‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 10 sur 85 · LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS LR NE RACE RAR CSS EE DES AL · texte numérisé non relu

LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS LR NE RACE RAR CSS EE DES AL

J'ai l'honneur de vous remercier du plan et du mémoire que vous m'avez envoyé pour l'attaque de Choagen ; je vous le renvoie ci-joint. Je souhaite beaucoup de succès à Monsieur le marquis de Montcalm ; mais je pense toujours de même pour cette opération.

Je prendrai les arrangements que vous demandez au sujet de l’eau-de-vie et de la mélasse ; je mande au sieur Almain de venir ici pour en conférer avec moi. Je crois que sa résidence devroit être ici, comme le dépôt des principales consommations et qu’il y seroït plus utile qu’au fort Saint-Frédéric.

Je ne vous écris pas de ma main, parce que, hier, j'ai été sur la montagne de l’autre côté de la rivière, vis-à-vis de notre camp, à l’endroit où sont venus les découvreurs ennemis ; j’ai fait une chute ; je me suis foulé le poignet et j’ai été fort heureux de ne m'être pas cassé lé col.

Je suis toujours bien sensible aux marques d’amitié que vous me donnez, je vous prie de vouloir bien me les conserver, et d’être bien persuadé du sincère attachement, etc.

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

Le 16 août 1756.

J'ai recu les deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m'écrire du 10 et du 14 de ce mois. Je n’ai

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LME TN CU EUR CR ST Re SR DAT pu y répondre plutôt ni vous rendre compte de ce qui s’est passé ici, parce que M. de Bleury est arrivé au fort Saint-Frédéric, où il a débarqué son convoi, et il en est parti le lendemain matin, de façon que j'ai été aussitôt averti de son départ que de son arrivée. Je n'avais rien d’assez pressé à vous mander pour vous dépêcher un bateau.

Je me conformerai à ce que vous me faites l’honneur de me mander par vos deux lettres ; je ne donnerai plus de billets aux sauvages pour des fusils.

À l’égard de la direction des travaux en temps de guerre, elle regarde l'officier supérieur qui est chargé de la défensive de la frontière ; c’est à lui à ordonner ce qu'il juge nécessaire d’être fait aux places, de même que pour faire les retranchements qu’il juge convenable, pour mettre en sûreté les troupes et accélérer les travaux suivant les circonstances ; et c’est aux ingénieurs à se conformer aux ordres que le général Juge à propos de leur donner. Tant qu’il vous plaira me donner le commandement des troupes de la fron-

tière, je vous supplie de trouver bon que j'en use de même, et je ne saurois en être chargé autrement.

M. de Lobinière s’est conformé aux ordres que je lui ai donnés pour les travaux du fort, et je suis content de la célérité que l’on y apporte. Depuis que M. le marquis de Montcalm et moi y avons tenu la main, les choses en vont beaucoup mieux. Je fais travailler actuellement aux batteries ; je compte qu’à la fin de la semaine prochaine, celles des deux bastions du

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front de l’attaque seront finies, et on travaillera tout de suite à celle du troisième bastion, qui est aussi tourné du côté de l’attaque. On élève en même temps le reste du fort à la hauteur où il doit être. Jusques à la fin du mois prochain, je ferai travailler avec toute la diligence possible aux ouvrages de la défense du fort ; après quoi, je ferai travailler aux logements pour mettre à couvert les troupes que vous jugerez devoir laisser ici pendant l'hiver, et j'en laisserai toute la direction à M. de Lotbinière. Vous pouvez être assuré que je lui laisserai tous les agréments qui pourront dépendre de moi, et qui ne seront pas contraires au service. Je ne pense pas que personne puisse se plaindre de manque d’attention et d’égards de ma part, et que je ne donne pas à tous Messieurs les officiers et aux troupes toutes les douceurs dont je puis être le maître.

J'ai envoyé plusieurs partis et détachements à la guerre et à la découverte, sans qu’il leur ait été possible de faire des prisonniers. Depuis que les sauvages ennemis approchent si fort de nous, les nôtres, qui sont ici en très petit nombre, sont fort intimidés et n’osent pas s’écarter, et, sous différents prétextes, reviennent et font rétrograder les détachements de moitié chemin des endroits où ils doivent aller.

M. de Florimond, après être parti trois fois et Les sauvages l’ayant toujours obligé de revenir, j’ai pris le parti de lui former un détachement de cent cinquante hommes, soldats ou Canadiens, pour aller reconnoître

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LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS 69 ee 0 ER nt AR PT SR RE EU TS jusques au fond du lac et savoir ce qui se passe dans cette partie. Il a été jusques aux îles qui sont à trois ou quatre lieues du fort Georges, et a trouvé que les ennemis les occupoient en force, qu’ils y avoient environ cinquante bateaux et une barque à deux mâts, ce qui l’a empêché d’aller plus avant ; et peu s’en est fallu que, pendant la nuit, il ne se soit trouvé parmi les ennemis. Depuis ce temps là M. le chevalier de la Corne et moi avons fait tout ce qui nous a été possible pour envoyer des sauvages par les terres pour reconnoître ces îles et voir le camp qui peut être au fort Georges. Mais toutes ces précautions ont été inutiles ; les sauvages s’en sont retournés de moitié chemin, et les François ont été obligés de les suivre.

Il m'est arrivé neuf Abénakis, qui m'ont promis d’y aller avec les Hurons ; ils doivent partir ce soir. Je leur donnerai les officiers et les Canadiens qu'ils demandent. Je souhaite beaucoup que ce détachement soit plus heureux que les autres, étant très essentiel d’avoir dans l’occasion présente des nouvelles de l’ennemi. S'il vient, je prends toujours mes arrangements pour le bien recevoir.

Nous avons eu quelques alertes ; j’ai envoyé sur le champ des grenadiers et des piquets aux camps de MM. de la Corne et de Contrecœur, et j’avois ordonné que l’armée se tînt prête à marcher.

Le 19, il y a eu un parti de sauvages anglois qui est venu à cent cinquante pas du camp de M. de Contrecœur, qui a tué deux soldats et leur a levé la cheve-

lure. Quelque diligence qu’on ait pu faire pour se mettre à leur poursuite, on n’a pu les joindre, et on n’a pris que sept à huit couvertures, quelques capots et des fourreaux de sabres qu’ils ont laissés en chemin. Par:les traces que l’on voit des partis anglois, soit du côté de nos camps ou du côté de Saint-Frédérie, il paroît qu’ils cherchent à faire des prisonniers pour savoir nos forces. J’ai pris les plus justes mesures pour que cela n'arrive point, ayant défendu aux soldats de passer les gardes et les sentinelles. J’envoie tous les jours d’assez gros détachements à la découverte, pour tâcher de couper quelque parti ennemi, pour être averti des mouvement qu’il peut faire dans le bois pour venir nous attaquer en force. Par les arrangements que j'ai pris, si tout le monde fait son devoir, nous ne devons pas être surpris. Nous avons aussi des bateaux qui sont continuellement à la découverte dans le lac, qui vont jusques à trois à quatre lieues d’où ils peuvent découvrir fort loin.

Par les alertes qu’il y a eues, les troupes des camps avancés étoient fort fatiguées et un peu ébranlées ; pour les rassurer, j’ai envoyé soixante hommes de troupes de terre au camp de M. de Contrecœur, qui seront relevées tous les quatre jours ; ils ne sont commandés que par deux lieutenants pour éviter que nos capitaines ôtassent le commandement à M. de Contrecœur par leur ancienneté. É

J'ai aussi jugé que la distance des camps de MM. le chevalier de la Corne et de Contrecœur étoit trop

grande, et que l’ennemi, venant du côté de la montagne et par le bois, pourroiït en couper la communication ; ce qui m’a fait prendre le parti d'envoyer MM. de Saint-Martin, Le Borgne et Villejouin, avec un détachement de cent vingt soldats des troupes de la Marine, pour être placé à moitié chemin des deux camps à la côte du nord du lac Saint-Sacrement, pour en assurer la communication et pour pouvoir donner du secours à celui des deux qui seroit attaqué. Je pense qu’au moyen de ces précautions, ces deux camps seront en sûreté. M. de Saint-Martin est un officier expérimenté qui s’acquittera très bien de cette commission.

J'ai envoyé un parti de douze sauvages au fond de la baie où M. de Dieskau débarqua l’année dernière, pour savoir si l’ennemi, comme les prisonniers l’annonçoient, ne fait point travailler dans cette partie. Il est rentré hier et assure que l’ennemi n’y a point encore fait travailler, maïs qu’il avoit trouvé beaucoup de traces des partis qu’ils y envoient. Ce même parti de sauvages s’est porté près du fort Lydius, où il dit avoir vu beaucoup de monde et entendu beaucoup de sauvages.

Monsieur du Sablé n’est point encore de retour avec son détachement de sauvages ; il est cependant parti depuis le 7 et n’avoit des vivres que pour huit jours ; je crains bien qu’il ne lui soit arrivé quelque fâcheux accident.

Si l'ennemi est dans le dessein d’opérer sur cette

re LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS

partie, je pense que nous sommes au moment. Fil n’entreprend pas avant le 20 du mois, la saison devenant avancée, je crois qu’il n’y aura plus rien à craindre.

Si. l'ennemi, malgré toute la résistance que je me propose d’y faire dans le bois, par des forces très supérieures, m'obligeoit à venir camper entre le fort et la redoute, dans ce cas il lui seroit facile de venir occuper les hauteurs qui sont à la portée du canon du fort, d’où il pourroit faire des détachements qui iroient se placer aux endroits les plus étroits de la rivière d’ici au fort Saint-Frédéric et qui pourroient facilement intercepter nos convois. Ainsi, je pense qu’il est très essentiel que ce corps de troupes soit assuré de sa subsistance au moins pour ce qui regarde le pain pour deux mois. J’ai déjà prévenu de cet article Monsieur l’intendant par ma dernière lettre du 17.

La santé de Monsieur LeVerrier va beaucoup mieux ; je serois très flatté de lui être bon à quelque chose ; je l’ai prié de disposer de tout ce qui est en mon pouvoir.

J'ai l'honneur d'écrire par ce courrier à Me de Vaudreuil.

A M. BIGOT, INTENDANT

Le 28 août 1756.

J’ai reçu la lettre dont vous m’avez honoré le 30 de ce mois; je vous suis bien obligé des nouvelles dont

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vous avez bien voulu me faire part; elles sont toutes fort intéressantes. Je pense que Messieurs les Anglois ne sont pas à se repentir d’avoir commencé cette guerre; je compte que Mahon les mettra à la raison et que cela nous procurera bientôt la paix.

Il ne m’a pas été possible de vous écrire plutôt parce que M. de Bleury n’est venu que jusques au fort Saint-Frédéric, et que j'ai su son départ aussitôt que son arrivée.

M. Almaïn vous envoie l’état de ce qu’il a apporté, de même que de ce qui nous est venu hier par la barque. Nous n’avons, tant à Saint-Frédéric qu’à Carillon que onze cents quarts de farine, ce qui ne fait tout au plus de pain que pour vingt jours pour toute l’armée. J’ai déjà eu l’honneur de vous mander que je pense qu’il seroit absolument nécessaire qu’il y eut de la farine à Carillon pour deux mois. Je n’ai pu faire aucun usage de la mélasse faute de chaudière. A peine en avons-nous suffisamment pour les hôpitaux. J’ai fait essayer de faire faire de la bierre aux soldats avec leurs marmittes, mais cela n’a pas réussi, parce qu’elles sont beaucoup trop petites. Si vous pouviez nous en envoyer de plus grandes bien promptement ce seroit un grand bien pour ce corps de troupes ; j’ai empêché qu’on ne distribuât davantage de mélasse, crainte que les soldats ne la mangeassent et que cela ne leur eût fait beaucoup de mal. *

* La suite de cette lettre contient la répétition des nouvelles données dans la lettre précédente à M. de Vaudreuil. Nous la supprimons comme inutile.

Dans toutes les alertes qu’il y a eues ici, j’ai fait marcher les grenadiers et des piquets ; je me suis porté moi-même aux postes avancés, et l’armée étoit prête à marcher.

Le patron de la barque qui est arrivé hier au soir au fort Saint-Frédéric a apporté une nouvelle fort intéressante, qui est celle de la prise de Choagen avec une victoire complète sur l'ennemi; ce qui fait grand plaisir ici à tout le monde. J'ai peine à y ajouter foi, parce que je me flatte que Monsieur le général et vous auriez eu la bonté de me le faire savoir en diligence.

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

Le 31 août 1756.

J'ai l'honneur de vous écrire par les Iroquois du Sault qui vont vous amener un prisonnier et vous apportent deux chevelures qu’ils ont fait à cinquante milles de Baston sur la Rivière de Connecticut. C’est le parti de M. du Sablé qui est de retour, duquel j’étois fort en peine. Il est arrivé excédé de fatigues, de même que les sauvages et mourant de faim. P

Ce prisonnier est un habitant qui ne nous apprend rien d’intéressant, si ce n’est que les gens du pays ont

grand peur des sauvages, ce qui les empêche de faire

nr comen on, 1 es LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS 75 6 | et

leur récolte. M. du Sablé m’a dit qu’elle est sur pied et que le grain se perdoït par trop de maturité.

Ce parti a mis la terreur dans toute cette contrée ; tous les forts des ennemis ont tiré du canon. Outre le prisonnier qu'ils ont fait et les chevelures qu’ils portent, ils disent avoir tué trois ou quatre personnes, et en avoir mis un grand nombre en fuite. Il ne me reste ici que trois ou quatre sauvages ; il ne m’a pas été possible de retenir les autres.

J’ai eu l’honneur de vous écrire le 28 par la barque qui à dû partir hier. Je vous rend compte de tout ce qui s’est passé d’intéressant, M. Artel, que j'avois envoyé avec les Hurons et les Abénakis pour savoir des nouvelles de ce qui se passoit au camp des ennemis, est revenu hier matin. Ils n’ont été que jusques aux îles qui sont dans le lac, qu’ils ont trouvées occupées en force par les ennemis ; de la façon qu’ils en parlent, il paroît que le nombre de tentes et des feux n’est point augmenté.

Je fais encore partir ce soir M. de Florimond avec des sauvages et quelques Canadiens, pour aller au travers des terres y reconnoître jusques au camp des ennemis. Ils m'ont fort promis de ne point revenir sans m'en donner des nouvelles positives; les sauvages promettent toujours beaucoup en partant, et je trouve qu’ils tiennent fort peu de leurs promesses. Le fait est qu’ils ont peur des sauvages ennemis qu'ils disent être en grand nombre. Il seroit bien à désirer

A que j'en eusse beaucoup ici, et j'attends avec bien de l’impatience ceux que vous m'avez annoncés.

M. de Lusignan m'a mandé du fort Saint-Frédéric, qu’un canonnier, une femme et une petite fille avoient été dans une pirogue à une habitation des environs de ce fort. Comme ils ne sont point revenus le soir, M. de Lusignan a fait tirer deux coups de canon. |

Craignant qu'ils n’eussent été pris par quelques partis anglois, j’ai sur-le-champ fait partir des détachements pour tâcher de les couper. Ils sont rentrés ce matin et ils n’ont rien vu.

Comme on a trouvé la pirogue où ces gens étoient embarqués, sur la grève, je pense que cette pirogue aura chaviré et que ces gens se seront noyés.

Nos postes avancés, qui se tiennent fort alertes, découvrent tous les jours des traces des partis ennemis aux environs de leurs camps. Par les précautions que nous prenons, j'espère que, quelque jour, il nous en tombera quelqu'un entre nos mains; ce qui seroit fort à désirer. Il paroït par leurs manœuvres qu'ils cherchent à faire des prisonniers pour savoir et connoître nos forces.

J'ai pris les plus sages précautions pour éviter cet accident qui, dans cette occasion-ci, en seroit un grand. Le patron de la barque assure à M. de Lusignan la prise de Choagen et en a dit bien des circonstances ; il dit même que M. de Sacquespée en a fait faire la réjouissance au fort Saint-Jean. Si cela n’est pas vrai,

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il mérite punition d’avoir porté ici une pareille nouvelle, que j'ai toujours beaucoup de peine à croire,

puisque je ne reçois rien de votre part qui me le confirme.

A M. LE COMTE D’ARGENSON

Le 1° septembre 1756.

Je viens d'apprendre que le vaisseau marchand qui . doit partir pour la France, ne l’est pas encore, et j’en profite pour vous rendre compte de ce qui s’est passé depuis la lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire du 20 du mois dernier.

Un détachement que j’avois envoyé pour savoir ce qui se passoit au fond du lac Saint-Sacrement a trouvé les îles qui sont à quatre lieues en-decça du fort Georgés, occupées par les ennemis, où il y a une cinquantaine de bateaux et une barque à deux mâts, ce qui l’a empêché d’aller plus avant.

Comme nous n'avons dans le lac Saint-Sacrement que quelques canots d’écorce, il ne nous est pas possible d'envoyer de gros détachements pour chasser les ennemis de ces îles qu’ils paroïssent occuper en force. Les bateaux qui sont ici dans la rivière ne peuvent point remonter par la décharge du lac Saint-

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PR Ne PE EPP A Sacrement à cause des chutes et des rapides; pour y en faire passer, il faudroit faire un chemin qui pourroit nous devenir contraire, si les ennemis entreprenoient avec avantage sur cette partie, parce qu’il leur serviroit pour faire passer l'artillerie.

Les partis ennemis et les découvreurs continuent toujours à faire des découvertes et à approcher des postes avancés, il y a eu des sauvages qui sont venus lever la chevelure à deux soldats de la Marine à cent cinquante pas de la tête du camp de M. de Contrecœur. On a été sur-le-champ à leur poursuite ; mais il a été impossible de les joindre ; ils se sont sauvés à la faveur des bois, et on n’a pu avoir que quelques fusils, couvertes, capots et casse-têtes, qu’ils ont abandonnés en fuyant.

Les sauvages que j'ai ici sont en très petit nombre. La plus grande partie est à Choagen avec M. de Montcalm. Ils sont fort intimidés, parce que l’ennemi a tous les siens dans cette partie ce qui fait qu’ils n’osent point suivre les partis anglois qui se pré” sentent.

Les postes avancés étoient un peu ébranlés de voir continuellement l’ennemi si près d’eux ; pour les rasaurer, jai envoyé soixante soldats de nos troupes de terre, commandés par deux lieutenants, au camp de M. de Contrecœur, afin que l’ancienneté de nos capitaines ne lui otât pas le commandement.

J'ai aussi envoyé M. de Saint-Martin, officier des troupes de la Marine, qui est très intelligent et sur

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lequel on peut compter, avec cent-vingt hommes pour être placé entre les camps de MM. le chevalier de la Corne et de Contrecœur, à la côte du nord du lac Saint-Sacrement, pour en assurer la communication. De son poste il découvre les deux camps. Moyennant ces précautions, je crois tous mes postes avancés très en sûreté ; je vais les visiter très souvent. J'ai, nuit et jour, des canots d’écorce dans le lac Saint-Sacrement et des détachements, qui vont tous les jours dans le bois aux endroits par où l’ennemi peut venir; moyennant quoi, si tout le monde fait son devoir, comme j'y compte, je ne saurois être surpris.

Par ma dernière lettre, j’ai eu l’honneur de vous envoyer mes dispositions en cas d'attaque auxquelles quant à présent je ne vois rien à changer.

Si l’ennemi est dans le dessein d’entreprendre sur cette partie, je pense que nous sommes au moment parce que s’il retardoit jusques à la fin de ce mois la saison seroit trop avancée.

M. le marquis de Vaudreuil, par sa dernière lettre, me mande qu'il a tout disposé pour m'envoyer de nouvelles forces; je les attends. M. le marquis de Montcalm doit être devant Choagen, dont je ne sais positivement aucune nouvelle; je pense qu’actuellement son expédition est faite ou manquée.

Le dernier détachement de sauvages que j'ai envoyé du côté du fort Lydius, m’a rapporté que les ennemis ne travailloient à aucun établissement, comme les prisonniers l’annonçoient, au fond de la

Rivière au Chicot, où M. de Dieskau laissa ses bateaux l’année dernière.

Ils se sont portés sur le chemin du fort Georges au fort Lydius, où ils ont vu beaucoup de monde sans qu’il leur ait été possible de faire des prisonniers ni des chevelures.

M. du Sablé, officier des troupes de la colonie, que j'avois envoyé avec des sauvages entre le fort Lydius et Albany, est revenu hier avec tout son monde; j'en étois fort en peine, parce qu’il n’avoit pris des vivres que pour dix jours et qu’il a été vingt-trois jours dehors. Les sauvages n’ayant pas pu faire des prisonniers ni lever des chevelures du côté du fort Lydius ont demandé à M. du Sablé d’aller dans la Nouvelle- Angleterre. Ils ont été dans le comté de Massachussets à Halfield, sur la rivière de Connecticut, qui est à plus de deux cents milles d’ici et à cinquante milles de Baston, où ils ont tué une dizaine de personnes, dont ils n’ont eu le temps que de lever quatre chevelures, et m'ont amené un prisonnier, qui est un habitant, qui ne sait rien de ce qui se passe à l’armée. II m'a dit que, dans sa contrée, on y avoit grand peur des sauvages et que les habitants n’osoient pas faire la récolte. M. du Sablé m'a dit aussi que les grains n’étoient pas coupés et qu’ils se perdoient par trop de maturité. |

I1 prétend que l’alarme a été grande dans la Nouvelle-Angleterre et que tous les forts ont tiré du canon. Il est revenu ici, de même que tous les sau-

vages, excédé de fatigues et mourant de faim. De pareils partis sont très nécessaires pour mettre l’épouvante parmi tous les habitants. Voilà tout ce que je puis avoir l’honneur de vous mander depuis ma dernière lettre; je rends le même compte à Monsieur le garde des sceaux.

Postscriptum.—Je rouvre ma lettre pour avoir l’honneur de vous mander que j'apprends dans le moment la prise de Choagen, dont le succès a surpassé notre attente. M. le marquis de Montcalm a remporté une victoire complète, où nous n’avons perdu que très peu de monde.

M. le marquis de Montcalm me mande encore que mes mouvements sur l’ennemi les ont empêché de faire passer du secours à Choagen. Tous les prisonniers disent que l’Anglois se dispose à venir m’attaquer. J’ai de la peine à le croire, parce que, s’il eut dû venir, il n’auroit pas tant tardé ; peut-être même a-t-il craint que je ne marchasse à lui. Ce qu’il y a de certain, c’est que, s’il vient, il sera bien reçu ; je puis vous répondre du zèle de toutes les troupes qui sont

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A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

Le 1° septembre 1756.

J'ai reçu hier à huit heures du soir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 19 du mois dernier, par laquelle vous me faites part de la prise de Choagen. C’est une victoire des plus complètes, qui est due aux justes et sages précautions que vous avez prises. J'ai l’honneur de vous en faire mon très humble compliment. Vous ne devez point douter de la part que je prends à un pareil avantage ; j’en suis aussi aise pour M. le marquis de Montcalm que si j'eusse été moi-même chargé de cette expédition.

Je pense que les secours que vous me destinez arriveront à temps ; en tout cas je me battrai avec ce qui est ici. J’ai déjà eu l'honneur de vous mander que je vous répondois du zèle de cette armée; et, si milord Loundon s’avise de venir, il trouvera à qui parler. Cependant augmentation de bien ne nuit pas ; je recevrai avec plaisir les troupes que vous me destinez. Sans doute que Monsieur l’intendant aura pourvu à leur subsistance.

J'ai eu l'honneur de vous écrire le 28 par la barque, et, hier matin, par les sauvages; je vous rends compte dans ces deux lettres, de ma position et de ce

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qui s’est passé ici. Je ferai chanter le Te Deum aujourd’hui à six heures du soir, et je ferai faire une réjouissance générale ; je compte que milord Loundon entendra l’artillerie de ce fort.

J'ai envoyé des ordres à M. de Lusignan pour me faire passer ici les troupes à mesure qu’elles arriveront au fort Saint-Frédéric.

A M. BIGOT, INTENDANT

Le 2 septembre 1756.

J’ai reçu à huit heures, hier au soir, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m’envoyer. Elle m’a fait d'autant plus de plaisir que je ne m’attendois pas à un avantage si grand et si prompt.

J’ai l'honneur de vous en faire mon compliment. Vous y avezcontribué autant que personne par l’ordre et l’activité que vous avez mis pour pourvoir aux subsistances et à tout ce qui a pu être nécessaire à cette entreprise.

Je prends beaucoup de part à la gloire de notre général et à celle de M. le marquis de Montcalm. Je suis aussi satisfait qu’il ait réussi que si j’en avais été chargé.

Le secours qu’on me destine arrivera assurément à

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temps ; les troupes qui sont ici auroient autant d’envie que moi qu’il prît fantaisie à milord Loundon de venir nous attaquer ; je pense qu’ils’en trouveroit fort mal.

M. Almain vous envoie l’état de ce que M. de Bleury apporta hier. Sans doute que vous aurez la bonté d’ordonner qu’il nous soit envoyé la quantité de subsistance dont cette armée pourra avoir besoin.

Vous connoissez l’état de nos magasins.

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

Le 7 septembre 1756.

J'ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22 du mois dernier. J’ai envoyé M. de Klorimond avec un détachement de sauvages et de Canadiens jusques sur les hauteurs qui sont au fond du lac Saint-Sacrement, d’où l’on découvre le fort Georges. Il est arrivé avant-hier au soir ; il à rapporté qu’il s’étoit mis dans un endroit où il a parfaitement vu le fort et le camp des ennemis, qu'il dit être des deux côtés du fort, et qu’il lui a paru plus considérable que le nôtre.

I1 dit qu'aux environs du fort il y a sept à huit hengards, dont le moindre est plus grand que celui

que nous avons ici. Il n'a pas pu découvrir la quantité de bateaux qui sont dans le lac, attendu qu’ils sont dans une anse.

A la gauche du fort, du côté du nord, il a vu une barque et une autre sur le chantier prête à lancer à l’eau ; il a aussi vu plusieurs bateaux qui alloïent et venoient des îles, qu’il paroït que les ennemis occupent toujours en force.

Le même jour que M. de Florimond étoit à reconnoître la position des ennemis, il y eut trois de leurs barques et dix bateaux qui vinrent jusques à une pointe qui est à deux lieues du camp de M. de Contrecœur, Où nous avons deux bateaux bien armés qui y passent la nuit et le jour.

Un de ces bateaux tira trois coups de fusil sur les barques ; il y en eut une qui tira un coup de canon. Nos deux bateaux firent bonne contenance; les ennemis crurent qu’ils étoient soutenus par d’autres qui pouvoient être derrière la pointe, qu’ils ne pouvoient pas voir, et que nous avions du monde à terre; ils revirèrent de bord et s’en retournèrent, en tirant quelques coups de canon. Au premier avis que j’en eus, j'envoyai les compagnies de grenadiers et les piquets au camp de M. de Contrecœur. Je m’y rendis moi-même le lendemain avant le jour et fis armer quatre canots, et je fus jusques à l’endroit où les barques des ennemis étoient venues, d’où l’on découvre jusques à l’Ile à la Barque. Je ne vis rien dans le lac, et, depuis ce temps, il n’y a rien paru. Nos décou-

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