‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 334 sur 349 · L'EAU MYSTÉRIEUSE · texte numérisé non relu

L'EAU MYSTÉRIEUSE

dans les (régions) sublunaires; je parle de l’eau qui coule perpétuellement dans les fleuves et les torrents, les lacs et les mers, les fontaines, les nuées. Une, quant au genre, elle est multiple quant à l'espèce, et elle comporte des différences en nombre infini. De même ici, l’eau distillée qui provient du traitement de l’œuf, tout en étant une par le genre, diffère par l'espèce, c'est-à-dire par la (couleur) : je veux dire qu’elle peut être blanche, ou noire, ou rouge.

3. Hermès le vendangeur ne néglige pas de rougir les espèces blanches de sa grappe (1).

4. Voici ce que dit (Zosime) : De même que le nombre se développe en se multipliant, de même chacune des eaux dont j'ai parlé.

5. La cendre restée dans la coupe, après purification et lavage, est mêlée, puis partagée en deux portions. On forme aussi les deux unités composées : celle qui sera réduite en ios,et celle qui lui sera mélangée ensuite ; lesquelles concourantensemble, lors du délaiement et de la décomposition, se fixent mutuellement au moment du mélange, et amènent le Tout à perfection.

6. C’est pourquoi il est permis de dire que, d’une part, l’eau de l’abîme, celle qui provient de la fiole inférieure, est soumise à l’extraction; et que, d’autre part, les deux unités qui concourent ensemble, fournissent les deux parties de la composition, savoir : la partie non décomposée, laquelle est solide; etla partie décomposée, laquelle est liquide; (je parle de) celle qui est extraite de la marmite, lorsqu'on l’a fabriquée au moyen de l’appareil, après le temps marqué pour l’iosis. De là vient que la prophétesse hébraïque s’est écriée sans réticence: « Un devient deux, et deux deviennenttrois, etau moyen du troisième, le quatrième accomplit l'unité; ainsi deux ne font plus qu'un (2). »

Vois comment (l’eau divine est) une quant au genre, etnon quant à l'espèce, ou au nombre; en effet, de l'unité procèdent les nombres deux et trois, qui à leur tour se contractent en unité. C’est pourquoi aussi elle ajoute encore:

«l’un » (etc.), réitérant sa déclaration. Zosime la suit en disant: « En effet

{1) Sur la vendange d'Hermès, v. tation s'accomplit par la combinaison P. 119, 129, note 1, et. p. 139. successive de 3 ou 4 corps métalliques, (2) Axiome de Marie la juive. Tout d’abord distincts, puisidentifiés à la fin

ceci paraît vouloir dire que la transmu- de l'opération.

toutes choses procèdent de l’unité et se rangent dans l'unité ». Il a parlé

d’abord de l'unité générale, il a terminé par l’unité numérique (τὴ ; 1]

voulait indiquer ainsi la fabrication parfaite de la poudre de projection.

VI. vi. — LE CHRETIEN OBJECTION SUR CE QUE L'EAU DIVINE EST UNE PAR L’ESPÈCE. — SOLUTION

1. Quelques-uns assurent que l’eau (divine) est une par l'espèce, faisant intervenir Démocrite qui dit : « Une espèce unique produit Paction de plusieurs, attendu que la multiplicité procède de l'unité naturelle ». Et encore : « Une espèce unique, diversement traitée, aura des actions diverses ». Nous leur répondrons que le Philosophe a eu raison d’écrire (cela) ; car son explication en cet endroit ne porte pas sur le Tout, mais à proprement parler et en réalité sur l’espèce unique. En effet les parties blanches des espèces que l’on fait monter au moyen d’un feu doux peuvent produire une eau (divine) blanche et blanchir leur propre résidu. Celui-ci, étant mis en réaction avec la cendre blanchie, et étant ensuite épuisé, devient susceptible de retenir la teinture. S’il est chauffé plus fortement, il produit une eau jaune propreau jaunissement ; et le même résidu changé en ios fixe les teintures (2).

2. Par suite, on comprend comment Démocrite rejetait le feu violent pour l’œuvre du blanchiment, et disait: « il ne t'est pas utile pour le moment, car tu veux blanchir les corps... » (3)

Coloré par l’orcanette et par le fucus, séparé en deux parties et changé en ios, (ce produit) teint la pourpre qui ne passe pas, ainsi que les perles. Maïs s’il demeure blanc et sans teinture et s’il a subi l’iosis, alors il amollit, il dissout et fixe à l’aide de la chrysocolle, qui forme un grand ensemble en soudant plusieurs petits objets. Si l’on y ajoute des biles de

poissons et d’autres animaux, il colore les perles, quand elles ont été dessé-

(1) Au-dessus le signe du mercure damentale de la matière métallique.

dans E; et le mot mercure dans le (2) Ici B et les autres mss répètent la texte de Lb; ce qui signifie le mer- phrase : « car son explication, etc. ».

cure des philosophes, ou l'unité fon- (3) Il y a là une lacune.

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