Un autre dit
Vient ensuite un morceau emprunté à Zosime (4) et qui se trouveimprimé II, vin, P. 143-144.
1. ÎCI COMMENCE L’EXPLICATION DÉTAILLÉE DE L'ŒUVRE. — Prends le blanc et
le jaune des œufs, et malaxe-les ensemble avec ta main, de façon à former
(1) Sens symbolique pour la pierre (4) Le nom du Pseudo-Démocrite a philosophale. été substitué à celui de Zosime, par (2) Cela veut-il dire qu’il se forme un inadvertance, à la fin de la note transoxyde, ou un sulfure, tantôt noir, tantôt crite au bas de la page 288. rouge ? (5) La date de ce morceau ne peut (3) On voitici l'origine de l’une des frau- être précisée : il semble postérieur aux desordinaires desalchimistes charlatans. auteurs du vu: siècle, et assez moderne :
un mélange en consistance pâteuse; mets-le dans une marmite neuve; ferme, et plonge (la marmite) dans du fumier, ou dans de la cendre chaude, ou dans de la paille (pourrie), pendant 7 ou 14 jours. Ensuite, enlève, place dans l’alambic sur un feu très bas. Prends l’eau blanche qui en provient. Or, quand tu verras que le produit passe trouble ou noir. arrête et mets ce produit à part. Prends l'huile ; augmente la force du feu, et après avoir recueilli le produit, mets-le à part. Quant à la matière qui reste dans le matras, recouvre-la : c'est là le cuivre brûlé et la magnésie asiatique (1).
2. PREMIER ÉLÉMENT : L'EAU. PREMIER TRAVAIL, CELUI DU VINAIGRE DIVIN. — Aussitôt après avoir distillé, au moyen de l'appareil, l’eau divine, jusqu’à trois fois; mets chaque fois, pour une livre, une once de chaux divine.
Ensuite distille de nouveau avec des feuilles de myrte, par 7 fois. Opère de cette manière, jusqu'à ce que l'eau devienne transparente et brillante. C’est là ce qu'on appelle le vinaigre divin.
3. En suivant la première marche, conformément à ce que nous avons dit, aie soin, à chaque distillation, d’opérer la réaction dans l’alambic, pendant un jour, soit dans la fiente, ou dans la paille (pourrie), ou dans la cendre chaude. On y fait digérer l’alambic qui contient l’eau, avec une once de chaux nouvelle, Ensuite distille; ajoute chaque fois de la chaux nouvelle : retire la précédente. Aussi, chaque fois que tu distilleras, chaque fois tu produiras un résultat utile.
4. NOMENCLATURE DU VINAIGRE DIVIN ET DE L'EAU DIVINE (2). — Voici ce
que disent les philosophes: Eau divine, vinaigre divin, magnésie blanche,
—-Cp. Zosime, p. 211, ὃ 16. — On doit lesserattachentelles-mêmes àla nomen-
en rapprocher spécialement le Traité de Comarius, où figure un symbolisme analogue, p. 285. — D’après les interprétations de M, dans le dernier traité, l'eau signifierait le mercure; l'air signifierait tantôt le mercure, tantôt l'ios de cuivre, tantôt le cinabre:; le feu serait pris pour le soufre; et parfois pour le cinabre; la terre, pour le molybdochalque. Mais ces interprétations sont plus étroites que celles du morceau actuel, données dans les ξξ 4, 7, 8, 11; lesquel-
clature de l’œuf philosophique. Le vague indéfini de ces nomenclatures rend l'intelligence précise de ces morceaux fort incertaine.
(1) D'après E; tandis que d’après A, c'est: « l’aimant d’Asie ».
(2) Cf. Nomenclature de l'œuf, p. τὸ à 22, et INTROD., p. 215. — L'eau ou le vinaigre divin signifie non seulement le mercure, mais un grand nombre de liquides actifs, d’après la liste ci-dessous.
eau de chaux, urine (d’impubère, mercure, eau de mer, lait virginal, lait d'ânesse, de chienne, de vache noire, eau d’alun, de cendre de choux, de natron, matière occidentale, vapeur. C’est là ce qui blanchit le corps de la magnésie, c’est-à-dire le cuivre brûlé; c’est là ce qui transporte au dehors la nature cachée à l’intérieur. C’est là la nature qui triomphe de la nature, celle qui transmute les natures, celle qui délaie, celle qui enchaîne, celle qui fait concevoir et qui enfante, celle par qui le Tout est accompli.
5. (SECOND ÉLÉMENT : L'AIR). [CI COMMENCE LE TRAVAIL DE L'AIR. — Prends de l'huile; mets pour unelivre d'huile, 1 once de chaux ; laisse réagir, en faisant digérer dans du fumier pendant un jour.
Ensuite distille et opère de même une fois chaque jour. Répète jusqu’à 20 ou 30 fois; distille avec des feuilles de myrte, jusqu’à ce que (la préparation) devienne très pure, blanchâtre, jaune.
6. Quant au feu, je n’ai pas à te dire ce que doit être (celui) du fourneau : opèreàton gré, surune lampe, ou sur un feu de paille, ou bien sur un feu très doux de fiente (desséchée), et pour ainsi dire sans feu. Que l’alambic soit entouré d’étoupe, ou plongé dans l’eau bouillante, ou bien dans le fumier, ou dans la lessive. Le mieux, c’est dans l’eau : ce qui est appelé fourneau humide (1). Quelques-uns rectifient jusqu’à 50 fois; et à chaque dixième fois, (la préparation) apparaît plus brillante en couleur.
Voici à quel signe (on reconnaît) que l'opération est achevée. Après avoir fait rougir au feu des feuilles de fer à cheval laminées, trempe-(les) jusqu'à 7 fois dans l’huile divine, et vois si la feuille blanchit, s'adoucit, change d’essence, devient parfaite et plus belle que l'or (2). Sinon, travaille-la de nouveau; c’est-à-dire recommence le traitement par l'huile divine.
7. ICI COMMENCE LA NOMENCLATURE (ΡῈ L'air) (3). — Son safran est appelé jaune d'œuf, ‘sphère d’or, cinabre (4), safran de Cilicie, ocre attique, terre de Sinope, nitre roux, natron d'Egypte, (bleu) d'Arménie, couperose, huile. L'huile qui en provient, lorsqu'elle a été décomposée et qu’elle a passé par
(1) Notre bain-marie. — Le mot «air » paraît signifier ici le
(2) D'après E : « devient de l’argent principe colorant qui teint en jaune parfait ; il est beau. Sinon, etc. » dans la transmutation.
(3) Cp., la [Nomenclature de l'œuf, (4) Ce motest omis dans E.
I, 111, 1V, p. 10 à 22, et Zntrod., Ὁ. 215.
l'appareil distillatoire, est appelée huile divine, vin d'Amina, cinabre des philosophes, comaris, soufre natif, (huile) de raifort, huile de ricin, liqueur d'or, pierre de Mélos, huile de lin, soufre apyre, sandaraque, arsenic, gomme, huile d’aristoloche, huile de mandragore, de rhubarbe, de chélidoine ; eau de pourpre, eau de fleur de cuivre, eau brillante comme de l'or, eau incombustible, alun décomposé, mercure, matière orientale.
8. (SuBsTANCES) D'UNE AUTRE NATURE. — Les mêmes esprits et (les mêmes) eaux ont été appelés par les philosophes perles (1) et pierres précieuses; ils sont doués d’une grande puissance. En effet si tu les travailles, de façon à transporter au dehors la nature cachée à l’intérieur, tu parviendras au mystère des philosophes. C’est là le résumé du mystère. De cette façon, la préparation est blanchie, puis jaunie ; le cuivre de Chypre devient le cuivre brûlé, ou le corps de la magnésie, celui dont ils disent: La magnésie, traitée suivant l’art, δῖε aux corps (métalliques) leur fragilité; elle blanchit le cuivre, elle amollit le fer, elle ôte à l’étain sa mollesse, elle convertit le mercure en or (2).
9. TROISIÈME ÉLÉMENT, LE FEU. ÎCI COMMENCE LE TRAVAIL DU FEU. — Ensuite prends le feu, c’est-à-dire le cuivre brûlé (5), ce qui reste dans le plat. Après l'opération des œufs brûlés, broie finement, d’une facon continue et au soleil, pendant un jour entier. Le produit s’humecte peu à peu et émet de la fumée.
Alors arrose-le, broie et fais sécher au soleil, ou sur la cendre chaude, ou sur un fourneau, (en arrosant) avec du vinaigre divin, trois fois par jour. Tu feras cela jusqu’à ce que tu observes le signe suivant : l’argent prend une surface brillante dans le creuset. Projette-le en dehors de celuici. S'il est coloré en or, c’est bien; sinon, réitère ton travail.
10. QUATRIÈME ÉLÉMENT, LA TERRE. [CI COMMENCE LE TRAVAIL DE LA TERRE, C'EST-A-DIRE DE LA CHAUX TOUTE PUISSANTE. — Pulvérise les coquilles des œufs, et broie-les avec du natron et de l’eau, pendant un jour.
Ensuite, arrose-les à plusieurs reprises avec un liquide édulcorant. Puis
dessèche et réduis à l’état de poudre fine.
ΡΟ ἘΣ. : l'argent, au lieu de celui du mercure. (2) Cp. p. 55. — Dans A, signe de (3) Cp. IV, x, p. 260.
Ensuite, projette dans une dose d’eau égale au poids des œufs, et laisse dans un four de boulanger, ou sur un bain de cendre chaude, jusqu’à dessiccation, pendant 7 jours.
Ensuite,enlève; pulvérise encore, et, mêlant avec une quantité d’eau égale au poids des œufs, referme de nouveau [le vase). Laisse dans le four pendant 7 jours; et opère ainsi jusqu’à trois fois.
Ensuite pulvérise, après avoir fait sécher à plusieurs reprises au soleil, et après avoir arrosé pendant 3 jours, etc. Broie ainsi; mets dans un vase; ferme-le et soumets-le à l’action d'un fourneau de verrier pendant 2 jours et 2 nuits. Après avoir retiré (le vase), tu trouveras de la (terre) cimolienne verte.
Après lavoir pulvérisée encore et arrosée plusieurs fois par jour, fais cuire sur un feu de fiente {desséchée). Après avoir répété cela 3 ou 5 fois, tu la trouveras {convertie en) céruse très blanche. Le produit sera accompli, si tu trouves le cuivre blanchi dans le creuset. Sinon, recommence ton travail. ÿ
11. NOMENCLATURE DE LA TERRE (1}.— Les sages nommaient ces choses : chaux divine, terre de Chio, terre astérite, alun lamelleux, litharge blanche, (terre) cimolienne, (terre) stibienne, aphrosélinon, gomme, couperose, urine non fluide, céruse, androdamas, alabastron, suc de figuier et de tithymale.
12. L'UNION DES QUATRE ÉLÉMENTS. — Fais attention, mon ami : si tu n'as pas traité convenablement les quatre éléments, suivant le procédé qui t'a été exposé, il ne faut pas entreprendre leur union. Il n'y aurait pas lieu de vénorgueillir et tu en serais pour ta peine.
Fais ATTENTION. — Prends (du produit préparé plus haut sous le nom de) feu, τ partie, et (du produit désigné sous le nom de) terre, 4 parties. Après avoir pulvérisé, mets dans un vase et place au-dessus (du produit désigné sous le nom de) l'air, le double (de la matière appelée) feu. Suspends le
vase au milieu d’un autre vase de grande dimension, contenant du vinaigre
(1) Voir les notes de la page 323. Le métalliques, que nous appelons aujourmot terre est pris ici dans un sens géné- d'hui même des terres dans certains rique; la terre est assimilée notamment cas. — Cp. note 1 de la page 260.
à diverses chaux, c'est-à-dire aux oxydes
piquant; ferme le vase, et laisse pendant quelques jours, jusqu'à ce que (le contenu) devienne comme de la pâte fermentée.
13. Sache{r) que quelques-uns mettaient 2 parties du (produit appelé) terre et 1 partie du (produit appelé) feu; d’autres, 3 parties de terre et 1 partie de feu; d’autres encore, 4 parties et plus {de terre) et 1 partie de feu. Toutes ces (proportions) sont convenables; mais la meilleure est celle qu’on ἃ exposée ci-dessus.
14. Voilà ce que nous avons écrit pour toi, mon ami, sans aucun sentiment d'envie, afin que tu ne t’égares point. Après que la composition est devenue pareille à une pâte fermentée, enlève et fais cuire sur un feu léger, afin qu'elle sèche. Ensuite pulvérise-la de nouveau sur un marbre romain, puis mets-la dans le vase; mets-y aussi (du produit appelé) air, une quantité double (du produit appelé) feu, et suspends, comme tout à l'heure, le vase au milieu du vinaigre. Opère d’après le procédé ci-dessus jusqu’à 7 fois; et chaque fois, mets l’air en quantité double du feu. Après la 7° fois, enlève, dessèche et pulvérise, avec de l’air employé en quantité double de la terre, et laisse le vase dans le fumier, pendant un jour et une nuït. Ensuite retire ; observe la couleur du produit : si elle est changée, c’est qu'il a commencé à parcourir le chemin prescrit; sinon, soumets-le de nouveau au même travail, jusqu'à ce qu’il change d’apparence. Alors enlève-le de la même façon ; pulvérise à part et séparément de l'air; fais un mélange avec l’air et le soufre, c’est-à-dire délaie le vinaigre divin (2) avec l’air, plusieurs fois par jour. Ensuite exécute de nouveau la réaction dans un vase, comme nous l’avons dit plus haut, avec du vinaigre piquant pendant deux jours. Le produit devient ainsi liquide comme de l’eau. Après l’avoir travaillé de cette façon, retire-le du vinaigre, et fixe-le sur un feu doux et convenable, jusqu’à ce qu'il se solidifie en une pierre (offrant l’apparence d'une) cire très consistante. Garde le produit obtenu par la grâce généreuse de Dieu, pour
son honneur et pour ta (propre) délivrance de l’état de pauvreté.
(1) Le $ 13 est entre parenthèses (2) Le jeu de mot ordinaire entre le dans Le, c’est-à-dire regardé comme double sens de soufre et de divin, pour une glose. le mot θεῖον, est ici manifeste.