LECON ΠῚ
1. De nouveau, je remarquai le divin et sacré autel en forme de coupe, et je vis un prêtre revêtu d’une (robe) blanche, tombant jusqu’à ses pieds, lequel célébrait ceseffrayants mystères, et je dis: Quel est celui-ci ἢ Etil me répondit: C’est le prêtre des sanctuaires. C'est lui qui a l'habitude d’ensanglanter les corps, de rendre les yeux clairvoyants et de ressusciter les morts. Alors, tombant de nouveau (ἃ terre), je m'endormis encore. Pendant que je montais le quatrième degré, je vis, du côté de lorient, (quelqu'un) venir, tenant dans sa main un glaive. Un autre, derrière lui, portait un objet circulaire, d’une blancheur éclatante, et très beau à voir, appelé Méridien du Cinabre (2). Comme j'approchais du lieu du châtiment, il me dit que celui qui tenait un glaive, devait lui trancher la tête, sacrifier son corps et couper ses chairs par morceaux, afin que ses chairs fussent d’abord bouillies
dans l’appareil, et qu’alors elles fussent portées au lieu du châtiment.
(1) Dans le ὃ 3, il semble s'agir de la dans AK, comme à l'ordinaire, par un calcination de la litharge blanche, opé- cercle avec un point au milieu. — Voir ration qui la change en minium rouge. Introd., p. τοῦ; PI. II, 1. 13; et p. 122, Peut-être aussi est-ce la coupellation. note 1. — Ce signe a été aussi le
(2) Le Cinabre est représenté ici | signe du soleil, et plus tard de l'or.
M'étant réveillé de nouveau, je (me) dis : j'ai bien compris; il s’agit des liquides dans l’art des métaux. Celui qui portait le glaive dit encore : Vous avez accompli l'ascension des sept degrés. L'autre reprit, en même temps qu'il laissait dissoudre les plombs par tous les liquides (Ὁ), (τὴ
« PArt s’accomplit ».
III. νι. — LE DIVIN ZOSIME SUR LA VERTU ET L'INTERPRÉTATION ()
1. Pour obéir à son penchant et en vue d'expliquer le songe qu'il avait fait (3), il dit : Je vis un autel en forme de coupe; un esprit igné, debout sur l’autel, présidait à l’effervescence, aux bouillonnements et à la calcination des hommes qui s’élevaient. Je m'informai, au sujet du peuple qui se tenait debout, et je dis: Je vois avec étonnement l’effervescence et le bouillonnement; comment ces hommes en ignition sont-ils vivants ? Et me répondant, il me dit : Cette effervescence que tu vois, c’est le lieu où s’exerce la macération. Les hommes qui veulent obtenir la vertu entrent ici; ils perdent leurs corps (et) deviennent des esprits. L'exercice (à la vertu) s'explique par là, à cause du (mot) exercer (4) ; car, en rejetant l'épaisseur du corps, ils deviennent des esprits.
2. Démocrite dit quelque chose d’analogue : « Poursuis le traitement jus-
(1) Il semble qu’il s'agisse de l’absorption de la litharge fondue par les parois de la coupelle.
(2) Cet article est formé par une suite de notices et de commentaires, d’époques diverses. Les premiers sont de Zosime; puis viennent des $$ qui rappellent le Chrétien, Stephanus et d’autres auteurs byzantins plus modernes encore, de plus en plus subtils et alambiqués. On n’a pas cru utile d'en donner la traduction absolument
complète, l'impression du texte suffisant amplement pour certains passages.
(3) Ce début indique que le texte actuel est un extrait. En effet on lit dans ELc : « Commentaire au Philosophe Anonyme sur le traité du divin Zosime le Panopolitain (ou le Thébain), sur la Vertu, etc. ».
(4) Il ya ici un jeu de mots intraduisible, qui rappeile le double sens français du mot macération, au sens chimique et au sens moral.
qu’à ce qu'il se forme un 105 jaune comme la couleur d'or, arrivant à l’état d’esprit au moyen de l’ios » En effet, [105 provenant de la substance privée de corps, par l’action du serpent, signifie l’esprit (1). En raison de l’accomplissement de la coloration jaune, 1105 est appelée couleur d’or. » C’est de cette façon qu'ils se transmettent leur pensée de vive voix et la proclament, jusqu’à ce qu'ils soient parvenus à une apparence uniforme. Et il poursuit : « Traite jusqu’à ce que tu puisses faire couler » — faire couler vient de liquéfaction et non d'extraction, car ils changent la lettre σ enr (2). — Il dit ainsi : « Fais couler »; ce qu’il entend de la liquéfaction, comme nous l'avons expliqué. Quant à ses paroles : « Faïs le traitement, jusqu’à ce que tu puisses faire couler»; ceci équivaut au mot employé plus haut d'écoulement simultané (3).
3. L'expression de sidérite (4), nom employé aussi par ceux qui sont signalés plus bas, désigne, conformément à ce qu’il rapporte : le molybdochalque et la pierre étésienne.
La pyrite, matière employée à cause de sa faculté colorante, après qu’elle a été brûlée ou soumise à l'action du feu, signifie le cuivre (tiré de la pyrite).
Semblablement le mot argyrite s'emploie pour la matière qui reste après l'expulsion du mercure; car le cuivre débarrassé de l’excès du mercure devient de l’argyrite (5) ; tandis que la pierre étésienne est le mercure même, selon la vraie interprétation de l’ensemble des opérations (?). En effet le départ du mercure annonce la prochaine apparition de la couleur d’or par le feu.
Il dit « sidérite » à cause de la nécessité de faire intervenir la combinaison du plomb. En effet les substances combinées produisent la sidérite (6).
4. Semblablement, qu'est-ce que le cœur du fer? Lorsque la masse est
(1) Le même mot 105 signifie : rouille des métaux, vertu spécifique des corps et venin des serpents. (/ntrod., Ὁ. 254).
(2) On peut interpréter ceci par un jeu de mots fondé sur la ressemblance des deux termes, ῥεῦσις, écoulement, et ῥεῦτις, extraction ὃ
(3) Voir Olympiodore, p. 78, τοῖ et 113, notes.
(4) Variété de Pyrite. — Voir p. 47.
(5) C'est-à-dire est coloré en blanc d'argent.
(6) Les$$ 3 et 4 sont formés par une suite de phrases, qui semblent presque indépendantes les unes des autres ; on dirait des lambeaux d’un vieil écrit,mis bout à bout.
brisée, comme il arrive pendant cette extraction — en employant les mots conformément aux analogies — nous trouvons la théorie manifeste, et elle nous révèle le secret.
Dans d’autres passages, Démocrite dit: « Pratique le traitement avec la saumure additionnée de vinaigre ou d'urine, ou avec les deux réunis ». Entends d’ailleurs (comme tu le comprends d’après l'écrit, ou comme la chose y est expliquée), que la chose est possible en opérant avec d’autres liquides ; attendu que rien de tout cela ne demeure (dans la préparation), ces liquides étant déversés ensuite, lors du lavage de la composition.
5. C’est à ce sujet que le très ancien Ostanès, dans ses démonstrations, dit : Quelqu'un raconte ceci sur un certain Sophar, qui vécut antérieurement en Perse. Ce divin Sophar s'exprime ainsi : « Il existe sur un pilier un aigle d’airain (1), qui descend dans la fontaine pureets’y baigne chaque jour, se renouvelant par ce régime ». Puis il dit : « L’aigle, dont nous avons donné l'interprétation, a l’habitude de se baigner chaque jour ». Comment donc, faisant entendre la même chose d’une autre manière, rejette-t-il l’ablution et le lavage quotidien? Il faut (s'expliquer) exactement au sujet de la présente opération. Tenu dans l'incertitude à cause de la doctrine (ambiguë) du philosophe, nous devons cependant laver et rajeunir l'aigle de cuivre pendant 365 jours entiers; comme il convient d’après la suite de son traité, car Ostanès s'exprime ainsi : « Presse la vendange » (2). Plus bas, il explique qu'il faut entendre par là (3) le lavage par écoulement; par ce mystère, on doit comprendre 1105. Il ajoute, en s'exprimant très clairement: « Va vers le courant du Nil; tu trouveras là une pierre ayant un esprit; prends-la, coupe-la en deux; mets ta main dans l’intérieur ettires-en le cœur: car son âme est dans son cœur. » Par l'expression : « Va vers le courant du Nil, tu
trouveras là une pierre ayant un esprit » ; il désigne clairement les produits
(1) Le sens du mot aigle dans ce passage est obscur. — Au moyen âge, on traduisait Qaigle » par sublimation naturelle (Biblioth. des Philosophes Chimiques, t. IV, p. 571; 1754). Mais ce sens ne paraît pas être celui d'Ostanès.
(2) Uvæ Hermetis: « Eau philosophi-
que, désigne la distillation, la solution, la sublimation, la calcination, la fixation »
(Lexicon Alch. Rulandi, p.468). — Ce sens est plus étendu que ne paraît être celui d’Ostanès.
(3) Lc:« Lave l’ios plusieurs fois, au moyen de l’écoulement, et c’est là le mystère ».
lavés par les courants (d’eau), pendant la macération de notre pierre. Voilà comment tout minerai de cuivre est employé pour la génération des métaux, ainsi que tout minerai de plomb. « Tu trouveras, dit-il, cette pierre qui a un esprit »; ce qui se rapporte à l’expulsion du mercure.
6. C’est pour ces raisons que mon excellent (maître), Démocrite, distingue lui-même et dit : « Reçois cette pierre qui n’est pas une pierre, cette chose précieuse qui n’a pas de valeur, cet objet polymorphe qui n’a point de forme, cet inconnu qui est connu de tous, qui a plusieurs noms et qui n’a pas de nom (1): je veux parler de l’aphrosélinon ». Car cette pierre n’est pas une pierre, et touten étant très précieuse elle n’a aucune valeur vénale; sa nature estunique, son nom unique. Cependant on lui a donné plusieurs dénominations, je ne dis pas absolument parlant, mais selon sa nature; de sorte que si on l’appelle soit : être qui fuit le feu, soit : vapeur blanche, soit : cuivre blanc, on ne ment Ῥ85. “"
Il dit qu’elle (se réduit entièrement) en nuage condensé, attendu qu’elle fuit le feu, à la différence de tous les autres corps métalliques; c’est la vapeur sublimée du cinabre, et seule elle blanchit le cuivre. Faïs-la donc chauffer doucement et éteins-la dans du lait d’ânesse ou de chèvre. [Rendstoi compte, après avoir opéré le rapprochement, qu’elle fuit le feu, à la différence de tous les autres corps; que c’est la vapeur sublimée du cinabre, et que seule elle blanchit le cuivre.]
7. Gomment les philosophes comprennent-ils cette pensée, à savoir que (Démocrite) appelle pierre, la pyritedébarrassée de son mercure? Cet excellent philosophe (dit): « Qui ne sait que la vapeur sublimée du cinabre est le mercure? c’est par son moyen qu'il est fabriqué. C’est pourquoi si quelqu’un, après avoir délayé le cinabre dans l'huile de natron, après l’avoir mélangé et renfermé dans des vases doubles, l’expose ensuite à un feu con-
üinu, il recueillera toute la vapeur fixée par la chaleur sur les corps (métal-
liques) » (2).
(1) Voir page 10, note, 1, et Zosime, Aphrodite (Vénus), qui est le mercure, TEE ΡῈ 122: et par Séléné (la Lune), qui est l'argent. (2) Le continue, en abrégeant tout ce Car de même que la lumière, etc. », passage : « On l'appelle Aphrosélinon, comme à la p. suivante ὃ 8, 1. 4.
parce que cette pierre est produite par |
Ainsi donc la pierre, je veux dire celle au moyen de laquelle on obtient la fixation sur le corps (métallique) de la magnésie, n’est pas une vraie pierre {1). En effet, ilest dans sa nature de s’écouler (par volatilisation).
N'entends-tu pas ce que Démocrite dit plus baut : « Prenant du mercure, fixe le corps de la magnésie au moyen d’une matière mélangée, de façon à obtenir une seule substance métallique, le molybdochalque. » N'est-ce donc pas là l’aphrosélinon? Car tout le monde sait que, pendant leur ascension, Aphrodite (Vénus) et Sélénè (la Lune) forment un composé, que nous dénommons l’aphrosélinon. Or, tout le monde sait aussi que ‘les astrologues assignent le cuivre à Vénus, pendant son ascension.
Les uns disent que le mercure est une chose plus épaisse; les autres, que le mercure est une chose plus spirituelle : attendu que, dans le déclin de la lune, il y a décroissement de la lumière (2) : Ce déclin ou écoulement résulte aussi de la nature propre de tous les autres astres. Jupiter seul est appelé d’abord électrum, pendant son ascension (3); tout électrum étant composé au moins de trois métaux.
8. Ainsi donc, dans son sens propre, l’argent répond à l’ascension de la lune (4); comme l’a montré l’excellent Philosophe, employant les dénominations exactes, au sujet des deux argents (5),et lorsqu'il dénomme l’aphrosélinon. De même que la lumière est vue en esprit à l'opposé de la lune,
tandis qu’elle naît et meurt corporellement dans cet astre (6); de même
(x) Attendu que les pierres ne sont pas volatiles. Cp. Bibl. Chem. de Man- ON ENCRES
(2) Le mercure est exprimé par le croissant retourné; lequel exprime aussi la lune à son déclin. — Voir la note 4, plus loin sur le croissant direct, et p.133 la note 1, relative au déclin, ἀπορία, et à l'effluve, ἀπόρροια, tous deux assimilés ἃ l'écoulement. οὐ
(3) Allusion au rôle des trois astres (Mercure, Vénus, la Lune) compris entre la terre et le soleil; opposé à celui de Jupiter. Mercure ou Hermès représentait l’étain, Vénus le cuivre, la Lune l'argent; tandis que l'électrum ou asèm,
corps consacré à Jupiter (/ntrod., p. 82, eto7; pl. [, l. 4, p. 104), était souvent formé par l'association de ces trois métaux; — voir /ntrod., p. 66.
(4) Le croissant direct, à concavité tournée vers la droite, exprime la lune dans ses premières phases, aussi bien que l'argent.
(5) L'argent proprement dit et l’argent liquide, ou mercure.
(6) Ceci se rapporte-t-il: d’une part, au fait que la lune brille d’une lumière empruntée, qu’elle ne produit pas ellemême ? et d'autre part, à l'opposition qui existe en général entre la Lune et le Soleil dans le ciel ?
aussi, naît et meurt le (vif) argent (1), tiré du corps (métallique) de la magnésie; il est esprit quant à sa nature.
Nous trouvons encore des explications sur ces choses dans le traité de la Vertu en Action de Zosime; car lui-même demande : « Et toi, tu es donc un esprit ? « Et celui-ci répond et dit : « Je suis esprit et gardien d’esprits » (2). En effet celui-ci étant esprit, en raison de la substance spirituelle qui réside dans la lune (3), il reprend un corps métallique par son union avec les solides; et il fait à ce corps un esprit qui pénètre pour'ainsi diredans sa profondeur Le -FR CT CREER EERRRARRP π΄. Du duo. nt ANA DIS CNE GRN REA EAIO TA ECO ER EE (passage inintelligible).
N'as-tu pas entendu, dit-il, proférer à haute voix cette parole souvent répétée : « Défends le cuivre, combats le mercure et rends tout à fait incorporel, jusqu’à destruction : tel est l’art ». Or 1] n’a rien employé pour cela, sauf le mercure et la magnésie, et ces deux substances sont réunies dans la fixation. « Prends, dit-il, le mercure (61) le corps (métallique) de la magnésie; tu obtiens l'esprit par l’expulsion du mercure ». « On le trouve, dit-il encore, vers les courants du Nil »; ce qui signifie l'écoulement simultané par fusion, comme il a étéexpliqué précédemment (4). Alors, ainsi qu’il le dit: «rien ne manque, rien n’est ajourné, à l'exception de la vapeur » (5) ; c’est-à-dire que l'opérateur peut, grâce à sa faculté de voir et de comprendre, voir et comprendre les choses énoncées.
9. En effet, que prescrit encore Hermès (6), lorsqu'il parle de ce qui
tombe de la lune à son déclin, et dit où (cela) se trouve, où on le traite et
(1) Le mercure.
(2) Zosime, III, 1, 3, p. 110.
(3) C'est-à-dire dans l'argent, ou dans le mercure.
(4) V. p. 78, τοῦ et p. 113, texte etnote 1.
(5) V. p.57. Le ajoute après ces mots «et de l'ascension de l’eau; c’est-à-dire exceptéceque l’on peutvoiretcomprendre :carnousvoyonsle corps(métallique) de la magnésie; et nous comprenons sa puissance, ainsi qu’il a été énoncé ».
(6) Le abrège tout ce passage ainsi :
« Hermès dit : ce qui tombe de l’effluve lunaire. De même que la lumière de la lune croît et décroît; de même notre argent décroît en perdant son corps, d'une façon correspondante à la lune.
L'émission ou l'absorption de l'esprit résulte de la force ou de la modération du feu, qui doit être réglé afin que l'esprit soit conservé», etc. ; dernière ligne du ὃ ο. - Cp. Stephanus, édition Ideler, p. 203, au bas.
comment cela possède une nature qui résiste au feu? « Tuletrouveras chez moi
et chez Agathodémon ». Par l'expression déclin (1), il parle de l'écoulement, et (cela) devient plus clair par l’addition de ces mots: « ce qui tombe au déclin lunaire »:; à ceux-ci : « la substance de la lune». En effet, le corps demeure fixé par le déclin. La nature de la magnésie lunarisée acquiert ainsi en totalité le caractère spécifique de la lune (2), et se développe à l’occasion du déclin (qui répond à la volatilisation du mercure). De telle sorte que le principe actif tombe (de la lune) par ce déclin, le corps (métallique) demeurant transformé.
Revenons maintenant au déclin et à la faculté de voir et de pénétrer, qui résulte du déclin, du courant et de l'écoulement, conformément à la nature séparative de l’écoulement. Prends la magnésie traitée par l’art philosophique, en la brûlant par le feu, non pendant l’incandescence ; mais pendant le déclin du feu, afin que l’esprit soit conservé et qu'il ne s'évapore pas par la violence de l’incandescence.
10. Comprends ainsi ce que dit Ostanès : « Mets ta main à l’intérieur de la pierre, et tires-en le cœur, parce que son âme est dans son cœur » (3). Ainsi donc, par un semblable déclin, cette pierre rejette tout ce qui est à l’intérieur, et le fond du cœur est rejeté; de même que l'esprit, qui est 1105 jaune, établi en principe comme la couleur d’or ; car ces choses sont en rapport avec ce que dit aussi Démocrite :
« Traite la pyrite jusqu’à ce qu’elle soit jaune comme la couleur d’or et vérifie si le métal devient sans ombre (4). S'il ne devient pas sans ombre, ne t’en prends pas au cuivre, mais à toi-même : c’est que tu n’auras pas bien opéré. Traite donc jusqu’à ce que le cuivre, devenu jaune etsans
ombre, teigne tout corps en or et devienne comme la couleur d’or ».
(1) L'auteur joue sur la ressemblance des mots grecs qui signifient déclin (ἀπορία) et effluve (ἀπόρροα), mots que les manuscrits mêmes confondent et échangent. Tout ce langage allégorique semble exprimer le départ par volatilisation du mercure (lune à son déclin), mercure qui a servi àamalgamer et unir les métaux et qui laisse en partant un
alliage couleur d’argent. Ces phénomènes étaient rattachés à l'influence lunaire. C’est un mélange d’alchimie et d’astrologie, fondé sur des symboles et des jeux de mots.
(2) C'est-à-dire de l'argent.
(3) Voir page 120.
(4) C'est-à-dire d’un jaune éclatant.
I] faut dès lors considérer et observer s’il devient jaune sans ombre, comme la couleur d’or : s’il ne devient pas sans ombre, il ne peut teindre en jaune comme la couleur d’or. En effet, il n’est pas d’or (ou doré) quant à sa qualité, puisque ce sont certaines qualités qui rendent jaune; car le mot qualité (1) a pour étymologie le mot fabriquer (2). (Le jaune) produit une teinture, en raison de sa qualité dorée; car il est évident que les actions exercées par les qualités sont en quelque sorte incorporelles. De là découle l’action de dorer; attendu que si la couleur ne possède pas la qualité jaune (3) dans sa propre substance, elle ne peut ni faire de l'or, ni teindre en or. Maïs notre or, qui possède la qualité voulue, peut faire de l’or et teindre en or. C’est là le grand mystère, (à savoir) que la qualité devient or et alors elle fait de for (4).
11. Voilà pourquoi la Couronne des philosophes (5) dit que la qualité, par la transmutation, réalise ce que l’on cherche. Il nous persuade et nous invite à l’interroger, disant: « Quelle est cette qualité ? » Il répond : « la qualité de la poudre de projection réside dans les qualités dorées. Si elle n’acquiert pas la qualité dorée et ne devient pas de l’or, possédantla couleur parfaite, elle ne peut faire de l'or». Ainsi donc, comme il le dit, vérifie si le jaune est devenu sans ombre, c’est-à-dire (un être) incorporel, un 105 jaune comme la couleur d’or. Ce qu’il faut donc vérifier, c’est si le jaune
est devenu sans ombre et paraît comme la couleur d’or.
Le commentateur poursuit en exposant des discussions subtiles et alambiquées,
dont nous supprimons la traduction.
(2) ποιεῖν. — Jeu de mots sur ποίησις, qui veut dire latransmutation, la fabrication de l'or.
(3) Le grec porte « blanche »; ce qui semble une erreur de copiste.
(4) En d’autres termes, la qualité «or»
est indépendante de la substance métallique qui en est le support. Lorsqu'on possède une matière en laquelle cette qualité réside, à la façon du principe essentiel d’une matière colorante, c’est
la pierre philosophale, et l’on peut alors teindre en or les autres métaux et faire par là de l'or véritable. Toute la théorie des alchimistes réside dans ces notions subtiles.
(5) Zosime. Ce paragraphe est un commentaire du précédent. — Le dit simplement : «Stephanus»; n'ayant pas compris la métaphore. En effet Στέφαvos, couronne, est le mème mot grec que le nom de ce dernier philosophe.
SUR LA VERTU ET 1ἰἸΝΤΕΚΡΕΚΕΤΑΤΙΟΝ 135
Si tu commences par blanchir, le jaunissement sera parfait, parfait et solide. Dans le cas où il ne serait pas exact, il faut observer que le jaunissement dépend du degré de blanchiment: si le blanchiment passe, le jaunissement passe aussi.
13. Il sera nécessaire d'observer et de surveiller le blanchiment, et de le prolonger. Hermès exige que le lavage dure pendant six mois, à partir du mois de Méchir; Ostanès, dans son traité, parlant de l’aigle, exige une année entière. Ajoutons que les philosophes œcuméniques, les savants modernes, les exégètes de Platon et d’Aristote, résumant le compte des dissolutions et des chauffes, disent : 2 fois 8 centaines et 3 fois 3 dizaines et 4 fois, montrant que onze cent (fois) la combinaison doit être remaniée, et décomposée, pour que le blanchiment devienne parfait et s’accomplisse en vue d’un jaunissement parfait et solide. Zosime disait encore plus expressément : « Ne craignez pas de multiplier les chauffes et les expulsions de l’eau (1) des corps, attendu que la chauffe mille fois répétée du cuivre le rend plus apte à la teinture ».
On n’a pas traduit la fin de ce ὃ, qui est un développement sans intérêt.
14. Il convient d’admirer le concours des qualités ; car les actions incorporelles effectuées par leur concours ont accompli cette merveilleuse Chrysopée, par la production d’une seule substance.
La chaleur du feu, la liquidité de l’eau, le froid de l’air, toutes qualités concourant avec la solidité de la terre, ont forcé le corps (métallique) de la magnésie de passer à la mutation et à la transformation. Où sont donc ceux qui disent qu’il est impossible de changer la nature ? Car voici que la nature des solides change et acquiert la qualité dorée ; de même le molybdochalque s’est changé, en prenant la qualité dorée, et s’est rapproché du
noir ; de même l'argent commun se change par notre opération en or.
Les $ 15, 16, 17 sont de pures subtilités, dont nous supprimons latraduction.
΄ CEn A 5 «.
18. La présente composition part de l'unité, et se constitue en triade par
(1) C'est-à-dire l'expulsion du principe de la liquidité.
l'expulsion du mercure; l’unité de constitution résulte d’une triade à éléments séparés. C’est ainsi qu’une triade unique, partagée, constituée par des éléments séparés, constitue le monde, par la providence du premier auteur, cause et démiurge dela création. Par suite, il est appelé Trismégiste, ayant envisagé suivant la triade ce qui est fait et ce qui fait. Or ce quiest fait, c’est le molybdochalque {et la) pierre étésienne; et ce qui fait, c'estle chaud,
etle froid, et le fluide,d’abord triade première indivisible, et puis unitédivisée.
On juge inutile de donner la traduction du commencement du $ 19.
(Zosime) dit en parlant de ces matières : « Brûlez le cuivre dans la composition blanche », afin de vous détourner de toute autre cuisson; {il veut) convaincre ceux qui brûlent au moyen du soufre, de l’arsenic, ou de la sandaraque, que l’on ne réussit pas avec ces matières. La pyrite chauffée avec elles ne devient pas blanche, mais noire, et ne peut plus ensuite être blanchie. Mais si on la chauffe avec la composition blanche, elle blanchit et est affinée par le lavage, ainsi qu’il a été écrit.
20. À la fin (la matière) est blanchie et jaunie, comme le dit Ostanès : « En même temps que vous blanchissez, vous jaunissez. Et Zosime dit: « Veillez à ne pas négliger le moment favorable au blanchissement : car à ce moment deux choses se produisent à la fois, le blanchissement et le jaunissement ». Rien n’est blanchi d’abord et jauni plus tard; maïs on blanchit et on jaunit dans une opération continue, suivant l'unité de cette composition trisubstantielle. Telle est la répartition triadique : Par le blanchiment, par la monade conjonctive, les trois substances sont blanchies et jaunies; (tandis que) par la triade distinctive, elles sont désunies et s’écoulent. Le livre de Démocrite s’exprimait ainsi : € Traite avec la saumure, ou le vinaigre de saumure, ou comme tu l’imagineras ». [1 déclare d'abord que le cuivre ne teint pas, mais que le cuivre brûlé par l'huile de natron, après avoir subi ce traitement à plusieurs reprises, devient plus beau que l'or. Le cuivre ne teint pas, tant qu’il conserve une essence unique; mais il est teint par sa combinaison {avec d'autres corps). Comment donc sans cette combinaison et avant que
le cuivre soit teint, pourraît-on réussir à teindre les objets soumis à l’action
du feu ? Mais cela suffit pour montrer pourquoi la première opération ne réussit pas.
21. Quant à nous, nous remarquerons aussi que la cuisson par l'huile de natron a été mentionnée par le Philosophe, en opposition, comme réserve et pour se faire entendre. De même que celui qui regarde dans un miroir ne regarde pas les ombres, mais ce qu’elles font entendre, comprenant la réalité à travers les apparences fictives; de même 1] s'est servi, pour se faire entendre, de l’expression « par l’huile de natron », afin de nous faire comprendre la vérité. Voilà pourquoi au lieu des mots « vinaigre de natron » 1] emploie la dénomination « huile de natron». Le métal est brûlé par la composition blanche, affiné, blanchi, lavé dans le vinaigre de natron. Dans celui-ci il est en même temps jauni, c’est-à-dire blanchi à l'extérieur et jauni à l’intérieur. |
22. Il fautmettre (le métal) au feu, seulement pour l'échauffer, et prendre garde qu’il ne se produise de la fumée; cars’il se produit dela fumée, la couleur disparaît (1). C’est dans ce sens que le libéral et excellent Démocrite…. dit au sujet du cuivre : « Ne le chauffe pas trop fortement, mon ami, de peur de lui faire perdre sa beauté; ne l’expose jamais à la flamme du feu: ce n’est pas avantageux, car il se volatilise. Expose-le au feu, comme à l’action d’un soleil ardent; conserve-lui toute sa matière sublimable et rends-le pareil au jaune d'œuf. » Nous interprétons {cet auteur, en admettant) que par l’expression : « ne le chauffe pas trop fortement et ne l’expose jamais à la flamme du feu » ; il rejetait de ce soufflage, toute calcination et toute action directe de la flamme. Dans cette vue il modère le feu et l'air, afin d'éviter la calcination qui sépare (les composants de l’alliage), et (il a recours) à un lut résistant au feu, bien feutré, pour enduire à l'extérieur les appareils, à deux ou trois reprises, afin d'éviter la calcination, tout en réalisant l’échauffement. Non seulement il se sert de ce lut, mais encore 1] prend soin d’enduire les inters-
tices des compartiments des appareils.
(1) I s'agit : soit d’un métal ou d’un renfermant un composant volatilau feu, alliage, teint en jaune d’or avec le con- tel que le zinc. Les termes du texte sont cours d’un composant volatil, tel que assez vagues pour comporter ces deux le mercure, le soufre ou l’arsenic; soit sens.
d’un alliage jaune, analogue au laiton,
De même que le Démiurge, après avoir séparé le firmament de l’élément liquide, place l’eau au-dessous du firmament; de même l'opérateur prend soin des interstices, afin que dans les appareils la composition ne soit pas calcinée et ne se dissipe pas. De même encore que {le Démiurge) a ordonné que le soleil, en accomplissant son cours, passe au-dessus de tous les êtres délicats, (sans) brûler les corps vivants, les parties molles et les corps qui flottent à la surface; de même l'opérateur a ordonné que l'air souffle du dehors et à travers, afin que ces corps refroidis par là soient préservés de la combustion. Et cette intelligence démiurgique, opérant entre la composition supérieure et le feu mis au-dessous, dispose les choses de façon à tempérer l'action (du feu) sur les matières placées au-dessus. Deux fois huit centaines et trois fois trois dizaines et quatre, voilà combien de fois le feu doit être suspendu. C’est ainsi qu'il faut un grand tempérament, afin d'éviter que tout le produit ne soit brûlé et toute la partie liquide perdue. Car il dit : « Tout le liquide, par la violence de l’action du feu, serait perdu ».
23. Ainsi, toute la vapeur contenue dans la composition étant conservée et celle-ci devenue de la couleur du jaune d'œuf, passons à la seconde et grande macération. C’est celle qui transforme la nature, qui révèle la nature recélée dans la profondeur intime. Α ce passage se rapporte le dire de Stephanus : « le but de la philosophie, c’est la dissolution du corps, la séparation de l’âme et du corps ». Ici voyons Démocrite disant : « Rien ne manque, il n’y a plus rien à exposer, excepté la montée de la vapeur et de l’eau (1) ». Stephanus dit à son tour : « Il ne faut pas... (phrase inintelligible). Mais nous enlevons les eaux qui surnagent, afin de voir sa beauté, de contempler la belle forme de la beauté ineffable, la grâce du trône d’or. Que faut-il donc faire ? Comment ferons-nous l’enlèvement de l’eau (2)? » Mais si le feu est contraire au traitement des espèces, comment faut-il (faire) autrement? dit-il; si le métal ne peut être chauffé sans
feu, que ferons-nous ? Opérerons-nous sans feu? Et que sera un com-
(1) V. page 57, ὃ 20. et beaucoup plus développé. Le fait de (2) Ou la montée de l’eau. Le Texte la citation de Stephanus montre qu'il de Stephanus, tel que nous le possédons s'agit d'un commentateur bien plus
(Ideler, t. 11, p. 205), est assez différent récent que Zosime.
mencement n'ayant pas de fin, dans cette opération pratique que nous décrivons ? Que voulait donc dire notre philosophe, le maitre le plus complet en toutes choses, ce professeur plein de sens? Il n’a rien omis de ce qui tend à la pratique, sans le comprendre parmi les choses qui complètent son exposition. Voilà pourquoi il dit ici : « Prenant du plomb, je ne dis pas du plomb ordinaire, mais notre plomb, étends-le sur une largeur double. Après l'avoir disposé pour l’œuvre au moyen d’un outil, opère la montée de l’eau (1) ». « Fais bien attention, dit-il : si tu es embarrassé, va en Égypte, et prenant un tissu épais, lave, presse ta vendange » (2). Zosime s'explique aussi en disant : « Prenant du sel, extrais le soufre blanc, en mouillant avec un jus acide. » Stephanus dit : « Lorsque tu feras la composition avec la matière, il y aura une dépense excessive ».
24. Notre libéral et parfait Stephanus, le révélateur des mystères, (dit) : « Mets sur la nature morte (3) la vapeur sublimée, place {le mélange) dans un sac de lin très épais et exprime toute l’eau; le superflu sera ainsi extrait plus vite. Mets du sel de Cappadoce en quantité égale, mouille avec une liqueur acide, jusqu’à ce que le produit ait pris une consistance pâteuse; puis fais sécher, en broyant avec du vinaigre de natron. Celui qui opère ainsi est un homme parfait; il suit la marche prescrite dans les ouvrages, la marche indirecte et détournée ». Pour celui qui préfère adopter une voie plus agréable et dépourvue de complications, il dit: « Prends du natron 2 parties; de l’alun rond, 1 partie; du misy, 2 parties; du sel de Cappadoce, 4 parties; mets dans du vinaigre très fort et fais une liqueur. A l’aide de ces (ingrédients) tu ôteras aux feuilles (métalliques) leur éclat. Une telle liqueur suffit pour le commencement et la fin
de l'expérience ».
(τ) Ceci se rapporte à l'emploi de la au fond des alambics : On lit dans la kérotakis, où le métal est soumis à l’ac- Turba : « Ilum igitur fumum suæ fæci tion des vapeurs(Jntrod., p. 143 et 144). misceto, donec coaguletur » (Bibl. chem.
(2) Voir la véndange d' Hermès, p. 120. de Manget, t. I, p. 449).
(3) Caput mortuum, résidu demeuré