‹ Collection des constitutionsChapitre 9 sur 169 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

Pepin-ie-Bref.

Ce fut un homme d'un grand courage , d'une haute prudence, et précisément doué du génie propre à consolider l'autorité conquise par ses ancêtres. Il gouverna avec mesure, chercha à se rendre les leades favorables; mais voulut ménager en même temps les intérêts du clergé. Une partie des biens dont ce corps avait été spolié lui fut rendue, et l'établissement des précaires (1 ) lui tint lieu de l'autre. « Sans adopter, dit le » président Hénault (2), aucun système sur la succession à la » couronne, il suffira de dire historiquement qu'à l'avènement » de Pépin, on vit, pour la première fois , la couronne passer » dans une maison étrangère. Pendant toute la première race, » elle n'avait été portée que par les descendans de Clovis , à la » vérité sans droit d'aînesse , ni distinction entre les bâtards et

(1) Le paragraphe suivant expliquera ce mot.

(■x) Ahrégc, chronologique de l'Histoire de Fran>je, régne de Pcpin.

» les légitimes, et avec partage. Elle fut possédée de même, sous » la deuxième race, par les enfans de Pépin; mais, ainsi qu'il » avait dépouillé l'héritier légitime, ses descendans furent » dépossédés à leur tour. Enfin , sous la troisième race , le 3 droit successif héréditaire s'est si bien établi, que les rois » ne sont plus les maîtres de déranger l'ordre de la succession, » et que la couronne appartient à leur aîné. »

11 paraît que Pépin demanda et obtint Tassentiment des grands de la nation , pour placer sur sa tête la couronne de l'imbécile Childéric; mais il fonda surtout son usurpation sur l'appui d'une autre autorité qu'il créa sur-le-champ souveraine, par cet acte de soumission. Jusqu'ici les évêques n'avaient fait que donner leur sanction à la royauté , comme placés au nombre des principaux personnages de l'Etat, par leur dignité, leurs richesses et leurs vertus. L'Eglise fut alors appelée à consacrer une violation manifeste au principe respecté de l'hérédité. Son auguste chef établit, pour la première fois, un lien religieux entre le sang du nouveau monarque et la foi de ses sujets. La fidélité devint un devoir dont le courroux céleste devait punir les infractions : la cérémonie du sacre prit naissance.

On a dit , et cela a beaucoup de vraisemblance , que Pépin avait payé ce service éminent rendu à sa royauté , et que la fameuse donation , au moyen de laquelle le chef des fidèles devint un prince itaUen, en avait été le prix. Il n'est pas question d'examiner maintenant si le pontife avait le droit d'intervenir dans une convention politique entre le trône et les sujets , si le nouveau roi pouvait concéder des terres en Italie à un évêque de Rome, mais de constater un fait qui fit changer la royauté de face dans notre monarchie.

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