‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 116 sur 349 · COMMENT ΟΝ BRULE LES CORPS · texte numérisé non relu

COMMENT ΟΝ BRULE LES CORPS

Agathodémon disait de prendre (chaque préparation de) soufre (τὴ, qu'il fût blanc ou quelconque (2). C’est son état qui indique la cuisson. On enlève et on fait chauffer (le produit) avec le surplus du soufre; il le sépare (en deux portions ἢ), plutôt qu'il ne l’affine; car il s'empare de (la composition) blanchie. Si on le laisse (trop longtemps), il tourne au jaune.

C'est pourquoi le soufre produisant le blanchiment, nous chercherons le poids du Tout d'après les philosophes (3). On prend dans la (classe) dernière des liquides, une once d’arsenic et moitié autant de natron; des pellicules de feuilles de pêcher encore tendres, deux onces; du sel, la moitié; du suc de môûrier, une once. Puis on délaie tout cela avec de l’alun lamelleux et du vinaigre, ou de l’urine, ou de la lessive de chaux, jusqu’à ce qu'il se forme une liqueur. Ensuite, on teint les feuilles [métalliques ?) ternies; puis on fait disparaître l’ombre du métal. Il faut mettre tous les résidus, et, avant tout, une partie d’arsenic et de sandaraque, deux parties de chaux, ainsi que les eaux divines. Après avoir obtenu une liqueur blanche semblable à du marbre, on arrose avec elle; ou bien l’on y fait

cuire dans le vase (7 roullon) (4) la composition susdite.

UT. xx. — COMMENT ON BRULE LES CORPS

1. Cherchons maintenant, d’après les philosophes, ce que c’est que brûler les corps ; car l’explication concernant les poids y aboutit et l’ensemble (de notre étude) renferme (cette question). Introduis le Philosophe disant: « Prends la vapeur (qui provient) de l’arsenic, fixe-la suivant l'usage; ajoute du cuivre ou du fer à (la préparation) sulfureuse, et le métal blanchit ». Quelques-uns expliquent le (mot) « sulfureuse » par « brûlée » ; car ceux-ci dans leur ignorance brûlent le cuivre avec le soufre, et le fer

avec la magnésie. Or ce n’est pas là brûler, mais détruire. L'opération de

(1) Au-dessus du signe du soufre, E | (2) Cp. p. 166, ὃ το. écrit celui du mercure; et Lb donne à (3) Voir p. 161, 8 8; p. 163. 8 τι, etc. la place de ces signes le nom du mer- (4) Cp. p. 164. cure en toutes lettres.

brûler dans le Philosophe est nommée blanchiment. De même que l’afinage et les autres opérations ont été démontrés être un blanchiment; de même aussi l’opération de brûler dont il parle ici est un blanchiment; dans le second (cas), c’est un jaunissement.

2. Ainsi, le Philosophe brûle le cuivre au moyen de l’eau de soufre, pratiquant une décoction, comme il a été dit précédemment. « En effet, dit-il, mets (y) la moitié de la préparation blanche : ce sera le premier degré. Fais la cuire. Nous conservons l’autre moitié pour l'iosis.» C’est aussi pour cette raison que Pébichius, passim, disait : « Partagez la préparation en deux parties. Brûlez le cuivre dans du bois de laurier (1), c’est-à-dire dans la composition blanche; car les corps brûlés de cette façon avec des feuilles de laurier, après avoir été cuits dans l’eau de soufre, sont blanchis en même temps. Tel est le (précepte). Emploie du cuivre ou du fer sulfuré; par ce (procédé), il sera aussi blanchi ». Agathodémon donne le même conseil : à savoir que les corps doivent bouillir et cuire avec la vapeur dans l’eau divine. De cette façon il y a opération de brûler et blanchiment. Car à l’occasion de l’étain le Philosophe supposait la cuisson : « Tu feras cuire la vapeur indiquée précédemment dans l’huile de ricin ou de raïifort, après y avoir mélangé un peu d’alun ». Il dit ensuite : « Fais les mélanges de l’étain, etc. et toutes choses seront traitées jusqu’au bout avec deux classes (de corps) seulement». Après avoir parlé des jours, il a mentionné toutes choses; après avoir parlé des huiles, il a mentionné l’eau divine; à la suite de l’alun, le soufre ; à la suite de l’étain, les deux formules ; car la vapeur (sublimée) imprègne ce métal (2).

3. Les projections (se font) encore ici avec les liqueurs de soufre; tandis que la cuisson concerne l’ensemble, qui (est) une combustion, ou une décoction et un blanchiment. C’est par là que les corps sont brûlés et cuits. Cette opération {est celle) qui a été proclamée de tout temps; celle que tous les écrits enseignent en termes mystérieux, (en prescrivant de) brûler le cuivre avec le soufre. Mais les autres (modes de) chauffage sont des des-

tructions, plutôt que des combustions. Le cuivre, s’il est brûlé, (devient) un

(1) Voir p.159.— Ce mot paraît signi- | porte au blanchiment des métaux par fier un sulfure arsénical. la vapeur de l’arsenic, avec le concours (2) Toute cette description se rap= | de la liqueur appelée eau divine.

cuivre propre à tout et apte à la teinture; en disparaïssant, il devient électrum. Si l’on force le feu, il devient jaune, la moitié du soufre étant brûlée. ΠῚ faut le quart de magnésie. Ainsi nous ajoutons 4 onces de cuivre, 1 once de fer, 6 scrupules de magnésie; 2 chalques (1) d’étain et de plomb, de la cadmie, du claudianon, de la chrysocolle, du cinabre, en proportion du nombre d’onces des métaux. Si tu procèdes en proportions égales, par à peu près, tu peux réussir. Mais opérer dans ces conditions, c’est laborieux et peu sensé. Il faut procéder par pesées. Démocrite ayant dit : « Rien n’a été omis, rien ne manque » ; certes, par le mérite de Démocrite ! rien n’est laissé en arrière : la composition des corps dissous, c’est-à-dire la montée de l’eau divine et de la vapeur, nous l'avons exposée sincèrement; et nous avons donné par là l'interprétation du Livre. Maintenant que nous avons décrit la

mesure pour Pacte de brûler, examinons celle du jaunissement.

HE. χχιν. — SUR LA MESURE DU.JAUNISSEMENT

1. Pourquoi Agathodémon a-t-il écrit sur ce sujet? Ce n’est pas en vue d'enseigner la mesure, mais pour dire qu’il fautemployer en safran eten chélidoine le double des autres herbes; car celles-ci ont de plus grandes propriétés tinctoriales. Il règle la proportion, en raison du soufre blanc. L’eau tirée des soufres, des jus et des herbes, est appelée ici eau de soufre pur. C’est avec cela qu'ils arrosent et font cuire la composition blanche: elle est jaunie par là. Fais cuire, comme tu l’as entendu dire précédemment, en enlevant dès que la matière jaunit. C’est la mesure du jaunissement. Telle est l'explication concernant la mesure, annoncée plus haut.

2. Il faut savoir que pendant qu’on accomplit l’œuvre, plusieurs causes concourent, les unes visibles à l'œil nu, les autres non. Les premières sont les espèces lavées ou mélangées, le molybdochalque et les similaires, la

pyrite et les similaires. Il ne faut pas que la pyrite et l’androdamas-soient

[ΠῚ 1chalque = 8e d’obole—o gr. o9g1. | donné par erreur au signe d'Hermès le Lb dit «de mercure », au lieu d’étain; sens moderne de mercure, au lieu du probablement parce que le copiste a sens ancien d’étain (/ntrod., p.84).

traités d'avance par le vinaigre, d’après ce que disent les écrits, afin d'éviter que leur partie cuivreuse ne se change en ios; — plus tard elle sera mélangée avec le cinabre et ses similaires. Il est permis (de les exposer) au soleil, ainsi que les autres choses semblables.

3. Marie (place) en première ligne le molybdochalque et les (procédés de) fabrication. L'opération de brûler (est) ce que tous les anciens préconisents Marie, la première, dit: « Le cuivre brûlé avec le soufre, traité par l'huile de natron, et repris après avoir subi plusieurs fois le même traitement, devient un or excellent et sans ombre. Voici ce que dit le Dieu : Sachez tous que, d’après l'expérience, en brûlant le cuivre (d’abord), le soufre ne produit aucun effet. Mais lorsque vous brûlez (d’abord) le soufre, alors non-seulement il rend le cuivre sans tache, mais encore il le rapproche de l'or ». Marie, dans la description située au-dessous de la figure, le proclame une seconde fois, et dit: « Ceci m'a été gracieusement révélé par le Dieu, à savoir que le cuivre est d’abord brûlé avec le soufre, puis avec le corps de la magnésie; et l’on souffle jusqu'à ce que les parties sulfureuses s’en échappent ayec l’ombre : (alors) le cuivre devient sans ombre ».

4. C'est ainsi que tous brûlent. C’est ainsi que dans la chimie (μᾶζα) (1) de Moïse on brûle avec du soufre, du sel, de l’alun et du soufre (j’entends le soufre blanc). Ainsi encore Chymès brûle dans beaucoup d’endroits, sur tout lorsqu'il opère avec la chélidoine. Ainsi dans Pébichius, l'opération de brûler dans du bois de laurier (2) est exposée énigmatiquementetpar périphrase; les feuilles de laurier signifiant le soufre blanc. Telle est l’explication concernant les mesures.

5. Voici ce que Marie a dit, cà et là, dans mille endroits : « Brûle notre cuivre avec du soufre et, après avoir été repris, il sera sans ombre ». Non seulement elle sait le brûler avec le soufre blanc, mais encore le blanchir et le rendre sans ombre. C’est aussi avec le (soufre) que Démocrite brûle, blanchit et rend sans ombre. Etencore, « non seulement ils brûlent le soufre jaune, mais ils rendent le métal sans ombre et le jaunissent». Voici ce que

dit Démocrite : « Le safran a la même action que la vapeur; de même que

(1) Voirsurlemotu&te,/Introd.,p.209 (2) Voir p. 159, $ 3 et note 2; p.178, et 257, et la Diplosis de Moïse, p. 40. note 1.

la casia par rapport à la cannelle ». Dans la chimie de Moïse, vers la fin, paréillement, il y a ce texte : « Arrose avec l’eau de soufre natif, il deviendra jaune et sans ombre »; c’est-à-dire évidemment, brûlé.

6. Telle est l'opération de brûler; tels sont le blanchiment, le jaunissement, et dans les deux (cas), 16 fait de rendre {le métal) sans ombre. Brûlant et reprenant de cette manière, vous rendrez le cuivre pareil à l’or (et) sans ombre, apte à la diplosis de l’argent et de l’or (τ). Maïs personne, à moins de connaître toute la route, ne pratiquera bien la diplosis; autrementil agirait comme celui qui dessécherait des raisins encore verts. Quelques-uns placent, dans tous leurs pots de terre des vases de verre carrés, pour faire cuire et digérer sur la kérotakis (bain marie); et ils les appellent lécythes (facons). Agathodémon prescrit de délayer fortement, en se conformant à la marche suivie par les médecins pour les collyres.

7. Tel est donc l’acte de brûler les corps ; telle l'explication concernant les mesures. L'acte de brûler est appelée blanchiment; pour le soufre, cet acte est appelé blanchiment et destruction de l'ombre. Le blanchiment même est appeléiosis et l’affinage est aussi un blanchiment. L'acte de brûler est encore appelé jaunissement, la destruction de l’ombre, jaunissement, et l’iosis, jaunissement. Le prophète Chymès, s’écriait avec enthousiasme : « Après les projections, il faut le rendre jaune et sans ombre ». Ensuite on

v'expliquera le procédé relatif à l’eau divine et à l’iosis ou décomposition.

1. Il faut montrer d’abord que l’eau divine est un composé de tous les liquides, obtenu par leur mélange, et que son nom est donné à tous les liquides. De même que l’on a nommé composition solide, le produit obtenu avec chacune des compositions solides, envisagée spécialement; de même

aussi, la composition liquide, tirée de chacune des espèces liquides, est dé-

(x) On voit qu'il s’agit, ici comme | tal (/ntroduction, pages 20, 53 et 56). dans les Papyrus de Leide, de fabri- (2) Cet article est un commentaire, quer un alliage d'or, qui conserve plus récent que les vieux auteurs. —

les propriétés apparentes de ce mé- | Voir II, σιν, p. 155.

nommée eau divine, et l’on désigne ces deux compositions par mille noms. L’eau divine est désignée par les mots: saumure, eau de mer, urine d’impubère, vinaigre, saumure acide, huile de ricin, (huile) de raifort, baume, lait de la mère d’un enfant mâle, lait de vache noire, urine. de génisse et de brebis ; quelques-uns la dénomment urine d’âne ; d’autres encore, eau de chaux et de marbre, de lie de vin; eau de soufre, d’arsenic et de sandaraque, de natron, d’alun lamelleux ; et encore lait d’ânesse, de chèvre, de chienne; eau de cendre de choux et autres eaux produites par la cendre; d’autres désignent aussi par ce nom l’eau de miel et d’oxymel, de vinaigre, de natron, et l’eau aérienne (rosée), celle du Nil, de l’Arction (1), le vin Aminéen, le vin de grenade, le vin d’olivier, le cidre, la bière, enfin un liquide quelconque, pour ne pas énumérer toutes les eaux.

2. Les Anciens ont donné souvent des noms divers au blanc et au jaune. I me paraît convenable d'exposer quelles distinctions le philosophe Pébichiu a faites dans sa lettre au Philosophe, sur les liqueurs jaunes. « Etends avec du vin Aminéen ».… [15 n'ont pas énuméré le vinnouveau, parmi les liqueurs destinées au blanchiment. Pébichius dit encore : « Le cidre, le vin d’olivier et le vin de grenade ». En ne distinguant pas davantage, ils n’ont pas rendu service à (leurs) auditeurs, et ils ont agi avec peu d'intelligence. En effet, en traitant des diverses espèces, le Philosophe les emploie pour le blanchiment et pour le jaunissement; il les emploie pour les traitements que tu as entendu signaler précédemment, destinés à brûler et à faire cuire. 1] dit à propos de la pyrite : « Prenant la pyrite, traite-la et délaie-la, soit avec de la saumure acide, etc. ». Voilà ce qu’il entend par eau divine blanche. Ensuite, à propos du cinabre : « Rends le cinabre blanc au moyen de l'huile, ou du vinaigre et du miel, etc.». A propos de l’Androdamas, de même encore: « avec la saumure, ou la saumure acide ». Ensuite il ajoute : « Fais chauffer l’eau de soufre natif»; afin de te faire connaîtreque les eaux de mer, l'urine, le vinaigre, l'huile de cinabre, l’eau de miel, tout cela c’est l’eau divine. En effet par une seule espèce il fait entendre le tout. Plus loin, dans Particle de l’'Androdamas, voulant parler clairement, ildisait: « Fais chauffer

l’eau de soufre natif, car les liquides sont les eaux de soufre natif ». e

(1) Plante ? (Dioscorine, Mat. méd., V, 104.)

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