IV. xx. — COMARIUS
LIVRE DE COMARIUS, PHILOSOPHE ET GRAND-PRÈTRE ENSEIGNANT A CLÉOPATRE L'ART DIVIN ET SACRÉ DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
1. Seigneur, Dieu des puissances, démiurge de toute la création, auteur et artisan des (êtres) célestes et supracélestes, être bienheureux et demeurant à toujours, nous célébrons, nous bénissons, nous louons, nous adorons la sublimité de ton règne; car tu es le principe et la fin ; toute la création visible etinvisible t'obéit, parce que tu as tout créé. Comme ton serviteur a été créé, (et que) ton règne (651) éternel, nous te supplions, Seigneur très miséricordieux, au nom de ton ineffable amour des hommes, éclaire notre esprit et nos cœurs, afin que nous te gloriñions (comme) notre seul vrai Dieu et père de Notre-Scigneur Jésus-Christ, avec ton Saint-Esprit bon et vivifiant, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen (2).
2. Je commencerai ce livre par l’écrit relatif à l’or et à l'argent, au sujet
(1) Cp. p. 299. déclamations enthousiastes du com-
(2) Ce début est l’addition d’un moine byzantin, qui a commenté le livre de Comarius. Puis vient l'extrait proprement dit de ce livre, avec explications et interpolations du commentateur. Il est difficile de démèêler la trame des fragments du vieil auteur gnostique, des
mentateur. Ce dernier écrit d’une façon fort analogue à Stephanus, s'il n’est Stephanus lui-même : identification qui expliquerait la confusion faite dans le manuscrit de St-Marc entre ce Traité et la οὐ lecon de Stephanus.
Cp. p. 123, note. Les symboles placés
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de l’entretien entre Comarius le Philosopheet Cléopâtre la Savante. Le livre que nous avons ici ne comprend pas les démonstrations de notre autre livre, relatif aux feuxetaux substances. C’est celui du maître Comarius, philosophe et grand-prêtre, livre adressé à Cléopâtre la Savante.
3. Le philosophe Comarius enseigne à Cléopâtre la philosophie mystique ; il est assis sur un trône, et il s’est attaché à la philosophie secrète. Il a parlé pour ceux qui comprennent la science mystique et il a indiqué de sa main la Monade qui embrasse le Tout (τὴ; il s’est exercé sur les quatre éléments etiladit:
4. « La terre a été solidifiée au-dessus des eaux; et les eaux {se sont élevées) sur la cime des montagnes (2). Prenantdonc, ὃ Cléopâtre, la terrequi est audessus des eaux, formes-en un corps spirituel, (avec) l'esprit de l’alun (3). — Ces choses ressemblent à la terre et au feu, les unes au feu par la chaleur, les autres à la terre par la sécheresse. Les eaux qui sont au sommet des montagnes ressemblent à l'air par leur froidure; par leur humidité, à l’eau, ainsi qu’au feu.
Voici que d’une seule perle et d’une autre (encore), tu tires, 6 Cléopâtre, toute la teinture (4).
5. Cléopâtre, ayant pris l'écrit de Comarius, commença à mettre en pratique les prescriptions des autres philosophes et à étudier la belle philosophie, partagée en quatre parties (5), qui enseigne et découvrela matière provenant des natures, et la diversité des opérations « Ainsi, (disent-ils), en recherchant la belle philosophie, nous la trouvons partagée en 4 parties; c’est ainsi que nous avons découvert (l’idée) générale de la nature de chaque
chose. Dans la première partie, il s’agit du noircissement; dans la seconde,
dans M au-dessus de certains mots, — Origines de l’Alchimie, p. 61, 64. donnent l'interprétation desallégories; (2) Phrase mystique rappelant la mais cette interprétation a été ajoutée création biblique; mais elle est détour-
par une main plus moderne que celle du copiste primitif.
(1) Voir Introd., p. 17, la Monade de Moïse. — Cette phrase indique que le Traité originaire de Comarius était une œuvre gnostique : ce qui répond en effet au caractère et à l'époque de Cléopâtre l’alchimiste.
née dans un sens alchimique. Ceci rappelle encore les gnostiques.
(3) C'est-à-dire combine le corps métallique fixe avec un élément volatil dérivé de l’arsenic.
(4) Allusion à l’histoire des deux perles de Cléopâtre. V. aussi Zosime, p. 122.
du blanchiment; dans la troisième, du jaunissement, et dans la quatrième, de l’iosis (1). Maintenant, chacune des (parties) susdites n'existe pas d’une façon générale, en dehors des (éléments), c’est-à-dire si nous ne prenons partout ces éléments, comme un point central, à partir duquel nous procédons par ordre. Ainsi, comme intermédiaire entre le noircissement, le blanchiment, le jaunissement et l’iosis, existent la macération et le lavage des espèces : entre le blanchiment et le jaunissement, existe la pratique de la fusion de l’or; entre le jaunissement et le blanchiment, existe le partage en deux de la composition.
6. L'œuvre s’accomplit (2) par le traitement au moyen de l’appareil en forme de mamelle; ons’y propose de séparer les liquides (volatils) des résidus fixes, opération de longue durée.
En second lieu, vientla macération, où l’on mélange les eaux et les résidus humides (ἢ.
Puis vient en troisième lieu la décomposition des espèces, qui sont brûlées sept fois à l’aide du feu, dans une jarre d’Ascalon. C’est ainsi que l’on opère le blanchiment et que l’on fait disparaître la teinte noire des espèces par
l’action du feu.
La quatrième opération, c’est le jaunissement, dans lequel on mélange
(le produit) avec les autres eaux jaunes : on en forme une matière cireuse pour le jaunissement, afin d'atteindre le but cherché.
La cinquième opération, c’est la fusion, qui amène (les matières) de la teinte jaune à la coloration en or.
Pour le jaunissement, il faut, comme 11] a été dit, partager en deux de la composition: l’une des deux parties est mélangée avec les liquides jaunes et blancs. Puis tu fonds, en vue de ce que tu veux obtenir.
Ajoutons encore que la décomposition est une iosis; c’est l'iosis des espèces; c’est-à-dire que par l’iosis et la décomposition, (on réalise) la transformation finale de la composition pour la dorure (3).
7.1] faut, mes amis, (4) opérer commeil suit, lorsque vous voulez aborder
(2) C’est le début de l’opération. (4) Fin de Stephanus dans M. (Voïr (3) Cette description des opérations Introd., p. 181, 70.) successives résume ce qui est dit er | ω
(1) Teinture en pourpre et en violet ? | divers endroits de Zosime; p. 212, etc.
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ce bel art (τὴ. Voyez la nature des plantes et leur origine. Les unes descendent des montagnes et naissent de la terre ; les autres montent des vallons; d’autres viennent des plaines. Voyez comment elles se développent ; car c'est dans des moments et en des jours particuliers que vous devez les récolter; vous les tirez des îles de la mer, aussi bien que de la région la plus élevée. Voyez l’air qui les nourrit et leur fournit l’aliment (nécessaire) pour qu’elles ne dépérissent ni ne meurent. Voyez l’eau divine qui les arrose et l'air qui les gouverne, après qu'elles ont été: pourvues d’un corps dans une essence unique (2).
8. Ostanès et ses compagnons dirent à Cléopâtre : « En toi est caché tout le mystère étrange et terrible. Eclaire-nous, en répandant ta lumière au loin sur les éléments. Dis-nous comment le plus haut descend vers le plus bas, et comment le plus bas monte vers le plus haut (3); comment l’élément moyen s'approche du plus élevé, pour arriver à s’unifier avec lui, et quel est l'élément qui agit sur eux; comment les eaux bénies descendent d’en haut pour visiter les morts étendus, enchaînés, accablés dans les ténèbres et dans l'ombre, à l’intérieur de l’Hadès (4) ; comment le remède de vie leur parvient et les éveille, en lestirant de leur sommeil, dans leur séjour particulier ; comment pénètrent les eaux nouvelles, produites au commencement de l’alitement et pendant sa durée, et venues par l’action du feu. La nuée les soutient : elle s’élève de la mer, soutenant les eaux.
9. Or, les philosophes considérant les choses ainsi manifestées sont remplis de joie. Et Cléopâtre leur dit : « Les eaux en arrivant réveillent les corps et les esprits emprisonnés et impuissants. » En effet, dit-elle, ils sont de nouveau accablés ; et de nouveau ils seront renfermés dans l'Hadès. Mais peu à peu ils se développent, remontent, revêtent des couleurs variées et glorieuses, comme les fleurs au printemps {5); le printemps lui-même est
joyeux et se réjouit de leur beauté.
(1) Leajoute: «Puis Cléopâtre ditaux | tion et de la condensation qui l’accomphilosophes. » pagne: les liquides condensés réagis-
(2) Tout ce langage semble être allé- sant à mesure sur les produits exposés gorique et cacher un sens alchimique à leur action. secret. (4) Cp. ZosIME, p. 118 et 127.
(3) C’est un tableau allégorique de (5) Cp. ZosIiME, p. 122, 123.
la distillation, ou plutôt de l'évapora-
10. Or, je vous le dis, à vous qui êtes des gens sensés : les plantes (1), les éléments, les pierres, lorsque vous les enlevez de leurs places (naturelles) paraissent en état de maturité. Ils ne le sont pas cependant, avant que tout n'ait subi l'épreuve du feu. Lorsqu'ils auront revêtu la gloire qui vient du feu, et la couleur éclatante {qui en résulte), alors se manifestera leur gloire cachée, la beauté tant cherchée et la transformation divine produite par la fusion. Car ils sont nourris dans le feu, comme l'embryon, nourri dans le ventre de la mère, s'accroit peu à peu. Lorsque le mois réglementaire, approche, (l'embryon) n’est pas empêché de venir au jour. C’est ainsi que procède cet art admirable. Les vagues et les flots successifs désagrègent les produits dans l'Hadès, dans le tombeau, où ils sont déposés. Mais lorsque le tombeau aura été ouvert, ils remonteront de l'Hadès, comme l'embryon sort du ventre {de sa mère).
Les philosophes, contemplant la beauté de leur œuvre comme la tendre mère (contemple) le fruit de ses entrailles, cherchent alors (comment ils la nourriront); de mêm?2 que la mère, pour son enfant. C’est là ce que cet art accomplit en employant au lieu de lait les eaux (qu’il prépare). Il imite le développement de l'enfant, la façon dont il est formé et amené à perfec: tion. Tel est le mystère caché sous le sceau.
11. Maintenant je vous dirai, en vous éclairant de loin, où se trouvent les éléments et les plantes. Je commencerai par parler en énigmes. Monte au sommet le plus élevé, vers la montagne touffue, au milieu des arbres, et vois : (il y a) une pierre tout en haut ; prends l’arsenic [tiré) de cette pierre et sers-t’en pour blanchir divinement.
Voici que, au milieu de la montagne, au-dessous de l’arsenic, se trouve son épouse (2), à laquelle il s’unit, avec laquelle il obtient le plaisir : la nature se réjouit dans la nature, et sans lui, il n’y a pas d'union. Descends vers la mer d'Egypte et rapportes-en le minerai de la source, celui qui est appelé natron. Unis-le avec ces matières; puis ramène au dehors la
belle teinture universelle : en dehors d’elle, l’union n’a pas lieu; car
(1) Au-dessus, signe du mercure, M. opposé à l’arsenic blanc (oxydé par (2) Le mercure, féminin en grec, ou grillage), appelé mâle, lequel se trouve plutôt l’arsenic jaune (sulfuré), appelé amené en haut par la sublimation.
femelie, qui se trouve en bas du vasé; |
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l'épouse est la mesure (de la teinture). Voici que la nature correspond à la nature; et lorsque tu as assemblé toutes choses dans une proportion égale, c’est alors que les natures triomphent des natures et se complaisent entre elles.
12. Voyez, philosophes, et comprenez : voici l’accomplissement de l’art, opéré par les conjoints, fiancé et fiancée, qui sont devenus un. Voici les plantes etleurs variétés. Je vous ai dit toute la vérité, et je vous dirai encore : Voyez et comprenez que de la mer remontent les nuées qui soutiennent les eaux bénites ; elles arrosent les terres et font pousser les semences et les feurs. Semblablement opère notre nuée, sortant de notre élément, soutenant les eaux divines et arrosant les plantes et les éléments ; elle n'a besoin de rien de ce qui provient des autres terres.
13. Voici le mystère étrange, ὃ frères, le mystère tout à fait inconnu; voici que la vérité vous a été manifestée. Voyez comment vous arrosez vos terres, comment vous nourrissez vos semences ; c’est ainsi que vous ferez fructifier le fruit arrivé à maturité.
Ecoutez donc, comprenez et considérez avec exactitude les paroles que je prononce.
Pour la suite de ce paragraphe, voir ZosimE, depuis le bas de la page 122, le $ 2 bis en entier.
14. Voilà le mystère des philosophes; c’est celui que nos pères vous ont juré de ne pas révéler, ni divulguer; c’est celui qui concerne l’espèce divine et l’action divine. En effet, cela est divin qui, par l'union de la divinité, rend les substances divines(r) ; ce par quoi l’esprit prend un corps, les êtres mortels acquièrent une âme, et, recevant l’esprit qui sort des substances, sont dominés et se dominent entre eux. L'esprit ténébreux, rempli de vanité et de mollesse (2), lorsqu'il domine les corps, les empêche d’être blanchis et de recevoir la beauté et la couleur que leur fait revêtir le créateur. De même le corps, l'esprit et l’âme sont affaiblis, à cause de l'ombre étendue sur eux.
15. Mais lorsque l'esprit ténébreux et fétide est rejeté, au point de ne
laisser ni odeur, ni couleur sombre, alors le corps devient lumineux et l’âme
(1) L'auteur joue sur l'identité du (2) Cp. p. 106. mot grec qui signifie soufre et divin.
se réjouit, ainsi que l’esprit. Alors que l’ombre s’est échappée du corps, l'âme appelle le corps devenu lumineux (1), et lui dit : Éveille-toi du fond de l'Hadès et lève-toi du tombeau; réveille-toi en sortant des ténèbres. En effet, tu as revêtu le caractère spirituel et divin ; la voix de la résurrection a parlé ; la préparation de vie s’est introduite en toi. Car l'esprit (2) se réjouit à son tour dans le corps (3), ainsi que l’âme dans le corps où elle réside. Il court avec une joyeuse précipitation pour l’embrasser ; il l’embrasse et l'ombre ne le domine plus, depuis qu’il a atteint la lumière (4) ; le corpsne supporte pas d’être séparé de l'esprit à tout jamais, et il se réjouit dans la demeure (5) de l'âme, parce que, après que le corps a été caché dans l'ombre, il l’a trouvé rempli de lumière (6). Et l’âme s’est unie à lui, depuis qu’il est devenu divin par rapport à elle, et qu’il habite en elle. Car il ἃ revêtu la lumière de la divinité (et ils ont été unis), et l’ombre s’est échappée de lui, et tous ontété unis dans la tendresse (7) : le corps (δ), l'âme (9) et l'esprit (10). Ils sont devenus un ; c’est dans cette (unité) qu’a été caché le mystère. Par le fait de leur réunion le mystère s’est accompli. La demeure a été scellée, et (alors) s’est dressée une statue pleine de lumière et de divinité. Car le feu (1 τὴ les a unis et transmutés, etils sont sortis de son sein (12).
16. (Ils sontsortis) pareillement du sein des eaux{(13), ainsi que de l’air qui
lesentretient (14); lui aussi les a transportés de l'ombre à la lumière, et du
(1) Cp. l'homme lumineux, p. 224 (5) Au-dessus, signe de l’or, M. et 225. (6) Au-dessus, signe du soufre natif, (2) Au-dessus du mot esprit, on lit en M.
rouge le signe du cinabre, M. Dans A, (7) Dans A, en marge : le mercure c'est le signe du cuivre. Dans Le, on lit exprimé par son signe, surmonté d'un « L'esprit du cuivre ». ας IL semble qu’il s'agisse d’un amal- (3) Au-dessus du mot corps, on lit game de plomb. l’abréviation du mot plomb dans M.— | (8) Au-dessus, signe de l’or, M. Au-dessusdu motâme:signedel'argent, | (9) Au-dessus, signe du mercure, M. M.— Entre ἐν (dans) et ᾧ {le corps): | (10) Au-dessus, signe du cinabre, M. au-dessus, signe de l’or, M. — Dans À, (11) Au-dessus, signe du soufre natif, après le motâme, signe du mercure : «ce M. qui est aussi l’or ». — Lc interprète ces (12) Au-dessus, signe de l’ios du cuisignes, en disant: « L'âme, c'est-à-dire vre, M. le mercure; elle court à l'or pour se (13) Au-dessus, double signe du merfixer dans son embrassement, etc. ». cure, M. (4) Au-dessus de lumière, signe du (14) Au-dessus, signe de l’ios du
soufre natif, M. - cuivre, M.
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deuil à la joie radieuse ; de la maladie à la santé, et de la mort à la vie; il les a revêtus d’une gloire divine et spirituelle, qu'ils n'avaient pas auparavant. En effet, c’est en eux qu’est caché tout le mystère et que subsiste une chose divine (τὴ et inaltérable. En raison de leur virilité (2), les corps se pénètrent entre eux; sortant de la terre, ils revêtent une lumière et une gloire divine, dès qu'ils ont crû, suivant leur nature propre, qu'ils ont changé d’apparence, qu'ils sont sortis du sommeil et ont quitté l’'Hadès (3). Car le sein du feu (4) les a enfantés: c’est en en sortant qu'ils ont revêtu la gloire; et il les a amenés à une même unité. Aussi leur figure a été achevée, pour le corps, pour l'âme et pour l'esprit, et ils sont devenus un.
Le feu (5) a été subordonné à l’eau (6), et la terre (7) à l’air (8). Semblablement aussi l'air (9) a été subordonné au feu, ct la terre {10) à l’eau (r1), le feu (12) et l’eau à la terre (13), et l’eau (14) à l’air-(15), et ils sont devenus un. Des plantes et des vapeurs (16) s’est formée la substance unique: de la nature et du soufre s’est formée la substance sulfureuse (17), qui poursuit et domine toute”nature. Voici que les natures ont dominé les natures et les ont vaincues; à cause de cela, elles changent les natures et les corps et tout (ce qui provient) de leur nature. Dès que la substance fugace (18) a
pénétré dans celle qui n’est pas fugace (19), et la substance dominante (20),
(1) Ou un soufre, le mot grec ayant (10) Au-dessus, signe de l'Écrevisse, le double sens. M. — Molybdochalque.
(2) Allusion à l’arsenic, dont le nom (11) Au-dessus, signe du mercure, M. grec signifie mâle. (12) Au-dessus, signe du cinabre, M.
(3) Sur le sens de ce mot qui symbo- (13) Au-dessus, signe de l’Écrevisse, lise certains appareils, voir ZosiME, M.
p.123, note 4. (14) Au-dessus, signe du mercure, M.
(4) Au-dessus, signe du soufre natif, (15) Au-dessus, signe du cinabre, M. M. (16) Au-dessus, signe du cinabre : ce
(5) Signe du soufre, M. signe est donc appliqué successivement
(6) Au-dessus, signe du mercure, au feu, à l’air et à la vapeur sublimée. M. (17) Ou divine.
(7) Au-dessus, signe de l’Écrevisse, M. (18) Au-dessus, signe du mercure, M. Cp. ZosIME, p. 142, notes4 et7;et for- Cp. le servus fugitivus, Introd.,p. 217, mule de la figure 28, Jntrod., p. 152. et ZOsIME, p. 146 et 201.
Il s’agit donc du molybdochalque. (19) Au-dessus, signe de l’or, M. (8) Au-dessus, signe du mercure, M. (20) Au-dessus, signe du soufre natif,
(9) Même signe au-dessus, M. M.
dans celle qui n’est pas dominante (1), alors elles ont été unies entre elles (2). 17. Tel est le mystère; nous l'avons appris, frères, de Dieu et de notre père Comarius, le philosophe et l’archiprêtre. Voici que je vous ai exposé, ὃ frères, toute la vérité cachée, d’après beaucoup de sages et de prophètes. Or, les philosophes lui disent : tu nous as transportés, 6 Cléopâtre, par ce que tu nous as dit. Bienheureux le sein (3) qui a portée !
Cléopâtre leur dit à son tour: C’est des corps célestes et des divins mystères que je vous ai parlé. En effet, par leur transformation et leur altérations ils transmutent les natures, ils leur font revêtir une gloire inconnue et suprême qu'elles n'avaient pas auparavant.
Et le Sage (lui) dit : Explique-nous encore ceci, ὃ Cléopâtre : pourquoi a-t-on écrit: « c’est le mystère du tourbillon ; les corps sont l’art, pareil à la rotation d’une roue. Ne peut-on pas comparer le mystère à la course de la roue, et au pôle supérieur du monde, autour duquel tournent les habitations, les tours et les camps glorieux ? (4) ».
Cléopâtre dit : Les philosophes ont placé (l’art) dans ce rang convenable, où 1] a été mis par l’auteur et le maître de toutes choses. Voici que je vous dis que le pôle tournera, en partant des quatre éléments, et qu'il ne s'arrêtera point. Ces choses ont été fabriquées dans la terre d'Éthiopie, notre‘ pays, où sont pris les plantes, les pierres et les corps divins : celui qui les y a placés, c’est un Dieu et non un homme. En chacun (d'eux) le démiurge a fait germer la puissance ; l’un (5) (d'eux) verdit (6), et
l’autre ne verdit (7) pas ; l’un (est) sec, l’autre humide (δὲ: l’un estsusceptible
(1) Au-dessus, signe de l’or, M.
(2) Ces phrases vagues et symboliques avaient pour les adeptes un sens, qui nous est révélé par les signes placés au-dessus des mots dans M. Leur date est incertaine ; mais elles semblent remonter, au moins comme origine, jusqu'aux vieux gnostiques,commentés plus tard par Stephanusetpar les Byzantinscontemporains d'Héraclius. En tout cas, elles sont le point de départ du galimathias mystique des Alchimistes arabes et latins.— Cp. Ostanès, Zntrod., p. 217 — Avicenne, Zntrod., p. 258. — ΖΟΒΙΜΕ, p. 146, etc.
(3) Signe du mercure surmonté d’un μ. A.— Allusion alchimique à un texte de l'Évangile.
(4) Ceci rappelle certains passages de Lucrèce. Cependant le texte de Comarius implique la rotation de la terre sur son axe; tandis qu'elle est supposée immobile par la plupart des philosophes anciens.
(5) Au-dessus, signe du mercure, M.
(6) Au-dessus, signe du plomb, ou plutôt du molybdochalque (?) M.
(7) Au-dessus, signe du mercure, suivi de celui du plomb mal fait, M.
(8) Au-dessus, signe du mercure, M.
de réunir (1), l’autre de séparer (2) ; l’un domine, l’autre est subordonné; dans leurs rencontres mutuelles, ils se dominent les uns les autres, et l’un s’incorpore dans un autre, et communique l'éclat à un autre. Ils deviennent une nature unique, poursuivant et dominant toutes les natures. L'unité (3) elle-même triomphe de toute nature ignée (4) etterrestre (5) eten transforme toute la puissance. Voici que je vous expose le terme de l’œuvre: lorsqu'elle est achevée, on obtient une préparation meurtrière, qui parcourt le corps. De même qu’elle parcourt son propre corps, elle pénètre dans les autres corps. En effet, par la décomposition et l’action de la chaleur, on obtient une préparation qui court sans obstacle à travers toute sorte de corps (6).
Ainsi a été accompli l’art de la philosophie. — Fin.