D. — Le mercure est donc de différentes sortes ἢ
S. — Oui, il est de différentes sortes, tout en étant un.
D. — Mais, 511 est un, comment est-il de différentes sortes ?
S.— Oui, il est de différentes sortes, et il a une très grande puissance, N’as-tu pas entendu dire à Hermès : « Le rayon de miel (2) est blanc», et « le rayon de miel est jaune » ?
D.— Oui, je (le lui) ai entendu dire. Mais ce que je veux apprendre, Synésius, enseigne-le-moi : c’est l'opération que tu sais. Le mercure prend donc de toute manière les apparences de tous les corps ?
S.— Tu as compris, Dioscorus. En effet, de même que la cire affecte la couleur qu’elle a reçue; de même aussi le mercure, ὃ philosophe, blanchit tous les corps et attire leurs âmes; il les digère par la cuisson et
s’en empare. Etant donc disposé convenablement, et possédant en lui-
(1) Ceci montre que le mot mercure signifiait à la fois notre mercure et notre arsenic ({ntrod., p. 230 et 99). — Il s’agit ici de l’action tinctoriale que l’arsenic, aussi bien que le mercure ordinaire, peut exercer sur les métaux. De là l’idée d’une essence commune aux
deux agents. Il semble que les observations relatives à ces deux corps aient été le point de départ de la notion du mercure des philosophes, ou matière première métallique, destinée à être l'intermédiaire de la transmutation.
(2) C'est-à-dire le mercure.
SYNÉSIUS A DIOSCORUS 67
même le principe de toute liquidité, lorsqu'il a subi la décomposition, il opère partout le changement des couleurs. Il forme le fond (1) permanent, tandis que les couleurs n’ont pas de fondement propre. Ou plutôt le mercure, perdant son fondement propre, devient un sujet modifiable par les traitements exécutés sur les corps métalliques et sur leurs matières (2).