevêque de Rourges, de l'an 1067. Il est rond, de 53 millimètres de diamètre, en cire jaune, et appendu, sur lanières de cuir blanc, à la fondation du prieuré de la Chapellaude en Rourbonnais, datée de la septième année du règne de Philippe I". L'archevêque y est représenté assis sur un siège des plus simples, vu de face, bénissant de la main droite et tenant sa crosse à gauche ^. Cet exemple ne nous paraît pas infirpier ce que nous avons avancé, que la représentation en buste était la première en date; car si le sceau de l'archevêque de Rourges

Richard a déjà une représentation assise en 1 o()7, qui nous dit que les sceaux de ses prédécesseurs, qu'à la vérité nous ne possédons pas, n'avaient pas une représentation en buste. Il est à remarquer que, sur le sceau dont on vient de parler, le prélat a la tête nue. C'est là un signe caractéristique des sceaux d'évêques, depuis les temps les plus anciens jusqu'à la seconde moitié du xii'' siècle. Le premier sceau d'évêque où nous ayons trouvé la mitre est celui d'Alvisus, évêque d'Arras, en ii/i3''. La représentation assise que nous avons vue paraître pour la première fois en l'an 1067 fait place à la représentation debout pendant tout le xiii* siècle, pour reparaître au xiv", mais alors plutôt sur les sceaux d'archevêques. Un des derniers sceaux d'évêques à représentation assise est celui de Geoffroi, évêque de Meaux, de 1 309 '', et l'un des premiers de leur réapparition est celui de Pierre de Savoie , archevêque de Lyon , de l'an 1 3 1 9 ''. Cette représentation assise , où le prélat bénit de la main droite et tient sa crosse de la main gauche, souffre une exception remarquable dans le sceau de Geoffroi, évêque de Langres (1 iSg- 1161). Celui-ci est de face , la tête de profil à gauche. Au lieu de bénir, il tient sa crosse de la main droite, et de la gauche un livre posé sur ses genoux^. La représentation debout se trouve déjà au xi" siècle , par exemple sur le sceau de Helgo, évêque de Soissons, de l'an 1 oSS'". Sur un sceau un peu postérieur (1 0S9- 1095), Foulques de Dammartin, évêque de Reauvais, n'est vu qu'à mi-jambes". Le caractère général de ce genre de représentation est que le prélat soit debout, vu de face, bénissant de la main droite, le bras levé, et tenant sa crosse de la main gauche, avec la mitre en tête, à partir de la seconde moitié du xn° siècle. Maintenant voici les exceptions. Gualon, évêque de Paris en 1108, bénit des deux mains et par devant '^. Geoffroi II, évêque de Chartres (1 1 16-1 1/19), bénit, mais par devant , et porte sa crosse de biais ^^, ce qui annonce, en général, des sceaux fort anciens. Hugues II, évêque d'Auxerre, en 1 126, tient sa crosse à droite et un livre à gauche''. De même, pour Guillaume I", aussi évêque d'Auxerre, de 1167a 1181'^;

' N° 6838. — ' N° 6657. — ' K 3o, n° 3 ' ^6775.— " N'ÔSei. — '* N° 6/178.— ■'

N» 64.'58. — " i\''67oo. — ' N-BShi.-- ' N" 6')i5. —

TIRES DE LA COLLECTION

Renaud, évêque de Béziers, en laog', et Bertrand, évêque du Puy, en 1213^.

A partir du xiii° siècle, on voit apparaître sur les sceaux d'évêques des objets divers accompagnant la représentation principale; par exemple, Jordan du Houmet, évêque de Lisieux, en laoi, sur son sceau de l'an 120/1, est accosté de deux clefs ^; Guillaume II, aussi évêque de Lisieux , en 1221, de deux croissants*; Gui, évêque d'Auxerre, en 12/18, de deux oiseaux ^ ; Odilon , évêque de Mende , en 1 2 6 6 , de deux étoiles'^. Mais l'accompagnement le plus fréquent, ce sont des fleurs de lys , ordinairement au nombre de deux, comme sur le sceau de Clarin, évêque de Garcassonne, de l'an 1229''; GeofTroi, évêque de Saintes, en 1281, en a huit, quatre de chaque côté ^; Hugues de Chàteauroux, évêque de Poitiers, a, sur son sceau de l'an 1 268 , deux clefs à dextre, et une fleur de lys à sénestre '.

Le cas le plus curieux et tout à fait exceptionnel de ces accompagnements du sceau ecclésiastique se trouve à un sceau de Robert, évêque de Troyes, de l'an 1282. On y voit deux petites figures de saint Pierre et de saint Paul, à mi-corps, qui accompagnent la figure principale '". Sur un sceau de Maurice, évêque du Mans, de l'an 1228, se trouve une petite croix, à droite de la tête ". Un très-beau sceau de Jean V\ évêque de Langres, de l'an 1296, le représente déjà sous une arcade gothique, genre de représentation qui n'appartient en général qu'au siècle suivant '^.

Au xiv' siècle, le champ de ces sceaux se couvre d'un travail guilloché. On en a même un exemple , dès l'an 1999, sur un sceau d'un évêque de Meaux '•*. Le sceau du fameux évêque de Pamiers Bernard Saisset, de l'an i3o8, le représente sur un champ guilloché, et accosté de deux fleurs de lys. Sur sa tête il y a une petite niche oii est placée la Vierge , à mi-corps , avec l'enfant Jésus'*. Sur le sceau de Robert de Gourtenay, archevêque de Reims, de l'an i3i/i, le champ est à frettes dont les vides sont remplis par des fleurs de lys.

On y voit deux écus en losange, chargés des besants de la maison de Gourtenay '^. Un fragment de sceau de Foulques de Chanac, évêque de Paris, de l'an i3/i5, le représente debout, dans une niche gothique, surmontée d'un clocheton du travail le plus fini "^.

On peut tirer du type ecclésiastique des détails utiles pour le costume. Des six vêtements liturgiques du prêtre, l'amict, l'aube, la ceinture, i'étole, le manipule ou fanon, et la chasuble, il en est un que nos sceaux ne sauraient nous montrer : c'est la ceinture, qui rattache l'aube, et qui disparaît presque entièrement sous la chasuble. Quant à l'amict , qui est ce linge que le prêtre prend en premier, pose sur sa tête, puis rabat sur ses épaules, ri est assez difficile à saisir sur les sceaux. Gependant il nous semble ([u'oii peut le reconnaître, dans certains cas, à ce léger repli que fait l'aube autour du cou ; par exemple sur les sceaux de Henri, évêque de Bayeux, en 1 i6/i'", et d'Arnoul, évêque de Lisieux, en 1170^*; de Roger, évêque de Laon, en 1 177 ''; de Hugues, évêque d'Orléans, en laGO-", etc. Le meilleur exemple se trouve sur un sceau de Pierre, évêque de Rodez, de l'an 1 2 1 9^'. L'amict serait des plus reconnaissables sur les sceaux, si l'on voulait le reconnaître dans ce large collet retombant que l'on voit sur beaucoup de sceaux du xiif siècle ^'■^, et (|ui quelquefois est brodé -^.

L'aube se distingue bien sur la plupart des sceaux , où elle dépasse plus ou moins la tunique ou la dalmatique -*. Sur un sceau de Hugues 11 , évêque d'Auxerre,deran 1 2 2 6, nous croyons distinguer l'aube dans toute la partie du costume qui n'est pas la chasuble, laquelle ne descend qu'à peu près à mi-corps, car ici il n'y a ni tunique, ni dalmatique -^. Au reste, il faut remarquer que l'aube devient d'autant moins facile à reconnaître qu'on se rapproche davantage des sceaux d'un âge relativement moderne; on n'en découvre alors que l'extrémité, qui se confond avec le galon ou orfroi de la dalmatique.

Quant à I'étole, il s'en faut bien qu'elle paraisse sur tous les sceaux; elle est, au contraire, le plus

' N" 6593. — -^ N" 6831.- ' N» 6660.— " N" 6661.—^ N° 6/181.— " N" 671.'^. — ' N" 65/i/i. — * N'dSlti^. — » N" 6818. — "> N° 6916. — " N° 6686. — '= N° 66-ja. — " N" 670Ù. — '» N" 6776. — " N" 6.'55o. — "• N° 6797. — " N" 6/199. — " N° 6667. — " N" 6633. — " N" 6760. — " N° 6836. — " Par exemple sur les numéros 6908, 6/181, 6715, 6791, p|r. — '^ Voir les numéros 69/iy et 670/1. — " Voir, pntie antros, les numéros 6/i85, 6609, 6633, 683i et 6760. — " N°6/)73.

communément cachée par ia tunique ou la dalmatique. Ce vêtement, comme on le sait, se compose uniquement d'un long morceau d'étoffe qui, après avoir été passé ])ar derrière le cou, se croise sur la poitrine et retombe par devant en deux longues bandes. Ces deux bandes, retombant droit par devant, se voient bien sur les sceaux de Hugues II. évêque d'Auxerre, en 1196 ', et de Guillaume, évêque du Mans, en 1 169-. Il est à remarquer (pie, sur certains sceaux du xiii' siècle, on n'aperçoit qu'une de ces bandes, soit que le vêtement fût ainsi fait, soit que l'une des bandes cache l'autre. Au reste , il faut prendre garde de confondre, dans ce cas-ci, l'étole avec les plis de la robe, car ce n'est pas toujours facile à distinguer. Nous croyons être sûr de l'élole pour les trois exemples que nous citons en note ^.

Le manipule, ou fanon, est un linge plié en deux, qui s'attache au poignet gauche , et qui , dans l'origine , servait au prêtre comme d'une sorte de mouchoir. On voit des manipules qui sont terminés par un orfroi et par des franges , par exemple sur des sceaux des années 1 aoi *, 1203 ■', 1225 "^ et 1296''. Un sceau d'Adam de Chambli, évêque de Senlis, de l'an ia58, montre le manipule porté à droite *. Ce ne peut être là qu'une erreur du graveur. Le manipule se portait toujours à gauche.

Pour se faire une idée de ce qu'était la chasuble dans les temps anciens , il faut se figurer une sorte de cloche en étoffe, fort ample, et n'ayant qu'une ouverture par le haut pour y passer la tête. Dom Martenne avait vu dans l'église de Nolre-Dame-de-Sales, à Bourges, la chasuble de saint Ursin, premier évêque de Bourges, du iif siècle, laquelle, dit-il, est toute ronde par le bas'. Dans un autre endroit, il parle encore d'une ancienne chasuble de Thierri , évêque de Metz, et il remarque qu'elle est de violet et toute ronde, comme le sont toutes les anciennes chasubles"*. Un tel vêtement était nécessairement de l'usage le plus incommode , puisqu'il emprisonnait le corps et qu'il fallait le retrousser sur les bras en plis lourds et gênants , quand on voulait agir. Aussi en a-t-on , dans la

ÉLÉMENTS DE SIGILLOGRAPHIE

suite, changé la forme, en le fendant par les côtés et l'évidant, conmie on le voit sur la chasuble de nos jours. Quoi qu'il en soit, tous nos sceaux représentent la chasuble ancienne, celle qui se retrousse sur les bras et qui retombe en rond par devant. Celte chasuble est . sur le plus grand nombre des sceaux ecclésiastiques , accompagnée d'un parement qui a beaucoup d'analogie avec le pallium, mais qu'il ne faut pas pourtant confondre avec lui. On sait que le pallium est une bande d'étoffe étroite qui , après avoir embrassé les épaules , retombe verticalement par devant, et qui est brodée de cinq croix. On en voit un bon exemple sur un sceau de Guillaume II , archevêque de Sens ( 1 169-

1176)". Que ce parement de la chasuble, tel qu'il paraît sur une foule de sceaux, ne soit qu'une simple broderie de la chasuble, ou qu'on le regarde comme une bande d'étoffe mise par-dessus, toujours est- il qu'il affecte différentes formes dont il faut tenir compte. Quelquefois c'est une bande d'étoffe tombant droit pardevant, depuis le haut de la chasuble jusqu'au bas, comme sur les sceaux d'Henelin, évêque du Mans, en i2o3'-; de Bernard, évêque de Maguelonne, en 1228^^; de Guillaume d'Aurillac, évêque de Paris, en 1286'*. Cette bande droite est ornée en haut d'un fermail sur le sceau de Pierre , évêque de Meaux, de l'an 1226'^. On pourrait désigner cette forme par le terme , de chasuble à parement perpendiculaire. Le plus souvent, ce parement de la chasuble ressemble tout à fait au pallium. Nous l'appellerons alors parement à ÏY, par exemple pour le sceau d'Adam d(; Chambli , évêque de Senlis , de l'an 1 2 5 8 '^. Lorsque dans ce parement à l'Y, la bande perpendiculaire remonte jusqu'au haut de la chasuble et forme, par conséquent, sur la poitrine une espèce de fourche, à défaut de dénomination plus précise , nous l'appellerons paremeni en trident. On le trouve ainsi sur les sceaux de Richard, évêque d'Amiens, en 1206'"; d'Amanieu, évêque de Tarbes, en 1217 '*; de Ramnulfe, évêque de Périgueux, en 1226'^. Dans d'autres cas, le parement perpendiculaire de la chasuble se termine au haut par une bande d'étoffe placée hori-

' N" 6473. — '- N° 668i. — ' Voir les numéros 6760, 6761, G577. ~ * N" 63oi. — =• N" 677^. — • N° 6702. — ' N" 6692. - » N°6858. — ' Voyage Litté>-atre de deux Religieux bénédictins, l. I, partie i,p. 3i. — '<> Ibid. partie 11, p, 113. — " N" 6385. — " N°6685 — " N° 6675. — " N° 6788. — " N° 6702. — " N" 6858. — " N" 6i3y. — '« 6886. — " N° 6810.

zontalenient et figuraiU un T; nous l'appellerons faremeiit au tau. Le sceau de Gui, évêque d'Auxerre, de l'an 1 248, offre une chasuble avec ce parement au tau '. Enfin ce parement a quelquefois la forme de la croix qui se met de chaque côté sur la chasuble moderne. Un sceau de Guillaume de Broue, archevêque de Narbonne, de l'an i a/iy , a sur cette croix une autre petite croix brodée au centre ''■.

Les vêtements qu'on vient d'énumérer sont communs aux prêtres et aux évêques. Il en est d'autres, comme la tunique et la dalmatique, qui sont propres aux évêques seuls. 11 faut encore ranger, dans cette catégorie du costume épiscopal, les gants, les sandales, le sudariiim, l'anneau, la mitre et la crosse. La dalmatique se rencontre fréquemment sur les sceaux d'évêques, où elle se reconnaît facilement à ses larges manches, qui laissent passer les manches étroites de l'aube. Entre bien d'autres, un bon exemple de la dalmatique se voit sur un sceau de Gui , évêque d'Auxerre , de l'an 19/18. Le bas et les manches sont ornés d'un large orfroi ou galon ^. La dalmatique était fendue par bas de chaque côté, à peu près jusqu'à la hauteur du genou. Ce détail s'apprécie bien sur un sceau de Philippe, évêque de Rennes, de la fin du xu" siècle'*, et sur un autre de Guillaume, archevêque de Sens, de l'an 1962^. Les gants se voient très-distinctement sur quelques sceaux d'évêques du xiii" siècle ''. 11 y en a même qui donnent jusqu'au très-petit détail de l'anneau épiscopaP. Le sudarium, qui était une espèce de mouchoir que l'évêque attachait au haut de sa crosse et qui est formé de deux petits pendants, peut souvent, sur les sceaux, se confondre avec le manipule, attendu que ce manipule se portait à la main gauche, qui portait aussi la croix. On distingue très-bien le sudarium sur un sceau de l'évêque de Noyon , de l'an 1 9 1 3 , grâce à ce que de sa main gauche , qui est placée à la hauteur de su poitrine , il lient sa crosse penchée sur l'épaule, en sorte que les deux pendants partent visiblement de la crosse'*.

Ce qui caractérise surtout l'évêque, c'est sa mitre ou sa crosse, qui sont conmie sa couronne et son

TIRES DE LA COLLECTION

sceptre. Il y a peu de chose à dire sur la crosse. On doit seulement remarquer qu'elle est toujours portée à gauche partout où l'évêque est représenté bénissant. Presque toujours la crosse est portée perpendiculairement. La crosse portée de biais caractérise, dans pres- (Uie tous les cas , un sceau du xu' siècle. Un sceau d'un évêque de Noyon, de 1 9 1 3 , nous paraît une exception rare. Quant au croçon de la crosse, il est indifféremment tourné en dedans ou en dehors; il ne présente quelques ornements que sur la fin du xin'' siècle '-".

Sur les sceaux la mitre a plus d'importance ((ue la crosse. Comme cette coiffure est formée, indépendamment de sa coiffe, de deux parties proéminentes à peu près en forme de triangle, l'une par devant et l'autre par derrière, il s'ensuit que, quand elle est de face, elle n'offre qu'un triangle; tandis qu'au contraire, quand elle est vue de côté, elle présente ces deux triangles comme deux pointes ou deux cornes, ce qui lui a fait donner le nom de mitre cornue. On voit clairement cette disposition sur un sceau de Geoffroi, évêque de Langrcs au xii" siècle. L'évêque, qui est assis de face, a la tête de profil, et, comme il porte la mitre de face, il s'ensuit que par le mouvement de la tête cette mitre présente les deux pointes ou cornes dont nous parlons, l'une au front et l'autre au derrière de la tête^". Il faut donc, pour s'entendre, indiquer ces deux manières de porter la mitre, soit de face, soit de côté, par les termes de mitre droite et mitre cornue. C'est la mitre cornue qui paraît la première sur les sceaux, et , à très-peu d'exceptions près ", la seule pour les sceaux du xu° siècle. A partir du xnf siècle, on ne rencontre |)lus que des mitres droites. Nous citerons pourtant, comme exception, un sceau de Guillaume, évêque de Mende, de l'an 121/1, où se retrouve encore la mitre cornue ^^. Les pendants de la mitre se voient sur un assez grand nombre de sceaux et, ce qui est à remarquer, aussi bien sur les mitres cornues que sur les mitres droites. Ce fait semblerait prouver que la différence entre les deux genres de mitres ne consistait pas seulement dans la manière de les poser sur la tête, mais aussi dans leur fabrication

' N" G'i8i. — ' N° 6827. — ' N° 64Si. — ' N" tj83i. — ' N° ôSgi. — ' Voir les numéros 689^1, 6715. — ' Voir les numéros 6t)2'.î et 6826. — * N° ^^■;l>'o. — " Voir les numéros ()3f)i, Gfiaa, 6826. — '" N" 66i;j. — " Les exceptions se trouvent sur des sceaux île 1 1 i.'î (n" 6/i58), 11.^7 (n'685i), 11G7 (n°(;/i7fi), 1177 (n° G633). — '^ N° 6718.

lA.x ÉLÉMENTS DE SIGILLOGRAPHIE

même. La mitre de Guillaume il, archevêque de Sens, au xif siècle, qui est cornue, a deux pendants trèsvisibles'.

Un des plus beaux types de sceaux d'évêques de la collection, celui de Jean de Rochefort, évèque de Langres, de l'année 1296, peut jusqu'à un certain point servir à récapituler ce que nous venons de dire. L'évêque y est représenté debout sous une arcade gothique soutenue par deux colonnettes couronnées de petits édicules; il est vu de face, la têle coiffée d'une mitre triangulaire assez basse et garnie d'orfrois ; il bénit de la main droite et tient sa crosse à la main gauche. La tête est fort bien conservée , le visage plein et aimable, les yeux très-ouverts, les oreilles tellement accusées qu'on peut y supposer une intention, celle de montrer que l'évêque doit avoir l'oreille ouverte à fous. Les plis de l'aube descendent jusque sur les sandales; la dalmatique, ornée d'une large broderie au bas et aux manches, a de plus une rangée de points ou de perles qui indiquent les fentes de cha(|ue côté. Le croçon de la crosse est ouvragé; le manipule, trèsbien indiqué, est brodé comme la dalmatique. On reconnaît le gant à la main qui bénit; on y voit même très-nettement l'anneau pontifical'^.

Les évêques élus qui n'étaient pas encore consacrés

avaient un genre de sceau très-différent des autres. Ils n'y prenaient ni la crosse, ni la mitre, ces emblèmes du haut rang et de la puissance épiscopaie. Renaud Surdelle, évêque élu de Laon, en 1207, se montre sur son sceau debout, de face, la tête nue. avec l'amict, l'aube, la dalmatique et le manipule, mais sans la chasuble , et tenant devant lui un livre des deux mains'. Geoffroi, évêque élu de Meaux, en 1 208, est représenté de même, mais seulement à mi-corps*. Laurent, évêque élu de Metz, en 1270, est debout, vu de face, tête nue, avec l'amict, la chasuble, l'aube et le manipule , et tenant un livre des deux mains ; il est accosté de six croisettes ^. On voit par là que le caractère du sceau de l'évêque élu, c'est d'avoir la tête nue et de tenir un livre des deux mains.

Ce type est à peu près celui de tous les autres sceaux du clergé séculier, archidiacres, doyens, etc.

Nous ne signalerons que les différences. Gautier, archidiacre de Paris, en 1 169, est représenté tenant un livre de la main droite et la gauche ouverte; il porte l'aube, la dalmatique et la chasuble'^. Manassès, archidiacre de Sens, en 1198, tient un livre fort grand penché sur son bras gauche et le retient de la main droite; il {)orte la dalmatique à larges manches et, dessous, l'aube, ou bien la tunique''. Etienne, archidiacre de Paris, en 1221, tient, couché sur son bras gauche, un livre dont on voit les fermoirs; la main droite a le mouvement propre à un homme qui prêche; au bas de sa chasuble passent les deux pendants de l'étole*. Barthélémy, doyen du chapitre de Chartres, est représenté, sur son sceau de l'an 1221, debout, tête nue, de face, les deux mains étendues; au haut du champ, deux étoiles; au bas, deux fleurs de lys'. Lebert, doyen d'Orléans, en 1286, tient une croix de la main droite , et a la main gauche ouverte'". Le sceau de Pons de Mortagne, doyen de Saint-Martin de Tours, de l'an 12 7 5, le représente debout sur un piédouche; la tête nue, ciim corona, c'est-à-dire rasée sur le sommet, est légèrement inclinée; il s'appuie à droite sur sa crosse , et tient un livre de la main gauche ; de chaque côté de la figure est une fleur de Ivs". Henri, chantre de l'église deTroyes, en 1 997, est vêtu d'une tunique à manches larges et, par-dessus, d'une chape étroite; i\ tient à la main droite, et penché, son bâton de chantre , qui est terminé par un fleuron , et , à ia main gauche, un livre ouvert'^. Un autre chantre de Troyes, au xiv'' siècle, lient devant lui un livre de la main droite et, de la gauche, un tau: une croix penchée paraît derrière son épaule droite ''. Galon , sous-chantre de Paris, au xiii° siècle, bénit des deux mains '*. Par une exception très-rare, un doyen de Laon, en 117/1, est représenté de profil, et le livre aussi'^. Un très-joli sceau à représentation en profil est celui d'Imbert, prévôt de la Sainte-Chapelle de Dijon, de l'an 1272 : il est vu de profil à gauche, les mains jointes, la tête encadrée dans son aumusse , portant une robe longue à larges manches et, par-dessus, un manteau ou chape à capuchon "'.

Les sceaux des docteurs se rattachent à ceux du

' N° 6385. — * N" 6622. — ^ N° 663/i. — ' N° 6699. — ' N° 671S. — ' N" 7/107. — ' N° -jhkU. — » N° 7/1 16. 'N^7555. — '» N°7588. — " N° 7668. — " N° 766'j. — ''' N" 7661. — ''■N°756o. — '« N° 7867.

TIRES DE LA

clergé séculier. Généralement ils sont représentés assis de profil, et lisant dans un livre ouvert sur un pupitre devant eux. Un très-joli spécimen de ce genre est un sceau de Jean de Blanosco, de l'an i 279 ^

Le type le plus ordinaire des sceaux d'abbés représente ces ecclésiastiques debout, de face, la tète rasée avec une sorte de couronne, cum corona, tenant une crosse à la main droite et un livre à gauche. C'est ainsi qu'est représenté Robert, abbé de Corbie (1112t i4a), sur l'un des plus anciens sceaux d'abbés de la collection^. La crosse est quelquefois portée à gauche, par exemple sur les sceaux de Herbert, abbé de Samt- Pierre de Sens, en 1 1^8^; de l'abbé de Longpont, en 1 1 5 3 *, et de Guillaume , abbé de Fécamp , en 1 2 3 1 ^. La crosse est remplacée par une fleur de lys montée sur une tige, sur les sceaux de Philippe, frère de Louis le Jeune, qui était abbé de plusieurs abbayes (1187- 11 62)^, et de Hugues IV, abbé de Saint-Gcrmaindes-Prés, en 1 1 38 ''. Sur un sceau d'Etienne, abbé de Marmoulier, de l'an 1370, c'est un tau^. Raoul, abbé de Saint-Marlin-aux-Jumeaux, en 1207, n'a pas la crosse; il tient un livre des deux mains ^. Hugues, abbé de Corbie, en 1 22 1, ne l'a pas non plus; il bénit de la main droite et tient un livre de la gauche '". 11 y a quelques abbés qui sont représentés assis, genre de représentation qui indique toujours des prétentions ou un rang supérieurs : par exemple Guillaume, abbé de Saint-Denis, en 1 185 ''; Henri, abbé de Fécamp, et l'abbé du Val, tous deux du xii" siècle ^^. On retrouve encore de ces sceaux où des abbés sont représentés assis, au xi\' siècle, notamment sur les sceaux de Raoul, abbé de Savigny, de l'an i33i'^, et d'Hervé, abbé de PruUy, en i3/i5 ^*. D'autres enfin sont vus à mi-corps, comme les abbés de Froidmont et de Cluny, en 1 207 et 1 208 '^, et même encore, en 1 3 1 7, l'abbé de Bellaigue '^.

Vers la seconde moitié du xnf siècle, on trouve des abbés mitres. Geofl'roi, abbé de Marraoutier, en 12/16, est vu de face, la mitre en tête, tenant sa crosse à droite et un livre à gauche. Ce sceau est en même temps l'un des premiers où la figure principale se

' N» 8o54. — 2 N° 8667. — " N' 9099. — " N° 8801. — ' N " N' 8669. — " N" 9015.— "N- 8704 elgiôo. — '^ N" 9091 — " N" 8Si3. — '» N° 8788. — " N- 8761. — =' N° 8956. — " N"

COLLECTION. i.xv

trouve accompagnée : on y voit à dextre une étoile, et à sénestre une croix à pied, posée sur un auteP''. Un peu plus tard il se fait sur le sceau abbatial une modification encore plus importante ou, pour mieux dire, un changement total; car, à partir de là, apparaît, conjointement avec le type abbatial que nous avons décrit, un autre type qui rentre complètement dans le type épiscopal. C'est ainsi, par exemple, (|u'en 1266 Bertrand, abbé de Moissac, est représenté sur son sceau tout à fait à la manière d'un évêque, c'est-à-dire mitre, crosse et bénissant '*.

Le sceau abbatial à niche, qui est très-commun dans la seconde moitié du xiv" siècle, se montre déjà à la fin du xiu" : tel est celui d'un abbé de Gorze, en 1 2 9 1 ", et d'un abbé d'issoire, en 1 2 9 6 -". Un des sceaux de ce genre, et qui mérite d'être signalé, c'est celui de Pierre, abbé de Pontigny, de l'an 1379. L'abbé est debout dans une niche gothique qui porte sur un pont à trois arches: ce pont rappelle la situation de l'abbaye de Pontigny, au diocèse d'Auxerre, qui avait été fondée sur la petite rivière du Serain-'.

Ce n'est guère qu'au xiv° siècle que les abbés ont rais leurs armoiries sur leurs sceaux. Un des premiers (|ue nous puissions citer est celui de Thibaut III, abbé de Cormery, de l'an 1 3o3 ; il y est représenté debout, vu de face, la tête nue, cum corona, les pieds portant sur un lion, tenant sa crosse à la main droite, et un livre à la gauche. De chaque côté du champ est un écu à la bande accompagnée de deux étoiles, l'une en pointe, l'autre en chef; c'est, avec la brisure des deux étoiles, la bande de la maison de Chùloii . dont il était 22.

On voit sur un grand nombre de sceaux ecclésiastiques, et principalement sur les contre-sceaux, divers objets servant au culte, tels que des croix, des calices, des encensoirs, des livres, des mitres, des crosses, ou se rattachant aux fonctions, comme des clefs, des cloches, des balais, des ciseaux, etc. qui embrassent, pour le type ecclésiastique , ce que nous appellerons le mobilier.

La croix qui se voit sur les sceaux est généralement

° 8706. — « N- 9181. — ' N» 8899. — » N° 8823. — ' N" 90/18. — — " N° 8980. — '= N" 8781 cl 865i.— "^ N° 8529.— " N" 8822.

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