V. πι. — SUR LA TREMPE DU FER
1. La trempe du fer, pour presque tout le monde, est utile à connaître; elle est multiple, quant à la pratique.
Prends de la corne de chèvre; fais la brûler et broie(la cendre) de façon à l’'unir avec le double de sel, non en poids, mais en volume. Ajoute avec l’eau que tu connais (1), et pétris de façon à former une pâte liquide. Avec cela il t'est facile d'obtenir une épée de telle qualité que tu voudras. Tu en nettoies le tranchant ; tu la mets sur des charbons, et tu la fais rougir au point voulu. Après cela, en la jetant dans l’eau que tu connais, tu aurasune épée rendue tranchante par la trempe (qu’elle a reçue). Cette trempe est, comme on l’a dit, commune et presque universellement connue. La projection dans l’eau ne doit pas être quelconque, mais réglée suivant la forme et la destination de l’épée.
Pour les instruments destinés à tailler la pierre et généralement pour tous ceux qui ne possèdent pas un tranchant très aigu, on se borne à les plonger simplement dans l’eau après le chauffage. Mais les outils qui sont dans le cas contraire, comme par exemple les coutelas et les glaives, ne doivent pas être travaillés d’une facon quelconque : on les refroïdit avec un linge mouillé, ou bien avec un morceau de laine humecté, tel que ceux que l'on emploie contre la pluie. On opère dans le sens du fil, en recouvrant le tranchant qui doit être trempé. Telle est cette trempe.
2. DEUXIÈME TREMPE. — [Il y a aussi une autre espèce de trempe ; elle est destinée non seulement aux fers en général et susceptible de les rendre plus polis et plus brillants encore que la trempe précitée; mais c’est aussi elle qui rend encore plus tranchant le fer appelé indien. Quelques-uns décapent le haut de l'épée avec de la terre blanche, d’autres avec des œufs d'oiseaux, ou bien avec d’autres (matières), soit simples et tirées de la nature, soit composées et obtenues par l’art. Parmi les décapages accomplis avec des matières
artificielles, on peut citer l'espèce de trempe qui est obtenue au moyen du
(1) L'auteur garde secrète la composition de la liqueur pour tremper, suivant un artifice très ordinaire parmi les praticiens.
bois, avec la cendre de toute (espèce de bois) et l'huile (τὴ et quelques autres matières. Ce que je dis là est exempt d’obscurité pour la plupart.
Prends donc cette matière; fais-la chauffer, comme il est d'usage dans la pratique du fondeur d’or; unis-la avec le tiers de son poids de sel; ou bien, si le fer est tout à fait de bonne qualité, avec la moitié; après avoir décapé, le tranchant du fer, fais rougir au feu. Ensuite, en suivant la marche qui t'a été indiquée précédemment, et en tenant compte de la diversité de la forme et de l'usage des instruments, projette dans l’eau. Or n’ignore pas que si le fer trempé vient à être rendu cassant à cause de sa dureté, il faudra le projeter dans l’huiïle, ou dans une graisse qui n’ait pas été cuite, ni mélangée à autre chose. En opérant et en travaillant ainsi, tu obtiendras pleinement le résultat voulu.
3. TROISIÈME TREMPE. — Je vais parler d’une trempe garantie par la philosophie mystique. C’est une chose étrange à connaître, surprenante à comprendre, une chose difficile à trouver, et (pourtant) connue de tous: elle est recherchée avec ardeur, en raison de sa nature et bien qu'’ellesoit facile à connaître pour la plupart des hommes (2). La terre n’engendre pas ce produit pour tous; ce n’est pas le fruit d’un mauvais destin, mais celui d’un destin favorable, manifeste et tourné vers le ciel (3). (C’est ainsi que la terre) coopère à la confection du plus sérieux des êtres, l’or; en l’engendrant, elle ne le
repousse pas au dehors; mais elle le conserve dans son sein, elle le nourrit. Suit un passage mystique et inintelligible.
Telle est la trempe très mystique, la trempe du fer indien (4). Maintenant observe : si le fer qui doit être rendu tranchant était trop dur, ne
l'emploie pas dans cet état. En effet, ainsi que nous l’avons dit, en parlant
(1) Cp-Pline, Æ. N., xxxiv, 41.
(2) Cp. p. 19, note 1; et p. 122.
(3) Cp. p- 222.
(4) Le texte reprend ici, en faisant suite au $ 2 et en revenant sur la fin.
Il semble que ce qui précède, depuis le début du ὃ 3, est une intercalation due à un ancien commentateur, préoccupé de transmutation; intercalation amenée par le mot « mystique », mais qui
n'offre aucun sens pratique relativement à la trempe du fer. — Peut-être existait-il à l’origine, dans un manuscrit antérieur au nôtre, une troisième recette analogue à la seconde, et qui a été remplacée par le verbiage du glossateur. En tout cas la transcription de ces recettes est fort confuse dans les manuscrits. Les $S 2 et 3 manquent dans Α et B.
du mystère, il est détruit et brisé par tout ce qu’on lui présente. Mais, en le reprenant convenablement, par l'huile ou par l’eau de pluie, tu pourras ensuite l’employer, après avoir opéré suivant la mesure qu’enseignent aisément la pratique et l’expérience.
4. QUATRIÈME TREMPE. — Quant à la quatrième trempe, comparée aux précédentes, elle est encore meilleure, moins connue et plus admirable que celle-là. En outre, elle est plus simple. L'homme étant un animal supérieur à tous, vois quelle gloire lui est échue parmi les (êtres) mortels; on pourrait énumérer bien des choses venant de lui qui sont remplies de merveilles. Parmi elles, il faut citer cette chose-là qui a reçu (en partage) la puissance
de tremper et de rendre tranchant. Le passage qui suit est un pur galimatias (1).
La sécrétion liquide, entre autres propriétés, a celle de tremper le fer et de le rendre tranchant; c’est par (elle) seule que le fer devient excellent. Or la trempe s'opère, comme on l’a dit dans ce qui précède, suivant la diversité d'emploi et de forme (des instruments) de fer; mais pour tous, ainsi qu’on l’a dit en commençant, ce qui occupe le premier rang dans la trempe, c’est
la sécrétion liquide (2).