‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 346 sur 349 · VI. xvi. — COSMAS · texte numérisé non relu

VI. xvi. — COSMAS

EXPLICATION DE LA SCIENCE DE LA CHRYSOPÉE PAR LE SAINT MOINE COSMAS (1)

1. Cette chimie véritable et mystérieuse demande beaucoup de travail, mais peu de dépense, car Un est le Tout et par lui est le Tout, et si un n’est pas trois et trois un, le Tout n'existe point : c’est là la délivrance de la maladie importune de la pauvreté. Ainsi c’est par affection pour toi que je écris, pour t'adresser une sorte de viatique et un petit artifice contre elle.

2. Prends de l'or pur, 3 hexages; du mercure, 1 hexage; fais un mélange à la façon des orfèvres. Ensuite trempe le mélange dans de l'eau, pour que la couleur noire s'échappe. Puis presse bien le mélange dans un linge de lin, afin que le mercure s’échappe.

Ensuite unis le mélange avec de l’ios de bonne qualité, du sel ammoniac et un peu de la chaux tirée de l’œuf; broïe bien le tout sur un marbre.

Ensuite unis ces (matières) à un jaune d'œuf; place le tout dans une coquille d’œuf dur, (percée) d’un trou. Ï1 faut que la coquille soit fraîche et propre (2). Lute bien le trou, ainsi que l’œuf entier, et plonge dans du crottin de cheval chaud, pendant 7 jours.

Ensuite après l'avoir retiré, regarde par le trou de l’œuf (l’état de) la composition. Si elle est tout entière passée à l’état d’ios, c’est bien ; si non, répète l'opération jusqu’à ce que le Tout soit Un, c’est-à-dire changé en bel ios.

Alors, allumant des charbons, à plusieurs reprises et sans désemparer, fais rôtir l’œuf entier; puis, retirant le mélange, broie sur le marbre; garde cette poudre de projection.

En faisant fondre de l'argent très pur dans un creuset, et en y ajoutant une partie de cette poudre, tu obtiendras de l’or très brillant. Si tu veux lerendre encore plus fin, renouvelle 2 et 3 fois l'opération première, jusqu’à ce que

(le résultat) te plaise.

(1) Traité d’une époque beaucoup le moyen âge. C’est une suite de recetplus récente, à en juger par la lan- tes de transmutation. gue. (2) L'œuf philosophique désigne ici On le donne ici pour montrer la con- un appareil, suivant la nomenclature tinuité de la tradition alchimique dans alchimique.

CHRYSOPÉE 417

3. CE QUI SUIT EST TIRÉ D'UN CERTAIN AUTEUR ANCIEN, ZOSIME ; — L'AUTRE (FRAGMENT) L'EST Du GRAND ART DES ANCIENS. FAIS L'ÉPREUVE QUE Voici (1) :

Prends 4 œufs, mets-les dans un vase de terre cuite d’une grande capacité; après avoir pétri un peu de fleur de farine avec du miel, dispose ce mélange tout autour des œufs dans un vase. Bouche-le bien, plonge dans de la fente pendant 120 jours, jusqu’à ce que se produise une nature rouge de sang (destinée à devenir l’âme du produit). Ensuite, découvrant, mets le contenu dans un (vase) de terre cuite tout neuf; porte à l’incandescence les charbons embrasés en les éventant, et dirige la vapeur des charbons sur le résidu disposé à l'avance. Lorsqu'il est grillé, mets-le dans un mortier, sans que ta main le touche. Après avoir broyé, garde-le dans un bocal. Fonds de l'argent pur, 1 livre; projettes-y de cette poudre sèche 3 ou 6 parties et tu seras surpris. C’est là le divin et grand mystère, celui que l’on cherche, celui qui peut vaincre la pauvreté et écarter les ennemis. Ainsi soit-il.

4. AUTRE EXPLICATION. — (Prenant) de la sandaraque, de la couperose, de l’arsenic, du soufre et du cinabre, unis toutes ces matières ensemble. Après avoir broyé, délayé et formé un mélange visqueux, mets dans un verre propre, c’est-à-dire dans un ballon, qui devra avoir un orifice plus étroit que son ventre, tel que les paniers ronds des ruches (?). Après avoir garni l’orifice de lut, fais chauffer sur un feu doux. Ensuite, ôtant le lut, tu trouveras le mélange desséché, en consistance de poix. Après avoir encore délayé, transvase dans un pot de terre cuite; et prenant le tout, place auprès du feu. Après avoir découvert, tu trouveras du jaune.

5. Prends de la magnésie blanche, et le même poids de limaille, ainsi que les (matières) traitées préalablement. Ensuite faisant tiédir les deux (corps) dans de l'huile de raifort, laisse digérer : tu obtiendras un jaune de qualité supérieure pour la fonte. Mais si la couleur n’est pas brillante, après avoir enduit de sel, de misy et de rouille de fer délayée avec àu vinaigre, et après avoir fait intervenir la puissance de la limaille provenant du petit plat, (la préparation) sera parfaite.

6. Maintenant, si tu as de l’or, et que tu veuilles en doubler le poids, sans

(1) Ce morceau fait suite à l’article extrait réellement de Zosime? C’est de Cosmas dans les manuscrits et ce qu'il est difficile de décider. semble en avoir fait partie. Est-il

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en diminuer la qualité; après avoir pesé cet (or), mets double dose de la préparation précédente, obtenue avec le misy et la limaille de fer noircie, en prenant de l’un et de l’autre un poids quadruple de lor. Mélangeant ou combinant ces choses, applique les autour de l'or; après avoir mis dans un creuset et fait chauffer, enlève : tu trouveras l’or (en quantité) double.

7. Le cinabre et l’ios du cuivre couleur d’or, ainsi que certaines espèces naturelles, projetés dans la matière lunaire (l'argent), produisent de l’or métallique.

8. Après avoir fondu du plomb au feu, saupoudre-le de soufre et chauffe jusqu’à ce que la mauvaise odeur soit évaporée. Ensuite mettant de l'alun lamelleux et du cinabre dans les vases, en égale proportion, et mêlant avec de l’oxymel, arrose avec le plomb liquéfié. Agis semblablement avec du soufre apyre, jusqu'à ce que la matière durcie se change en or.

9. Prenant du cuivre, étends-le en lames, coupe-[le) en petits morceaux carrés et mets ceux-ci dans un petit pot d’argile: une couche decuivre, puis une couche de soufre pilé; bouche bien l’orifice à la partie supérieure, avec du lut. Puis, mets ce petit pot dans un autre pot (plus) grand; celui-ci doit avoir des trous. Laisse entrer le feu par ces trous; emploie un feu fort et fais cuire pendant 4 heures : le cuivre calciné devient ainsi pulvérulent, et pareil à du sel: il se forme ce qu’on appelle du rasouchti (1).

10. Ensuite prends du rasouchti,5 onces et demie; du natron ou de l’efflorescence artificielle (?), 3 onces; du mercure, 2 onces: mélange tout cela et broie fin comme de la farine. Broïe ces choses, jusqu’à ce que l’on ne voie plus le mercure. Ensuite, procure-toi deux plats, agencés de façon à se recouvrir exactement et que rien ne puisse en sortir, pas même de l’eau; ensuite, enduis-les avec de l'argile à creuset ; ou bien, si tu n’en trouves pas, avec l'argile dont se font les assiettes. Dès que tu as bien disposé les deux plats, de façon que leurs bords s’adaptent l’un à l’autre, enduis-les exactement. Le vase inférieur, c’est-à-dire le plat, doit être plongé de nouveau dans cette argile et luté, aux jointures et tout autour, avec du blanc

d'œuf. Ensuite, fais dans le fond du plat supérieur un trou capable d’ad-

(1) C’est la préparation de l’æs ustum de Dioscoride. Introd., p. 233.

mettre une aiguille à coudre des sacs, ou même un trou plus petit, comme pour une grosse aiguille (ordinaire). Puis fabrique un petit fourneau et rétrécis-le par en haut, de façon que l’espace supérieur puisse contenir les plats, tandis qu’à sa partie inférieure il sera plus large. Dépose les plats dans la partie supérieure du fourneau, et, par en bas, mets un peu de feu, réparti également. Dispose sur le trou du plat supérieur un couteau, afin de pouvoir racler avec la pointe, et fais bien cuire. Retire souvent le couteau et regarde : lorsque tu verras monter quelque chose de pareil à l'argent, alors fais bien cuire. D'abord il montera une fumée épaisse, et, plus tard, du mercure (1) pareil à l'argent.

11. Lorsque tu verras cela, cesse le feu; bouche le trou du plat avec du lut et laisse refroidir (pendant la nuït). Vers le matin, retire le produit, après avoir Ôté l'enduit des plats. Saisis d’abord le plat supérieur, puis l’autre, et recueille toutle mercure, de façon à n’en rien laisser dans le plat supérieur ; car il adhère à ce plat: râcle-le entièrement et prends-le. Alors prends de l'argent, 4 onces, et du cuivre, ὃ onces. Fais fondre d’abord le cuivre et, dès qu’il est fondu, ajoute l'argent. Quand tu l’as fondu également, et que les deux (corps) n’en forment plus qu’un, alors ajoute de la poudre sèche, c’est-à-dire du mercure recueilli dans le plat, jusqu’à concurrence d’une demi-once : le tout te fournira un argent pur et parfait. Lorsque tu l’auras fondu dans l'appareil, mets dessus du sel ammoniac ; et si tu veux qu’il soit plus beau, mets-y une autre demi-once du mercure recueilli dans le plat, et l'argent sera encore meilleur.

Compilation de morceaux déjà imprimés pour la plupart. On donnera seulement le suivant:

Zosime. — τ. Je vais vous expliquer la comaris (2). La comaris, par son

addition, amène les perles à perfection. Sous ce nom on désigne la pierre

(1) Notre mercure, ou peut-être notre (21 Cp. ZosiME, p. 122. C'est une arsenic. — Introd., p. 230. variante.

qui attire au dehors l’esprit, par la puissance de la poudre de projection. Aucun des prophètes n’a osé exposer ce mystère dans ses discours; mais ils savaient que c'était ainsi qu'il convenait de fixer cette précieuse puissance féminine ; car elle est la blancheur vénérable, d’après l’interprétation de tous les prophètes. On obtient cette puissance de la perle en la faisant cuire dans l'huile.

2. Prenant la perle attique, fais-la cuire dans l’huile, dans un vase découvert et non clos, pendant 3 heures, au milieu du feu. Frotte la perle avec un chiffon de laine, pour la débarrasser d’huile et conserve-la pour t'en servir dans les teintures. Car c’est avec l’aide de l'huile que l’on amère la

perle à perfection.

1. Le célèbre philosophe d'Abdère, Zosime, Jean l’Archiprêtre, Hermès Trismégiste, Démocrite, Olympiodore et Stephanus, dans l'exposition de la Chrysopée, ont révélé le mystère du molybdochalque (1): ils se sont accordés à le prendrecomme pointde départ. Dansleurs mémoires fondéssurl’expérience, la pratique et la connaissance de la matière, ils prescrivent d'écarter tous les agents qui possèdent le pouvoir caustique, tels que le feu, le soufre, et tons les arsenics, parce que leur mélange et leur force sont la source de tous les dommages et accidents. Mais d’après eux il convient d'employer les agents doux, ceux qui possèdent le pouvoir liquéfant, pour le mélange des éléments et l’alliage du plomb. Ils appellent aussi cet alliage union des substances : d’abord lorsqu'on le réalise au moyen de la fusion, et aussi (lorsqu'on opère) par grillage et lavage. [15 désignent (le molybdochalque) sous le nom de magnésie, parce qu’on mélange, pétrit et trempe, afin d'amener l'alliage à l’état d’unesubstance unique, par l'identification des substances composantes.Or le mélange du Tout, la (fabrication de la) matière, s’accomplit entièrement par voie humide et par les liquides; de même que l'argile est pétrie avec les

matières lavées, telles que les étoffes et les soies blanchies.

(1) Ce $ résume l’article VI, x1v, de l’Anonyme, p. 405.

2. C’est pourquoi Olympiodore écrit que le mystère de la Chrysopée réside dans les liquides. C'est par les écoulements d’eau, les courants, les lavages,

la macération et le traitement que l’on accomplit l'opération mystérieuse. (Suit une subtilité.)

3. Démocrite dit au roi (1) : Si tu ne connais pas les substances et leur mélange, si tu ne comprends pas les espèces et l’union des genres avec les genres, tu travailleras en vain, ὃ roi.

4. Zosime dit (2) : Dans le mystère de la teinture de l’or,lescorps deviennent esprits, afin d’être teints par l'esprit dans la teinture; c’est-à-dire que les corps (métalliques), unis au molybdochalque et modifiés par le mercure, deviennent esprits. Par ces agents ils sont d'abord liquéfiés, cuits, soumis à l'écoulement, en vertu de la macération qui en résulte et de l’opération de la transmutation, et ils changent ainsi de corps, Car ils passent naturellement à l’état incorporel, et ils arrivent d’une façon extraordinaire à l’état d’or cuit.

5. Olympiodore dit (3) : le molybdochalque ou pierre étésienne détermine ensuite l’écoulement simultané de ces produits par le feu. L'un des effets est dû au plomb et l’autre au feu. Ce n’est pas de l’une des matières isolées que dépend l'écoulement simultané ; mais on doit faire écouler la matière par l’association des trois produits. On les mélange d’abord à parties égales et pour les faire écouler, il ne faut pas ajouter l'un des produits aux deux autres, mais mélanger à la fois les trois dans un même alliage. Le mot écou-

lement simultané montre qu’il faut faire écouler l’ensemble d’un seul coup. 6. (Suivent des subtilités.)

7. Zosime dit: Ne craignez pas, etc. (reproduction d'un passage donné : IT, vi, $ 13, p. 135, jusqu’à la fin du $).

8. L'évaporation de l'eau est sa disparition. Je m'étonne du résultat de notre étude, et de voir comment l'émission et l’action de la vapeur de l’eau divine

peuvent cuire et colorer notre composition.

(1) Cp. 408.— Cette formeaxiomatique (2) Cp. Pélage, IV, I, $ 9, p. 248, et rappelle la T'urba philosophorum et sem- VI, xiv, 8 Set o, Texte. bleappartenir à une tradition analogue. (3) Cp. VL xu, ὃ 9, Texte.

9. Stephanus dit..... (III, νι, $ 23 et 24, p.138 et 139, avec diverses lacunes indiquées dans le texte grec).

Viennent ensuite une série de morceaux déjà publiés, tirés de Zosime, de Jean

l'Archiprêtre, de Stephanus, de Comarius, d'Olympiodore, etc., avec des portions abrégées et des lacunes.

V1. xx. — HIÉROTHÉE SUR L’ART SACRÉ (ἢ)

1. Prenant de la batiture de fer, 1 partie ; de l’antimoine d'Italie, 1 partie, délaie le tout dans de l’huile de natron. Après avoir opéré l'extraction, mets à part et fais fondre avec une quantité égale de cuivre d’Îtalie. Après avoir réduit, allie avec de l'or et laisse 3 jours. Prends du soufre, 1 partie ; du misy, 1 partie; délaie, puis prenant l’alliage, dispose-le par couches alternatives, et opère l’extraction. Prends de ce produit, 3 parties, et τ partie d’or; fais fondre et tu trouveras ce que tu cherches.

2. Si tu veux faire mieux encore, traite l’alliage et fais-le macérer avec la Heur de natron, jusqu’àce qu'il devienne fluide (comme) du mercure. Sublime sept fois etpartage en deux portions; lapremière est soumise à la décomposition jusqu’à production d’eau ; quant à l’autre moitié, tu la mélanges avec le tiers de son poids d’or et le 6e de cuivre d'Italie et de fer ayant subi le premier traitement. Broyant le tout, arrose avec l’eau du mercure dissous plus haut, et fais chauffer. Opère ainsi jusqu'à ce que l’eau aït disparu; mélange un peu de soufre, de facon à ce qu'il pénètre la préparation, et s’y imbibe. Opère ainsi jusqu’à ce qu'il se forme du cinabre {ou de l'or?)

3. Emploie cette (recette) avec le concours d'Emmanuel(2), le chef des êtres:

(1)Ilexistesousle mêmenom un petit (/ntrod., p. 175) on lit aussi : « Chapitres poème alchimique, où il est question d’Eugénius et d'Hiérothée » ; mais ces de l'Empereur Nicéphore : son auteur chapitres ne se retrouvent pas dans le serait donc du ix° siècle de notre ère. Ms. M actuel.

Si le texte présent est du même écrivain (2) Cf. le livre d'Emmanuel, cité dans que le poème, l’époque serait indiquée 1 le Pseudo-Aristote arabe, τ. m1du Theapar ce qui prècède. Dans la vieille liste trum Chemicum.

de St-Marc, sous notre numero 38,

BLEMMIDÈS 423

animés, le Verbe divin, la lumière du St-Esprit. Car c’est lui qui est le sauveur, le dispensateur et la cause de tous les biens. C’est par son entremise qu'est offert aux fidèles et aux gens qui en sont dignes ce divin mystère, le remède de l’âme et la délivrance de toute peine. Celui qui a trouvé ce mystère, celui qui a reçu ce don de Dieu, celui qui sait opérer les traitementset parvenir au but désiré, le doit au très haut Emmanuel : celui-là deviendra son ministre et sonagentdans l'exécution de cet art divin. (C’est pourquoi) en tout (il réservera) la dîme pour la construction des saintes églises et pour le soutien des indigents. Il interviendraen ma faveur, secourra mes besoins et me fera traverser la vie.

Pour que son existence demeure à l'abri de l'envie, il ne doit pas tirer vanité de ses richesses, ni du soin qu'il donne à la prospérité de ses affaires ; il ne doit pas non plus s’abandonner à la pauvreté, cette maladie fâcheuse et incurable. Mais il doit plutôt resplendir de la richesse des vertus divines et des actions pures, étant tout animé d'humilité, de pitié et d'amour sincère (de Dieu). Il fera des prières pour moi, qui ai exposé ces choses libéralement et simplement, afin que nous obtenions tous deux la pure et éternelle royauté du Christ notre Dieu. Qu'il nous soit donné à tous de l’obtenir, par les recommandations et par les prières de Marie, l’immaculée mère de Dieu, et de Jean le précurseur trois fois bien heureux, ainsi que par (celles) de la cohorte pure des divins apôtres et prophèteset de tous les saints. Ainsi soit-

il :amen.

VI. xx. — NICÉPHORE BLEMMIDÈÉS ( CHRYSOPÉE Sur la Chrysopée de l’œuf qu'a traitée le très savant maître en philo-

sophie Nicéphore Blemmidès, lequel a atteint le but, avec le concours de

celui qui amène toutes choses du non-être à l'être, le Christ, notre Dieu

(1) On a aussi donné ἃ cet auteur le du xm° siècle, qui a refusé le Patriarnom de Blemmydas et on l’a identifié, chat de Constantinople. à tort ou à raison, avec un personnage

véritable, à qui appartient la gloire dans tous les siècles des siècles : amen.

Prends, avec l’aide de Dieu, cette pierre non-pierre (1), que l’on nomme la pierre des sages, formée par les 4 éléments : la terre, l’eau, l’air et le feu; c’est-à-dire par l’humide, le chaud, le froid et le sec. Prends donc l’un des 4 éléments, la terre, l'élément froid et sec, autrement dit, la coquille des œufs.

Après avoir lavé et purifié, refroïdi et broyé exactement, mets dans une marmite; bouche l’orifice de la marmite avec un lut qui résiste au feu, et mets-la dans un fourneau de verrier. Fais chauffer pendant ὃ jours{2), jusqu'à ce que le produit blanchisse. Mets-le à part avec soin; car c’est là la fameuse chaux. Attention!

2. Après cela, prenant le blanc intérieur (de l’œuf), dépose-le dans un vase en forme de coquille, à l’orifice du vase, adapte cet instrument en forme demamelon, nomméalambic. Qu'il soit bien bouché et assujetti avec du plâtre (3). Faismonter cela comme l'eau de roses, et garde avec soin dans une fiole. Attention !

Ensuite prenantde la chaux (4), 1 partie, et de l’eau distillée, 9 parties : mets ensemble; introduis (dans le vase)etboucheavecsoin, comme précédemment. Distille cela comme de l’eau de roses. Lacoquille doitêtre cette fois en verre; la 1'®était en terre cuite. Remets le produitdistillésur la même cendre ; extrais et mets le tout ensemble dans une fioie de verre. Bouches-en soigneusement l’orifice avec un linge et du plâtre, et enfouis dans du crottin de cheval pendant 21 jours. Attention!

4. Ensuite retirant du crottin, mets dans la coquille et fais monter comme précédemment. Puis, de nouveau, prenant le tout ensemble, mets l’eau et la matière dans une fiole de verre et fais digérer dans du crottin de

cheval, comme précédemment. Puis, retirant du crottin, mets le toutensemble

(1) Cp. p. 19.

(2) Scolie : « Noter qu’il est impos- :

sible de faire chauffer la chaux pour la changer en céruse,à moins de ἢ

chauffer pendant ὃ jours sur le fourneau du verrier ». Les signes de renvois successifs de cette scolie et des suivantes dans nos manuscrits sont les

signes du Zodiaque, à partir du Bélier jusqu’à la Balance. (Cp./ntrod., p. 205.) (3) Scolie : « Le plâtredoit être vieux, et (provenir) d’une église (?) ».

(4) Scolie: « La chaux, ici, doit être (du poids) de 4 onces et l’eau (distillée une fois) peser 36 onces ».

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dans une coquille; fais monter comme précédemment et garde dans une fiole. Attention! (1).

>. C’est là ce qu'on appelle eau divine, eau de chaux, eau de mer, vinaigre, mercure, lait de vierge, urine d'enfant impubère, eau d’alun, eau de cendre de chou, eau de natron, eau de 1 filtration, et d’autres noms (encore). Cela constitue l’eau divine, au moyen de laquelle est blanchie le corps de la magnésie: Le cuivre brûlé, c’est la cendre qui doit être produite par le jaune des œufs.

6. ἢ faut prendre d’autres coquilles d'œufs non brûlés (2), (les) bien broyer et les mettre dans unecoquille de verre avec de l’eau montée une fois sans l'emploi de la chaux. Qu'il y ait de cette eau la valeur de 3 parties et des coquilles, 1 partie. Distille cela encore 3 fois, sans digestion. A chaque distillation, rejette les coquilles et mets-en d’autres en mêmequantité. A la 3° fois, garde dans une fiole ce quiest déposé.

7. Ensuite prenant la nouvelle chaux (3), mélange-la bien avec cette eau. Qu'il y ait de cette eau, 3 parties, et de la chaux, une partie; mets cela dans une fiole. Bouche bien l’orifice de la fiole et fais digérer dans du crottin de cheval pendant 40 jours, et s'il y a de la cendre, pendant 21 jours.

8. Ensuite, prenant des jaunes d'œufs, mets-les dans une coquille deterre cuite et distille cela comme de l’eau de rose, avec un feu {moins) énergique; car il faut que le feu des (opérations) susdites soit plus doux. Bouche avec soin et recueille ainsi l'huile (couleur) de cochenille.

9. Prenant cette huile (4), réunis-la avec la chaux (5) tirée des coquilles. Qu'il y ait de cette chaux, 1 partie, et de l'huile, 3 parties; opère avec cela comme avec l’eau de chaux, c'est-à-dire distille et fais digérer. Puis de nou-

veau distille et fais digérer, et après avoir distillé, garde le tout. Attention!

avec l’eau par 3 fois; le tout doit être

(1) Scolie : « Tu as ici la chaux décomposée ; orl’eau nécessaire pour les (extractions), délaiementset arrosages doit être (du poids) de 3: onces ».

(2) Scolie : « Ces coquillesdoivent être (du poids)de 18 onces pour les 3 fois, et l’eau, du poids de 18 onces chaque fois ».

(3) Scolie : « Cette chaux doit être de 5 onces. Comme elle doit être gâchée

du poids de 15 onces ». + (4) Scolie : « Cette huile doit peser 15 onces ».

. (5) Scolie : « Une telle chaux, à ce que je crois, doit peser 5 onces, qui (sont) introduites dans les 15 onces précédentes ; l’eau, tu l’as fait monter trois fois, avec les coquilles non brüûlées »,

10. La cendre des jaunes d'œufs qui se déposera, blanchis-la avec la 1° eau divine obtenue avec la chaux; car celle-ci est la magnésie.

11. Prenant de cette magnésie (1), 4 parties, et de la chaux déposée dansla coquille(2), r partie, c'est-à-dire de cette dernièrele 5*(dutout); broiebien l’une et l’autre surle marbre, de facon à rendre la matière très fine etténue. Délaie complètement avec un peu d’eau (provenant) de la chaux, comme font les peintres. Après avoir laissé refroidir, mets dans une coquille 1 partie de ce mélange, et de l’eau de chaux, 3 parties. Il faut ici que la coquille soit en verre. Puis fais monter cette (eau) comme l’eau de roses et recueille tout ce qui distille dans un vase de verre.

12. Ensuite, prends la poudre sèche, déposée dansla coquille; mets-la de nouveau sur le marbre, délaie-la par petites portions, avec l’eau distillée qui en provient. Laisse sécher le produit à l'ombre; et opère ainsi jusqu’à ce que toute l’eau distillée ait disparu.

13. Ensuite, après avoir broyé la poudre sèche, mets-la dans une coquille, et avecelle une autre quantité d’eau de chaux. Qu'il y ait dé τ, 3 parties, et de la poudre sèche, 1 partie; fais monter cela et délaie comme il a été dit, jusqu’à 5 fois.

14. Prenant la 5e fois toute l’eau distillée, rassemble la poudre sèche déposée. Après les avoir prises et mises toutes deux dans un alambicde verre, plonge celui-ci dans du crottin de cheval pendant 40 jours, ou autant de temps que tu voudras.

15. Ensuite remets de nouveau dans la coquille de verre, et fais monter comme précédemment. Lorsque la moitié du liquide aura été distillée, après avoir ouvert la coquille, remets-le de nouveau dans ce (vase), et répète cela jusqu'à 5 fois.

16. Or tu prendras cette précaution de ne pas distiller (vivement), comme pr cédemment, mais doucement et lentement.

CR près la 5° fois, recueille tout ce qui a été distillé dans l’alambic.

La poudre sèche déposée dans la coquille, mets-la sur le marbre; et après

(1) Scolie : « 4 hexages 25 carats, ture est la première qui provient de pour 1 hexage 25 carats ». l'eau divine blanche, lorsque tu veux (2) Scolie : « Une chaux de cette na- blanchir la magnésie ».

Φ ξ Ἰὼ, BLEMMIDÈS Ἂν, 427

l'avoir broyée et délayée avec le liquide distillé, comme ci-dessus, laisse refroidir à l’ombre. Fais cela jusqu’à ce qu’elle ait absorbé tout le liquide. Pendant que l'on broie et que l’on arrose, on trouvera le produit blanchi : cette blancheur constitue le signe (qui précède ?) la couleur rouge.

18. Or il faut que le produit soit bien blanchi. Ensuite, mets la (partie) blanchie dans un alambic de verre; ajoutes-y de nouveau la matière qui provient de l’eau de chaux, 3 parties contre 1 partie du produit. Après avoir bien mélangé le tout, enfouis dans du crottin pendant (40) autres jours.

19. Après avoir retiré, fais monter, recueille le liquide et remets-le dans ce (vase) : fais monter une seconde fois, recueille et surveille. Or la partie déposée dans la coquille, tu la trouveras blanche, semblable à du marbre. Prenant cela semblablement, opère avec soin.

20. Ensuite, après avoir pris de l’espèce semblable à du marbre une partie, et de l’eau distillée, une autre partie ; après avoir bien mélangé ces choses, me ns une coquille de verre, si tu n’as pas d'alambic; puis scelle et bouche convenablement son orifice avec un couvercle de plomb; étends un mince enduit sur ladite coquille de verre, en employant un lut qui résiste au feu.

21. Ensuite traite habilement {cette matière) et dispose-(la) sur un petit fourneau, pareil à celui de l’eau de roses. Au lieu d’un feu de charbon, place le au-dessus d’une lampe allumée. Si les espèces de l’intérieur sont dans la proportion d’une once (chacune), c’est-à-dire que le poids de l’une et de l'autre soit de 2 onces, il faut faire brûler la lampe pendant 7 jours, c’est-à-dire 7 jours et7 nuits. Si ces espèces n’ont qu’un poids moitié moindre, fais brûler pendant 4 jours; si c’est Le quart, 2 jours. Après les 7 jours, ayant ouvert

le vase, et reconnu que l’espèce est compacte, ajoute encore de l’eau mise à

part, une autre once, comme précédemment. Ensuite, faisant brûler la autant de jours qu’il a été dit, opère ainsi jusqu’à 9 fois.

22. Après avoir ouvert, tu trouveras un oduit jaune compacte, dont le poids répondra à celui de toutes les mati res ajoutées successivement en 9 fois, jusqu’à concurrence de 10 onces.

23. Mets de côté et prends-en 1 partie, c’est-à-dire la valeur d’une once.

24. Ensuite, ayant opéré au moyen du feu, c’est-à-dire à la chaleur de

428 COMMENTATEURS ; ᾷ-

la lampe, arrose ces (matières fois; en opérant au moyen d’un poids pe; \ 9

égal d’huile divine, comme tu as fait avec l’eau divine. La dernière fois,

c’est-à-dire la 0°, tu prendras le double du poids d'huile, et (alors) tu feras °

brûler la lampe plus fort.

55. Ensuite tu trouveras la poudre sèche complètement préparée, de + couleur pourpre vif. Après l’avoir bien broyée, garde-la avec soin.

26. Lorsque, avec l’aide de Dieu, tu auras obtenu ce produit, prends de l'argent pur, la valeur d’une once; fais-le fondre au feu et mets-y de la

poudre précédente, la valeur d’un grain : tu trouveras l’or brillant et

dont l'éclat s'étend jusqu’aux limites de la (terre) habitée.

NICÉPHORE BLEMMIDÈS. — APPENDICE

CE QUE RÉCLAME LA PRÉSENTE PRÉPARATION «ἢ

D'abord des œufs propres avec leurs 36 (ἢ germes.

Appareils : Deux coquilles de terre cuite, avec des bouchons de verre.

Semblablement aussi 3 coquilles de verre, capables de contenir, l’une, une pinte, l’autre, 2 pintes, et la dernière une demi-pinte, avec son chapeau.

Mortier en marbre; — et porphyre.

Palette de peintre.

Plâtre vieux, provenant d’une église.

Un vase résistant au feu et deux marmites en forme d’écuelle (?)

Lut qui résiste au feu. |

Il faut aussi, tout d’abord, de l’eau blanche distillée une fois, 36 onces.

Semblablement, en second lieu, (la même eau) montée une fois, 18 onces;;

Et de l’huile de cochenille, montée une fois, 15 onces.

Sache que les 36 œufs absorbent 9 onces d’eau.

La pinte comporte 2 mesures d’eau.

De même il faut aussi de la chaux (tirée des coquilles d'œuf, avec les membranes), 9 onces ; des enveloppes d’œuf broyées et incombustibles, 18 onces ; de la magnésie, c'est-à-dire des jaunes (d'œufs) calcinés, 4 hexages

20 cotyles.

LA BLEMMIDES 429

æ Des balances, du bois à brûler, un petit fourneau etun esprit subtil et sans limite.

Voici ce qu’il faut (pour compléter) le mystère dans son intégrité : Prends(1)

% le sang d’un homme aviné, la bile d’un bœuf noir non marqué, et le

suc de la plante appelée barbe de bouc. Employant ces trois (matières) en proportion égale, chauffe du fer et trempe : tu pourras réussir.

(1) Cette formule finale se trouve déjà à la fin de VI, x, p. 405, note 2.

TABLE DES MATIÈRES

DE LA IIIe LIVRAISON

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