Comme les corps métalliques fusibles
ou émeraude artificielle. C’est donc encore une teinture; mais il ne s’agit plus d’un métal (Voir Origines de l’Alchimie, p. 220, 222, 230).
(1) Réd. de L: « et c’est pourquoi deux mystères sont exposés..... ».
(2) Réd. de L: « mais Démocrite dit au sujet de ce qui se dissipe promptement, que cette chose se dissipe dans le départ des liquides, etc. ».
(3) La disparition de la teinture ou coloration peut avoir lieu : soit par l’évaporation (ou l’oxydation) de la matière qui teint; soit par son extraction au moyen d’un liquide, à l’aide duquel elle est dissoute ou décomposée.
(4) Réd. de L: « Quant à ce quine se dissipe pas du tout, il dit que cette (teinture est véritablement et proprement la troisième teinture : tels sont, par exemple, les corps fusibles et métalliques. Car après que nous avons traité et disposé ces (substances) séparément, les matières dissipables deviennentfixes et les corps non métalliques sechangent en métaux ».
(5) La matière colorante se fixe par suite de l’évaporation du liquide qui la contenait. C’est la pratique de la teinture des étoffes qu'il faut prendre comme terme de comparaison, pour entendre tout ceci.
Il estévident que ces corps étaient d'abord dissipables par l’action du feu, parce qu'ils ne rencontraient rien qui pât les fixer; lorsqu'ils ont au contraire été amenés à une fixité complète (1), la nature indélébile de la teinture les a fait passer à l'état de métaux. Ces corps ont reçu un nom semblable, en raison de leur résistance au feu et de leur fixité. Si le corps dissipable rencontre l’agent fixateur, il acquiert une nature indélébile. Entends par là, la nature qui existe dans le Tout; conçois celle qui subsiste jusqu’à la fin, inextractible et demeurant toujours: c’est là l’indélébile, ce qui reste à jamais inaltérable. Car les anciens connaissaient toutes les (matières) sans stabilité qui existent dans le catalogue, et leur but était de faire comprendre aux gens intelligents de quelle nature sont les matières stables et les matières instables. C’est pour cela qu’ils ont établi que toute matière appartient soit à la classe des solides, soit à celle des liquides (2).
16. Sache que cet art ne se pratique pas au moyen d’un feu (violent). Ainsi donc, ils ont écrit comme s’entretenant avec des (lecteurs) intelligents, et tel était leur but. Zosime fait un discours particulier sur le feu; néanmoins dans chacun de ses livres il s'occupe du feu, comme tous les anciens. Le feu estile premier agent, celui de l’art tout entier ; c’est le premier des quatre éléments. En effet, le langage énigmatique des anciens, par cette expression « les quatre éléments », désigne l’art. Que ta vertu examine avec soin dans les quatre livres de Démocrite les endroits où il parle des quatre éléments, dans le langage qui convient à un naturaliste. Il s’explique (ainsi):
Il a exposé d’abord les choses qui ont besoin du feu, et qu’il convient de traiter tantôt sur un feu doux, tantôt sur un grand feu, tantôt sur des charbons (3).
(1) Ceci désigne à la fois la résistance à la volatilisation, à la fusion et même à la dissolution.
(2) On voit que la liquidité est regardée ici comme le symbole de l'aptitude à se dissiper; et la solidité, comme celui de la fixité.
(3) Réd. de L : « Car, naturellement, toutes les choses pourvues d’esprit ont besoin les unes du feu, comme les subs-
tances métalliques, celies qui se rattachent à l’art culinaire, etc. ;
Les autres ont besoin de l’air, comme les animaux qui vivent dans l’air;
D’autres ont besoin de l’eau, comme les poissons;
D’autresont besoin delaterre, comme les plantes. |
Mais les espèces qui sont dans ces quatre éléments, étant mâles et femel-
86 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
Puis il parle de l’air et des choses de l'air, telles que les animaux qui vivent dans l’air.
Pareillement des choses des eaux, telles que la bile, les poissons, tout ce qui se prépare au moyen des poissons et au moyen des eaux.
De même il parle des choses de la terre, telles que le sel, les métaux et les plantes. Il sépare en classes chacun de ces êtres, d’après leurs couleurs, leurs propriétés spécifiques et génériques, tous étant susceptibles d'être mâles et femelles.
17. Sachant cela, tous les anciens voilèrent l’art sous la multiplicité des discours. De toute manière l’art a besoin de quelqu’une de ces choses; en dehors d’elles, il n’y a rien de sûr. Démocrite le dit : rien ne pourrait subsister sans ces (éléments). Mais sache-le, sache que j’ai écrit suivant mon pouvoir; étant faible, non seulement dans mon langage, mais encore dans mon intelligence. Et je demande que par vos prières, vous empêchiez la justice divine de s’irriter contre moi, pour avoir eu l’audace d’écrire cet ouvrage : Qu'elle me soit propice de toute manière (1).
Voici les écrits des Egyptiens, leurs poésies (2), leursopinions, les oracles des Démons, les expositions des prophètes : une intelligence infinie est nécessaire pour embrasser ce sujet, et il tend vers un but unique.
18. Que ta sagacité sache que les anciens ont employé plusieurs noms pour l’eau divine. Cette eau divine désigne ce que l’on cherche, et ils ont caché l’objet de la recherche sous le nom d’eau divine. Je vais te donner une petite explication: écoute, toi qui es en possession de toute vertu. Car je connais le flambeau de tes pensées, ta bonté, ta patience. Je veux te présenter l’esprit des anciens; te dire comment, étant philosophes, ils ont le langage des philosophes et ils ont appliqué la philosophie à l’art, par le moyen de la science; ne cachant rien aux (esprits) intelligents, maïs
décrivant toutes choses avec clarté. En cela ils tiennent bien leur ser-
les, ont été distinguées entre elles par des couleurs multiples et des natures multipleset réciproques, au pointde vue particulier et au point de vue général ».
La rédaction de M, traduite dans le texteprincipal,semblela plus ancienne;
car elle esten relation plus directe avec l'idée de classification, qui est la base du traité démocritain.
(1) V. p. 76 note (1).
(2) Ou leurs procédés opératoires, le mot grec ayant un double sens.
ment (1). Car leurs écrits traitent de la doctrine, etnon des œuvres pratiques.
Quelques-uns des philosophes naturalistes rapportent aux principes le raisonnement sur les éléments, parce que les principes sont quelque chose de plus universel que les éléments. Disons donc comment le principe premierest plus universel que les éléments. En effet, c’est à lui que se ramène tout l’ensemble de l’art. Ainsi Agathodémon ayant placé le principe dans la fin, et la fin dans le principe, il veut que ce soit le serpent Ouroboros;. et s’il parle ainsi, ce n’est pas (pour cacher la vérité) par jalousie, comme le croient certaines personnes non initiées. Mais cela est (rendu) manifeste, ὃ initiateur, par le mot pluriel : les œufs (2).
Vois, toi qui sais tout, et apprends ce qu'est Agathodémon. Quelques-uns racontent que c’est un ancien, un personnage des plus vieux, qui philosopha en Egypte. D’autres disent que c’est un ange mystérieux; ou que c'est le bon génie (3) de l'Egypte. D’autres l’ont appelé le Ciel, et peut-être tient-on ce langage parce que le serpent est l’image du monde. En effet, certains hiérogrammates égyptiens, voulant retracer le monde sur les obélisques, ou l'exprimer en caractères sacrés, ont gravé le serpent Ouroboros. Or son corps est constellé d’astres. Telles sont les choses que j’ai expliquées au sujet du principe, dit Agathodémon. C’est lui qui a publié le livre de la Chimie.
Après lavoir personnifié, cherchons maintenant comment il se fait que le principe soit plus universel que les éléments. Nous disons que ce qui est pour nous un élément, est aussi un principe; car les quatre éléments constituent le principe premier des corps. Mais tout principe n'est pas
pour cela un élément. En effet le divin (4), l'œuf (5), l'intermédiaire, les
(x) Réd. de A:« Ils se sont parjurés en révélant le mystère; car les écrits des étrangers, εἴς.» L ajoute ici : « Et en cela ils jurent par le mystère ». L met ce membre de phrase, après les œuvres pratiques.
(2) Il s’agit ici de l’assimilation entre le serpent qui se mord la queue et l'œuf philosophique, tous deux emblèmes de l'œuvre. La pluralité sur laquelle le
texte insiste semble être celle des quatre éléments.
(3) C’est la traduction du grec ’Ayaoδαίμων écriten deux mots.— C’étaiteneffetlenomgrecd’unedivinité égyptienne.
(4) L'auteur joue sur le mot θεῖον, qui veut dire à la fois:le soufre et le divin.
(5) L'œuf philosophique, image du monde. L donne ὄν : l'être. La confusion desdeux mots est peut-être voulue.
88 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
atomes (1), sont pour certains philosophes les principes des choses ; mais ce ne sont pas des éléments (2).
19. Cherchons donc, d’après certains signes, quel est le principe de toutes choses et s’ilestunou multiple. S'ilestunique,est-ilimmuable, infini, ou déterminé? S'il y a plusieurs principes, les mêmes questions se posent: sont-ils immuables, déterminés, ouinfinis (3)? Qu'il y ait donc un principe unique, immuable et infini de tous les êtres, c'était l'opinion de Thalès de Milet, disant que c'était l’être (de l’eau) (4), [c’est-à-dire l’être de l’eaudivine, l'or; c’est-à-dire l'œuf (5) de l’eau divine, l'or] (6). Car celui-ci est un et immuable; il est exempt de toute mutation apparente; il est de plus infini: en effet le divin (7) est d’une puissance infinie, et personne ne peut en dénombrer les puissances.
20. Parménide (8) prend aussi pour principe le divin (9), dont la puissance estune,immuable, déterminée; car celui-ci, comme on l’a dit, estunet immuable, et l'énergie qui en émane est déterminée. Observe que Thalès de Milet, considérant l'essence de Dieu, disait qu’il est infini; car Dieu est d'une puissance infinie. Mais Parménide, (ayant en vue) les choses qui proviennent de
lui, disait qu'il est déterminé (τοὶ ; en effet, il est partout évident que, la
(1) Au lieu de τὰ ἄτομα (M): A porte τὸ ἅμα : l’ensemble; ce qui semble une faute de copiste. — L, qui représente un arrangement postérieur :70 ἅμα καὶ τὰ ἄτομα. C'est-à-dire que le dernier copiste a ajouté les deux versions.
(2) Voir ARISTOTE, Physica, ]. I.
(3) Réd. de L : «Qu’ilyaït un principe immuable et infini de tous les êtres, c'était l'opinion des anciens. C’est pourquoi Thalès de Milet disait que l'être était un. Il s’agit pour nous de l’eau de soufre et de l’or : c’est un principe un, beau, immobile ».
(4) Plusieursmanuscrits portent l'œuf, boy, identifié avec l'être, ὄν, ou le monde. Voir la note (5) de la page 87.
— D'après Thalès, l'eau étaitleprincipe des choses. V. Origines de l’Alchimie, p.251 et suiv.
(5) Mèmes remarques.
(6) Gloses d'’alchimiste. L'or, en raison de son caractère un, inaltérable, divin, et de la puissance qu’il communique, est assimilé par ces gloses au principe universel.
Tout ce texte est rendu fort confus par le symbolisme alchimique. Il est probable qu’à l’origine, il était écrit en grande partie en signes à double sens, que les copistes ont ensuite transcrits et commentés de diverses façons.
(7) Ou le soufre. — Toujours le même emploi de mots à double sens.
(8) Réd. de L : « Parménide disait qu'une puissance est immuable etinfinie et qu'une autre est limitée, le divin (ou le soufre) ».
(9) Ou le soufre.
(10) Parce que toute action s'exerce dans des conditions finies et limitées.
puissance étant déterminée, ce que Dieu produit répond à une puissance finie (1). Entends (par là) les choses périssables, à l'exception des choses intellectuelles. Ces deux hommes, je veux dire le Milésien et Parménide, Aristote est d'avis de les rejeter du chœur des naturalistes [2]. Eneffet, cesont des théologiens s’occupant de questions étrangères aux choses naturelles, et s’attachant aux choses immuables ; tandis que toutes les choses naturelles se meuvent, car la nature est le principe du mouvement et du repos.
21. Thalès a admis l’eau comme principe déterminé des êtres, parce qu’elle est féconde et plastique. Elle est féconde, puisqu'elle donne naissance aux poissons ; et plastique, puisqu'on peut lui communiquer la forme que l’on veut. En effet tu fais prendre à l’eau la forme que tu veux : dans quelque vase qu’on la mette, elle en prend la forme ; je veux dire dans un setier, ou dans un pot de terre, ou dans un vase triangulaire ou quadrangulaire, où enfin dans tout autre que tu voudras. Ce principe unique est mobile; l’eau se meut en effet; elle est déterminée et non pas éternelle (3).
22. Diogène soutint que le principe est l’air, parce qu'il est opulent et fécond : car il engendre les oiseaux. L'air, lui aussi, est plastique; car on lui donne la forme que l’on veut; il est un, mobile et non éternel (3).
23. Héraclite et Hippasus ont soutenu que le feu est le principe de tous les êtres, parce qu’il est l’élément actif de toutes choses. Un principe en effet doit être la source de l’activité des choses issues de lui, d'après ce que disentquelques-uns. Le feu est aussi fécond ; car tous les êtres naissent dans l’échauffement.
24. Quant à la terre, nul n’en a fait le principe, sinon Xénophane de Colophon ; comme elle n'est pas féconde, nul n’en a fait un élément. Et que celui en qui réside toute vertu (4) remarque ce fait que la terre n’a pas
été considérée par les philosophes comme un élément, parce qu’elle n'est
(1) «Τὶ est déterminé quant à sa puis- « le Milésien et Parménide », et il est
sance » L. | la conséquence du développement qui (2) Parménide ἀφύσιχος. Cp. Arist. À| précède.
fragm., n° 33, (éd. Didot); — Méta- | (3) L'auteur entend plutôt: noninfi-
phys., 1, 4, p. 472,1. 30-40. — Dans nie, non illimitée.
le fragment aristotélique tiré de Sextus | (4) Son interlocuteur. Dans A le
Empiricus, on nomme Mélissus et Par- | mot « remarque » est remplacé par
ménide. Letexte d'Olympiodoreindique | « Acriboulos » nom propre ?
90 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
pas féconde : le sens de cet énoncé se rapporte à notre recherche. En effet Hermès dit quelque part:
« La terre vierge se trouve dans la queue de la Vierge » (1).
25. Anaximène professe que le principe de toutes choses, un, mobile, infini, est l'air. Il parle ainsi: L’air est voisin de l’incorporel, et comme nous existons grâce à son écoulement, il faut qu'il soit infini et opulent, puisqu'il ne fait jamais défaut.
Anaximandre dit que le principe est l'intermédiaire : ce qui désigne la vapeur humide, ou la vapeur sèche (fumée). Car la vapeur humide est intermédiaire entre le feu et la terre. En général, tout ce qui est intermédiaire entre le chaud et l'humide est vapeur ; tandis que l'intermédiaire entre le chaud et le sec c’est la fumée.
26. Venons à l'opinion propre de chacun des anciens, et voyons comment chacun veut établir la sienne et se poser en chef d'école, par son point de vue personnel. En effet, çà et là quelque omission a eu lieu, par suite de la complication de notre marche.
Récapitulons donc par parties, et montrons comment nos philosophes (chimiques), empruntant à ceux-là le point de départ, ont construit leur système. Zosime, la couronne des philosophes, dont le langage a l’abondance de l'Océan, le nouveau devin, suit en général Mélissus en ce qui concerne l’art et dit que l’art est un comme Dieu. C’est ce qu’il expose en mille endroits à Théosébie ; et son langage est véridique. Voulant nous affranchir de la confusion des raisonnements et de celle de toute la matière, il nous exhorte à chercher notre refuge dans le Dieu un et 1] dit (2): « Reste assis à ton foyer, ne reconnaissant qu’un seul Dieu et qu'un seul art, et ne va pas t’égarer en cherchant un autre Dieu; car Dieu viendra à toi, lui qui est partout; il n’est pas confiné dans le lieu le
plus bas, comme le Démon. Repose ton corps, et calme tes passions: te
J'ai interprété le texte d'Hermès en disant : « Hermès associe l’idée de la
(1) Ceci est énigmatique. L’expression de la terre vierge se retrouve
plusieurs fois dans les auteurs de ce temps (Orig. de l’Alch., p. 258 et 333).
On la lit aussi dans Theoctonicos, au xIve siècle (Zntrod., p. 210. V. aussi la note 4 de la p. 95, plus loin). —
terre à celle de la vierge non fécondée ».
(2) Réd. de L: « C’est pourquoi il parle en ces termes à cette femme philosophe ».
+ | OLYMPIODORE. — SUR L'ART SACRÉ ol
dirigeant ainsi toi-même, tu appelleras à toi l'être divin, et l'être divin viendra à toi, lui qui est partout (1). Quand tu te connaîtras toi-même, alors tu connaîtras aussi le seul Dieu existant en soi; agissant ainsi tu atteindras la vérité et la nature, rejetant avec mépris la matière ».
27. De même, Chymès suit Parménide et dit : « Unest le Tout, par lequel le Tout est; car s’il ne contenait pas le Tout, le Tout ne serait rien. »
Les Théologiens parlent sur les choses divines, comme les naturalistes sur la matière.
Agathodémon, tourné vers Anaximène, parle de Pair (2).
Anaximandre parle de l'intermédiaire, c’est-à-dire de la vapeur humide et de la fumée sèche.
Pour Agathodémon, c’est tout à fait la vapeur sublimée. Zosime le dit aussi ; et il a été suivi de préférence par la plupart de ceux qui ont fait la philosophie de notre art.
Hermès parle de la fumée, à propos de la magnésie: « Laisse-la, dit-il, brûler en face du fourneau (3), en la soumettant à l’action des écailles de cobathia rouges » (4). Car la fumée des cobathia, étant blanche, blanchit les corps. La fumée (5) est intermédiaire entre le chaud et le sec; et, dans le cas présent, cette fumée est la vapeur sublimée (6) et tout ce qui en résulte. Mais la vapeur humide (7) est intermédiaire entre le chaud et humide ; elle désigne les vapeurs sublimées humides, celles par exemple que distillent les alambics et les appareils analogues.
28. Pour éviter une vaine phraséologie, je te ferai une transmission brève;
je t'expliquerai clairement ce qu'ont ditles anciens, ὃ rejeton des nobles
(1) Il y a là quelque réminiscence de l'extase des philosophes alexandrins.
(2) D’après L : « Regarde l'air comme l'essentiel. Anaximandre dit que l’essentiel est l’intermédiaire, etc. ».
(3) À ajoute : « sur un feu blanc ».
(4) D'après le Lexique (p. 10) : La fumée des cobathia, ce sont les vapeurs de l’arsenic. Le mot cobathia semble donc signifier le sulfure rouge d’arsenic où un arseniosulfure (v. {ntrod., p.245), qui en produirait par sa subli-
mation en vase clos. Le grillage de ces composés développe de l'acide arsénieux, qui se volatilise, et il joue unrôle dans le blanchiment du cuivre.
(5) Kazvos.
(6) Αἰθάλη s'applique spécialement au mercure et à l’arsenic métallique sublimé, blanchissant le cuivre comme le mercureetassimilable par là à un second mercure (]ntrod., p.99 et 230).
92 TRAITÉS DÉMOCRITAINS 18,
Piérides, (je veux dire) des neuf Muses, ὃ chef des orateurs; car Dieu t'a envoyé pour cela. Apprends, au moyen d’un écrit de peu de prix, à faire les plus grandes choses (1). Car Dieu veut t’'éprouver de deux côtés, par ta piété notoire aux êtres supérieurs, et par ton habileté bienfaisante à l'égard des êtres terrestres. Sache donc, sache, pour abréger les choses que tu devras prescrire, comment j'ajusterai mon discours aux écrits primitifs.
Or il vous a été dit, ὃ vous les hommes les plus considérables, que les anciens ont parlé des quatre éléments. Sachez en effet, que c’est au moyen des quatre éléments que sont constitués les choses sèches et les choses humides ; les choses chaudes et les choses froides (2), le mâle et la femelle. Deux (éléments) se portent en haut, et deux en bas. Les deux éléments ascendants sont le feu et l’air ; les deux éléments descendants sont la terre et l’eau. Ainsi donc, c'est au moyen de ces quatre (éléments) qu'ils ont constitué toute la description de l’art; ils l’y ont renfermé (3), en en garantissant les lois par des serments. Connaissez vous-mêmes toutes les substances du catalogue, telles qu’elles sont constituées par le feu, l’air, l’eau et la terre.
Mais pour que la composition se réalise exactement, demandez par vos prières à Dieu de vous enseigner, dit Zosime; car les hommes ne transmettent point (la science) ; les démons sont jaloux, et l’on ne trouve pas la voie. On cherche en vain ceux qui la savent, et les écrits n’ont pas de précision. La matière est multiple; l'embarras se produit; et (l’œuvre) ne s’accomplit pas sans une grande fatigue; il y a lutte, violence et guerre. Le démon Ophiuchus (4) introduit la négligence dans ces choses, entravant notre recherche, rampant de tous côtés, du dedans et du dehors, amenant tantôt des négligences, tantôt la crainte, tantôt l'imprévu, en d’autres occasions les afflictions et les châtiments, afin de nous faire abandonner (l'œuvre) (5). Mais moi, je lui dirai : Qui que tu sois, ὃ démon, je ne te céderai point; mais je tiendrai bon jusqu’à ce que, ayant consommé (l’œuvre), j'aie connu le résultat. Je ne me laisserai pas abattre, étant doué de persévérance et
(1) Voir la note 6 de la page 37. | (4) Constellation, envisagéeicicomme (2) Voir les éléments actifs d’Aristote, un démon ennemi.
Introd., p. 247 et p. 259, 260. (5) Tout ce passage met en évidence (3) A L ajoutent : «dans le monde». | le côté mystique de l'œuvre alchimique.
Lt à ΚΕΝ
4ν OLYMPIODORE. — SUR L'ART SACRÉ 93
luttant, en prenant mon appui sur une vie honnête et des purifications philosophiques. Ainsi donc, ayant recueilli les préceptes utiles des sages, je vous les présenterai (en commençant) par le commencement, d’après les anciens ; Car votre sagacité en présence d'un langage étranger n’est pas déroutée par les milliers d'espèces, tant liquides que solides, dont les anciens donnent le catalogue. Parmi ces couleurs diverses, les unes sont crues, les autres cuites; dans la cuisson, certains corps prennent les couleurs et d’autres s'y conservent sans changer de couleur ; tantôt ils doivent être traités sur un feu vif, tantôt sur un feu doux : (toutes circonstances) qui exigent une grande circonspection dans (la pratique de) l’art (1).
29. Ces choses ont été dites par moi, afin que vous sachiez que les mille classes {de corps) que les anciens établissent doivent passer par ces diverses opérations et par mille autres encore, tel que pulvérisations, décoctions, décompositions diverses, à chaud et à froid, expositions à la rosée, ou en plein air, et mille autres choses. C’est pourquoi, en raison de la multiplicité des explications et à cause des traitements dont on ne parle pas, l'esprit de ceux qui abordent cet art est jeté dans la confusion. Or il nous affranchit de tout cela, ie Dieu dispensateur de tous les biens.
30. Entends donc, toi dont l'esprit est inspiré, ce qu’ils ont écrit en s’adressant à des Égyptiens(2); c’est pourquoi ils n’expliquent pas clairement l’objet cherché. Non seulement ils ont décrit mille procédés pour faire de l'or; mais encore ils ont ritualisé [3] ces choses. Ils ont donné les mesures des excavations et des intervalles et assigné les positions (4) des entrées et
des sorties de leurs temples, en considérant les quatre points cardinaux (5);
(1) Réd. de L : « Dans la cuisson ces choses font voir les couleurs et la qualité; car elles changent leurs couleurs suivant le mode de fabrication sur un feu vif, ou sur un feu doux; vu qu'il y a une grande circonspection à mettre dans la (pratique de) l’art ».
(2) Accoutumés au langage des symboles et écritures sacrées.
(3) Il semble que nous ayonsici affaire à une interprétation alchimique des hiéroglyphes et des procédés mis en
œuvre par les Égyptiens pour ériger leurs temples et creuser leurs mines.
(V. Introd., p. 235).
(4) Orientation.
(5) Après les mots: « en considérant les points cardinaux», L continue:«en effet ils ont attribué à l’Ourse (nord) le noircissement, au levant le blanchiment, au midi la coloration en violet, au couchant le jaunissement. D'un autre côté, ils ont attribué au levant la substance blanche, c’est-à-dire l'argent, et
94 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
attribuant le levant à la substance blanche, et le couchant à la substance jaune. Les mines d'or de l’Arsenoéton (1) (sont) à la porte orientale, c'està-dire que tu trouves à l'entrée du temple la subtance blanche. A Térénouthi (2), dans le temple d’Isis, à l'entrée occidentale du temple, tu trouveras du minerai jaune, après avoir creusé (à une profondeur) de trois coudées (3) et demie. À la moitié des trois coudées tu trouveras une couche noire. Après lavoir enlevée, traite-(la) [et tu en trouveras une verte ailleurs].
Ces choses relatives aux mines d’or, inscrites sur la montagne de l'Est, et sur la montagne Libyque, ontété dites dans un sens mystérieux. Ne passe pas légèrement à côté; ce sont de grands mystères : remarque qu'ils ontété tous démontrés vrais.
31. C’est de là qu'il fait partir son opération; c’est pour cette raison qu'il a dit: « Attribuant au levant la substance blanche », c’est-à-dire, assignant à l’origine des opérations le commencement du jour, le lever du soleil sur la terre. Car le blanchiment, par rapport au jaunissement, est le véritable commencement de l'opération; lors même que celle-ci ne se fait pas en débutant de suite par là, parce que l’on attend que la décomposition ait débuté sans le {secours du) feu.
Est-ce sans raison qu’Hermès (4) a voulu faire entendre au prêtre, outre le commencement, cette circonstance qui précède le blanchiment? Ecoute
Apollon (5) disant : « {laterre) est traitée, étant prise dès l'aurore ». Or l’ex-
Co bts nat
au couchant le jaune, c’est-à-dire l’or.
En effet Hermès, s'exprime ainsi : « Les mines d'or de l’Arsenoéton sont à la porte orientale, c'est-à-dire qu’à l’entrée du temple d’Isis tu trouveras des caractères où 1] est question de la substance blanche; et à l’entrée occidentale du temple tu trouveras le minerai jaune; en creusant (à une profondeur) de trois coudées; à une demi-coudée, tu trouveras une couche noire ou verte. Enlèvelà toi-(mème) ettraite-(la). Ecoute aussi- Apollon disant : Que le sable soit traité, étant pris dès l’aurore. Or l'expression « dès l’aurore, etc... »
(1) Voisines d’Arsinoé (᾿Ἀρσινόη), ville
d'Égypte fondée par Ptolémée Philadelphe.
(2) Denderah et son temple consacré à Hathor ?
(5) Par suite d’une erreur de lecture, on avaittraduitailleurs, «troissources»
(πηγῶν), 4ὰ lieu dectroiscoudées»(7n/@v).
(4) On suit ici le texte de A : la phrase, telle que la donnent les manuscrits, est peu intelligible; mais les mots ἀλόγως et ἱερῶν se retrouveñt à la page suivante.
(5) Les Oracles d’Apollon, cités plusieurs fois dans les écrits alchimiques.
C'était quelque recueil analogue aux livres Sibyllins et aux Orphica.
ω OLYMPIODORE. — SUR L'ART SACRÉ 95
pression « dès l’aurore » fait voir que le moment qui précède le lever (du soleil), est aussi celui qui précède le blanchiment et le commencement de tout l’œuvre.
Ensuite l’achèvement de tout l’œuvre (j'entends par là le jaunissement), il l’a attribué au couchant, qui est l’accomplissement du jour entier. La phrase : « à la moitié de la hauteur des trois coudées, tu trouveras une couche noire (1) », a été dite au sujet des matières sulfureuses, c’est-à-dire au sujet de notre plomb (2), celui que l’on retire des scories {espèce de peu de valeur) aussitôt après le blanchiment,au moyen de la décomposition opérée à chaud et de la fixation. (C’est ce plomb), dit-il, que les prophètes des Egyptiens, s’efforçaient d'obtenir.
32. Sache que cet énoncé des minerais est une allégorie (3). Car ils r'entendent pas parler des minerais, mais des substances.
Sur quoi nous appuyons-nous (pour dire) que le levant a été attribué au masculin, et le couchantau féminin? Il s’agit d'Adam (4). Car celui-ci, le premier de tous les hommes, est issu des quatre éléments (5). On l'appelle aussi terre vierge (6) et terre ignée, terre charnelle et terre sanglante (7). Tu trouveras ces choses dans les bibliothèques de Ptolémée. Je les ai dites pour établir relativement aux choses sacrées, qu'aucun des êtres n’a été expliqué
irrationnellement par les anciens. Car le couchant est attribué à l’élément
(1) L ajoute : « ou verte ».
(2) Le plomb et le soufre étaient exprimés par un même signe (/ntrod., p. 114, planche V, 1. 12, et Lexique, p. 13, article Osiris).
(3) Les anciennes descriptions positives des traitements de minerais sont devenues ainsi des récits symboliques pour les alchimistes (v. p. 75).
(4) Les quatre lettres du nom d'Adam étaient prises comme exprimant les quatre points cardinaux : ᾿᾿Ανατολὴ, Δύσις, "Apzros, Mesnu6pla (voir aussi Origines de l’Alchimie, p. 64). Les noms d'Adam et Eve ont conservé un sens mystique chez les alchimistes latins. On lit en effet dans la Biblioth. des Philo-
| sophes chimistes, τ. IV, p. 570 et 578
(1754): « Adam: terre rouge, mercure des sages, soufre, âme, feu de nature — Ève, terreblanche, terre de vie, mercure philosophique, humide radical, esprit. »
De même dans le Lexicon Alchemiæ Rulandi (1612), p. 324 : « Matière première (185 sens), c’est l'épouse, ἔνε».
On voit par là que les expressions du texte: terre vierge et terreignée, etc. devraient être attribuées à Êve. Il y a eu quelque erreur de copiste sur ce point.
(5) L ajoute : « et Dieu lui attribue le levant ».
(6) Orig. de l’Alch., p. 64 et 333.
(7) L ajoute : « A ἔνε, le couchant a été attribué ».
96 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
féminin. Zosime dans son livre sur l'Action (1) (dit ceci) : « Je proclame et j'appelle Hermès comme témoin véridique, lorsqu'il dit : Va-t-en auprès d’Achaab le laboureur (2) et tu apprendras que celui qui sème le blé produit le blé ». Moi aussi je dis de même que les substances sont teintes par les substances, d’après ce qui est écrit. Or le fait d’être teint ne comporte pas d’autre distinction que celle de la substance corporelle (3) et de la substance incorporelle (4) : cet art admet l’une et l’autre. Il dit que les substances corporelles sont les substances (métalliques) fusibles; tandis que les substances incorporelles (sont) les pierres. Il désigne comme n'ayant pas le caractère de substances (5) les minerais et les matières qui n’ont pas été traitées par le feu, à cause de la nécessité de ce premier traitement (6).
Pélage dit à Pausiris : « Veux-tu que nous le jettions dans la mer, avant que les mélanges soient effectués (7)? » Et Hermès dit : « Tu parles très bien et avec une grande exactitude ». La mer, comme le dit Zosime, c’est l’élément hermaphrodite (8).
33. (La terre) est traitée, étant prise dès l’aurore, cela veut dire étant encore imprégnée de la rosée (9). En effet le soleil levant enlève par ses rayons la rosée répandue sur la terre, pour s’en nourrir. La terre (ainsi) se
trouve comme veuve et privée de son époux, ce que dit aussi Apollon.
Par l’eau divine, j'entends ma rosée, l’eau aérienne (10).
(1) Lajoute: «à propos du catalogue ». (2) Voir plus haut (I, x) cet axiome, cité dans la lettre d’Isis.a Horus, p.35:
Le laboureur y estnommé Acharantus.
(3) Par exemple les métaux.
(4) Métal oxvdé ou transformé.
(5) C'est-à-dire ne possédant pas le caractère d'un être défini, homogène.
L, aprèsles minérais, continue : « Nous appelons les minerais des corps sans substance ».
(6) Traitement nécessaire pour obtenir des produits définis proprement dits, existant par eux-mèmes et séparés du mélange confus primitif, qui constituait les minerais.
(7) L ajoute : « Et celui-ci répondit»
au lieu d'Hermès).
(8) Pour l'élément hermaphrodite, Cp. Origines de l’Alchimie, p. 64. — Tout ce langage symbolique est difficile à interpréter. Peut-être s’appliquet-il à l’action de l’eau salée surles minerais, qu’elle transforme, en enisolant certains composés, opération comparable à une fécondation. En chimie, même aujourd'hui, on dit : la génération des composés.
(9) Réd. de L : « Les mots qu’elle soit traitée, signifient qu’elle soit prise dès l’aurore et qu’elle soit imprégnée de rosée ».
(10) C'est-à-dire produite par la condensation dans l’alambic, après réduction sous forme aérienne par la distillation ἢ
nat D
Vois combien il y a de témoignages pour établir que cette composition a besoin d’abord de quelque.liquide; afin , dit-il, que la matière ayant été corrompue garde son caractère spécifique invariable. Par les mots « ayant été corrompue », il a faitentendre qu’il faut un certain temps pour que la décomposition ait lieu. Orla décomposition ne se produit jamais sans le concours de quelque liquide (1). En effet, c’est au catalogue des liquides, dit-il, que le mystère a été confié.
34. Au sujet des minerais: « Tous les anciens s’en sont préoccupés ». Comme ils adressent leurs discours aux Egyptiens, je t’alléguerai encore leur témoignage, à cause de ton incrédulité.
35. Zosime donc, dans son livre de l’Accomplissement (2), s'adressant à Théosébie, s'exprime ainsi: « Tout le royaume d'Egypte, ὃ femme, est soutenu par ces trois arts (3), l’art des choses opportunes (4), l’art de la nature et l'art detraiter les minerais. C’est l’art appelé divin, c’est-à-dire l’art dogmatique pour tous ceux qui s’occupent de manipulations et de ces arts (5) honorables, que l’on appelle les quatre (arts) chimiques (6). (Cet art divin), enseignant ce qu’il faut faire, a été révélé aux prêtres seuls. En effet la manipulation naturelle du minerai appartenait aux rois; aussi lorsqu'un prêtre, ou ce qu’on appelait un sage, expliquait les choses qu’il avait reçues en héritage des anciens, ou de ses ancêtres, lors même qu'il en possédait (complètement) la connaissance, il ne la communiquait pas sans réserve : car (autrement) il était puni. De même que les artisans chargés de
frapper la monnaie royale ne la frappent pas pour eux-mêmes (7), attendu
(1) C'est l’axiome : Corpora non agunt nisi soluta.
le second cas une synonymie qui altérerait le sens.
(2) Origines de l’Alchimie, p. 183.
(3) Var. : Deux. — Le texte grecsera publié seulement dans la 3e partie, parmi les œuvres de Zosime. Mais on a cru utile d’en reproduireici la traduction, afin de donner un caractère plus complet à l'ouvrage d'Olympiodore.
(4) καιριχῶν. — Peut-être l'astrologie.
(5) Le mot art divin comprend les quatre arts chimiques. On a préféré répéter le motart, au lieu d'adopter dans
(6) C'est-à-dire des quatre livres de Démocrite : relatifs à la Chrysopée, à l’Argyropée, etpeut-être à l'art des vitrifications, et à l’art de la teinture des étoffes, conformément au titre de vieux traités conservés dans les manuscrits (Origines de l’Alchimie, p. 123; — le présent volume, p. 61, note 1).
(7) Réd. de L : «les artisans chargés de frapper les monnaies royales et qui les altèérent secrètement pour eux-mêmes».
98 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
qu’ils seraient châtiés (τ). De même aussi, sous les rois d'Egypte, les artisans préposés aux opérations faites par la voie du feu, ainsi que ceux qui avaient la connaissance du lavage du minerai et de la suite des opérations, ne travaillaient pas pour eux-mêmes ; mais ils étaient chargés d’accroître les trésors royaux. Ils avaient des chefs particuliers, préposés aux richesses du roi (2), et des directeurs généraux, qui exerçaient une autorité tvrannique sur le travail du minerai par le feu. C'était une loi chez les Egyptiens que personne ne divulguñât ces choses par écrit.
« Quelques-uns reprochent à Démocrite et aux anciens de n’avoir pas fait mention de ces arts dans des termes appropriés, mais d’avoir exposé seulement ceux donton parle publiquement(3).Ilestinjuste de leleur reprocher; car ils ne pouvaient faire autrement. Etant amis des rois d'Égypte, et s’honorant d'occuper les premiers rangs en dignité parmi les prophètes, comment auraient-ils pu révéler au public des connaissances contraires aux (intérêts des) rois et donner à d’autres le pouvoir dominateur de la richesse? Quand même ils l’auraient pu, ils ne l’auraient pas fait; car ils étaient jaloux (de leur science). Les Juifs seuls parvinrent à en connaître la pratique, ainsi qu’à décrire et à exposer ces choses clandestinement. Voilà comment nous trouvons que Théophile, fils de Théogène, a parlé de toute la description topographique des mines d’or; il en est de même de la description des fourneaux par Marie et des écrits des autres Juifs.»
36. Synésius s'adressant à Dioscorus parle du mercure (et) de la vapeur sublimée étésienne (4) et dit que tous les anciens savent que ce sublimé est blanc et volatil, et sans substance propre. Il s’unit à tous les corps fusibles ; illes attire en lui-même, comme l’expérience l’a enseigné; l’auteur s'exprime
ainsi : « Si tu veux savoir exactement les choses, etc. » — (Olympiodore
(1) « Car ils étaient châtiés s'ils le fai- traités relatifsaux métaux et aux indus-
saient. » L. (Cp. Origines de l’Alchimie, Ὁ. 23, et Diodore de Sicile, 1. 1v, v. la note de la p. 76).
(2) Origines de l’Alchimie, p. 23.
(5) « Les arts principaux et honorables.» L. — Dansles livres hermétiques, promenés en procession, suivant la description de Clément d'Alexandrie, les
tries chimiques ne sont pas mentionnés (Origines de l’Alchimie, p. 40 et 44). Même de nos jours, les industriels cherchent toujours à tenir leurs procédés secrets.
(4) Pierre étésienne ou chrysolithe (pierre d’or) : d'après le Lexique, p. 7. C’est la cadmie, qui sert à faire le laiton.
ile di
MS D D D cé
reproduit ici le passage de Synésius, donné de la p. 66 jusqu’à la p. 68). — « Voilà pourquoi Pébéchius disait qu’il possède une puissante affinité. »
37. Que pouvons-nous entendre de plus? C’est que le mercure travaillé devient matière réceptive, échangeant sa substance contre celle de tout corps (métallique) fusible. Privé de nature propre, il devient volatil (1).
De même aussi notre magnésie, ou l’antimoine (sulfuré), ou les pyrites, ou les minerais, ou (enfin) tous les corps métalliques que l’on peut nommer, transformés au moyen de l'huile de natron (2), soit dans le récipient à digestion spontanée (3), soit par l’action du soufflet (4), soit par un autre appareil, de quelque nom que tu veuilles l'appeler ; — je dis transformés conformément à leur aptitude naturelle, — sont réduits à l’état de cendres (5). En effet, le corps réceptif par excellence, celui qui est appelé parmi eux le plomb noir, celui qu'ont désiré connaître les prophètes des Egyptiens, celui que les oracles des Démons ont révélé, ce sont les scories et les cendres de Marie (6). Car 115 savent que ces choses existent dès le principe. C’est pour cela qu’il y a coloration en noir et dans (le cours de) l’opération, décoloration, c’est-à-dire blanchiment; car le mot blanchiment ne signifie pas autre chose que le fait de décolorer, par privation du noir. Vois l'exactitude de tout ceci, ὃ sage. Car tu possèdes ici le fruit de tout le labeur du captif; tu possèdes ici ce que l’on cherche depuis des siècles : je sais la persévérance de ta sagesse.
38. Telle est la clef du discours, et le résumé de l’art dans son ensemble. Ne passe légèrement à côté d'aucune de ces choses; car cette clef t’ouvrirales portes de la théorie et de la pratique; tu as appris que les scories sont le mystère tout entier. Tous (les philosophes) sont suspendus et attentifs à ces
(scories) ; des milliers d’énigmes s’y rapportent ; des livres en aussi grand
(1) L'auteur parle ici du mercure des philosophes, qui constitue la matière première de toute fluidité métallique, privée desubstance propre, mais susceptible d’être associée aux diverses substances métalliques.
(2) Substance mal connue.
(3) M : αὐτοματαρείῳ — Dans A il s’agit du botarion (v. p. 65; v. surtout le motarion, p. 112).
(4) C'est-à-dire en chauffant dans un fourneau, avec le concours du soufflet.
(5) C’est la transformation des minerais métalliques en oxydes ou corps analogues, par grillage, ou après dissolution.
(6) Réd. de L : « les scories et Îles cendres. Et Marie a su que c'est le plomb lui-même, dès le principe »
100 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
nombre y font allusion; c’est le fondement du blanchiment et du jaunissement. En effet, il y a deux couleurs extrêmes : le blanc et le noir; le blanc est séparatif, et le noir compréhensif. Zosime faisant allusion à cette couleur, dit : « Elle entoure la pupille de l’œil (1), ainsi que l’arc en ciel. » Les gens sans intelligence ne saisissent pas ce que c’est que le séparatif et le compréhensif. Or le compréhensif, ainsi que ce qu’il comprend, est tiré des corps (métalliques) eux-mêmes. C’est ainsi que de l’essence liquide (2), on extrait la nature intime du plomb, comme le dit aussi le divin Zosime; et il s'appuie sur toute vérité et connaissance venant de Dieu. Cette nature intime, dis-je, c'est-à-dire cette âme (du plomb), cessant de manifester en elle-même le monde invisible, se manifeste dans un autre corps (métallique), celui de l'argent; et dans l’argentelle manifeste le sang rouge, c’est-à-dire l'or.
39. O mon ami, toi qui es généreux, institue ton discours pour ma justification, employant les moyens de défense que te suggère ton honnêteté; que ta douceur et ta patience, en présence de la négligence et du désordre de cette étude, ne s'en prenne pas au sujet de l'étude elle-même, mais à la négligence de la forme.
Ainsi le blanc est séparatif; car le blanc ne s'appelle pas à proprement parler une couleur. En effet toute couleur comprend et distingue (certaines variétés) : ainsi le noir est une couleur véritable, puisqu'il y a plusieurs variétés de noir (3). Lorsqu'ils discourent sur les couleurs, l'esprit des noninitiés tombe dans la confusion ; mais nous, ne nous écartons pas du bon sens. Les anciens savent que le plomb est noir. Or le plomb possède l’essence liquide; remarque l'exactitude de ce que nous disions plus haut de l'âme attirée par l'essence liquide. Car par sa pesanteur celle-ci tend à descendre et attire tout à soi. Voici que tous les mystères t’ont été divulgués.
40. Il faut d’abord apporter quelques témoignages, puis revenir à notre
sens est parfois difficile à pénétrer.
(3) Réd. de L : « mais la couleur noire est seule une couleur à proprement parler et il y a plusieurs variétés de noir ; car la couleur noire est la source de toutes les autres couleurs. C’est pourquoi discourant, » etc.
(1) L:« Ou pour mieux dire les trois couleurs de l'œil. »
(2) C'est-à-dire de la liquidité, envisagée comme substance ou élément; ou plutôt comme matière première des métaux (note 4 de la p. 103).
— Ce paragraphe est un mélange de subtilités et d'allégories dont le
OLYMPIODORE. — SUR L'ART SACRÉ IOI
opinion. Marie suppose que le plomb est noir dès le principe, etelle dit: «Si notre plomb noir est fabriqué, voici dans quel sens; car le plomb commun est noir dès le principe » (1). Ainsi elle ne parle pas du plomb commun, mais du (plomb) produit par l’art.
Or « comment est-il produit ? » dit Marie. « Si tu ne rends pas les substances corporelles incorporelles et si tu ne rends pas incorporelles les substances corporelles (2), et si des deux (corps) tu n’en fais pas un seul, aucun des (résultats) attendus ne se produira » (3).
Et ailleurs : « Si tous les corps métalliques ne sont pas divisés par l’action du feu, et si la vapeur sublimée, réduite en esprit, ne s'élève pas, rien ne sera mené à terme. »
Et ailleurs encore : « Le molybdochalque est la pierre étésienne (4). Toutes les (substances) fondues et coulées ensemble, (il) les change en or par l’action ignée. En puissance, il a la vertu de cuire les choses crues et de doubler les choses cuites (5). Mais si tu réussis à blanchir ou à jaunir, ce ne sera plus seulement en puissance, mais en acte. Voici ce que j’aflirme, dit Marie : le molybdochalque existe par l'effet du traitement. »
Il s’agit du traitement des deux scories (6) et la doctrine est la suivante.
(1) Ceci semble indiquer une distinction entre le métal factice et le métal naturel; distinction que l’on retrouve souvent chez les anciens; par exemple pourlemercure (Pline, H.N.,I.XXXIII, 32-42. — Introd., p. 257).
(2) C'est-à-dire : si tu ne transformes pas les métaux, en leur ôtant leur état métallique, et si tu ne les régénères pas dans cet état, avec des propriétés nouvelles, en réunissant plusieurs métaux en un seul. C’est ce que nousappelons un alliage; mais il était assimilé aux métaux véritables.
(3) Au-dessus du premier mot « corporelles » dans M., une main du xv® siècle a écrit « comment ? » ce qui a passé dans le texte de L sous la forme suivante : « comment cela peut-il arriver ? » Au-dessus du mot « deux » la
même main a écrit dans M : « comment ? »
(4) Appelée aussi pierre d’or, dans le Lexique, p.7 (v. la note 1 de la page 98).
(5) C’est la diplosis, ou art de doubler le poids de l’or et de l'argent, par l’addition de la cadmie.
(6) Ceci paraît vouloir dire que l’on réduit ensemble la pyrite de cuivre et le sulfure de plomb (ou d'antimoine), préalablement scorifiés, c'est-à-dire grillés par voiesèche, ou désagrégés par voie humide, ou sublimés sous forme de cadmies. Leur réduction simultanée fournit le molybdochalque, alliage des deux métaux, que l’on peut ensuite associer par fusion à l’or ou à l'argent pour en opérer la diplosis. Tout ce passage éclaircit ce qui précède, relativement au mystère des scories (p. 99).
102 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
Traite par le vinaigre la pierre étésienne, ou la pierre phrygienne; trempe (la) d'abord dans la liqueur, puis après l'avoir ramollie, broie-la et conserve.
Démocrite disait : «de l'antimoine (sulfuré) et de la litharge (1), retirele plomb», et il observe : « Je ne parle pas dans le sens propre, de peur que tu ne t’égares; mais il s’agit de notre (plomb) noir » (2). Agathodémon, au moyen de notre plomb, fait les affinages; il prépare une liqueur noire avec le plombetles eaux (chimiques), liqueur destinée à désagréger l'or.
En général, ils préparent du plomb noir; car, ainsi que je l'ai dit, si le plomb commun est noir dès le principe, le nôtre est noir par fabrication, ne l'étant pas d’abord.
41. L'expérience nous servira de maître et je m’efforcerai de nouveau d'expliquer la question par des démonstrations véridiques, en revenant à notre premier sujet. L’asèm ne devient pas or de lui-même, comme on le dit; etil ne le deviendrait pas, sans le secours de notre œuvre.
I] n'est pas juste de déprécier les anciens ; car « la lettre tue, mais l'esprit vivifie ». Ce mot adressé par le Seigneur à ceux qui l’interrogeaient sans réflexion, s'applique à tout ce qu'ont dit les anciens qui se sont occupés de ces matières. Celui qui connaît l’art caché de la chimie, leur dit (3) : « Comment dois-je entendre maintenant la transmutation? Comment l’eau et le feu, ennemis et contraires l’un à l'autre, opposés par nature, se sont-ils réunis dans le même (corps), par concorde et amitié? etc. O l'incroyable
mélange ! D'où vient cette amitié inattendue entre des ennemis ? » (4).
(1) Ceci montre que l’antimoine était assimilé au plomb (/ntrod., p. 224, 238 et Lexique, p.11).
(2) La tradition d’après laquelle le
a-dire dans le plomb), joint aux natures complémentaires, la terre, l’eau, l'air et le feu. » Au lieu de la tétrasomie métallique, il parle ici des quatre élé-
plomb jouait un rôle fondamental dans la transmutation, se retrouve chez les alchimistes du moyen âge, comme un souvenir des alchimistes grecs, qu'ils ne connaissaient pas directement. Ainsi on lit dans la Bibl. Chem. de Manget, τ 1, p. 917. « Pythagore dit que tout le secret est dans le plomb. Hermès dit aussi qu'il existe dans Saturne (c’est-
ments antiques.
(3) À ceux qui l’interrogent.
(4) Tout ce passage montre combien les phénomènes chimiques avaient excité l'admiration des premiers observateurs et revêtu dans leur esprit et dans leurs écrits une forme poétique.
C’est le premier germe des poèmes alchimiques.
ET PESTE NU CE CUS PES τὰ
bé
42. Ici encore les oracles d’Apollon déclarent la vérité, car ils parlent du tombeau d’Osiris (τὴ. Or qu'est-ce que le tombeau d’Osiris? C’est un mort lié et entouré de bandelettes, n’ayant que le visage découvert (2). L’oracle dit, en désignant Osiris : « Osiris, c’est le tombeau étroitement resserré, cachant tous les membres d'Osiris et ne laissant voir aux mortels que son seul visage. Mais en cachant les corps, la nature a voulu exciter notre étonnement. Car Osiris (3) est le principe de touteliquidité (4) ; c’est lui qui opère la fixation dans les sphères du feu. C’est ainsi qu'il lie et resserre le Tout (5) du plomb, etc. »
43. Un autre oracle du même Dieu s'exprime ainsi : « Prends le chrysolithe, celui que l’on nomme le mâle de la chrysocolle (6), c'est-à-dire l'homme destiné à la combinaison. Ce sont ses gouttes (7) qui enfantent l'or de la terre Ethiopienne. Là une espèce de fourmi extrait l'or, le porte au jour et en jouit (8). Mets avec lui la femme de vapeur, jusqu’à ce qu'il soit transformé (9) : c’est l’eau divine, amère (10) et styptique (11), celle que l’on appelle la liqueur de Chypre et la liqueur de l'Egyptienne aux tresses
d’or (12). Avec ce (produit), enduis les feuilles de la déesse lumineuse (13),
(1) Origines de l’Alchimie, p. 32.
(2) Momie dans sa gaine.
(3) Ce mot était traduit par soufre et plomb, dans le langage chimique.
Lexique, p. 13.
(4) D’après les idées mystiques exposées ici, il semble que le plomb, métal fusible, ait été regardé à l'origine comme le support de la liquidité métallique et la matière première des métaux (v. p. 102, note 2); attributions qui ont passé depuis au mercure, dont la découverte est plus récente. C’est ainsi que le plomb paraît à l’origine avoir joué dans la dorure le rôle attribué plus tard au mercure (/ntrod., Ρ. 58).
(5) C'est-à-dire le molybdochalque.
(6) Chrysolithe est masculin, chrysocolle féminin.
(7) Le liquide résultant des traitetements ignés (v. p. 101).
(8) Origines de l’Alchimie, p. 103.
(9) L'homme exprime ici le minerai primitif ; la femme de vapeur signifie l'eau divine, distillée.
(το) Réd. de L. Après l’eau divine:
« elle est amère ; on l'appelle aussi l’espècestyptique, l’ios de Chypre, l'Égyptien aux tresses d'or, et le suc ».
(11) Dans le Papyrus de Leïde, cette eau divine est un polysulfure, capable de colorer les métaux par voie humide et de dissoudre l’or par voie sèche (Introd., p. 68).
(12) Hathor ou Cypris, c’est-à-dire le cuivre. Tout ce langage offre l’obscurité des oracles ; mais on entrevoit le sens des allusions. Il existait un livre alchimique désigné sous le nom d’« Oracles d’Apollon » (p.94, note 5).
(13) C’est le synonyme d’Aphrodite, c'est-à-dire du cuivre (Zntrod., p. 104, planche I, 1. 6).
104 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
celles de Cypris la blonde, et fais fondre, en comprenant l'or dans ton invocation. »
A son tour, Petasius le philosophe,parlantdu principe del’œuvre,s’accorde avec ce qui a été déjà exposé au sujet de notre plomb et dit : « La sphère de feu est retenue et enserrée par celle du plomb » (τ). Et le même, se faisant son propre commentateur, ajoute : « Cela veut dire à partir du produit qui vient de l’eau mâle » (2). Or c'est l’eau mâle qu’il a appelée la sphère de feu (3). Il a dit (aussi) que le plomb est tellement possédé du démon (4) et livré à l'impudence, que ceux qui veulent apprendre {la science) tombent dans Ja folie, à cause de {leur) ignorance (de ses propriétés).
44. Voici ce qui a été dit dès le début au sujet des éléments,ce qui est proclamé ici. J'ai dit que le plomb est l’œuf (philosophique), composé des quatre éléments; Zosimel'exposeaussi quelque part. Or le Tout{(5) aboutit au plomb. En effet, quelle que soit l'espèce qu'ils comprennent dans le catalogue, ils entendent par là l’ensemble : « les quatre sont un » dit Marie. Si tu entends parler des minerais,comprends par là les espèces (métalliques); et si tu entends parler des espèces, comprends les minerais. En effet, les quatre corps forment la tétrasomie.
C'est au sujet de cette tétrasomie que Zosime dit: « Ensuite la malheureuse(6),tombéeet enchaînée dansle corps (métallique) du quadruple élément, subit aussitôt les colorations voulues par celui qui l’assujettit au moyen de l’art : telles que la coloration noire, ou la blanche, ou la jaune. Ensuite, ayant reçu les couleurs et, parvenue peu à peu à l’adolescence, elle atteint
la vieillesse et finit dans le corps à quadruple élément : [ce qui signifie (l’en-
(1) L : « par le travail du plomb ». d'opérer les colorations et transmuta-
(2) Il y a ici un jeu de mots, le même terme signifiant mâle et arsenic.
(3) S'agit-il ici de la teinture en jaune du plomb (ou des alliages fusibles confondus sous ce nom) par la vapeur des sulfures d’arsenic, dans les instruments à kérotakis des fig. 20, 21, 22, etc.; ou peut-être même par ces sulfures fondus dans une certaine région des appareils ?
(v. Introd., p. 144 et suiv.)
(4) Allusion allégorique à la difficulté
tions prétendues du plomb.
(5) Ce motsignifie à la fois l'ensemble des quatre éléments, la composition complète etle molybdochalque(/ntrod., Ρ- 153).
(6) Allégorie relative à la matière métallique, envisagée en général, et aux transformations et colorations qui l’incorporent dans les alliages métalliques, jusqu’à transmutation totale.
semble constitué par) le cuivre, le fer, l’étain et le plomb (1)]. Elle finit avec eux dans l'opération de l’iosis, comme détruite par ces (métaux) et surtout ne pouvant plus s'échapper; [c'est-à-dire entrelacée avec eux et ne pouvant s’en échapper (2)]. Et de nouveau elle se retourne avec eux, retenant lié avec elle celui qui la poursuit du dehors, au sein de l’appareil circulaire » (3). Or qu'est-ce que l’appareil circulaire? si ce n’est le feu et la cause de l’évaporation sans issue, opérée dans la fiole sphérique. De même que, dans la maladie le premier sang étant corrompu, il se forme un nouveau sang dans le rétablissement (de la santé) ; de même il manifeste dans l’argent le (nouveau) sang couleur fauve, c’est-à-dire l’or.
45. Tels sont tous les témoignages. Autant que possible, je les αἱ résumés, les tirant de beaucoup de discours; non que nous manquions de papier (4); en effet quelle quantité de papier suffirait pour exposer les puissances si vastes de l’art? Lors même que je préparerais un papier aussi étendu que le ciel, je ne pourrais développerici qu'une petite partie de cequiconcerne la matière rendue corporelle. En cela, notre art ressemble à l’intelligence parfaite et ineffable. C'est pourquoi nous devons nous exercer, selon le divin Démocrite [c'est là une comparaison (5)}, disant : « C’est pourquoi nous devons nous exercer et avoir une intelligence ouverte et perçante. » Zosime dit aussi: « Si tu es exercé, tu possèdes le fruit de tes exercices ; en effet l’art demande de l'intelligence, et se développe par elle. »
46. Vois comment toutes choses te sont devenues faciles à comprendre. Après avoir recueilli ce qui a été dit dès le principe, j'ai fait un choix de tout ce qui t'a été présenté (6).
Ce fait qu'ils ont parlé des substances liquides etsèches, induitles lecteurs en erreur. En effet le mot liquidité a un double sens. Tantôt il s’agit d’un
liquide proprement dit, tel que l’eau; tantôt on nomme liquidité, comme
(1) Glose. (4) L ajoute : « afin de ne pas te pa- (2) Glose. | raître fatigagt».
(3) Ce langage allégorique répond à la | (5) Glose omise dans L.
circulation des vapeurs opérées dans le | (6) L ajoute : «je te l’ai exposé, sui-
χαρχίνος (Introd., p. 145).C’est ce qu’ex- | vant mon pouvoir et mon goût ». plique d’ailleurs la phrase suivante. |
106 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
parmi les artisans, la qualité onctueuse des pierres (1). Or, il est impossible d'exprimer deux choses contraires par un seul (mot).:
Ici s’applique vraiment la parole de Petasius le philosophe, disant que «le plomb est tellement possédé du démon (2) et présompteux, que ceux qui veulent apprendre tombent dans la folie et perdent l'esprit ». Mon cher ami, éclaire-moi sur les choses obscures. Il faut que tout mensonge disparaisse. Car les philosophes, ces modèles de générosité (3), connaissent toute vérité. J'ai besoin de pardon, car il est possible que vous ayez à corriger mes erreurs ; tandis qu’elles deviendront un voile pour ceux à qui il ne nous est pas permis de faire la révélation (4).
47. On (5) attribue au plomb les deux qualités contraires, attendu qu'il donne à la fois la sensation d’un corps liquide et celle d’un corps sec. Il possède trois propriétés en lui-même, il est blanc, jaune et noir (6); et il est aussi liquide (7). Voici qu’il se produit aussi (avec le plomb) quatre couleurs différentes du jaune (8). Le plomb comporte encore deux traitements. C’est à bon droit que (Petasius) fait reposer l’art sur lui; mais c’est à tort qu'on lui adjuge le caractère théâtral et éclatant (9), le même en vérité qu’à la
(pierre) astérie (10). C’est à cause d’une semblable nature, que la plupartdes
(1) La notion de l’eau répond en (4) Voir la note 1 de la p. 76. effet à des sens multiples, chezles alchi- (5) L : « Petasius attribue... » mistes et chez les philosophes anciens (6) C'est-à-dire qu’il possède de lui- (Cp. Orig. de l’Alch., p. 268). Citons même chacune de ces trois couleurs, encore, pour jeter quelque lumière ou produit des composés qui les possur ces opinions subtiles, celle d'Albert sèdent : Par exemple la céruse, blanche; le Grand, de Mineralibus, liv. III, ch. 2; la litharge, jaune; le sulfure de plomb, ch. 5, tr. 2 : « Dans les métaux, il y a noir. deux humidités onctueuses, l’une exté- (7) Voir la note 4 de la page 105. rieure, subtile et inflammable; l’autre (8) Tels sont les oxydes etautres cominterne, retenue au fond du métal, et qui posés blancs (céruse), noirs (sulfure), ne peut être ni brülée, nirendue com- rouge (minium), puce (bioxyde), et d’aubustible; telle estcelle des matières vitri- tres teintes encore, qui dérivent du fiables, » Bibl, Chem. de Manget, t. I, plomb. p. 036. Cette théorie semble voisine (9) Ce verbiage signifie peut-être que de celle d'Olympiodore. - le plomb ne produit pas de composés
(2) L ajoute : « et impur ». doués de couleur éclatante.
(3) D’après L : «car les philosophes (10) Pierre précieuse blanche, brilsavent être des modèles de générosité lante et à reflet intérieur. Pline, H.N., dans le domaine des choses vraies ». | 1. XXXVII, 47, distingue l’asteria
anciens placent l’art dans le plomb. Zosime le dit ainsi : « Le Tout aboutit au plomb. » Et ailleurs : « Le plomb, c’est notre magnésie ; il est liquide par nature. » En outre la scorie du plomb ressemble à la scorie produite par la fonte du minerai aurifère (τὴ. C’est surtout pour cette raison, qu’on fait résider l’art dans le plomb.
48. Ainsi le corps (métallique) de la scorie, regardé par tous commeun produit sans application, vil et méprisé (2), mérite au contraire les éloges qui viennent de lui être décernés. On doit penser (à ce sujet) comme tous les anciens, lui rendre sa gloire et le traiter par l’art. «Ne sois pas intimidé par ton inexpérience, dit Zosime, etlorsque tu verras que tout est devenu cendre, comprends alors que tout va bien » (3). Pulvérise donc cette scorie et épuise-la de sa partie soluble, lave-la six ou sept fois dans des eaux édulcorées (4), après chaque fonte. Ces fontes ont lieu en raison de Ja richesse du minerai. En suivant cette marche et ce lavage, dit Marie, la composition s’adoucit.
Tout l’art repose sur les éléments; car après lan de l’iosis,une projection ayant lieu, le jaunissement stable des liquides se produit. En faisant cela, tu fais sortir au dehors la nature cachée à l’intérieur (5). En effet, transforme leur nature, et tu trouveras ce que tu cherches.
C’est là, pour nous, un sujet inépuisable : tant il est difficile de louer dans une mesure suffisante la gloire de l’art; c'est donc par respect pour notre propre sujet que nous mettons un terme à notre discours.
Il fait aussi allusion à la demeure des âmes des philosophes et dit: « Il y avait une demeure sphéroïde, ou ovoïde (6), regardant le couchant, côté où elle avait son entrée; elle était en forme de spirale. » Tu en trouveras la
description dans le discours rappelé plus haut.
l'astrion;V'astroiïtes et l’astrobolon; congénères de la ceraunia et de l'iris. On attribuait à plusieurs de ces pierres à reflet des propriétés magiques.
(1) La coupellation, qui sert à purifier l'or, s’accomplit au moyen de la litharge.
(2) Voir la note 6 de la p. 57.
(3) Le texte grec des dix lignes qui
suivent sera donné dans les œuvres de Zosime, III, xLvi, 2.
(4) Allusion au goût sucré des sels de plomb ?
(5) C'est-à-dire : tu développes une matière colorante, qui ne préexistait pas sous forme sensible.
(6) Œuf philosophique.
108 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
49. On rapporte encore l’art au soleil et à la lune; or le soleil préside au levant, et la lune au couchant. On apporte comme démonstrations plausibles sur ces choses, ce qui a été dit du minerai, c’est-à-dire des substances que l’on en tire (1).
Quelques-uns font macérer les substances sulfureuses (2) : quand arrive le mois de pharmouthi (3), ils placent chacune des espèces dans une étoffe (4) de lin solide et d’un tissu serré. Ils les font bouillir dans de l’eau de mer (5), rejetant le bouillon produit et laissant de nouveau baigner dans de l’eau de mer. Ils ne connaissent pas à simple vue le résultat, mais par les (signes) dont parle Hermès en plusieurs endroits (lorsqu'il dit) : « Fais bouillir dans une étoffe de lin solide.»
Lui-même a dit de faire bouillir la plante (6), et (cela) avec raison : «en effet elle prend de l'accroissement ». Cet accroissement n’est pas une chose vaine, car les plantes croissent pour la nourriture et la production des semences.
Un grand nombre d’anciens ont mentionné les ébullitions. Marie et Démocrite (ont dit) : « Lave et relave, jusqu’à ce que l’antimoiïne ait perdu sa couleur noire » (7). Par ce lavage, ils veulent faire entendre le blanchiment, ainsi qu'il a été dit plus haut.
50. En s’occupant maintenant de la substance jaune, ils font le catalogue des espèces jaunes. C'est pourquoi l’on dit: « Il y a deux blanchiments, et deux jaunissements; il y adeux compositions, l’une sèche, l’autre liquide» (δ);
c'est-à-dire que dans le catalogue du jaune, tu trouveras des plantes et des
(1) Le soleil, c'est l'or; la lune, c'est | mènes assimilés à l'accroissement d’une l'argent : métaux que l’on extrait des | plante? minerais. (7) Le sulfure d’antimoine peut être
(2) Pyrites. Leur traitement jouait un grand rôle dans les pratiques des alchimistes.
(3) Avril, M. d’après une addition du xve siècle.
(4) L. ajoute « blanche ».
(5) Traitement des sulfures métalliques par une solution de sel marin.
(6) S'agit-il ici du gonflement et de l’exfoliation de la pyrite soumise à l’action de l’air et de l'humidité, phéno-
changé par là en oxychlorure.
(8) Rappelons ici que les recettes du Papyrus de Leiïde se rapportent à deux catégories, savoir : d’une part, par voie sèche, les argentures ou dorures, ainsi que les alliages couleur d’or ou d'argent; et, d'autre part, par voie humide, les vernis jaunes ou blancs, ainsi que les couleurs d'amalgamation, appliqués à la surface des métaux (/Zntrod., p. 57 et 60). ὦ
minéraux. Tu trouveras aussi deux liqueurs : l’une dans le chapitre du jaune, et l’autre dans celui du blanc.
Dans le chapitre des liqueurs jaunes {1}, figurent les produits obtenus avec les plantes jaunes, telles que le safran, la chélidoine et autres semblables.
Dans la liste des compositions blanches, et parmi les matières sèches, sont toutes les (substances) blanches, telles que la terre de Crète (la craie) (2), la terre de Cimole et autres analogues.
Dans le chapitre des liqueurs blanches,sont toutes les eaux blanches, telles que la bière, les sèves, les sucs propres des plantes.
Rangeant toutes ces choses parmi les couleurs, ils y ont appliqué leurs soins. Jugez-en vous-mêmes, gens intelligents, après vous être préalablement exercés en ces (matières). Quant à nous autres, dédaignant toutes ces choses, suivant Démocrite, « nous connaissons les diversités de la matière et nous allons au plus utile ».
Vois dans le traité de l'Action, au second livre, ce que dit Zosime au sujet du blanchiment : « [1] y a deux blanchiments, comme aussi deux jaunissements, l’un par délaiement (3), et l’autre par cuisson. Voici comment on opère par délaiement : l'opération n’a pas lieu simplement, mais elle s’accomplit dans une demeure consacrée. A l’extérieur de cette demeure sacrée, distribués pareillement dans tous les sens, sont disposés à l’entour des pièces d’eau et des jardins, afin que le zéphir en soufflant (ne dessèche pas) la poussière et ne l’enlève pas hors du mortier. » C'est ainsi qu'il a parlé, en termes mystiques, du lieu de la pulvérisation. « Et vous-mêmes, gens intelligents, distinguez « le centre de la demeure »; ainsi que le sens de ces mots : « les pièces d’eau et les jardins ».
51. Hermès suppose que l’homme est un petit monde [microcosme), lorsqu'il dit : « Tout ce que possède le grand monde, l’homme aussi le possède. Le grand monde a des animaux (4) terrestres et aquatiques; l’homme a
aussi des puces et des poux, en fait d'animaux terrestres, et des helminthes,
matières jaunes sèches. risation.
(2) Toute terre ou argile blanche (4) AL : « petits et grands ». était appelée de ce nom. |
(1) Il manque, pour la symétrie, les | (3) Délaiement précédé d’une pulvé- |
110 TRAITÉS DÉMOCRITAINS
en fait d'animaux aquatiques. Le grand monde a des fleuves, des fontaines, des mers; et l'homme a des intestins (1). Le grand monde a les animaux aériens, et l'homme a les cousins (2). Le grand monde a les souffles partout répandus, tels que les vents (3); et l’homme ἃ les flatuosités (4). Le grand monde a le soleil et la lune (5); l’homme a ses deux yeux, et l'on consacre l'œil droit au soleil, erl’œil gauche à la lune. Le grand monde a des montagnes et des collines, et l'homme a des os (6). Le grand monde a le ciel (7); l’homme a la tête (δ). Le grand monde a les douze signes du Zodiaque (0), savoir : le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau et les Poissons. L'homme a ces choses depuis la tête, c’est-à-dire depuis le Bélier, jusqu'aux pieds, qui répondent aux Poissons.
C'est là ce que les anciens expriment, en disant que l’homme est l’image du monde; ce que rapporte Zosime dans son livre de la Vertu. De même la terre est l’image du monde.
52. Ne pouvons-nous pas aussi délayer l'homme et en faire des projections ? dit le philosophe, s'adressant à Zosime. Or celui-ci dit : « Nous avons prouvé que cet œuf (philosophique) est la reproduction de l’univers. » Hermès, aussi, faisant entendre par énigme l'œuf dans la pyramide (ro), disait que l'œuf était à proprement parler la substance de la chrysocolle et de l'argent (11). L’œuf est appelé le monde à la chevelure d’or; et Hermès
désigne le coq (12) comme étant un homme maudit par le soleil. Voilà ce
(1) À ajoute : « des veines et des tement à la figure astrologique dufolio 1 varices (?) ». du ms. 2419 et aux développements (2) ALajoute : «les moucherons, etc. ». traduits dans l’Zntrod., p. 205.
(3) AL ajoutent : «les tonnerres et les éclairs ».
(4) AL ajoutent : « les ventosités, les maladies, les accidents, etc. ».
(5) AL, après le mot monde, ajoute :
«ἃ deux flambeaux ».
(6) AL : « et de la chair ».
(7) AL ajoutent : «et les astres ».
(8) À : «et les oreilles ».
(9) L’énumérationde ces douzesignes n'existe pas dans M.— Elle est tirée de AL, — Cette description répond exac-
(10) Dansle livre des Kyranides, À K.
Cp. Origines de l'Alchimie, p. 47.
(11) C'est-à-dire la conjonction des métaux dans une même composition, susceptible d’engendrer Por.
(12) Dans la Bibl. des Philosophes chimiques, t. IV, p. 575, on lit : « le coq pris pour le symbole de la chaleur naturelle, attachée à Mercure, qui la lui transmet du ciel astral, dès la pointe du crépusculaire de l’aurore matinale ».
Est-ce le même symbole ?
qu'il dit dans le livre antique (1). C’est là qu'il fait mention de la taupe, disant que cet animal avait aussi été un homme ; il avait été maudit de Dieu, pour avoir révélé les mystères du soleil (2) et (Dieu) l'avait rendu aveugle. Et de fait, si la taupe monte à la face du soleil.fla terre ne l’accueille plus jusqu’au soir. Il dit que cela est arrivé parce que cet homme avait connu la forme (mystérieuse) du soleil (3). (Dieu) le relégua dans la terre noire, comme ayant transgressé la loi, et révélé le mystère aux hommes.
53. Résumons tout ceci, pour abréger (4). On reconnaît que le genre (animal) existe en raison de ses générations successives et se distingue en espèces, telles que lesêtres volatils {et ceux qui nele sont pas), lesquels sont à la portée de la main,sans auire défense qu'eux-mêmes. De même les reptiles et les quadrupèdes, distincts entre eux quant à l'espèce, tandis qu’ils s'accordéht par la puissance {de reproduction) (5). Mais l’homme est supérieur à tous les animaux sans raison, comme Synésius l'écrit à Dioscorus {6). Il dit: « L'homme est le plus important de tous les animaux vivant à la surface de la terre. »
« Le but propre de tout l’art, dit Horus, c’est d’avoir pris secrètement la semence du mâle (7); tandis que toutes choses sont mâles et femelles. » Comme le dit quelque part Marie : « Unissez le mâle et la femelle et vous trouverez ce qui est cherché. En effet sans le procédé de cette réunion, rien ne peut réussir, car la nature charme la nature, etc. »
54. Démocrite, à l’occasion de ces choses, a composé quatre livres sous ce titre : Le Principe (8).
Marie dit : € prenant une feuille d'argent... »; et la même, ailleurs :
« prenant la feuille de la kérotakis (9) ». Or elle appelle kérotakis l’instru-
(1) Il y a là quelques vieux mythes 3 suite de notes et d’extraits incohérents. égyptiens défigurés. — Doit-on enten- | (5) Tout ce passage est obscur; il dre que la taupe est citée ici parce paraît fondé'sur l'opposition des terqu’elle fouille la terre et révèle ainsi | mes :genreetespèce. l'or ? — A-t-elle été aveuglée par l'éclat (6) Cp. Synésius, S 11, p. 69. de l’or, assimilé au soleil ? (7) Allusion obscureaumythe d’Osiris.
(2) C'est-à-dire de l'or; le signe est V. aussi la mention de la terre veuve, le même. privée de la rosée fécondante;c'est-à-
(3) Var. dans A : « La forme de la | dire de son époux, comme Isis, p. οὔ. Chrysopée.»— L’auteurjouesurl'iden- | (8) Cp. Orig. del’Alch.,p.131,1.7,en tité du signe de l’or et du soleil. | montant : « Sur les dissertations. »
(4) Ces paragraphes renferment une (9) V. Zntrod.,p. 144.
D el
112 j TRAITÉS DÉMOCRITAINS
ment employé pour échauffer la feuille.[Le mot feuille désigne (aussi) un débris de plante [1]].
Et ailleurs, la même : « Dans le même motarion (mets) de la sandaraque jaune. » [Remarquez le nom féminin de la sandaraque. Quant aux motaria, comme vous le savez, ils sont faits avec du linge (2)].
τ΄ Etsur la stèle, au-dessous dela figure de l’espèce masculine (3), il y a ces mots de Marie : « et avec toutes Choses »; et ailleurs : « la préparation ignée ». Marie dit encore : « Ne va pas toucher avec tes mains; tu n'es pas de la race d'Abraham; tu n’es pas de notre race » (4).
55. Remarque que l’art est spécial et non commun, comme quelques-uns le croient : ils ont parlé comme à des auditeurs ordinaires, capables de connaîffe et de comprendre. Mais toi, mon excellent fils, recueille les choses qui te paraissent utiles, conseillé par le philosophe en ces termes : « Je (vous) parle comme à des gens intelligents, exerçant vos esprits à connaître de quelles choses il faut se servir ». Si les modernes avaient été exercés dans ces matières, ils n'auraient pas échoué en s’engageant sans discernement dans les opérations. Et (encore) : « Devenez tels que les fils de médecins, afin de comprendre les natures; en effet les fils de médecins, lorsqu'ils veulent préparer un remède salutaire, n’opèrent pas avec une précipitation inconsidérée, etc. »
Voici dans quel sens il a été dit que l’art est spécial et non livré à tous. Ecoutez, gens sans réflexion, ce que dit Horus (5) l’extracteur d’or à Cronammon, sur l’art des divisions et des espèces : « J’introduirai une petite explication, exposant l’interprétation de la véritable nature, seulement en
ce qui touche les classes mentionnées parmi nous; la vérité concernant
(1) Le mot feuille est pris ici pour lame métallique ; mais#le glossateur rappelle son autre sens, qui veut dire partie de plante. Dans L, au lieu de cette phrase, il y a: « la feuille est travaillée dans le botarion »; ce qui concorde avec les figures d'appareils plus modernes, telles que les fig. 37 et 38 de l’Introd., p. 162, 163. |
(2) Linge dans lequel on enveloppait le minerai, tel que la sandaraque, que
l'on faisait digérer dans l’eau de mer.
Voir plus haut, p. 108 et 99, note 3.
La partie entre crochets est une glose.
(3) Ou arsénicale, opposée à la sandaraque féminine nommée plus haut.
(4) Var. de L : « Si tu n'es pas de notre race, tu ne peux le toucher, parce que l’art est spécial et non commun. »
(5) A. porte l'Amour, ἔρως, au lieu d'Horus : sur ce mot, Cp. Origines de l’Alchimie, p. 85.
OLYMPIODORE. — APPENDICES 113
les minerais οἵ 165 pierres n'ayant été publiée nulle part. Je dis la vérité relative aux minerais; car les classes n’ont jamais Ἧς 2 jusqu'au bout. En effet qui ne saitque l'or, l'argent, le cuivre, le fer, le plomb, l’étain, comme aussi les terres, les pierres, les minerais métalliques sont (extraits) de la terre et sont mis en œuvre? »
C’est d’après ces (données) qu'ils ont fait leur écrit; ils exposent aussi les liqueurs tirées des sèves et des sucs des plantes, des arbres, des fruits, des bois secs et humides. En composant des liqueurs avec ces substances, ils ont constitué l'art. [ls ont partagé cet art unique comme un arbre divisé en mille rameaux, et ils en ont formé mille classes.
Tu as donc ici, en toute puissance, l’ensemble de l’œuvre. Il comprend le molybdochalque, la pierre étésienne et toutes les substances dorées, obtenues par cuisson et qui s'écoulent ensemble. Or ces mots : « les substances qui s'écoulent ensemble » ne signifientpas autre chose que les substances qui se liquéfient simultanément et par cet agent (1), c’est-à-dire
au moyen du feu.