ARSENIC
D’après Dioscoride(2),cecorpsestterreuxetdoré: c'estdoncunsulfure d'arsenic (voir ce volume, p. 43) ; une autre variété est rougeâtre, d’après Pline (Ε. N., 1. XXXIV, 56). C'est l'orpiment {voir aussi Vincent de Beauvais, VIII, 69, 70). Le nom même de l’orpiment figure textuellement dans le texte grec de Théoctonicos, auteur du χα" ou xiv siècle (ce volume, p. 210].
Sandaraque. — D'après Dioscoride (Mat. Méd., V, 121), c’est une matière rouge, brillante, couleur de cinabre (voir aussi Pline, Æ. N., 1. XXXIV, 55; 1. XXXV, 22). C'est le réalgar; peut-être, aussi dans certains cas, le Kermès minéral ou oxysulfure d’antimoine.
Rappelons que le nom de sandaraque est appliqué aujourd’hui à une résine d’une composition toute différente, dérivée de la colophane, et que
les anciens ne connaissaient pas sous ce nom.
(1) Mat. méd., 1. V,00. | (2) Mat. méd., 1. V, 120.
Il a été employé aussi par les anciens pour le cinabre et pour le minium. Vitruve, notamment, indique la préparation de la sandaraque par la cuisson de la céruse au four.
Notre arsenic métallique a été entrevu par les alchimistes, qui l'ont regardé comme un second mercure (1), de nature analogue au vif argent, sublimable comme lui et communiquant pareillement sa volatilité à ses dérivés, spécialement aux sulfures. La sandaraque (réalgar) a été ainsi assimilée au cinabre. Le rapprochement entre le mercure et l’arsenic se complète à ce point de vue, si l’on remarque que l’arsenic blanchit le cuivre par sublimation, comme le fait le mercure, et qu’il attaque de même à chaud la plupart des métaux.
L’arsenic est parfois appelé l'hermaphrodite, en tant que réputé intermédiaire entre l’or et l'argent et composé, comme eux, de soufre et de mercure (2). Mais ce sens ne lui est pas propre.
CaDuiE (3).
Chez les anciens ce mot avait deux sens; il désignait:
τὸ Un produit naturel, tel que la pierre dont on tire le cuivre, ou plutôt le laiton : par exemple notre aurichalcite, carbonate de zinc et de cuivre; notre hydrosilicate de zinc, notre carbonate de zinc ou calamine, etc.
20 Un produit artificiel, sorte de fumée des métaux, soulevée dans les fourneaux de cuivre par l’action de la flamme et du soufflet. Ce produit adhérait aux parois, au sommet, et à l'orifice du fourneau.
Le grillage de la pyrite des monts de Soli (Chypre) en fournissait aussi. Les fourneaux d’argent en développaient un autre plus blanc, moins pesant.
On distinguait la capnitis, c'est-à-dire la cadmie plus tenue, recueillie à la bouche de sortie des gaz, laquelle doit être rapprochée du pompholyx ;
La botruitis, suspendue en forme de grappes, cendrées ou rouges;
La placitis ou placodes, agglomérée en croûtes, le long des parois; par-
fois elle était entourée de zônes, et dite alors zonitis :
(1) Voir notamment notre PI. VI, VincExT DE Beauvais, VIII, 28. —
1. 4, et ce volume, p. 99. Lexicon Alchemiæ Rulandi, p. 110 (2) MaxGer. Bibl. Chem... τ. I, p. 920. et suiv. — Dict. de Chimie de Mac- (5) Diosc., Mat. meéd., 1. V, 84. — quer, 1778.
Puine, H. Ν., 1. XXXIV, 2, 22. —
L'onychitis, bleuâtre à la surface, avec des veines intérieures plus blanches, rappelant l’onyx; elle se trouvait aussi dans les vieilles mines;
L'ostracitis, mince, noirâtre, d'apparence testacée.
Macquer (Dict. de Chimie, 1778) distingue de même la cadmie naturelle, ou fossile, qui est la calamine employée à la fabrication du laiton; et la cadmie des fourneaux, sublimé produit dans la fusion des minerais de zinc, laquelle éprouve une demi-fusion et forme incrustation aux parois des fourneaux. Il ajoute que quelques-uns appellent aussi cadmie fossile un minerai de cobalt { répondant à notre arséniosulfure actuel).
En réalité, ce nom était donné à toute suie et sublimé métallique, s'élevant dans la fonte en grand du cuivre et des autres métaux. Au point de vue de la Chimie moderne, la cadmie des fourneaux serait de l’oxyde de zinc, mêlé d'oxyde de cuivre, de plomb, parfois d'oxyde d’antimoine et d’acide arsénieux; ces oxydes étant en outre unis quelquefois au soufre, sous forme d'oxysulfures ou de sulfates basiques.
Dans les livres du moyen âge, on trouve encore ce mot Cathmia ou Cathimia appliqué à certaines veines des mines d'or ou d’argent; aux sublimés des fourneaux d’or ou d’argent; à l’écume échappée de l’argent, de l’or, du cuivre, etc.
Les modernes, suivant un usage courant en chimieeten minéralogie, mais très fâcheux pour l’histoire de la science, ont détourné le mot cadmie de son sens primitif et l’ont appliqué à un métal nouveau, le cadmium, inconnu des anciens.
I] convient de rapprocher de la cadmie certaines substances congénères, telles que le pompholyx (τὴ, devenu depuis le nihil album des auteurs du moyen âge,et confondu avec la spodos blanche, laquelle s'envole au loin et va s'attacher aux toits. D’après un texte de Pline, le pompholyx se produit pendant la purification de l'airain ; ou bien encore, en projetant le jet des souffets sur la cadmie.
La spodos ou spodion (cendre) est au contraire, d’après Dioscoride, la
partie plus lourde et plus noire, qui tombe sur la sole des fourneaux de
(1) Diosc., Mat. méd., 1. V, 85. — Pine, AH. N., 1. χχχιν, 34. — Lexicon Alch. Rulandi, p. 442.
cuivre, où on la balaie ensuite. Elle est mêlée de paille, de poils et de terre, dont on la débarrasse par des lavages. La spode des fourneaux d’argent s'appelle lauriotis (nom qui vient des mines du Laurium). L’or, le plomb en produisent aussi. Elle peut être de couleur cendrée, jaune, verte, rouge, noire.
Le Lexicon Alchemiæ assimile la spode au vert de gris (@rugo æris, ios æris).
L’antispode (1), est un produit que l’on substituait au spode pour les usages médicaux. C'était la cendre de divers végétaux, incinérés dans une marmite de terre crue, à couvercle percé de trous, puis lavés.
Le nom de la cadmie a été remplacé pendant le cours du moyen âge par celui de tutie, donné de même à toute fumée métallique. Nous appliquons aujourd’hui ce nom de tutie à l’oxyde de zinc; mais il avait autrefois un sens plus compréhensif.
La magnésie de Démocrite, de Geber et de certains alchimistes est, dans certains cas, équivalente à la cadmie ou tutie, mais réputée plus volatile qu'elle; sa réduction fournissait le molybdochalque, alliage renfermant du plomb et du cuivre et analogue à certains bronzes.
CHALCANTHON, χάλχανθον, couperose, vitriol, noir de cordonnier (2). *
Cette matière se préparait avec une liqueur résultant de la macération spontanée ou provoquée des minerais dans l'eau, à l’intérieur des mines de cuivre.
Le premier produit obtenu par évaporation spontanée était du sulfate de cuivre, bleu, demi-transparent, lancéo!é. On l’obtenait aussi en concentrant la liqueur au feu, et l’abandonnant à la cristallisation dans des bacs de bois, sur des cordes ou des barres suspendues. Après le sel pur, venaient des sulfates plus ou moins basiques et ferrugineux. Le nom de vitriol apparaît au xuie siècle, dans Albert le Grand.
Observons les sens divers de ce mot couperose, ou de son équivalent vitriol, tels que :
Vitriol bleu : sulfate de cuivre.
(1) Diosc., Mat. med., 1. V, 86. — — Pan, A. NN. 1. XXXII, 32. — Pue, H. N.,1. XXXIV, 35. VixcenNT DE Beauvais, Spec. Majus, (2) Diosc., Mat. méd., 1. V, 1135. MITES =:
Vitriol vert : sulfate de fer, et sulfate de cuivre basique. — jaune et rouge : sulfates de fer basiques.
— blanc : sulfate de zinc; sulfate d’alumine, voire même alun.
La décomposition spontanée des pyrites peut fournir tous ces composés, suivant leur degré d’impureté.
Le cuivre contenu dans les eaux mères résultant de cette décomposition en est précipité aujourd’hui sous forme métallique, au moyen des débris de fer de toute origine, lesquels fournissent des dépôts de cuivre, reproduisant souvent la forme et l’apparence des morceaux de fer. De là cette opinion, très répandue parmi les alchimistes, que le vitriol peut transmuter le fer en cuivre. Elle reposait sur un phénomène réel, mais mal compris.
Müisy (1).
D'après les anciens, le misy de Chypre est doré, dur, et scintille quand on l'écrase.
C'était de même une concrétion naturelle ou minerai, à cassure dorée, qui a été décrite sous le nom de misy dans les mines de Gozlar au xvrre siècle. Le vitriol, ajoutait-on, se change aisément en misy.
A la fin du xvrrre siècle, on appelle misy une matière vitriolique jaune, luisante, en pierre, ou en poudre non cristallisée (2) et assimilée à la couperose jaune.
En somme, c’est toujours là un sulfate de fer basique, renfermant du sulfate de cuivre et parfois du sulfate d’alumine, résultant de la décomposition spontanée des pyrites.
Sory (3).— On appelait de ce nom une matière congénère du misy, plus grasse, à odeur vireuse, de couleur rouge, tournant au noir.
Les Arabes désignaient sous ce même nom de sory le vitriol rouge (voisin du colcothar].
Enfin les Grecs modernes ont assimilé parfois le sory à la céruse brûlée
(minium).
(1) Drosc., Mat. med., 1. N, 116. (3) Drosc., Mat. med., 1. V, 118. PEINE, Ἦ. NE LORRAINE re — Pine, ΗΠ. Ν., 1 XXXIV, 30. — Lexicon Alch. Rulandi, p. 356. Lexicon Alch. Rulandi, p. 142. —
(2) Macquer, Dict. de Chimie, t. IV, Salmasii Plin. Exerc., p. 814, 6 E.
Melanteria (1). — On appelait ainsi une sorte d’efflorescence saline, développée dans l’orifice des mines de cuivre; une autre partie apparaissait à leur face supérieure. Elle se trouvait sous terre en Cilicie. Elle présentait, ajoute-t-on, une couleur de soufre légère et noircissait aussitôt au contact de l’eau (présence du manganèse ?).
D’après Rulandus, c’est une sorte de vitriol, dont la couleur dépend des terres qui l’ont produite et varie du jaune au bleu.
Cæazcrris (2) : minerai de cuivre, pyrite cuivreuse spécialement.
On en tirait le cuivre métallique, le misy, le sory, etc.
En fait, la pyrite de fer, sous l'influence de l’air et de l’eau, se délite et s’oxyde, en formant des sulfates de cuivre, de fer, d’alumine et de l’alun. Le sel de fer ainsi produit devient bientôt basique, en se suroxydant.
CHaux vive : ἄσδεστος — titanos : chaux, ou plutôt pierre calcaire.
Gypse, γύψος, plâtre.
CuHrYSOCOLLE — œærugo — santerna — soudure des orfèvres (3).
Ce mot a plusieurs sens, il désigne :
1° L'opération même de la soudure de l'or.
2° Les matières employées pour cette opération, telles que certains alliages d’or, encore usités chez les orfèvres. Dans le Lexique alchimique, on interprète molybdochalque (alliage de cuivre et de plomb\ par chrysocolle.
3° Un sous-sel de cuivre mêlé de fer, provenant de la décomposition d’une veine métallique par l’eau; décomposition spontanée, ou provoquée en introduisant l’eau dans la mine en hiver jusqu’au mois de juin; on laissait sécher en juin et juillet. Le produit natif était jaune.
4° La Malachite proprement dite, sous-carbonate de cuivre vert :
L’azurite, carbonate de cuivre bleu congénère, était désigné sous le nom d'arménium ; probablement parce qu’on la tirait d'Arménie (4). Peut-être
aussi le bleu de Chypre (κυνός) a-t-il été parfois exprimé par le même nom.
(1) Diosc., Mat. med., 1. V, 117. — (3) PLNE, A2 Ν.. 1. XXXIII, 26, 27, Lexicon Alch. Rulandi. p. 320. 28, 29. — Drosc., Mat. meéd., 1. V,
(2) Diosc., Mat. méd., 1. V, 115 v. 104. — Voir le présent volume, p. 57. — Puxe, ἢ. Ν., 1. XXXIV, 29. — (4) Diosc., Mat. méd., 1. V, 105, τοῦ. ΨΊΝΟΕΝΤ DE Beauvais, VIII. — Lexicon — Puine, H. N., 1. XXXV, 28.
Alch. Rulandi, p. 141.
5° Le produit obtenu en faisant agir sur le vert de gris l’urine d’un garçon impubère et le natron. L’urine apportait ici des phosphates, des chlorures et des sels ammoniacaux.
Ajoutons que nos traités de minéralogie moderne ont détourné le motchrysocolle pour l'appliquer arbitrairement à un hydrosilicate de cuivre.