‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 13 sur 85 · A MONSIEUR LE GARDE DES SCEAUX · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE GARDE DES SCEAUX

Le 30 octobre 1756.

J'espère que je serai encore à temps de profiter de la frégate l’Abénakise pour avoir l’honneur de vous rendre compte que, depuis ma dernière lettre du 27 de ce mois, il ne s’est rien passé d’intéressant sur cette frontière. Les ennemis paroïssent, ainsi que nous, se disposer à prendre leurs quartiers d’hiver. La saison devient rude ; Les gelées commencent à se faire sentir; et, pour n'être pas arrêté ici par les glaces, je vais commencer à faire défiler les troupes. Je ferai partir demain 31 les soldats des troupes de la Marine et les miliciens du gouvernement de Québec. Le 1x de novembre, je ferai partir le régiment de Guyenne, qui est destiné à passer l’hiver à Québec ; le 2, le régiment de la Reïne, qui a ses quartiers à la Pointe-aux-Trembles, à sept lieues au-dessus de Québec.

Le 3, je ferai partir les compagnies de la Marine et les miliciens du gouvernement des Trois-Rivières.

Je ferai partir aussi le même jour le régiment de Béarn pour aller camper au fort Saint-Frédéric, pour y travailler à couper le bois nécessaire pour la garnison de ce fort. Je compte qu’il en pourra partir le 7oule 8, pour se rendre à Montréal. Si, dans cet intervalle, les ennemis faisoient quelques mouvements, je pourrois faire revenir ce bataillon. Il n’en sera éloigné que de cinq lieues. J’en garde ici cent hommes pour accélérer les travaux du fort de Carillon, pour finir de le mettre en état de défense et de recevoir la garnison.

Je laisserai au fort de Carillon et au fort Saint-Frédéric le nombre de troupes que M. le marquis de Vaudreuil y a destiné, ainsi que M. de Lusignan, capitaine des troupes de la Marine, dont il a fait choix pour commander dans ces deux forts.

Je ferai partir le 6 les compagnies de la Marine et les miliciens du gouvernement de Montréal. Si les ennemis ne font aucun mouvement et que la saison ne devienne pas trop rude, je ferai partir le 11 le régiment de Royal-Roussillon, qui va à Chambly.

Je partirai le 12 avec celui de Languedoc, que je conduirai dans ses quartiers auprès de Montréal.

Je replierai, le 4, en entier, tous les postes avancés que nous avons sur le lac Saint-Sacrement ; j’y enverrai seulement des détachements tous les jours qui rentreront tous les soirs au camp. Je serai par là informé

si l'ennemi faisoit quelque mouvement sur cette partie. Si cependant il y marchoit, je m’y porteroïis avec toutes mes forces.

J’ai envoyé deux détachements composés de sauvages et de Canadiens du côté du fort Lydius et vers le fort Georges. J'espère qu’ils m’amèneront quelques prisonniers et que je pourrai être informé des mouvements de l’ennemi. Je prends toutes les précautions nécessaires pour éviter toute surprise et terminer cette campagne aussi heureusement que nous l’avons commencée.

Permettez-moi encore, Monsieur, de vous demander la continuation de vos bontés et de votre protection.

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

Le 30 octobre 1756.

J'ai l’honneur de vous rendre compte que, depuis le départ de M. le marquis de Montcalm, il ne s’est rien passé d’intéressant sur cette frontière.

Je crois que les ennemis, ainsi que nous, pensent à prendre leurs quartiers d’hiver.

M. le marquis de Montcalm aura eu l'honneur de vous dire les arrangements que nous avons faits pour le déblaiement de l’armée.

Les troupes de la Marine, de même que M. de Lusignan, avec douze canonniers, qui ne devoient partir que le 1‘, partiront aujourd’hui, pour qu’ils ne s’embarrassent point avec le régiment de Guyenne, dans le portage de Chambly, qui partira demain.

La Reine partira le 2 avec le reste des miliciens du gouvernement de Québec.

Le 3, je ferai partir les troupes de la Marine et les miliciens du gouvernement des Trois-Rivières, et, le même jour, le régiment de Béarn pour aller camper au fort Saint-Frédéric et y travailler à couper du bois pour la garnison de ce fort. Je garderai ici cent hommes de ce dernier bataillon pour accélérer les travaux et y couper aussi du bois pour les troupes qui y doivent hiverner.

Il n’en est pas de même ici pour le bois qu’au fort Saint-Frédéric; dans quelque circonstance que la garnison puisse se trouver, elle ne sauroit en manquer, parce qu’il y en a une grande quantité de coupé qui est sous le canon de la place. Cela ne m’empêchera pas d’en faire mettre autant que je le pourrai en corde ; j'ai même ordonné qu’il ne partiroit ni soldats, ni miliciens qu’ils n’eussent coupé quatre buches et mises en corde au fort; je compte que cet objet nous procurera cent cordes qui ne feront aucun tort aux travaux et qui ne coûteront rien au Roi.

Je compte que le régiment de Béarn pourra partir le 7 ou le 8, pour se rendre à Montréal, et qu’il aura fini ce dont il est chargé.

Je ne ferai partir les troupes de la Marine, de Montréal, que par le premier convoi de M. de Bleury, parce que je n’aurois pas assez de Canadiens de ce gouvernement, n’en restant ici que quatre-vingts, ce qui sera à peine suffisant pour conduire les bataillons de Royal-Roussillon, Béarn et Languedoc.

Je replierai en entier les camps du. portage le 4: jy enverrai tous les jours ou tous les deux jours des détachements qui rentreront tous les soirs au camp; je serai informé par là des mouvements que les ennemis pourroient faire sur cette partie. ils y paroissoient, j'y marcheroïs avec toutes mes forces pour les en chasser. Je ne pense pas qu’ils veuillent en courir les risques. Je ne sauroïs encore vous mander au juste le jour que je ferai partir les deux derniers bataillons; cela dépendra du temps et des circonstances ; ce ne sera que du 10 au 15, comme vous l’avez ordonné.

Soyez persuadé que je ne négligerai rien pour mettre cette frontière en sûreté, et j'espère que nous terminerons cette campagne aussi heureusement que nous l’avons commencée ; du moins vous pouvez être assuré que j'y apporte rai tous mes soins.

J'ai envoyé un parti de sept sauvages, qui sont presque les seuls qui me restent, au fond de la baie de la Rivière au Chicot, qui m'ont dit qu’ils me rendroient un bon compte de leur découverte; ils m'ont même promis d’aller sur le chemin de Lydius et de m'amener un prisonnier.

11] manque un grenadier du régiment de Languedoc

depuis avant-hier au soir; on le croit égaré, pris ou tué dans le bois; on ne pense pas qu’il soit déserté, n'ayant rien emporté de son équipage et que d’ailleurs il étoit fort sage. J'ai envoyé hier un détachement pour le chercher, qui ne l’a point trouvé. J’en ai envoyé un autre aujourd’hui, qui n’est point de retour.

J’ai permis à M. Duplessis d’aller au fort Saint-Frédéric pour y rétablir sa santé. Les chirurgiens disent qu’il est hors d'état de passer l’hiver ici. J’attendrai vos ordres à cet égard.

M. de Bleury, qui aura l’honneur de vous remettre ma lettre, avoit déjà demandé la permission à M. de Montcalm de devancer de quelques jours les troupes qui vont à Montréal, y ayant à ce qu’il dit des affaires très intéressantes à y terminer.

A Me DE MIREPOIX

Le 30 octobre 1756.

Je profite, Madame, des premiers vaisseaux qui vont partir pour France pour merappeler à l’honneur de votre souvenir et de réclamer de nouveau vos bontés. Je vous envoie la relation de la campagne que nous avons faite dans ce pays-ci, qui a été heureuse

et brillante. Nous avons pris Choagen et contenu les ennemis dans leurs limites. J’ai commandé pendant toute la campagne un corps séparé et j’ai eu le bonheur de réussir dans toutes les expéditions que j'ai entreprises. Nous touchons à la fin de la campagne et je suis destiné à passer l’hiver dans le gouvernement de Montréal, où sera aussi M. le marquis de Vaudreuil.

J’attendrai avec bien de l’impatience le mois de mai pour avoir de vos nouvelles. Je vous supplie de ne pas oublier qu’il faut m'écrire en février et faire mettre vos lettres au bureau de la Marine.

Je ne puis vous témoigner assez combien je suis fâché d’être éloigné de vous et de n'être pas à portée de vous renouveler moi-même, les assurances du respectueux attachement que je vous ai voué pour la vie et avec lequel, etc.

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