‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 14 sur 85 · A M. DE MIREPOIX · texte numérisé non relu

A M. DE MIREPOIX

De Carillon, le 30 octobre 1756.

Nous sommes sur le point de terminer notre campagne et j'ai l'honneur de vous envoyer la relation de ce que nous avons fait. J’ai lieu de croire que vous serez content du succès de nos expéditions.

M. le marquis de Montcalm a pris Choagen; et moi, qui commandoit sur les frontières de la Nouvelle- Yorck, j’y ai attiré Les plus grandes forces des ennemis et les ai empêchés de porter des secours à Choagen. Mes dispositions ont été approuvées, et, soit bonheur ou autrement, tout à réussi. Sous une quinzaine de jours, toutes nos troupes seront entrées en quartiers d'hiver, et il ne restera que des détachements dans les forts de nos frontières. Ce sera la dernière lettre que je pourrai vous écrire de cette année, et je vais attendre avec bien de l’impatience le retour de nos vaisseaux, qui ne peut être qu’à la fin d'avril, pour avoir de vos nouvelles.

Conservez-moi toujours vos bontés et votre amitié: vous savez combien elles me sont précieuses ; et soyez bien convaincu de l’attachement inviolable, etc.

À M. LE COMTE D’ARGENSON

Le 15 avril 1757.

Jai honneur de vous rendre compte, par la première occasion qui part pour la France, de mes Opérations de la campagne dernière. Je ne partis du camp de Carillon, avec les bataillons de Royal-Roussillon et Languedoc, que le 18 novembre, après que

je fus exactement informé par des prisonniers et des détachements, que j’avois envoyés à la guerre, que milord Loundon étoit parti du fort Lydius et que son armée avoit décampé du fort Georges et du fort Lydius, que toutes les troupes étoient séparées et qu’elles étoient en route pour aller prendre leurs quartiers d'hiver dans la Nouvelle-Angleterre et dans la Nouvelle-Yorck.

J’établis les garnisons des forts de Carillon et de Saint-Frédéric. Je laissai des instructions à MM. de Lusignan et de Gaspé, capitaines des troupes de la Marine, destinés pour commander dans ces deux forts sur la conduite qu’ils devoient tenir pendant l’hiver pour la sûreté de ces postes et pour les partis qu’ils devoient envoyer à la guerre, comme aussi pour la conservation des vivres. Je laissai aussi une instruction particulière à M. de Basserode, capitaine au régiment de Languedoc, qui étoit le plus ancien de nos troupes de terre qui restoit à Carillon sur la conduite qu’il devoit avoir avec M. de Lusignan, dans tous les cas qui pourroient arriver.

Après que j’eus pris toutes les précautions que je pensai être nécessaires, je décampai de Carillon et repliai tous nos postes du lac Saint-Sacrement, dont j'avois donné le commandement à M. de Poularies, capitaine des grenadiers au régiment de Royal-Roussillon. La terre étoit déjà couverte d’un pied de neige. Je fis le plus de diligence qu’il me fut possible crainte d’être arrêté par les glaces sur le lac Champlain, dont

les bords étoient déjà pris. J’arrivai heureusement dans le gouvernement de Montréal sans aucun accident. Toutes les troupes étoient le 20 novembre dans leurs quartiers. La saison étoit trop avancée pour qu’il me fut possible de descendre à Québec, où je devois passer l’hiver ; je préférai de rester à Montréal pour être plus à portée de la frontière, dans le cas qu’il y eut quelque mouvement pendant cette saison.

Si M. le marquis de Vaudreuil avoit jugé à propos de me donner le commandement du détachement qu’il confia à M. de Rigaud pour l’expédition qu'il a faite sur le fort Georges au lac Saint-Sacrement, je m’en serois chargé avec plaisir; mais je n’aurois pu faire mieux qu’il n’a fait. Cette entreprise a eu tout le succès qu’on pouvoit en attendre.

MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm vous rendront compte de tout ce qui s’est passé pendant l’hiver et de la situation de cette colonie ; ce qui fait que je n’entrerai dans aucun détail à cet égard.

Je me flatte que, s’il y a deux corps de troupes qui agissent dans deux différents côtés, M. le marquis de Vaudreuil voudra bien me confier le commandement d’un ; je rechercherai toujours avec bien de l’empressement toutes les occasions où je pourrai donner des preuves de mon zèle pour le service du Roi. Je m'’estimerai bien heureux s’il me met à portée de mériter vos bontés et votre protection.

XLIIT

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