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ELEMENTS DE SIGILLOGRAPHIE
sceaux , ayant moins d'espace , étaient bien forcées de supprimer des lettres. Sur un sceau de Robert III , comte de Clermonl, la légende du sceau, S. R. Dalphini, comitis Clarimontis, mililis, n'a que deux abréviations, tandis que celle du contre-sceau en a cinq : S. R. Dalpht. comitis Clar. mil^. A côté des sceaux à abréviations se placent ceux qui n'offrent que des lettres initiales. Dans ce cas, c'est l'acte seul qui peut les faire lire. Par exemple, un signet de l'an iSya , qui représente une tête de femme entre deux mufles de lion, et au-dessus les lettres P. D. O)., n'est explicable que par la charte, qui nous apprend que c'est le sceau de Philippe de Molins, chanoine et chambrier clerc de l'église de Paris -.
A partir du xv' siècle , lorsque la cursive gothique vient multiplier ses déliés, qui nuisent au corps de la lettre , comme les branches gourmandes nuisent à l'arbre, la lecture des légendes devient difficile, par la raison que le burin du graveur, même en le supposant habile, a bien de la peine à se dégager de toutes ces broussailles. La difficulté, au reste, s'aplanit quand on a affaire à des sceaux appendus à leurs chartes. Dans la plupart des cas, le texte donne alors les moyens de surmonter l'obstacle.
On peut faire deux parts distinctes de la légende, celle du sceau et celle du contre-sceau. Il arrive souvent, surtout pour les sceaux ecclésiastiques, que la légende du contre-sceau n'a aucun lien apparent avec celle du sceau. D'autres fois , c'est tout le costraire. Ainsi , par exemple, Louis le Jeune, qui met sur son sceau, en 1 1 4 1 , la légende royale ordinaire, Ludovicus, Dei gratta Francorum rex, ajoute sur son contre-sceau et dux Aqmtanorum , à cause du duché d'Aquitaine qu'Eléonore lui avait apporté en dot l'an i iSy ^. De même Philippe le Rel ajoute à sa légende , en 1286, sur son contre-sceau , les mots et Navarre, parce qu'il possédait la Navarre depuis son mariage avec Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne, en 128/1*. Fernand, comte de Flandre , met sur son sceau , en 1226, Sigill. Fernandt , comitis Flandrie , et ajoute sur son contre-sceau et cornes Hainonie'\ Jean d'Oisi, comte de Chartres, en
1266, ajoute à son contre-sceau et castellani Cameraci^. Raimond Déranger IV, comte de Provence , met pour légende sur son sceau, en 128/1, SigiUum Raimundi Rerengarn, et continue sur son contre-sceau comitis Province ''. Sur une bulle de plomb d'Alfonse, comte de Poitiers, de l'an 1268, on lit, à la face, Alfonsus, cornes Pictavie et Tolose, et au revers, Marchio Provincie^. En 1 l'yy, Philippe d'Alsace, comte de Flandre, ajoute à sa légende, sur son contre-sceau, son titre de comte de Vermandois , et Viromnndie ''.
Dans les sceaux à revers, c'est-à-dire ceux où le contre-sceau est de la même grandeur que le sceau , la légende du revers est presque toujours la reproduction de celle de la face.
Certains sceaux, mais rarement, ont des légendes concentriques.
Dans d'autres , la légende se continue dans le champ, quelquefois même en coupant le mot; par exemple, un sceau d'Heremberte, femme de Guillaume de Boolon. seigneur normand, de l'an 1261, porte pour légende Herenhoiirg sa fa — et dans le champ — me'".
On a des exemples de sceaux qui , outre les légendes ordinaires, en portent encore sur la tranche. Un fragment du beau sceau du chapitre de Saint-Thomas de Cantorbéry, qui se trouve aux Archives de l'Empire, est dans ce cas '^
Quant à la langue employée sur les légendes, le plus communément c'est le latin. Cette règle ne souffre que bien peu d'exceptions pour ce qui est des sceaux ecclésiastiques. Quant aux sceaux laïques, on trouve assez souvent des légendes en français sur des sceaux de villes et de particuliers, et surtout de femmes. Il y en a même du commencement du xiii" siècle , c'est-àdire antérieures à l'époque de l'apparition des premières chartes en français. Les empereurs latins de Constantinople ont quelquefois mis des légendes en grec sur leurs sceaux. Une bulle d'or de Baudouin II, que possèdent les Archives de l'Empire, a la légende de sa face en latin, et celle de son revers, en grec'*. Ces légendes mixtes sont communes quand il s'agit du latin et du français. Jean de Montfort, chevalier, en
' i\° kok.— 'N- 779N. 3N°36. * NM;. — ' N'ôai. — «N»975. " J. ^6i. n" 22". — " N" 11827.
N" 1106. — «NViôog. — 'N'ôig.
TIRES DE LA
197^,3 pour légende, 5. Jehan de Montfort, chevalier, à la face, et Sigillum secretum, au contre-sceau^ Aubert de Thorote, en i3ii, Le Seel Aubert de Thorote, à la face, et S. dni. Aub. de T. (Sigillum domini Auberti de Thorota) au contre-sceau-. Louis, comte de Glermont, en i3i5, a la légende de son sceau en latin, et celle de son contre-sceau en français. Cette dernière porte : 5. Louys de Ckrmont, chevalier ^.
Il va sans dire qu'on trouve dans les légendes une grande variété de l'ortbographe des noms. Prenons pour exemple les sceaux d'une maison qui tirait son nom d'un petit village du Beauvoisis, nommé le Déluge. Girard, chevalier, en 1287, met: S. Girardi, mililis de Dilugio^; Jean, écuyer, en ia44 : S. Johannis de Diluvio ^; Thibaut, chevalier, en 1987 : S. Thibaut dou Delouge"; Jean, écuyer, en 1980 : S. Johans dou Dvlovie''. Ansel le Bouteiller de Senlis, seigneur de Luzarches , a pour légende , en 1986, S. Misxre Aunsel Boutelier deSantliz^. La légende du sceau d'Archambaud 111, comte de Périgord, en 1281, porte: S. Arclmmbald. cornes Petragori. (Sigillum Archambaldus ou Archambaldi, comes Petragoricensis pour comitis ^.) Nous pourrions noter aussi bon nombre de fautes d'orthographe du fait du graveur; par exemple, Mathilde, comtesse de Boulogne, en 1286, met usons pour uxoris, comme on le voit par sa légende : Sigdlum Maihildis, usoris Philippijilii, régis Francie^'^.
Jusqu'à la fin du xni' siècle, rien de plus commun que de trouver, dans une même légende, des mots français avec des mots latins.
11 y a, entre les légendes des sceaux et celles des contre-sceaux, des différences assez tranchées pour qu'il soit nécessaire d'en faire deux articles séparés, et c'est la marche que nous suivrons.