‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 96 sur 349 · ZOSIME DIT AU SUJET DE LA CHAUX · texte numérisé non relu

ZOSIME DIT AU SUJET DE LA CHAUX

1. Je vais vous rendre {les choses) claires. On sait que la pierre alabastron (3) est appelée cerveau (4), parce qu’elle est l'agent fixateur de toute teinture volatile. Prenant donc la pierre alabastron, fais-la cuire une nuit et un jour; aie de la chaux, prends du vinaigre très fort et fais bouiilir : tu seras étonné; car tu réaliseras une fabrication divine, un produit qui blan-

(1) Cet alinéa est une addition étrangère à ce qui précède. C’est une recette pour attaquer le cuivre, avant de faire agir sur lui les vapeurs destinées à le teindre.

(2) Cet article se compose d’une suite de recettes obscures pour fabriquer la pierre philosophale. Les dernières sont postérieures à Zosime, comme l'indique

la citation de Stephanus tirée de A (δ 2 bis); à l'exception pourtant de la phrase finale du $ 3, laquelle exprime très clairement la formation des soussels de cuivre, ou fleurs de cuivre.

(3) Lexique, p. 4.

(4) Voir Lexique, p. 7; Œuf philosophique, p. 19. — Nomenclature de l'œuf, p. 21.

chit au plus haut degré la surface (des métaux). Laisse déposer, puis ajoute du vinaigre très fort, en opérant dans un vase sans couvercle, afin d'enlever la vapeur sublimée, à mesure qu’elle se forme au-dessus. Prenant encore du vinaigre fort, fais élever cette vapeur pendant sept jours, et opère ainsi jusqu'à ce que la vapeur ne monte plus. Laisse durant quarante jours le produit (exposé) au soleil et à la rosée, à l'époque fixée ; puis adoucis avec de l’eau de pluie. Fais sécher au soleil, et conserve.

C'est là le mystère incommuniqué, qu'aucun des prophètes n’a osé divulgœuer par la parole; mais ils l’ont révélé seulement aux initiés. Ils l’ont appelé la pierre encéphale dans leurs écrits symboliques, la pierre non-pierre, la chose inconnue qui est connue de tous, la chose méprisée qui est très précieuse, la chose donnée et non-donnée de Dieu (1). Pour moi, jela saluerai du nom de (pierre) non donnée et donnée de Dieu : c’est la seule, dans notre œuvre,qui domine la matière. Telle est la préparation qui possède la puissance, le mystère mithriaque.

2. L'esprit du feu s’unit avec la pierre et devient un esprit de genre unique. Or je vous expliquerai les œuvres de la pierre. Mélangée avec la comaris, elle produit les perles, et c’est là ce que l’on a nommé chrysolithe. L'esprit opère toutes choses par la puissance de la poudre sèche. Et moi, je vais vous expliquer le mot comaris, chose que personne n’a osé divulguer ; mais ceux-ci {les anciens) la transmettaient aux personnes intelligentes. Elle détient la puissance féminine, celle que l’on doit préférer; car le blanchiment est devenu un objet de vénération pour tout prophète.

Je vous expliquerai aussi la puissance de la perle. Elle accomplit ses œuvres, mise en décoction dans l'huile. Elle représente la puissance féminine. Prenant la perle, tu la mettras en décoction avec de l’huile, dans un vase non bouché, sans couvercle, pendant 3 heures, sur un feu modéré. Prenant un chiffon de laine, frotte-le contre la perle, afin d’en ôter l'huile et tiens, (la perle disponible) pour les besoins des teintures; car l’accomplissement de la (transformation) matérielle a lieu au moyen de la perle.

2 bis. Stephanus (2) dit : Prenez (16 métal composé) des quatre éléments,

(1) Voir la note de la p. 10. tiré de A. Ilaété reporté plus loin dans (2) Cet alinéa manque dans M; il est le Texte grec, IV, xx, 13, Traité de

{ajoutez-y l’arsenic le plus élevé (1) et le plus bas, le rugueux et le roux, le mâle et la femelle, à poids égaux, afin de les unir entre eux. Car de même que l'oiseau couve ses œufs et les mène à terme dans la chaleur, de même vous couverez et mènerez à terme votre œuvre (2), après l'avoir porté au dehors, arrosé avec les eaux divines, exposé au soleil et dans des lieux chauds; après l’avoir fait cuire sur un feu doux, en le déposant dans du lait virginal (3). Prenez garde à la fumée. Plongez le produit dans l'Hadès (4); [ressortez-le, arrosez-le avec du safran de Cilicie, au soleil et dans des lieux chauds; faites cuire sur un feu doux, avec du lait virginal, en dehors de Ja fumée. Enfoncez-le dans l’'Hadès (5)]. Remuez avec soin, jusqu’à ce que la préparation ait pris de la consistance, et ne puisse s'échapper du feu. Alors, prenez-en (une partie), et lorsque l’âme et l'esprit se sont unifiés {avec le corps) et ne forment plus qu’un 508] être, projetez sur le corps métallique de l'argent et vous aurez de l’or, tel que n’en renferment pas les trésors des rois.

Voilà le mystère des philosophes, celui que nos pères ont juré de ne point révéler ni publier.

3. On entend par élévation, la montée des fleurs (6) : l'eau avec laquelle le produit a été arrosé s’élève et monte sans obstacle, par suite de l’associa-

tion intime du corps avec le soufre (7). Sinon {le corps) reste au fond (du

Comarius. On l’a conservé ici, parce qu'il indique comment les fragments de Zosime ont été augmentés par l’addition successive de morceaux étrangers.

— Le nom de Stephanus, appliqué à l’auteur d’un morceau tiré d’un traité de Comarius, mérite aussi attention :

car il prouve que la confusion signalée dans l’Zntrod., p. 182, entre les œuvres de ces deux auteurs est fort ancienne.

(1) Qui s’est sublimé, en s'oxydant, à la partie supérieure du récipient ?

(2) L’œuf philosophique.

(3) Expression symbolique. D’après le Lexicon Alchemiæ Rulandi (p. 272), c'est l’eau mercurielle, le mercure des philosophes, etc.

(4) Fond des vases où les résidus s'accumulent et-sont exposés directement à l’action du feu; comme le montrent, par exemple, les fig. 20 et 21 de l'Introd., p. 143.

(5) Ceci est une répétition; quelque copiste ayant mis bout à bout deux versions parallèles.

(6) Fleurs métalliques, se formant à la surface des métaux par oxydation, ou se sublimant (voir page 71, note 4).

(7) On propose de lire : soufre, au lieu de piomb; le signe étant pareil (voir le Texte grec, p. 114, note de la ligne 23).

vase à sublimation?) Contentons-nous du mortier et du filtre pour les deux

teintures.

Quant au cuivre, Zosime dit à son sujet : «Altéré par la plupart des eaux,

à cause de l'humidité de l'air et de la chaleur, il augmente de volume et se

couvre de fleurs, qui sont de beaucoup les plus douces; il fructifie par

l’action productrice de la nature ».

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