‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 24 sur 85 · LXITIT A MONSIEUR DE MORAS · texte numérisé non relu

LXITIT A MONSIEUR DE MORAS

Le 10 octobre 1757.

Permettez-moi de vous supplier de vouloir bien accorder vos bontés et votre protection à M. Dumas, capitaine des troupes de cette colonie. Il a fait la dernière campagne sous mes ordres et sous ceux de M. de Rigaud de Vaudreuil, il a fait les fonctions de major et a eu le détail de toutes les milices qui ont été mises pour la première fois par brigades. C’est lui qui en a fait l’arrangement, qui lui a donné beaucoup de peines

et de travail assidu. Les milices, qui jusqu'alors ne connoiïssoient pas l’ordre et la discipline, ont servi comme les troupes réglées. Nous nous sommes si bien trouvés de cette formation qu’à l’avenir on en usera toujours de même; mais il seroit à souhaiter pour le bien du service que M. Dumas en eût continuellement le détail. Ayant servi en France, il connoït mieux qu’un autre l’ordre et la police qui est absolument nécessaire parmi les gens de guerre. C’est un officier de distinction, qui a toutes les qualités qu’on peut désirer. J’ose vous assurer qu'il est très capable de se bien acquitter de tous les emplois dont vous voudrez bien le charger, je ne puis vous en rendre d'assez bons témoignages. M. le marquis de Vaudreuil ne vous laissera pas ignorer ce qu’il mérite, et ce qu’il pense sur son compte. Ses services doivent d’ailleurs vous être connus assez, puisque c’est lui qui commandoit à l'affaire de la Belle-Rivière à la défaite du général Bradock; c’est cette heureuse journée qui a mis le Canada à l'abri des premières incursions des Anglois. Je ne sais quelle grâce vous demandera M. le marquis de Vaudreuil pour M. Dumas; toutes celles que vous voudrez bien lui accorder seront bien placées. En mon particulier, je seroïs bien flatté si la recommandation que j’ai l'honneur de vous en faire et les témoignages que je me crois obligé devoir vous rendre de ses services de la campagne dernière, pouvoient les lui procurer ; je vous en aurois une grande obligation.

A M. DE MORAS

Le 10 octobre 1757.

Le retour de M. Varin en France laisse la place de commissaire ordonnateur vacante à Montréal. En attendant que vous ayez nommé celui qui doit le remplacer, c’est M. Martel quien fait les fonctions par ordre de Monsieur l’intendant. Il est très capable de bien remplir cet emploi; il a tous les talents nécessaires et sa probité est généralement reconnue dans toute cette colonie. Permettez-moi de vous supplier de vouloir bien lui accorder cette charge ; M. le marquis de Vaudreuil et M. Bigot vous demandent la même grâce ; en mon particulier, je vous serai très obligé.

À M. LE MARQUIS DE PAULMY

Le 10 octobre 1757.

Je profite du départ du courrier de Louisbourg par lequel j'ai reçu une lettre de M. de Moras qui me témoigne la satisfaction que le Roi veut bien avoir de

mes services. C’est au compte que vous avez bien voulu en rendre à Sa Majesté que j’en suis redevable. Permettez-moi de vous en faire mes très humbles remerciements ; je ne discontinuerai pas de donner dans toutes les occasions de nouvelles preuves de mon zèle.

Je suis persuadé que M. le marquis de Montcalm ne vous laissera pas ignorer les services que j'ai été à portée de rendre cet hiver, dans le gouvernement de Montréal, en faisant observer, tant aux troupes de la Marine qu’à celles de terre, une exacte discipline, de même qu'aux habitants, en obligeant les uns et les autres avec de la prudence et de la fermeté à se soumettre à toutes les réductions de vivres qui ont été jugées nécessaires. J’ai commencé à en montrer l’exemple en mangeant des mêmes viandes que les troupes ; comme ma lettre court les hasards de la mer, je n’entrerai pas dans de plus grands détails sur l’article des vivres ni sur la situation actuelle de cette colonie, étant persuadé que MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm ne vous laisseront rien ignorer ni à désirer par leurs chiffres. Pour ce qui me regarde je vous prie d'assurer Sa Majesté que je maïintiendraiï les troupes qui me seront confiées dans leurs devoirs et à souffrir patiemment tous les événements de la guerre et les temps de disette.

J’observerai, comme j'ai toujours fait, la plus grande union et harmonie avec MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm, et j'espère que mon

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exemple continuera à la faire observer dans les deux corps de troupes.

Je ne dois pas vous laisser ignorer combien j’ai lieu d’être satisfait de l’amitié et de la confiance que me témoigne M. le marquis de Montcalm dans toutes les occasions.

M. le marquis de Montcalm aura l’honneur de vous faire des représentations sur la situation où se trouvent réduits les subalternes des troupes de terre. Comme tout est au moins trois fois plus cher que quand elles sont arrivées dans la colonie, il n’est pas possible que les lieutenants puissent vivre avec leur paye, si vous n'avez la bonté d’y avoir égard en les faisant augmenter ou en leur faisant donner le vin et autres douceurs qu’ils ont eu les premières campagnes.

Permettez-moi d’avoir l'honneur de vous faire les mêmes représentations pour moi. La place que j’occupe m'’oblige de tenir un état honnête pour m'attirer la considération que je dois avoir. Je n’ai cependant pas à me reprocher d’avoir fait aucune dépense mal à propos et je croirois même avoir mal servi le Roi, si je n’avois pas reçu avec la décence que j'ai observée.

Ce qui n’a pas empêché que je n’aie usé d’une grande économie. Je me trouve cependant cette année en arrière de dix mille livres des appointements que le Roi me donne; cela ne peut qu’augmenter, puis-

qu’il ne me reste plus rien des provisions que j’avois apportées de France.

Je vous supplie d’avoir la bonté d’observer que je n'ai pour fortune que les bienfaits du Roi, que je dépenserai avec plaisir à son service; et tout ce que je désire, du côté de l’argent, est de ne rien devoir en partant de ce pays; il seroit bien douloureux pour moi de laisser plus de dettes que je ne serai en état de payer.

Permettez-moi encore de vous rappeler la grâce que j’ai eu l’honneur de vous demander par mes dernières lettres qui est de me procurer le grade de maréchal de camp.

MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm vous l’ont demandé et la désirent pour moi; M. le comte d’Argenson me l’avoit promise, si je restois deux ans en Amérique, et ils sont révolus; je me flatte de l’avoir méritée dans les occasions que jai eues de donner des preuves de mon application et de mon zèle. Ce ne sera cependant qu’au compte que vous voudrez bien en rendre à Sa Majesté que je serai redevable de cette grâce ; je vous supplie d'avance de vouloir bien être persuadé de ma reconnoissance.

M. le marquis de Vaudreuil envoie à M. de Moras deux cartes et deux mémoires que j'ai fait, m’étant appliqué depuis que je suis en Amérique à la connoissance du pays.

Je cemptois avoir l'honneur de vous les envoyer en même temps; mais comme cette occasion n’est pas

sûre et que ce n’est qu’un homme qui porte les dépêches à Louisbourg, j’ai cru ne devoir pas l’en charger, M. le marquis de Vaudreuil m’ayant prié de les lui remettre, parce que M. de Moras les lui demande, étant pressé d’avoir des connoiïssances à ce sujet. J'aurai l'honneur de vous les envoyer par une occasion plus sûre, qui sera le départ des premiers vaisseaux.

(Semblable lettre à M. de Moras.)

AU ROI DE POLOGNE

Le 28 octobre 1757, de Montréal.

Sire,

Je supplie Votre Majesté de trouver bon que je profite dés derniers vaisseaux qui vont retourner en France pour me rappeler à sa bienveillance et pour lui rendre compte de la situation actuelle de la colonie. Depuis les dernières lettres que j'ai écrites à Votre Majesté il ne s’y est rien passé d’intéressant ; nos troupes seront dans leurs quartiers d’hiver le 1°* novembre.

Les Anglois ont paru devant l’Ile Royale, avec une forte escadre et des troupes de débarquement, pour faire le siège de Louisbourg. L’escadre de M. du Bois

de la Motte, qui est encore dans ce port, les a empêéchés d’oser rien entreprendre. Leur escadre s’est retirée fort en désordre et avec beaucoup de malades, dans les ports de la Nouvelle-Angleterre ; on ne pense pas qu’ils reparoïssent de cette année. Cette expédition manquée leur coûte beaucoup d'hommes et d’argent, ce qui fait grand tort à leurs colonies, qui sont bien fatiguées de la guerre et qui souffrent avec peine les impôts auxquels elles sont taxées. Cela occasionne de-la fermentation dans les esprits. Depuis longtemps, on n’est pas content dans toutes ces colonies du parlement de la Vieille-Angleterre ; elles voudroiïent en avoir un qui fût indépendant.

Si les Angloiïis ne sont pas plus heureux dans leurs expéditions en Europe qu’en Amérique, ils ne pourront pas soutenir longtemps les frais immenses que la guerre leur occasionne. Nos affaires sont ici dans une assez bonne position à la réserve du peu de vivres qui : nous restent pour attendre les secours qui ne peuvent venir de France qu’au moiïs de maï. La récolte a été mauvaise, et nous avons ici beaucoup de vaisseaux marchands qui ont été pris. Nous serons obligés de passer l’hiver dans une grande économie pour les vivres; les troupes et les habitants sont déjà disposés à se soumettre patiemment à toutes les réductions qui seront jugées nécessaires pour arriver au temps des secours qu'il plaira au Roi votre gendre de nous envoyer.

Ce sera la dernière lettre que j'écrirai de cette année

à Votre Majesté ; les derniers vaisseaux partent de Québec le 5 du moïs prochain. Je la supplie de m’accorder la continuation de ses bontés, et de vouloir bien agréer favorablement les vœux que je fais pour sa conservation.

A M. LE MARQUIS DE PAULMY Le 22 avril 1758.

J’ai l'honneur de vous envoyer le duplicata de la carte d’une partie de l’Amérique et du mémoire sur les limites. Nous sommes toujours dans la même position ; nous attendons avec beaucoup d’impatience l'arrivée des vaisseaux et des vivres de France. Il n’y a encore rien de décidé pour nos opérations de la campagne ; tout dépendra des mouvements des ennemis et des moyens que nous aurons, Je ne sais dans quelle partie je serai employé ; cela dépendra aussi des circonstances. J’ai toujours le même zèle pour tout ce qui pourra être utile au service du Roi; j’espère que ma bonne santé continuera à seconder ma bonne volonté.

Je ne puis toujours que me louer de la confiance et de l’amitié que MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm me témoignent. Je suis à Montréal avec eux pour être plus à portée d’être employé aux premières opérations. M. de Bourlamaque est à Québec, d’où il

ne partira que lorsque les bataillons qui sont dans ce gouvernement, remonteront pour marcher en campagne.

Tous nos partis de l’hiver de la petite guerre ont très bien réussi et ont battu les ennemis dans toutes les rencontres. Je n’entre pas dans aucun détail à cet égard parce que M. de Montcalm a l’honneur de vous en rendre compte et qu’il ne vous laissera rien ignorer de tout ce qui se passe dans la colonie, de même de tout ce qui regarde nos troupes de terre.

LXVIIT

A M. LE MARQUIS DE PAULMY

De Montréal, le 6 mai 1758.

J’ai eu l’honneur de vous écrire le 22 du mois d'avril et celui de vous envoyer la carte d’une des parties de l'Amérique que j’ai faites avec les mémoires sur les limites. Je profite encore d’un second bâtiment, quittant Québec pour aller en France en droiture, pour me rappeler dans l’honneur de votre souvenir et vous demander la continuation de votre protection.

Nous sommes toujours dans la même position. Nos

besoins augmentent tous les jours ; nous attendons avec grande impatience l’arrivée des vaisseaux et des

vivres de France, pour commencer nos opérations de la campagne, qui dépendent des circonstances et des

mouvements des ennemis. Nous avons lieu de croire qu’ils voudront tenter cette année l’expédition de l’Ile Royale, mais qu’ils s’y prendront de meilleure heure que l’année dernière ; et, si nos escadres n’y arrivent pas dans tout le mois de mai, il y a lieu de craindre qu’elles ne soient pas rendues assez à temps pour empêcher la prise de Louisbourg.

Malgré la disette de vivres où cette colonie est réduite, les habitants conservent toujours leur bonne volonté et les troupes se soumettent de bonne grâce à toutes les réductions de vivres qui sont jugées nécessaires. La disette est plus grande à Québec que dans les autres gouvernements ; ce qui fait que le bataillon de la Reine en partira le 15 de ce mois pour se rendre à Carillon.

J’ignore encore dans quelle partie je serai employé. J'ai le même zèle pour aller dans tous les endroits où l’on jugera que je puisse être le plus utile pour le service de Sa Majesté.

Si les ennemis vont à l’Ile Royale, comme il y a toute apparence, et qu’il nous arrive des vivres dans tout le courant de ce mois, nous avons beau jeu pour agir offensivement sur la frontière de la Nouvelle- York. J’ai fait un projet de campagne à cet égard que j'ai remis à MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm ; ils l’ont trouvé bon. On pourra le mettre en exécution, si les circonstances le permettent. M. le marquis de Montcalm entre avec vous dans de plus grands détails.

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