VI. xv. — LE PHILOSOPHE ANONYME LA MUSIQUE ET LA CHIMIE
1. L'œuf est composé par nature de quatre parties, étant formé des parties susäites (2). Or toutes les variétés de fabrications générales sont au nombre de 135 (3); 611] n’est pas possible d’en trouver un nombre plus grand ou plus petit que celui-ci. Il s’agit des genres et des espèces de la matière unique et véritable, décrite dans les 4 (ou 5) livres (4) précieux qui embrassent la science. (c’est-à-dire) l'argent, l’or, les perles, les pierres et la pourpre (5).
Or il existe plusieurs voies spéciales (6), pour ceux qui poursuivent
(1) « Sur l’art sacré et divin des philosophes : Traité dédié au grand Empereur Théodose »; Vat. Cp. p. 378.
(2) A rapprocher de ΠῚ, xLiv, p. 211.
Tout ce morceau paraît être une suite de I, πὶ et I,1v, p. 18 à 22. Il a un caractère singulier, en raison des rapprochements mystiques quis’y trouvent exposés entre la musique et la chimie. On a essayé de traduire ces rapprochements le plus littéralement possible, mais sans prétendre en avoir pénétré le sens exact, que l’auteur ne comprenait peut-être pas bien luimême. D'ailleurs ce morceau fournira sans doute aux spécialistes quelques renseignements nouveaux sur la musique byzantine.
(3) Ce passage se rapporte à l'Écrit
du Philosophe Chrétien, VI, x, ὃ ὁ, p. 396.
i4) E : «corps», au lieu de «livres ».
(5) Les quatre livressur l'or, l'argent, les pierres et la pourpre sont les quatre livres attribués à Démocrite. On voit qu'on intercale ici un cinquième livre sur les perles, qui parait être l'ouvrage transcrit dans la Ve partie, 1x (p. 352).
Ceci n’a pas été compris par le copiste de E, qui donne la rédaction suivante :
« Or les parties les plus précieuses de cette matière scientifique sont l’argent, l'or, les perles et la pourpre ».
(6) Ε : « Voies spéciales à ceux qui poursuivent un art dépourvu de méthode pour les ignorants, quoique méthodique pour les gens capables d’instruction ».
[l’art]: les unes méthodiques, les autres non méthodiques. Parmi eux quelques-uns ont donné des descriptions que nous reproduirons; tandis que d’autres manquent de tradition et d'expérience; nous écarterons cette inexpérience et ces opinions individuelles.
2. Il en est de notre science comme de la musique. Les rangées musicales les plus générales étant au nombre de quatre (1). la 1re, la 2e, La 3° et la 4°, 1] s’en forme 24 autres, différant par les espèces, celles-ci (au nombre de six) appelées centrales, égales, plagales, pures, non-tonales (et détonnantes). Il est impossible de constituer autrement les mélodies qui sont indéfinies quant à leurs parties, telles que celles des hymnes, ou des offices, où des révélations, ou de toute autre branche de la science sacrée, comme par exemple de l'écoulement (?)}, ou de la phthora (modulation), ou d’autres affections musicales. De même ici (en chimie), il y a lieu de définir ce qui est possible, quand il s’agit de la matière unique, véritable et fondamentale, (savoir) la fabrication du produit des oiseaux (2).
3. Tout ce qui est exécuté sur la flûte et ce qui l’est sur la cithare est composé, soit des quatre rangées, soit de trois, soit de deux seulement, soit d’une seule. Lorsque la composition est obtenue avec trois rangées, elle comprend nécessairement la 119. la 2° et la 39 rangées; ou la 2e, la 4 et la 1e; ou bien la 4°, la 1reet la 3° (3). Lorsque le chant est composé avec deux {rangées), (il l’est) forcément de la 1τὸ et de la 2°; ou de la 2° et de la 3°; ou de la 39 et de la 4° ; ou de la 4e et de la 1re; ou de la r'e et de la 3°; ou de la 2° et de la 4e.
Et lorsque (le chant] est composé {avec une) rangée seulement, il l’est incon-
(1) Eremplace partouto+070: (ou plutôt στοῖχος, rangée, ligne), par ἦχος (ton, mode). La musique byzantine, comme le plain-chant romain, se compose de 4 tons principaux (authentes) et de 4 tons plagaux : ce qui constitue l’octoéchos (C.E. R.).
E : « De mème que les 4 tons ou modes les plus généraux, fondements de la science musicale, c’est-à-dire le ton, le 16. 35 ἘΠ ΘῈ se Nenper drent d'eux-mèmes 24 autres tons,
lesquels diffèrent par l’espèce, et sont
appelés centraux et purs, non-tonals et égaux, etc.
(2) C'est-à-dire de l’œuf philosophique.
E : « de l’ornithogonie de l’œuf; or toute voix et toute sorte de chants sont produits soit par le larynx, soit par la flûte, soit par la cithare ou un autre instrument; maistoutesortedechantsse composent de 4 tons, ou de 3, ou de 2, ou d’un seul ».
(3) L'auteur exclut 2,3, 4; commene faisant pas une combinaison mélodique.
testablement, ou de la 1°, ou de la 2°, ou de la 3e, ou de la 4°; et il est impossible (1) qu’il se forme dans d’autres conditions avec l’une des branches : il n'y a rien au delà. C’est de la même façon qu’il faut raisonner ici, quand il s’agit de notre science, et il faut nécessairement s'attendre à ne pouvoir atteindre le but, si l'on s’écarte des règles.
4. De la même manière que, dans les (matières) musicales, on voit quele chant est incorrectetinexact, sien commençant par la 11 rangée on courtconsécutivement sur la 3° ou au delà, et inversement; oubiensil’onvaau hasard de la 2° à la 4°, et réciproprement: ou bien si, négligeant l'alternance des tons plagaux et des tenues, (on passe) du ton pur au central, ou du r°" central au 2°, au 3° ou au 4° central, ou d’un tonégal à un {autre) égal, ou d’un plagal à un (autre) plagal, ou d’un non-tonal à un autre pareil, ou d’un détonant au précédent, ou bien au 3e (ton), ou bien à quelqu'un des autres, (ou) inversement (2). Car sur tous ces points et leurs analogues, il y a une grande distinction (ἃ faire); et il se rencontre des hauts et des bas, des altérations et des mortifications, ou toute autre faute de cette sorte.
5. C'est pourquoi les maîtres en cette science ont dit que les (sons) propres (à un ton) surpassent les (sons) propres (à un autre ton) pour chaque rangée des centraux proprements dits; de même le central du milieu pour les sons purs situés au delà du central qui vient après; de même le 3° (surpasse) le 2e, et le 3° (surpasse) le 4°. Celui qui rend très grandes et irrégulières les entrées et les sorties des rangées dans les chants excite un rire excessif, parce qu’il produit les effets susdits. Il est (surtout) critiqué à bon droit par les savants, par ceux qui nous instruisent clairement dans leurs discours sur les effets [mélodiques).
De même (3)ici (en chimie), il faut se garder de l’irrégularité dans toutes
(1) E: « Et il est impossible qu’il se forme autrement. Car toute sorte de chantdoit se former de l’une des branches susdites et, en dehors de celles-là, iln'y a pas d’autre procédé ».
(2) Les six parties ou tons indiqués ici sont le pur (cathare ou authente ὃ); le central, le plagal, l’égal (ison), lenontonal et le détonant; chacun d'eux
pouvant être pris avec quatre hauteurs (rangées) différentes.
(3) E : « De même, dans cet art divin qui est le nôtre, il se produit des irrégularités et des déviations, des altérations etdes mortifications, si l’on opère avec ignorance et sans art. C'est pourquoi il faut que les jeunes gens se gardent avec soin de tout cela ».
les questions susdites ; car si (l’on) s'occupe du noircissement, du blanchiment des coquilles (d'œuf), de l’iosis des jaunes (d'œuf), ou de toute autre partie du traitement, sans marcher pas à pas; ou bien, si, au lieu de procéder au blanchiment en 1‘lieu, en 2° lieu ou en 39 lieu, en opérant sur les parties ou sur le tout; si (disons-nous) l’on commence par l’iosis des parties séparées, ou brouillées ensemble; ou bien encore si l’on débute par les coquilles, et si l’on passe subitement au jaune; ou bien si, négligeant le 1er mercure (obtenu) par les alambics, on passe au (mercure) moyen (1): ou au dernier; ou bien si, après avoir accompli les premiers délaiements, on passe aussitôt aux derniers, ou bien qu'on fasse l'inverse pour toutes les (opérations) susdites; ou bien si l’on fait quelque autre chose contraire à l’ordre obligatoire : dans tous ces cas. le résultat se ressentira de pareilles erreurs et prêtera à rire.
5 bis. De même, etc. (2).
6. De même que, à propos des parties de la matière, nous avons parlé des diversités de fabrication, en vue de leur division; de même aussi, on pourra (le faire) à proposdestraitements. (Cependant) il est possible de voir au contraire, dans le cas de notretraitement, que sa nature est une ; l’espèce est une et la substance unique. C’est d’après ces principes que Zosime, ce saint auteur, commentait les mots : «une nature unique triomphant du Tout»; et ceux-ci: «l'être naturel est un; ilne s’agit pas de l'espèce, mais bien de l’art».
Si l’on voulait rappeler que les espèces des 24 rangées comprennent seulement six catégories, (savoir) le pur, le plagal, l’égal, le central, le non-tonal ou Île détonant, qu’on se rappelle aussi que chacune est partagée en 1°, 2°, 3° et 4° rangées (musicales). Mais il n’est pas dans notre plan de parler maïntenant de ces sortes de choses.
Semblablement aussi, au sujet de la matière chimique et de l’espèce, il est permis à ceux qui (le) veulent, de concevoir des (idées) analogues, et d'admettre que la matière est tout à fait unique, absolument parlant. Dans
l'espèce chimique, ils'agitdu traitement, prisabsolument ; demêmequ'ily a la
(1) Le mot mercure semble icisyno- analogue dans Raymond Lulle : Mannyme d’eau divine, c’est-à-dire des li- GET, t. 1, p. 824. quides distillés employés pour l’opéra- (2) Traduit, p. 212.
tion. On trouve un sens mystique
rangée prise absolument, ou l'instrument musical pris dans un sens absolu (?. Tandis que la matière subordonnée et générique (τ) est celle qui provient des (œufs) d’oies et des (autres volatiles) domestiques.
Les espèces subordonnées sont celles qu’on obtient soit par le feu, soit sans le secours du feu, soit par un procédé mixte; car les genres se trouvent être alternatifs. De la même manière dans la musique, il y a des instruments généraux et spéciaux, répondant aux parties spéciales de la science, (à savoir): le genre nauston (instruments à percussion ἢ), l’aulétique (instruments à vent) et le citharique (instruments à cordes); tous correspondant au quaternaire des lignes c’est-à-dire (aux quatre lignes musicales). Or les espèces exécutées sur ces instruments et les genres secondaires sont au nombre de six dansla science, savoir: le pur, le plagal, l’égal, le central, lenon-tonal etle détonnant.
Les instruments cithariques sont nombreux et diffèrent par leurs espèces; car il y a le plinthion (2), à 32 (cordes), la lyre, à 9 (cordes), l’achilléen, à 211(cordes);:2..- le psaltérion, à 10 cordes au moins, ou à 30 ou à 40 au plus, et celui qui n’en a que 3 ou 4, ou 5. Il y a aussi le plinthion (3), à 32 cordes, propre (à célébrer) les puissances divines, lequel convient principalementaux âmes, ainsiqu’aleur conjonction avecles puissances corporelies.
L’instrument aulétique esttantôten cuivre, tel que le très grand instrument appelé psaltérion ou orgue à main, le cabithacanthion (?) pour sept doigts, le pandourion, le tonadion, la trompette, et les trompes. Il peut être aussi construitsans cuivre, (tels que) le chalumeau simple, le double chalumeau, le
chalumeau multiple, le rax, le tétroréon et le plagal.
(1) E:« tandis que par la matière secondaire et générique nous voulons parler de la matière produite avec les œufs des oies et des autres oiseaux domestiques, ou avec bien des ....- (2) Or nous appelons espèces secondaires celles qu’on obtient par le feu (ou sans feu), ou par procédé mixte ».
(2) E : « Le plinthion, composé de 32 cordes; lalyre, composéede 9 cordes; l’achilléen, composé de 30 cordes avec une corde additionnelle, etlepsaltérion, etc. ».
(3)E: «Ilya un autre plinthion, com-
posé de 32 cordes. Quant aux instruments que nous appelons maintenant, instruments par excellence (orgues ?), les anciens les appelaient plinthion sans cordeset aulétique. Cet instrument est approprié aux puissances divines et il s'accorde principalement avec les âmes; il estapte à fortifier les puissances corporelles; il possède un charme pour combattre la douleur de l’âme, et pour faireaimer Dieu.Cequiconvientencore aux corps, c’est l'instrument aulétique (à vent) : il est fait de cuivre, et on l’appelle grand orgue et grand psaltérion ».
Nous rangeons parmi les instruments (à percussion) les cymbales pour les mains ou pour les pieds, les aiguières (vases musicaux) en cuivre et en verre. ΠῸῪ a aussi l'instrument composé (1) de plusieurs métaux, que l’on comprend quand on sait réaliser la mise en œuvre des 24 rangées.
8. Le divin Xénocrate (2)a exposé encore autre chose. Les espèces des (œufs) d’oies et des (autres volatiles) privés se trouvent de leur côté (3) comporter quatre subdivisions, (savoir) le blanc, le jaune, la membrane et la coquille.
Par suite, les variétés relatives à l'espèce des fabrications ont été exposées comme des portions de la science ; tout comme les variétés des rangées musicales susdites et des mélodies forment des espèces très spéciales (en musique). En effet, de même que notre art, opérant sur les parties générales de la matière chimique, expose en grand nombre et variété les espèces des fabrications ; de même aussi la musique, ce bien donné par Dieu, étant combinée avec les espèces matérielles, a engendré plusieurs variétés (4).
9. Non seulement les susdites variétés existent en chimie pour la poudre sèche: mais encore il existe des fabrications aussi nombreuses quant à l'espèce, suivant que l’on emploie des (matières) liquides, des matières sèches ou mixtes. En effet, pour toutes les variétés d’espèce, parmi les poudres sèches, nous trouverons des divisions en nombre égal, parmi les préparations liquides et mixtes; parmi celles qui sont distillées au moyen des appareils, et non distillées, maïs bien exprimées au moyen d’un linge, ou bien épuisées d'eau par tel ou tel autre procédé; afin que (16 liquide) soit uni aux solides matériels et réalise le mélange moyen après l’iosis : le tout est
délayé ensuite, et possède une existence tout à fait liquide. Ce ne sont pas
. crate, les œufs des oies et des autres oiseaux privés contiennent 4 espèces,
(ΠΕ : «De même quedansla musique il y a beaucoup de genres, d'espèces
et d'instruments ; de même aussi dans l'art divin de la chimie, il y a desgenres des espèces, des variétés de traitement et de combinaisons, et des vases, et des aiguières en cuivre, en verre et en terre cuite. Et quiconque connaît toutes ces variétés et celle des autres arts, sait encore accomplir ce qui est cherché ».
(2) E : « Commeledit le divin Xéno-
savoir : le blanc, etc. ». — Xénocrateest compris dans la vieille liste des auteurs alchimiques donnée par le ms M (Zntroduction, p.110, 111).
(3) Comme les tons musicaux.
(4) Les rapprochements entre la musique et la chimie ne se retrouvent plus dans les paragraphes suivants.
seulement les deux parties liquides de l'œuf qui peuvent être mercurifiées, en raison de leur nature fluide; mais les deux (parties) sèches qui constituent le surplus de la nature (de l'œuf), sont aussi capables d’être mercurifiées ; attendu que tout corps naturel a une existence mélangée des quatre éléments, en proportion inégale ou égale (1).
10. Ainsi les liquides sont absorbés par les substances solides, ces ingrédients étantemployés à dose minime, avec le concours des alambics. Ou bien on les mélange; ou bien on les éteint dans les liquides naturels, en laissant s’opérer la décomposition avec le temps et la dissolution. Les produits obtenus sont partagés en deux, et traités par le pélican (appareil distillatoire), ou bien sans le secours de l’appareil à mamelon. Alors sont mélangées entreelles les parties de même nature: je veux dire la (partie) décomposée et la partie non décomposée. Si (l’on) veut, avec les liquides seuls, pratiquer une teinture à fond par leur décomposition, on n’a pas recours au délaiement: mais en mêlant de l’eau avec l’eau, on accomplit la préparation, en partageant les substances solides amenées à l’état de dépôt, ainsi que l’a fait voir clairement le grand Synésius.
Les $ 11, 12, 15, 14, concernent des opérations chimiques décrites d’une façon trop vague, pour que l’on ait réussi à donner un sens suffisamment précis à la traduction.
15. Mais on dira: « Montre-moi qu’il en est ainsi d’après les anciens écrits ». Écoute le premier des chimistes : « Prenant, dit-il, une pierre pyrite (2), fais la chauffer, jusqu’à ce qu’elle devienne incandescente. Après l’avoir enlevée (du feu), trempe-la dans l’eau froide ; (retire-la aussitôt) et mets-y de la salive avec ton doigt: si elle l’absorbe, c’est qu'elle aura été
chauffée convenablement ; alors, dépose-la dans la teinture (3).
(1) Add. de E : « De sorte qu'il semble lation. — Cp. note 1 de la p. 412. aux non-initiés et aux ignorants qu’il (2) Silex ? — C'est le sens de ce mot est impossible d'entreprendre d’opé- en néogrec. ration». — Mercurifié a ici un sens 6) E : « Findu livre de la pierre mumystique, impliquant l'idée de distil- sicale ».
416 COMMENTATEURS — COSMAS