‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 7 sur 85 · PER · texte numérisé non relu

PER

2 re ANS ee RS en OR PA ET écrire, et, loin de le blâmer, de le louer de son exactitude, sans cela le service en souffrira.

A M. BIGOT, INTENDANT

Le 2”août 1756.

Vous voulez bien que j’aie l'honneur de m’adresser à vous pour accélérer tous nos besoins qui augmentent journellement. Ce qu’il y a de plus pressé est de pourvoir à ce qui est absolument nécessaire à l'hôpital.

M. Hert que j’avois envoyé à Saint-Frédéric pour

le visiter et y faire faire du pain, à cause de l’accident qui est arrivé ici à nos fours et qui est réparé, vous a rendu compte de l’état où étoit cet hôpital. L’'humanité et le bien du service demandent que vous y ordonniez le plus prompt secours. Nous sommes aussi à la veille de manquer de chirurgien ; il ne m’en reste ici qu’un, qui est attaché au régiment de la Reine, qui ne sauroit suffire pour l’hôpital, les officiers et les malades du camp. Je ne sais les raisons qui obligent M. Doreil de retenir à Montréal le chirurgien-major de Royal-Roussillon. Je lui ai déjà écrit de le faire partir dès ma lettre reçue. ’il faisoit quelque difficulté, je vous prie de vouloir bien dire à Monsieur le général de lui ordonner. |

La maladie qui règne le plus ici est l’escorbut dont les miliciens sont les plus attaqués. Cela vient du peu de soin qu’ils ont d’eux, malgré toutes les précautions que l’on prend, et que ce sont presque tous des jeunes gens et des enfants qui ne peuvent pas supporter les fatigues. Je crois que le bien du service et de la colonie demanderoït qu’ils fussent relevés, du moins ceux qui sont les plus foibles et les plus incommodés, par des gens en état de servir, qui puissent supporter les fatigues. Si on ne prend cette précaution, il est très certain qu’il en mourra une très grande partie. Tant qu’à moi je ne puis qu’en prévenir ; c’est à Monsieur le général et à vous de faire les dispositions les plus convenables à cet égard.

Nos travaux du fort vont aussi bien qu’ils puissent aller; mais, quoi qu’on puisse faire, il ne sera point en état de défense avant un mois.

J’ai envoyé un détachement, commandé par M. Duplessis, à la Rivière à la Loutre, au Rocher Fendu, avec ordre de se porter jusqu’à la Rivière Bocquette. J’ai cru cette précaution nécessaire pour mettre en sûreté nos convois contre les partis ennemis qui peuvent se glisser sur les deux rives du lac Champlain. J’ai ordonné à M. Duplessis de ramener tous les bateaux, canots et pirogues qu’il pourroiït rencontrer dans son chemin, et ceux qui ne seroient pas en état de servir de les brûler ou de les couler à fond.

M. de la Colombière, qui a été avec un parti de cent hommes au fort Georges, au fond du lac Saint-

Sacrement, s’est approché de fort près de ce fort, y a donné l'alarme et fait quatre chevelures sur les gens qui en étoient sortis. I1 a été obligé de se retirer sur ce qu’un gros détachement en est sorti, avec lequel il a füsillé euviron une demi-heure. Ils disent en avoir tué plusieurs, et heureusement nous n’avons eu personne de tué ni de blessé.

J'ai fait partir le 30 M. de Beaujeu avec un détachement de deux cent vingt hommes, tant sauvages que Canadiens, avec dix officiers ou cadets de la colonie. Il a ordre d’aller par les Deux Rochers au fond de la baie du côté de la Rivière du Chicot, où il laissera ses bateaux, d’où il se portera entre les forts Georges et Lydius, pour tomber sur quelques convois de l’ennemi. J’ai cru ce détachement nécessaire dans les circonstances présentes pour faire une diversion et empêcher l’ennemi de porter toutes ses forces du côté de Choagen. Si les miennes étoient plus considérables ici, je ferois mieux et j’aurois toujours de gros détachements dehors, je me porterois moi-même en avant; mais il est impossible de le faire sans discontinuer les travaux.

M. de Contrecœur est dans la plus grande affliction de la mort de son fils aîné qui a eu le malheur de se tuer par son fusil, qui a parti et sur lequel il étoit appuyé; tout le monde regrette beaucoup cet officier ; il venoit de se signaler au détachement de M. de la Colombière. L'état du père est très touchant; je l’ai été voir hier ; je lui ai proposé d’aller passer quel-

ques jours à Montréal ; il m’a dit qu'il n’iroit que

quand il croiroit qu’il n’y auroit plus rien à craindre dans cette partie.

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