‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 119 sur 349 · DE LA MAGNÉSIE · texte numérisé non relu

DE LA MAGNÉSIE

1.Introduisons de nouveau les Anciens. [15 disent que le cinabre produitle

blanchiment de la magnésie. Pour rendre efficaces les discours antérieurs que

(1) Cp. {ntrod., p. 233, le cuivre brûlé, et plus haut, p. 154 et 178.

j'ai écrits, relativement aux quatre corpsqui servent de supports et à la mesure que comporte à leur sujet la composition crue et cuite (1), il est nécessaire de faire l'application de tout cela à l'explication de la magnésie. Il faut dire comment on forme le corps (métallique) de la magnésie; et si le blanchiment varie suivant la macération, ainsi que je te l’ai dit précédemment. Laissela devant le fourneau; que le fourneau soit allumé avec du boïs et des écorces de cobathia rouges (2), car la fumée de ces écorces blanchit tout. Si donc tu en recueilles la fumée, la magnésie l’absorbe et elle est blanchie.

2. N’avons-nous pas rappelé dans le 7° livre, en parlant des cobathia rouges, que nous devions apprendre d’abord de quelle magnésie parlent les philosophes ὃ Si c'est de la (magnésie) simple, provenant de Chypre, ou de la magnésie composée, obtenue par notre art ? En effet, en délayant la magnésie simple, ils veulent parler de la composée (3); mais ils entendaient en même temps la simple. C’est de cette façon que Part a été caché par le double sens attribué aux dénominations.

3. Le philosophe Hermès, après l’eau de mer, nommelenatron, le vinaigre, le sang de moucheron (4), le suc du styrax, l’alun lamelleux, et autres substances semblables, et il dit : « Laisse-la devant le fourneau, comme je l’ai dit précédemment, avec un feu d’écorces de cobathia rouges, car la fumée des cobathia rouges blanchit tout, étant blanche elle-même » (5).

4. Ainsi parle Hermès; mais nous devons savoir que le natron, le styrax, l’alun schisteux et la cendre des rameaux de palmier, c’est le soufre blanc, qui blanchit tout. Quant au sang de moucheron et au vinaigre, c’est l'eau de soufre (obtenue) avec la chaux; les écorces des cobathia rouges, ce sont les

sulfureux, principalement l’arsenic, lequel ressemble aux cobathia : ce sont

(1) P. 150 et 151.

(2) Composé arsenical (voir plus bas).

(5) Molybdochalque.

(4) Lexique, p.10.Ilyaiciunsymbolisme et des dénominations semblables aux noms prophétiques du Papyrus V de Leide (/ntrod., p. τὸ et 11) et de Dioscoride.

(5) Olympiodore, p. 91. Dans tout ce passage existeune confusion, quisemble

voulue et amenée par la nomenclature prophétique, entre le nom des écailles ou morceaux de cobathia rouges, c’està-dire des sulfures d’arsenic (/ntrod., p. 245) et celui des écorces et rameaux des palmiers. Rappelons que le même mot grec φοῖνιξ signifie rouge et palmier.

La dernière phrase du $ 2 montre le caractèreintentionnelde cesconfusions.

là les corps employés pour teindre en or. Il dit:«La fumée des cobathia blanchit tout. » Voulant enseigner ce que c’est que les cobathia, le Philosophe dit: « La vapeur du soufre blanchit tout.»

5. Maintenant le Philosophe voulant t’enseigner (ce que c’est que) lacendre des palmiers maritimes, qui est aussi l’eau divine, s'exprime ainsi dans la seconde classe, celle des liqueurs blanches: « Ayantdissous la cendre du bois des peupliers blancs dans l’eau de soufre [ceci n’est pas pris dans un sens simple], ou dans l’eau de soufre obtenue par la chaux, laquelle provient de la cendre blanche, du marbre, ou de la chaux vive. » De même que les sulfureux ont été dits (provenir) des cobathia rouges, de même l’eau de soufre tire sa composition du soufre; celui-ci est aussi désigné sous le nom de palmier. De plus {on voit que) le blanchiment de la magnésie composée est produit par la composition du soufre blanc et que la composition liquide du blanc est obtenue par la chaux. Ce sont là toutes (matières) dont (j'ai expliqué) la préparation, dans mon discours sur la composition, j’en ai dit la mesure, dans le discours sur les mesures; le mode de cuisson et la conduite du fourneau, dans le discours sur la cuisson.

6. Voilà pour le blanchiment du’ corps de la magnésie. Or il vous est loisible, à vous qui avez du bon sens, d'entreprendre ce qui est le mieuxet de nous seconder, au lieu de nous précipiter dans ce gouffre (de difficultés). Celui qui fait quelque autreraisonnement concernant cette doctrine, demeure dans une obscurité profonde; il agit comme un homme qui frapperait l’air avec ses mains, et la mer avec ses pieds. Ceux qui marchent dans le vide et parlent tout à fait en l’air, travaillent inutilement par des procédés qui leur sont propres (à modifier) le type du corps (métallique).

7. Mais toi, ὃ bienheureuse, renonce à ces vains éléments dont on trouble tes oreilles; car j'ai oui dire que tu converses avec Paphnutia la vierge et

certains hommes sans instruction {1}. Les choses que tu leur entends dire

méritent d’être notés. Le premier vient s'ajouter à ceux des femmes’alchimistes : Marie, Cléopâtre, Théosébie.

(1) Cette discussion finale paraît être adressée par Zosime à Théosébie; (v.

Olympiodore, p. 90). Elle est carac-

téristique et met au jour la personnalité des alchimistes égyptiens et leurs controverses. — Cp. Démocrite, p. 50.

— Les noms de Paphnutia et de Nilus

Nilus était d’ailleurs un nom assez répandu en Egypte : plusieurs personnages.historiques l’ont porté.

sont vaines et tu entreprends de faire des raisonnements vides de sens. Renonce à la société des gens qui ont l'esprit aveuglé et l'imagination trop enflammée. 1] faut plaindre ces gens-là, et écouter le langage de la vérité, de la bouche des hommes dignes de l’annoncer. Ces gens-là ne veulent pas de secours ; ils ne supportent pas d'être instruits par des maîtres, se flattant d’être des maîtres (eux-mêmes). Ils prétendent être honorés pour leurs raisonnements vains et vides (de sens). Lorsqu'on veut leur enseigner quels sont les degrés de la vérité, ils ne supportent pas la connaissance de l’art et ils ne (la) digèrent pas. Ils désirent l'or plutôt que la raison. Échauffés par une démence extrême, ils deviennent incapables de raisonnement et ne sauraient attendre la richesse. En effet s’ils étaient guidés par la raison, l'or les accompagnerait et serait en leur pouvoir : car la raison est maîtresse de l’or. Celui qui s’y attache, qui la désire ets’ y unit, trouvera l’or placé devant nous, au milieu des détours qui le tiennent caché.

8. La raison est l’indicatrice de tous les biens, comme on l’a dit quelque part (τὴ). La philosophie est la connaissance de la vérité, et révèle les êtrés qui existent. Celui qui accepte la raison, verra par elle l'or placé devant (ses) yeux. Mais ceux qui ne supportent pas la raison marchent constamment dans le vide, et entreprennent les actes les plus ridicules. C’est ainsi que le rire fut provoqué par Nilus, ce prêtre ton ami, qui faisait cuire le molybdochalque dans un four de campagne (comme s’il avait fait cuire des pains), opérant avec les cobathia pendant toute une journée. Aveuglé des yeux du corps, il ne pensait pas que son procédé était mauvais, mais il souflait; et sortant (le produit) après le refroidissement, il ne montrait que de la cendre. Quand on lui demandait où était le blanchiment, embarrassé, il disait qu'il avait pénétré dans la profondeur. Ensuite il mettait du cuivre, il teignait la scorie; car le cuivre n'étant arrêté par aucun solide, passait outre et disparaissait lui-même dans la profondeur; de même pour le blanchiment de la magnésie. Ayant entendu ces choses (de la bouche) de ses contradicteurs, Paphnutia fut tournée en grande dérision ; et vous le serez aussi, si vous

tombez dans la même démence. Embrasse pour moi Nilus, celui qui cuit

(1) E Lb « Comme l’a dit le Philosophe ».

avec les cobathia, et sois pleinement édifiée sur l’économie du corps de la

magnésie.

ΠΙ. χχυπι. — SUR LE CORPS DE LA MAGNÉSIE

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