PRECIS DE L'HISTOIRE DU GOUVERNEM. DE RUSSIE
DU
Pendant long-temps 1 étude des goùvernemens etdes lois qui les constituent fut pour ainsi dire totalement étrangère à la France; les rapports extérieurs des différens états attiraient seuls quelque attention de la part des publicistes; leur constitution était un mystère qui devait rester caché à tous les yeux; c'eût été un crime de chercher à en pénétrer l'esprit, à établir des comparaisons, à faire connaître les améliorations possibles. Quand les progrès d'une civilisation avancée eurent peu à peu soulevé le voile épais qui enveloppait les conditions du pacte social, lorsque les diverses législations politiques furent rapprochées , comparées, alors l'esprit de théorie fut exclusivement à l'ordre du jour, et les états régulièrement constitués furent seuls jugés dignes d'attirer l'attention des publicistes et des législateurs. Il resta donc une classe de goùvernemens dont les lois continuèrent à être enveloppées dans la même obscurité. Si l'on s'occupa quelquefois des étals qui ne pouvaient offrir une organisation analogue à l'esprit du temps , ce fut uniquement pour connaître , pour déterminer le poids , que devaient apporter dans la balance politique , l'influence qu'ils avaient dans les cabinets européens,
35a précis de l'histoire
Pour ce qui regarde la Russie , nous voyons depuis longtemps nos hommes d'état suivre avec avidité tous les mouvemens de sa politique extérieure ; tous les regards sont fixés sur les démarches du cabinet de Saint - Pétersbourg , et personne n'a paru se douter qu'il existât dans ce pays des institutions politiques.
Toutefois, si l'on y pensait bien, on verrait facilementle peu de fruit qu'on peut retirer de l'étude d'institutions, qui, au lieu de présenter un enchaînement et une suite nécessaires , sont tout-à-coup substituées à d'autres institutions, et qui , la plupart du temps, n'offrent aucune liaison qui les rattache plutôt entre elles qu'avec toute autre législation 5 sans doute là , l'esprit observateur se trouve nécessairement en défaut; il n'en est pas de même à l'égard des gouvernemens formés, changés, perfectionnés par le temps ; on peut dire que pour ceux-ci chaque modification a pris naissance à côté des changemens opérés dans les mœurs, dans les idées : tout se tient, tout s'enchaîne, tout marche d'un commun accord vers un même point; c'est ici que lepubliciste, que le philosophe peuvent trouver un sujet d'observations profitables, et cet intérêt qui naît de la certitude même de faire quelque chose d'utile, la récompense la plus douce des travaux de l'esprit.
Sans doute il fautse garder de rien voir avec trop d'enthousiasme, mais ici on peut affirmer à coup sûr qu'il sera curieux pour tous de suivre les progrès de la civilisation naturalisée en Russie par Pierre-le-Grand ; de voir les arts, les sciences et les lois modifier le caractère du peuple russe, le préparer par degrés à une civilisation plusavancée, et l'amener enfin au point où nous le voyons aujourd'hui; il sera curieux de voir ce peuple devenir peu à peu capable de recevoir de nouvelles lois; de voir si ces lois furent tout ce qu'elles pouvaient être ; il sera curieux enfin d'étudier ce peuple russe dans son état actuel, et de voir les efforts d'un souverain éclairé pour introduire sans choc, sans révolution , une liberté devenue désormais l'un des besoins les plus
pressans d'une nation naguère barbare; Alexandre a tu qu'il fallait la donner aujourd'hui pour en recevoir le prix; tandis que demain il faudrait peut-être l'accorder et craindre les suites de la concession ; l'exemple de la France n'a pas du moins été perdu pour les Russes , sans doute destinés à donner des leçons de prudence au reste de l'Europe.
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