CHRYSOLITHE
La chrysolithe moderne est le péridot : mais ce corps n’a rien de commun avec le sens ancien du mot.
La chrysolithe ancienne désignait la topaze et divers autres minéraux jaunes et brillants, qu’il est d’ailleurs difficile de préciser complètement.
Cinagre. — Ce mot s’applique aujourd'hui à une variété de sulfure de mercure, appelée aussi anthrax autrefois; mais chez les Grecs et chez les Alchimistes, il a eu des sens plus complexes. Il a exprimé également :
Notre oxyde de mercure;
Notre minium, mot employé par les anciens dans des sens multiples (voir les articles plomb et rubrique);
Notre réalgar (sulfure d’arsenic) ;
Tous les sulfures, oxydes, oxysulfures métalliques rouges;
Enfin le sang dragon, matière végétale qui est le suc du dracæna draco.
Le signe (PI. 11,1. 13) du cinabre est un cercle avec un point central. Mais le même signe a été plus tard et à la fin du moyen âge employé pour l'œuf philosophique, pour le soleil, ainsi que pour l'or : de là diverses confusions, contre lesquelles on doit se tenir en garde (v. ce volume, p. 122).
CLaupranos ou claudianon.
C'était un alliage de cuivre et de plomb, renfermant probablementduzinc. Il n’en est question que chez les alchimistes. Ce nom semble dériver du mot latin Claudius. S'agissait-il d’un corps fabriqué au temps de cet empereur et analogue aux cuivres Marien, Livien, εἴς. ἢ Pline n’en parle pas.
Czers (les).
Le mot clefs estemployé comme titre d'ouvrages, dès l'époque alexandrine (après l’èrechrétienne, dans Hermès (1), Zosime, etc.). Les Arabes s'en servent
fréquemment et 1] a été fort usité au moyen âge.
(1) Cité par Lactance et par Stobée (v. ce volume, p. 16, note).
Dans le sens alchimique, voici quelles sontles clefs de l’art, d’après Roger Bacon (1) : sunt igitur claves artis : congelatio, resolutio, inceratio, proportio ; sed alio modo, purificatio, distillatio, separatio, calcinatio et fixio.
C'est-à-dire : «les clefs de l’art sont la solidification, la résolution (à l’état liquide ou dissous), le ramollissement, l'emploi des proportions convenables (dans les matières, ou dans les agents, tels que le feu); ou d’une autre façon, la purification, la distillation (par évaporation ou filtration, d’après l’ancien sens de ce mot : couler goutte à goutte), la séparation, la calcination et la fixation {des métaux fusibles ou volatils, ramenés à l’état solide et résistant au feu) ».
De même dans Vincent de Beauvais (Speculum majus, VIII, 88): « les clefs ou les pratiques de cet art sont la mortification (amortissement des métaux), la sublimation, la distillation, la solution, la congélation, la fixation, la calcination ». Basile Valentin parle aussi des douze clefs de l’art.
Coparr — cobathia — kobold. — Le cobalt est réputé avoir été découvert en 1742 par Brandes, qui l’isola sous forme métallique. Son nom même est tiré de celui de certains de ses minerais, appelés Æobalt ou kobold, et constitués par des arséniosulfures complexes. Ce nom de kobold a été expliqué jusqu'ici par celui de certains démons trompeurs, habitant les mines : c’est, dit-on, une allusion à la difficulté de traiter ces minerais et aux tentatives infructueuses que l’on avait faites pour en extraire du cuivre, métal indiqué par la production des verres bleus, qui dérivent de ce minerai.
En fait, le bleu de cobalt était connu des anciens. H. Davy a trouvé ce métal dans certains verres bleus, d’origine grecqueet romaine,et M.Clemmer dans des perles égyptiennes. Le bleu mâle de Théophraste, opposé au bleu femelle, ne serait autre que du bleu de cobalt, opposé aux dérivés bleus du cuivre. L'étymologie même du mot cobalt semble remonter au grec. En effet, dans le Lexicon Alchemiæ Rulandi, p. 158, on lit: Cobatiorum Jumus est kobolt ; c'est-à-dire « la fumée des cobatia, c'est le kobolt ». Cette expression « fumée des cobathia » figure dans un passage d’Hermès cité par
Olympiodore (texte grec, p. 85). Elle est traduite dans le Lexique alchi-
(1) Bibl. chem. de Manget, t. I, p. 623.
mique (texte grec, p. 9, note) par « les vapeurs de l’arsenie (sulfuré) » : il s’agit donc bien d'un composé arsenical. Il y aurait eu dès lors pour l'étymologie du. cobalt une confusion entre un mot grec ancien et un mot allemand, analogue à celle qui s’est produite entre l’égyptien et le grec, pour les mots chimie, sel ammoniac, etc. : ces mots n'auraient pas d’ailleurs eu le sens précis de notre cobalt au début, mais ils l’auraient acquis par une extension postérieure.
Quant au cobalt métallique, sa connaissance remonte au-delà du xvrue siècle. En effet, on lit dans le Lexicon Alchemiæ Rulandi, ouvrage publié à Francfort, en 1612, p.271, un texte latin, suivi d'un texte allemand équivalent, dont voici la traduction : « Kobolt ; kobalt ou collet : c’est une matière métallique, plus noire que le plomb et le fer, grisâtre, ne possédant pas l'éclat métallique ; elle peut être fondue et laminée (au marteau) ». Puis viennent des indications relatives au minerai, exprimé par le même nom. « C’est un soufre donnant des fumées, et sa fumée entraîne le bon métal. — C'est aussi une cadmie fossile d’où l’on tire un airain utile en médecine, etc.» La première phrase désigne évidemment le cobalt impur, lun de ces demimétaux dont Brandes reprit plus tard l'étude. Observons que les alchimistes du moyen âge traitaient les minerais métalliques par les mêmes procédés de grillage, réduction et fonte que les modernes, et dès lors ils ont dû obtenir les mêmes métaux; mais ils n'avaient pas nos règles scientifiques pour les purifier, les définir et les distinguer avec exactitude. J'ai déjà mis en évidence la connaissance du régule d’antimoiïne dès l'antiquité, mais il était confondu avec le plomb. Le cobalt et le nickel ont dû être confondus aussi, soit avec le fer, soit avec le cuivre et ses alliages (v. Pseudargrre).
Cournourrme. — Ce mot semble avoir été appliqué au talc et à des silicates tendres, analogues. Le nom de coupholithe est resté parmi les noms des pierres usitées par les orfèvres (1). Il est aussi appliquéen Minéralogie à une variété de prehnite {silicate d’alumine et de chaux ferrugineux et hydraté) qui se présente tantôt en lames minces blanches, analogues au sulfate de chaux; tantôt en masses fibreuses un peu verdâtres.
Il semble d'ailleurs que ce soit là un vieux nom, conservé à l’une des
(1) Manuel Roret du Bijoutier, t. I, p. 130, 1832.