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ÉLÉMENTS ACTIFS

D'après Aristote (Metéorol. 1. IV), il y a deux éléments actifs, le chaud et le froid; deux passifs, le sec et l'humide.

Ailleurs il s'agit de simples qualités, mises en relation avec les quatre éléments ordinaires (de Generatione, L. IT, ch. 3 et 4). Le feu est chaud et sec; l'air chaud et humide ; l’eau froide et humide; la terre froide et sèche; etc., etc. Ces éléments se transformentles uns dans les autres. Stephanus expose à peu près la même théorie. Ces idées ont joué un grand rôle en médecine. Aristote dit encore (Metéorol. 1. IIT, ch. 7): «ilya deux e xhalaisons (ἀναθυμίασεις), l'une vaporeuse (ἀτμιδώξης), l'autre enfumée (χαπνώξης).

« L'’exhalaison sèche et brûlante produit les matières fossiles (ὃρυχτά). telles que les pierres infusibles, la sandaraque, l'ocre, la rubrique, le soufre, etc. L’exhalaison humide produit les minéraux (μεταλλευτά), c'est-àdire les métaux fusibles et ductiles, comme le fer, le cuivre, l’or, etc. En général, ils sont détruits par le feu (πυροῦται) et contiennent de la terre, car ils renferment une exhalaison sèche. L’or seul n’est pas détruit par le feu... » — On voit ici l’origine de certaines idées alchimiques. C’est ainsi que Stéphanus (6° leçon dans Ideler, t. II, p. 224, 1. 7), dit, presque dans les mêmes termes qu’Aristote: -

« Il y a deux choses qui sont les matières et les causes de tout, la Vapeur qui s'élève et l'exhalaison fuligineuse des corps, en laquelle est la cause des modifications en question. La vapeur est la matière de l'air; la fumée, la matière du feu, etc. ».

Esprirs (πνεύματα).

Les mots esprits, corps, âmes, sont fréquemment employés par les alchimistes dans un sens spécial, qu’il importe de connaître pour l'intelligence de leurs écrits. Les passages suivants, quoique d’une époque plus moderne, jettent beaucoup de lumière sur ce point.

On lit dans le traité de Mineralibus, prétendu d'Albert le Grand (1. I, tr. 1,

ch. rer) : « ce qui s’évapore au feu est esprit, âme, accident; ce qui ne s’éva- ͵ 4 ? ? ?

pore pas, corps et substance ». Cet auteur attribue encore à Démocrite l’opinion qu'il y a dans les pierres une âme élémentaire, laquelle est la cause de leur génération (1. 1, tr. 1, ch. 4).

Le Pseudo-Aristote (1) définit de même les corps et les esprits, et il ajoute : « les corps volatils sont des accidents, parce qu’ils ne manifestent leurs qualités et vertus que s'ils sont associés aux substances ou corps fixes : pour opérer cette association, il faut purifier les uns et les autres. » Il y a là un mélange de pratiques matérielles et d'idées mystiques.

Vincent de Beauvais, Speculum majus (VIII, 60), donne sous le nom d’Avicenne l'exposé suivant.

« Il y a quatre esprits minéraux : le soufre, l’arsenic, le sel ammoniac, le mercure, distincts par leur aptitude à être sublimés; et six corps métalliques : l'or, l'argent, le cuivre, l’étain, le fer, le plomb. Les premiers sont des esprits, parce que leur pénétration dans le corps (métallique) est nécessaire, pour accomplir sa réunion avec l'âme » — « Spiritus, inquam, sunt quia per eos imprimitur corpus ut possit cum anim@ conjungi. » Et plus loin (VIII, 62) : « Nulle chose ne peut être sublimée sans le concours d'un esprit. La pierre ne s'élève pas d’elle-même par laction du feu; tandis que les esprits s'élèvent d'eux-mêmes, c’est-à-dire se subliment, se dissolvent et déterminent la dissolution des autres substances; ils brûlent, refroidissent, dessèchent et humectent les quatre éléments. » Cette dernière phrase attribue aux esprits le rôle des qualités aristotéliques citées plus haut.

« Ce qui ne fuit pas le feu », dit encore Avicenne, «est dit fixe: tels sont les corps des pierres et des métaux. »

Dans la langue même de notre temps, le nom d’esprits volatils est encore appliqué à certaines substances, tels que l’ammoniaque, l'alcool, les essences, etc.

D'après Geber (2) il y a sept esprits, dont voici les noms, rangés dans

l’ordre de leur volatilité : le mercure, le sel ammoniac, le soufre, l’arsenic,

(1) De perfecto magisterio, Bibl. (2) Voir aussi Lexicon Alchemiæ

chem. de Manget, t. I, p. 638. Rulandi, p. 442.

(c’est-à-dire son sulfure, placé auprès du soufre par l’auteur), la marcassite, la magnésie et la tutie.

Geber dit encore :

« Les esprits (corps volatils) seuls et les matières qui les contiennent en puissance, sont capables de s'unir aux corps {métalliques) ; mais ils ont besoin d’être purifiés pour produire une teinture parfaite, et ne pas gâter, brûler, noircir les produits. Il y a des esprits corrosifs et brûlants, tels que le soufre, l’arsenic (sulfuré), la pyrite; d’autres sont plus doux, tels que les diverses espèces de tutie (oxydes métalliques volatils). C’est par la sublimation qu'on les purifie. » — Cette sublimation se compliquait de l’action oxydante de l’air, spécialement dans le cas de la pyrite et du sulfure d’arsenic. ,

L’Aludel, appareil destiné à ces sublimations, devaitêtre construit en verre, ou en une substance analogue, non poreuse, et capable de retenir les esprits (matières volatiles) et de les empêcher de s'échapper, d’être éliminés par le feu. Les métaux ne conviennent pas, parce que les esprits s'y unissent, les pénètrent, et même les traversent. Tout ceci est très clair pour nous.

Le Pseudo-Aristote donne la même liste (1) des esprits que Geber, en assimilant ces êtres aux planètes.

Dans Rulandus, qui développe la même énumération, la magnésie est remplacée par le wismath, lequel semble être un sulfure métallique, se rattachant aux minerais d’étain et de plomb. Ce nom a été détourné de son vieux sens, pour être appliqué parles modernes à un métal nouveau, inconnu des anciens, le bismuth ; de même que le nom de cadmie a été détourné de son sens pour être appliqué au cadmium. Mais ce n’était pas là la signification ancienne du mot.

Revenons aux esprits de Geber et d’Avicenne, afin de tâcher de comprendre les idées d'autrefois et les faits qui leur correspondaient. Les uns de ces esprits, tels que le mercure, le sel ammoniac, le soufre, le sulfure d’arsenic, sont en effet des substances susceptibles de sublimation pure et

simple. Les autres sont réputés secondaires: la sublimation n'ayant lieu

(1) De Perfecto Magisterio, Bibl. chem. de Manget, τ. I, p.638.

que par l’effet d’une opération complexe, etmal comprise, mais dontla complexité avait été entrevue par les alchimistes. En effet la marcassite, ou pyrite, chauffée dans un appareil distillatoire en terre, donne d’abord du soufre, en laissant un résidu ; ce résidu s’oxyde peu à peu sous l'influence de l’air,qui pénètre dans l’appareil, et une partie du produit se sublime à son tour peu à peu, à une température plus haute, en fournissant des oxydes métalliques, blancs ou colorés, Geber distingue nettement ces deux phases du phénomène (Bibl. Chemica de Manget, τ. I, p. 534).

La tutie était réputée le moins volatil des esprits; la magnésie était intermédiaire entre la tutie et la marcassite : enfin la sublimation de la tutie et celle de la magnésie étaient assimilées à la seconde phase de celle de la marcassite, phase dans laquelle l’action de l’air développait les oxydes métalliques.

On voit par là que la magnésie de Geber, comme celle du Pseudo-Démocrite, et, plus tard, la tutie, désignaient à la fois certains minerais sulfurés de zinc, de plomb, d’étain, de cuivre, etc., ainsi que le mélange des oxydes formés par sublimation lente aux dépens de ces minerais de zinc, de plomb, de cuivre, etc.; c'est-à-dire que cette magnésie se rattache à la famille des cadmies, dans laquelle on rencontre également le double sens de minerai naturel et de ses dérivés obtenus par grillage. Les sens du mot magnésie sont d’ailleurs plus compréhensifs encore, comme il sera dit plus loin.

ÉTaIN — χασσίτερος — Stannum — plomb blanc (1).

Dans Homère, le mot χασσίτερος désigne un alliage d'argent et de plomb (ou d’étain?)]. Le sens actuel du métal étain n’a peut-être été acquis à ce mot d’une manière précise et exclusive que vers le temps d’Alexandre et des Ptolémées, bien que le métal même ait été employé comme composant du bronze depuis les époques préhistoriques. De même le mot stannum est donné par Pline au plomb argentifère (H. N., 1. XXXIV, 47), aussi bien qu’au plomb blanc, qui était l’étain véritable. Dans la lecture des anciens auteurs, il fautse méfier continuellement de ces sens multiples et variables avec les temps des dénominations métalliques qu’ils emploient. Pour

pouvoir tirer d'un mot des conséquences certaines, au point de vue des

(1) Pure, 17. Ν., 1. XXXIV, 47.

connaissances chimiques d’une certaine époque, il est nécessaire, en général, de posséder des objets, armes, statues, ou instruments, répondant exactement à cette époque et à ce mot. En dehors de cette règle, on est exposé aux erreurs et aux confusions les plus étranges.

Pline ajoute qu’on contrefait l’étain avec un mélange renfermant 1/3 de cuivre blanc et 2/3 de plomb blanc; ou bien avec poids égaux de plomb blanc et de plomb noir : c’est ce qu’on appelait alors plomb argentaire. Ces fraudes sont encore usitées aujourd’hui, les fabricants d’objets d’étain mêlant le plus de plomb qu’ils peuvent à l’étain pur, à cause du bas prix du plomb.

ÉTYMOLOGIES CHIMIQUES DOUBLES. — C’est une circonstance digne d’intérêt qu'un certain nombre de mots chimiques ont deux étymologies : l’une égyptienne, qui paraît la véritable; l’autre grecque, qui semble fabriquée après coup et pour rendre compte de la transcription hellénique du mot ancien.

Je citerai, par exemple, les mots asèm, chimie, sel ammoniac.

Le mot asèm désignait un alliage métallique particulier imitant l'or et l'argent et spécialement ce dernier métal (p. 62 et suiv.). Il a été traduit en grec par les mots : ἄσημος. ἄσημον, azfun, lesquels signifiaient d’abord l’argent sans titre, et ont pris, en grec moderne, le sens complet de l’argent. La confusion entre ces mots est l’une des origines des idées de transmutation.

Le mot chimie paraît dérivé du mot égyptien chemi, qui est le nom de l'Egypte elle-même. Mais les Grecs l'ont rattaché soit à χυμός (suc), soit à χέω (fondre), parce que c'était l’art du fondeur en métaux.

Le nom du sel ammoniac (carbonate de soude d’abord, plus tard chlorhydrate d’ammoniaque (p. 45), est dérivé de celui du dieu égyptien Ammon. Mais il a été rattaché aussi par les Grecs au mot ἄμμον, sable, etc.

Ces fausses étymologies rappellent le système de Platon pourles cas analogues.

Fer.

Le basalte était désigné par le nom du fer chez les Egyptiens:

On distinguait parmi les dérivés du fer, les corps suivants :

Rubigo ou ferrugo, ἰός, la rouille, c’est-à-dire l’oxyde de fer hydraté et

les sels basiques de même teinte (1). A l’état anhydre ce corps est devenu le colcotar du moyen âge, qui est à proprement parler le résidu de la calcination des sulfates de fer.

Squama. — C'est l’écaille tirée des armes pendant leur fabrication, ex acie aut mucronibus (2). Il semble que ce corps répondait à notre oxyde des batitures.

Scoria (3), autre résidu ferrugineux. — Elle est appelée aussi sideritis.

Au fer se rattachent l’aimant ou pierre magnétique, l’hematite, la pierre schisteuse, les ocres, les pyrites, ainsi que la rubrique.

Donnons quelques détails sur ces différentes matières.

Aimant ou magnes, dénommé parfois également sideritis (4).

L’aimant était appelé ferrum vivum et assimilé à un être vivant, à cause de son action attractive sur le fer. On distinguait le mâle et le femelle. On en reconnaissait plusieurs espèces : les uns roux, les autres bleuâtres, qui étaient les meilleurs ; d’autres noirs, sans force; d'autres blancs etn'attirant pas le fer. L’aimant tirait son nom de magnes, de celui de Magnésie, qui appartenait à une province de Thessalie et à deux villes d'Asie (v. Magnésie).

Hématite (5).— Le sens moderne de ce mot est resté à peu près le même que le sens antique : fer oligiste et fer oxydé hydraté. La pierre schiste est congénère (6) : c’est l'hématite fibreuse.

Ocres (7). — L'ocre, brûlée dans des pots neufs, donnait la rubrique {sanguine). Les mots sil, usta (8) ont un sens analogue. On les obtenait aussi en brûlant l’hématite (0).

Pyrites (10).— Ce mot désignait les sulfures de fer et de cuivre et les corps

congénères : sens qu'il a conservés. La pyrite blanche et la pyrite dorée

(1) Puie, A. N., 1. XXXIN, 45. — (6) Puine, Η. N., 1. XXXIV, 37. Diosc. Mat. méd., 1. V, 03. (7) Diosc., Mat. méd., 1. V, 108. — (2) Peine, A. Ν., 1. XXXIV, 46. Puie. A. NN. 1. XXXV, 16, 20, 22.

(5) Diosc., Mat. méd., 1. V, 04. (8) NPLINE, FINE 1 OX XXE 32. (4) Diosc., Mat. méd., 1. V, 147. — 1. XXXIII, 56, 57.

Puine, H. N. 1. XXXIV, 42, etl. XXXVI, (o) Virruve, 1. VII, ch. vi. — Pine,

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