XVII
mot signum, dont nous avons fait le mot signe, en lui donnant, il est vrai, un sens beaucoup plus étendu que celui qu'il avait dans sa langue primitive, où il ne signifiait guère qu'une représentation plastique quelconque , comme , par exemple , une figure ou une statue , et sigillum, une petite figure ou statuette. Grégoire de Tours emploie sigillum tantôt pour signifier une statue, et tantôt pour signifier un sceau. C'est ainsi qu'au chapitre XIV du livre VIII de son Histoire des Francs, racontant comment il a pu déterminer les habitants des campagnes à détruire leurs idoles, il dit: r. Tune con- «vocatis quibusdam ex eis, siniulacriim hoc immen- «sum, quod elidere propria virtute non poteram, «cum eorum adjutorio postea merui eruere : jam K enim reliqua sigillorum quae faciliora fuerant , ipse « confregeram '.)' De même, dans un autre ench'oit, en parlant de Dioclétien : «Procedens imperator ad « immolationem fœlidam demonioi-um, adoratis diis, f atque coram sigillis prostatus, expectabat -. n Dans ces deux passages, le mot sigillum s'applique évidemment à des statues; ailleurs, c'est au contraire de véritables sceaux dont il entend certainement parler. Par exemple , en racontant comment le duc Didier, après être entré par force dans Toulouse , s'y était saisi des trésors de la reine Rigonthe, que Chilpéric, son père, envoyait en Espagne, il ajoute : «Et in domum quam- ':^dam, sub sigillorum munilione ac vii'oruiu forlium Rcustodia mancipat'. 5) Une autre fois, en parlant de la mort du patrice Mummole, il nous apprend que son testament fut muni de souscriptions et de sceaux : «Testamentum suum petit scribi , niunitum([ue sub- «? scriptionibus atque sigillis , etc. '^v Quoi qu'il en soit au reste de ce mol sigillum et de son radical signum ou signe, il faut bien reconnaître que c'est de là que vient notre mot sceau, qui, par conséquent, ne veut pas dire autre chose qu'un signe, une marque, une représentation quelconque; aussi, dès que le sceau a été employé , il a servi à représenter en quelque sorte la personne de celui qui s'en servait. Mettre le sceau à une chose, c'était y marquer sa présence. Ce caractère à la fois si personnel et si permanent du sceau
ÉLÉMENTS DE SIGILLOGRAPHIE
a fait toute sa fortune et toute sa force. En s'apphquant à l'écriture, il a été pour elle ce que la sanction est aux lois. Tant que le plus grand nombre n'a pas su écrire, les sceaux ont tenu lieu de signature; aussi en voit-on l'usage diminuer à mesure que les signatures apparaissent. Le sceau authentiquait si bien l'acte qu'il accompagnait, qu'au moyen âge on a appelé, en latin, du même mot sigillum, et un acte et un sceau. On disait Sigillum régis , Sigillum episcopi, pour désigner une charte du roi, une charte d'un évêque. On lit au dos d'une charte de Louis le Jeune en faveur de l'abbaye de Saint- Victor, çt Sigillum réagis 5 de Hugone qui cognomine dicitur Cadaver^;n et au dos d'une autre charte du xn' siècle , qui est émanée de Thibaut, évêque de Paris : r Sigillum episcopi « Parisiensis pro vineis Obizonis ''. v Cet Obizon était le médecin de Louis le Jeune. Si l'usage d'appeler sigillum une charte n'a pas persisté quant à ce qui est des actes ordinaires, il n'en a pas été de même pour les actes apostoliques, où le mot huile a toujours conservé cette double signification d'un acte et d'un sceau.