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L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE

Depuis la découverte des Provinces espagnoles jusqua la révolution.

Les révolutions de l'Amérique ont un caractère tout particulier, parce que les peuples y sont placés dans une position toute spéciale. En Europe, les révolutions montrent le plus souvent des citoyens armés contre leurs concitoyens, et de quelque côté que soit la victoire, le sol de la patrie est presque toujours inondé du sang de ses enfans; en Amérique, au contraire ; les citoyens marchent tous unis, et joigent leurs efforts communs pour repousser la domination étrangère, pour renaître à l'indépendance et à la liberté; ici nos vœux peuvent sans réserve appeler les succès des peuples armés pour détruire l'oppression ; nos joies peuvent sans crime accompagner leur marche triomphante; puisse cette heureuse disposition des choses dans le Nouveau-Monde, avertir les Européens qu'un jour viendra, sans doute, où la plus petite comme la plus importante des îles de cet hémisphère échappera à leur domination , et leur faire comprendre enfin 9 qu'il est des moyens plus sûrs que

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les verges et les supplices, pour gagner les cœurs deceux dont rattachement peut devenir un jour de quelque importance, pour la prospérité commerciale des empires.

Les Espagnols découvrirent en i5i5 , le fleuve de la Plata; ils essayèrent de le remonter et furent massacrés; mais par cet acte barbare, les naturels ne repoussèrent le joug que pour quelques temps, et peu d'années plus tard , ils virent sur ces rives désertes s'élever une ville espagnole, c'était Buenos-Ayres; bientôt ces mêmes Espagnols , dans l'espoir de découvrir des mines d'or/parvinrent jusqu'aux bords du Paraguay, où ils laissèrent un nouveau monument de leur puissance. L'Assomption y fut fondée; enfin, les Jésuites arrivèrent dans le Tucuman; leur esprit d'ambition ne trouva là aucun obstacle, et l'on vit bientôt quelques religieux sans soldats, sans autres armes que la persuasion, soumettre à leur domination une population de cent vingt mille Indiens, et, selon l'expression de Montesquieu, en réparant les dévastations des Espagnols, cette société qui regardait le plaisir de commander comme le seul bien delà vie, commença à guérir une des grandes plaies qu'ait encore reçues le genre humain.

Sous la direction des Jésuites, la civilisation s'introduisit au milieu des hordes sauvages du Paraguay; il y eut une espèce de gouvernement; les revenus des terres étaient partagés en trois parties,, pour les temples, pour le public et pour les particuliers. L'égalité la plus parfaite régnait au Paraguay, aucun citoyen ne dépendait d'un autre: du reste, point de lois civiles; elles étaient inutiles chez un peuple qui ne connaissait point la propriété; point de lois criminelles, les préceptes de la religion étaient la règle de toutes les actions. Le gouvernement était théocratique , et les ministres de Dieu étaient les membres nécessaires de ce gouvernement; aussi la puissance des Jésuites alarma-t-elle la cour de Madrid : ils furent rappelés, le Paraguay fut assimilé aux autres provinces espagnoles sou-mises à des di-

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