DE LA CAMPAGNE DE M. LE CHEVALIER DE LA CORNE A C'HOUAGUEN, EN
M. le chevalier de La Corne est parti de la Pointeau-Baril le 29 juin.
Son détachement s’est trouvé composé, M. de Corbière ayant joint, de :
21 officiers,
240 soldats,
820 miliciens,
71 Iroquois,
19 Loups,
15 Mississagués,
5 Hurons,
Total . 1191 hommes.
Le 4 juillet. — A onze heures du soir, nous avons fait notre débarquement dans l’anse où M. le marquis de
* Voir la notice de M. de La Corne dans les Lettres de divers particuliers, p. 201. Cette relation n est pas signée.
RELATIONS ET JOURNAUX
Montcahn a descendu son artillerie. Les différentes découvertes qui s’étoient faites nous a voient instruits que l’ennemi étoit à Chouaguen, qu’il s’y retranchoit.
Le 5 juillet. — A la pointe du jour, on se mit en marche pour attaquer.
Les troupes et les Canadiens formoient neuf piquets. On en fit autant de colonnes afin de faire plusieurs attaques.
On étoit proche de la lisière du bois, lorsque les sauvages qui étoient en avant, avertirent qu’il y avoit des travailleurs à couper du bois à peu de distance de nous.
11 fut décidé que soixante hommes, François et sauvages, iroient les prendre. Comme on se disposoit pour cette opération, les Canadiens qui étoient à la gauche eurent une vision et se mirent à crier : “ Sauve ! Nous sommes cernés”. On rallia cependant ces fuyards; mais cette déroute nous avoit fait découvrir. Les Anglois s’étoient jetés dans le retranchement. M. de La Corne s’avança pour le reconnoître ; il y envoya à son retour plusieurs officiers.
La fortification est un redan ; elle est située où gisoit le fort Ontario. Sur la gauche est une petite redoute qui a communication avec le retranchement, lequel est grand; ce qui a fait présumer que les Anglois étoient nombreux ou que l’armée étoit passée pour Niagara. M. de La Corne demanda l’avis des officiers sur ce que l’on pourroit faire. La majeure partie fut de celui de la retraite, puisque nous avions perdu l’avantage de la surprise et la confiance que l’on avoit aux Canadiens.
Ce sentiment fut suivi et on regagna les bateaux.
RELATIONS ET JOURNAUX
Après-midi, les sauvages et quelques soldats allèrent faire le coup de fusil pour interrompre les travailleurs qui étoient sur le retranchement. Les Anglois y répondirent. Cela dura jusqu’à la nuit. 11 y eut un soldat blessé mortellement.
Les sauvages, animés, proposèrent d’aller le lendemain briser cinquante berges qui étoient a quelque distance du retranchement; ils demandèrent quatrevingts soldats et M. de Lorimier le cadet ; tout leur fut
accordé.
Le 6 juillet. — M. de La Corne se disposa, a la pointe du jour, à investir les Anglois dans leur retranchement afin de faciliter la besogne des berges.
On défila avec autant d’ordre qu’il fut possible ; la moitié de uotre monde n’avoit pas encore pris poste que les Canadiens se mirent a tirer sur les retranchements à plus de deux portées de fusil. Les Anglois commencèrent alors un feu de rempart bien nourri. On pou voit juger qu’ils étoient huit cents hommes. On avança avec assez de désordre jusqu à la portée du fusil.
Le détachement désigné pour briser les berges se replia sur nous ; le feu de 1 ennemi les avoient maltraités beaucoup.
On a cassé ou coupé quatre berges.
Les Anglois n’ont point fait de sortie.
Cette fusillade a duré une heure ; après quoi, nous nous sommes retirés dans le chemin de lartilleiie, d ou on a fait de petits détachements pour retirer les morts et les blessés. Cela fait, nous avons été à nos bateaux.
RELATIONS ET JOURNAUX
A dix heures, nous avons fait route pour revenir à notre poste.
Nous avons eu dix hommes de tués, dont M^. Hertel, officier, est du nombre. M. Benoit a reçu un coup de feu dans la cuisse. M. Carpentier a eu la lèvre supérieure offensée d’un coup de fusil d’un Canadien qui étoit proche de lui. Vingt blessés, soldats et Canadiens, quatre soldats désertés.
RELATION
DE L’EXPÉDITION DE QUÉBEC AUX ORDRES DE M. LE CHEVALIER DE LÉVIS, MARÉCHAL DES CAMPS ET ARMÉES