‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 5)Chapitre 14 sur 30 · FA · texte numérisé non relu

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| à Royal- Américain, Je l'ai interrogé “ je Ta

de m'envoyer ce déserteur. F4

aux habitants ; ainsi je vous prie, Monsieur, de vou bien suivre cet arrangement. k:

‘Nous r’avons rien de nouveau. | "4 J’ai l'honneur de vous souhaiter le bonjour.

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J'ai lhonneur de souhaiter le DS à M. je Le va'ier de Lévis et de lui envoyer deux paquets à S0D ES adresse, Je recommande bien fort qu on ne l'éveil point s’il dort. Nous n'avons rien de nouveau ici

courrier partira demain, à midi, pour Montréal. | ? ES Se

passer tout de suite à ui de Montcalm, Due qu il a

sa déposition. à Je suis très sensible à l'attention AE vous avez

Il y a tout lieu de juger d’après le mouvement des Anglois du côté du Sault qu’ils veulent en venir à une affaire. J'ai fait défiler les troupes qui étoient à portée d'iei et le camp de Québec en usera de même sitôt qu'il sera nécessaire, Il occupe maintenant celui des Trois- Rivières qui a aussi avancé. Il me tardera de savoir ce qui se passe. J’envoie à M. de Saint-Martin cent hommes d'augmentation sous les ordres de M. de Montesson pour se porter dans tel poste de cette partie où l'ennemi paroîtra vouloir faire quelque tentative. Il doit y avoir cinquante Canadiens et cinquante sauvages que M. de Boishébert y a fait passer la nuit dernière.

J'ai l'honneur de vous souhaiter bien le bonsoir,

1e août 1759.

J’ai l'honneur de vous envoyer ci-jointe une lettre que j'ai recue pour vous qui vraisemblablement est de M° de Vaudreuil. Monsieur l’intendant s’est chargé des autres lettres qui sont venues par le courrier à votre adresse.

Je joins aussi ici quelques lettres pour votre camp.

Le courrier partira demain à huit heures ; vous voudrez bien m'envoyer vos dépêches.

J’ai l'honneur, Monsieur, de vous souhaiter le bonjour.

XLVIIT

Au quartier général, 1% août 1759.

J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ce matin, Je n'ai pas ignoré la vivacité et la

fermeté des mouvements que vous ordonnâtes. Jesais.

que vous avez constamment surveillé et que vous vous êtes porté partout. Tout le monde étoit occupé du danger auquel vous vous exposiez. C’étoit mon unique inquiétude par les sentiments que je vous ai voués. Je vous prie d'éviter à l'avenir, autant que vous le pourrez, des risques aussi évidents. La journée fut effectivement brillante, et elle auroit été certainement décisive pour nous, si les Anglois eussent été un peu moins prudents. Cet heureux événement est une suite de vos conjectures que j'ai toujours bien goûtées. Recevez-en, je vous prie, mon compliment et soyez bien persuadé que je vous le fais d’un très grand cœur. Je serai bien flatté d'avoir le plaisir de vous voir et que vous puissiez me donner un détail de l’action. Elle est pour nous une trés bonne époque. J'en concois les plus grandes espérances pour la campagne.

Je pense comme vous que les Anglois ne tenteront plus fortune du même côté qu’hier et que, s'ils ont à nous attaquer, Ce sera par les gués que M. de Repentigny garde à la rivière du Sault-de-Montmorency. Il sera très essentiel d’y rassembler tous nos sauvages.

Ilest bon que vous ayez ordonné les arrêts à M. Monin et que vous ayez renvoyé à Monsieur l’évêque l’'aumônier

avec lequel cet officier avoit eu dispute, puisqu'il en avoit déjà eu de semblables avec d’autres officiers.

J’ai l'honneur de vous souhaiter le bonjour et d’être toujours avec les sentiments les plus vifs et les plus sincères, etc.

Dan D, 2 août 1759.

J'ai communiqué la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire à M. le marquis de Montcalm ; il va vous joindre. Vous serez à même de déterminer avec lui les mouvements que vous jugerez le plus convenables. Il est bien à souhaiter que les Anglois veuillent en venir à une affaire générale.

Vous savez qu'on ne peut rien ajouter à la confiance que je vous ai vouée ni à l’attachement avec lequel j'ai l’honneur d’être, etc.

| VAUDREUIL

P. S. — Ménagez-vous, je vous prie ; nous en avons besoin.

4 août [1759].

J’ai recu la lettre que vous m'avez fait l’honneur de . m'écrire. i

Je ferai délivrer du plomb aux sauvages pour tirer aux tourtes ; 11 me suffit que vous donniez votre approbation à leur demande. |

M. de Boishébert m'a écrit ce matin que cinq déserteurs se sont fait traverser de Saint-Nicolas à Saint- Augustin, qu'ils ont rapporté que leur armée n'étoit présentement que six mille hommes de troupes réglées ; qu’ils attendoient toujours le général Amherst ; que, s’il ne venoit pas, ils n’espéroient pas de prendre Québec, M. de Boishébert va m'envoyer ces déserteurs ; jaurai l'honneur de vous faire part de ce qu’ils m'auront appris d’intéressant, sitôt que je les aurai interrogés.

M. de Boishébert m’a ajouté que cinquante sauvages traversés à la côte du Sud viennent de se fusiller avec un petit bateau échoué auprès d’une côte, que les sauvages ont l'avantage parce qu’ils sont sur la hauteur, et que ce bateau ne peut se retirer qu’à la faveur des navires qui en sont proches. Nous saurons le dénouement de cette petite affaire.

Je m’étois arrangé à aller dîner avec vous; mais, au moment que j'ai voulu partir, je n'ai eu ni cocher n1 voiture. Je m'en seroïs dédommagé en allant vous voir cette après-midi, si je n’avois appris que vous alliez visiter vous-même le poste de Repentigny.

Vous avez vu passer comme moi un parlementaire ; je ne sais pas encore quel est le sujet qui l'amène et je vous en instruiral,

Vous savez qu’on ne peut rien ajouter à l’attache-

ment vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc. VAUDREUIL.

P. $S. — Depuis ma lettre écrite, j'ai fait délivrer à M. de Langlade du plomb pour ses sauvages, ainsi [que] tous les autres articles qu’il m'a demandés.

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5 août 1759.

J'ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ce matin.

Je souhaiterois fort savoir hier au soir, s’il avoit été réellement tiré du canon au Sault. On me dit qu'on en avoit entendu ici une volée. Je vois avec plaisir que cela s’est réduit uniquement à empêcher la continuation de nos travaux.

Il est heureux que le soldat de Béarn qui a déserté, ne soit point instruit.

J’ai l'honneur de vous envoyer toutes les lettres que j'ai recues pour vous par le courrier.

M. de Bourlamaque est à l’Ile-aux-Noix.

Je n’ai eu que très indirectement des nouvelles de Niagara qui me laissent en doute sur la situation et le parti que M. Pouchot pourra avoir pris.

J'aurai le plaisir d'aller dîner avec vous, mais à condition que vous me recevrez sans facon. Je profiterai du premier intervalle que j'aurai pour m’absenter.

J’ai l'honneur d’être, avec l'attachement le plus vif et

le plus sincère, etc.

VAUDREUIL

P. S. — Le courrier partira demain au soir; je tiens les nouvelles dont je vous parle secrètes.

LIT | 6 août 1759.

" J’ai recu le billet que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire ce matin avec un déserteur et sa déposition, par laquelle je vois qu’effectivement il y a tout lieu de croire que les Anglois ne tarderont pas à nous attaquer et qu'ils feront leurs plus grands efforts pour pénétrer par la rivière de Montmorency. Je sens, tout comme vous, que ce sera une affaire de bois, que par conséquent nous aurons besoin de beaucoup de sauvages dans cette partie. Indépendamment de ceux que vous avez, il y en a encore un certain nombre dans ces environs que je rassemblerai lorsqu'il sera temps. (Comme ce sont des nations différentes de celles que vous avez, elles ne peuvent se tenir au Sault parce qu’elles auroient vraisemblablement quelque démêlé ensemble.

Nous eûmes hier trois soldats déserteurs, et avanthier cinq ; ils ne sont point instruits à beaucoup près, comme celui que vous avez eu.

Nous avons eu une petite alerte vers une heure après-minuit, M. de Ramezay m'ayant écrit qu'il passoit beaucoup de berges au-dessus de Québec, je lui ai envoyé dans l'instant les piquets de Languedoc, des Trois-Rivières et de Québec; mais tous les mouvements de ces berges n’ont abouti à rien.

J’ai l'honneur de vous souhaiter le bonjour et d’être avec un attachement vif et sincère, etc.

VAUDREUIL

P. S.— Les sauvages dont j'ai l'honneur de vous parler sont campés près de moi; ils se rendront d’abord chez vous, lorsqu'il sera nécessaire,

LITII Au quartier général, le 10 août 1759.

Les sentiments que je vous ai voués vous persuaderont aisément la peine que je ressens de votre départ, et qu'il n’a fallu rien moins que les puissants motifs que j'eus l’honnenr de vous communiquer hier pour me déterminer à vous éloigner; mais la partie que je vous ai confiée est dans ce moment si capitale que tout a dû céder à l’excellent effet que votre présence va y produire, Je suis très convaincu, Monsieur, que vos sages et fermes dispositions en imposeront à l'ennemi. Vous êtes parfaitement instruit de mes intentions à tous égards, et je ne puis que m’en rapporter à vous, quels que puissent être les événements, connoissant votre zèle, votre prudence et vos ressources.

Vous trouverez ci-jointe une lettre que j'ai recue de

. M. de Bourlamaque et celle que je lui écris en réponse.

Il me tarde bien qu’il ait eu des nouvelles du général Ambherst. J’ai vu une lettre écrite par un officier du régiment de Berry qui assure que les sauvages ont rapporté à M. de Bourlamaque que le général Amherst avoit rétrogradé, Si cela se confirme et que le fait soit constant, il y aura tout lieu de présumer que ce général, étant instruit de notre position à l’Ile-aux-Noix, fera les démarches convenables pour nous obliger à la conserver pendant qu'il se portera de sa personne avec ses meilleures troupes à Chouaguen pour percer par nos

Rapides. Ce sont des réflexions que je fais, qui n'auront pas échappé à votre prévoyance.

. Vous voyez, Monsieur, que [je] renvoie M. de Bourlamaque aux ordres que vous jugerez à propos de lui donner, M. de Montesson part actuellement avec son détachement ; le surplus fera route dès demain.

Nous n'avons iei aucune nouvelle intéressante. Les Anglois sont bien tranquilles ; M. le marquis de Montcalm est actuellement à votre poste.

J’entre bien dans le plaisir que M°° de Vaudreuil aura eu de vous voir; c’est la seule chose qui puisse me dédommager de votre absence. Je vous souhaite la plus grande réussite en tous points. Vous savez combien je désire que vous en recueilliez tout le fruit.

Ménagez-vous, je vous prie, et soyez assuré que rien n’écale le solide attachement avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

VAUDREUIL

P. S.— Vous voudrez bien, Monsieur, décacheter toutes les lettres à mon adresse, de quelque part qu’elle vienne, Vous en trouverez ci-joint deux qui me sont parvenues pour vous.

J’adresse à mon frère la lettre pour M. de Bourlamaque craignant que vous ne soyez plus à Montréal.

Du quartier général, 11 août 1759.

Quoique je n’aie absolument aucune nouvelle intéressante à vous apprendre, je ne puis néanmoins me refuser au plaisir de vous écrire par ce courrier,

Nous avons eu ce matin une petite fusillade au Sault ; elle n’a pas été longue. Les Anglois en ont été quittes pour environ cent quarante hommes tués ou blessés, De notre côté il nous manque un Canadien, et nous en avons eu six de blessés.

Vous savez, Monsieur, le pressant besoin où nous sommes de vivres. Monsieur l’intendant vient de me dire qu'il nous falloit vivre sur la nouvelle farine d'automne du gouvernement de Montréal au 20 ou 25 du mois prochain. Quelle dure situation ! Il est d’une nécessité absolue que nous prévoyions d'avance à faire couper, battre et moudre le blé d'automne du gouvernement de Montréal. Nous n'avons pas de temps à perdre puisque l’armée manquera totalement de vivres si nous ne recevons, avant ou dans le temps que je viens d’avoir l'honneur de vous le dire, les farines en question. Voyez, Monsieur, de prendre l’arrangement que vous jugerez le plus convenable pour remplir cet objet sans lequel il faut renoncer à tous les autres. Je souhaite fort que les choses aillent beaucoup mieux à tous égards que nous ne l'avons pensé à votre départ ; il ne faut, dans des circonstances aussi critiques, rien moins que vos lumières et vos ressources. L’expédient

le plus court etle plus prompt est le meilleur. Il faudra, de toute nécessité, détacher un certain nombre d'hommes, suivant la demande que M. Martel pourra vous faire pour hâter une opération aussi essentielle. Plus nous tarderons, plus elle deviendra difficile. J’entre fort, Monsieur, dans les embarras que vous avez. Je serois bien charmé de les partager avec vous; mais il est indispensable que je sois 1ci.

Je vous souhaite la plus parfaite santé, et j'ai l'honneur d’être toujours avec l'attachement le plus vif et le plus sincère, etc.

Au quartier général, le 12 août 1759.

Je profite d’un courrier que Monsieur lintendant envoie à Montréal pour avoir le plaisir de vous donner de mes nouvelles.

Hier, sur les dix heures du soir, nous eûmes une alerte qui donna lieu de croire que les Anglois vouloient nous attaquer à la Canardière et faire passer plusieurs vaisseaux devant la ville. Tout cela s’est terminé par le passage d’une goélette, qui a été joindre les vaisseaux qui sont vers la Pointe-aux-Trembles. L'armée a passé la nuit au bivouac, d’un très mauvais temps.

Vous voudrez bien, Monsieur, que j'aie l’honneur de vous réitérer tout ce que j'ai eu celui de vous marquer sur la nécessité de faire récolter et mettre en farine tout

le blé d'automne qui, dès le 20 du mois prochain, sera notre unique ressource pour la subsistance de l’armée. Vous en sentez toute la conséquence, et je suis bien persuadé que vous aurez pris l’arrangement le plus convenable et le plus prompt à cet égard.

Vous savez que rien n’égale l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai l’honneur d’être, etc.

Au quartier général, ie 13 août 1759,

J’ai recu avec un très grand plaisir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire des Trois-Rivières. Je suis bien charmé que vous ayez M. de Longueuil près de vous. Je suis très convaincu qu’il fera de son mieux et qu'il vous sera utile par les connoissances qu’il a des Rapides et par ses liaisons avec les Cinq- Nations iroquoises. Il sera très flatté de rester avec vous tout le temps que vous jugerez à propos; M. de Noyelle suppléera à son défaut fort aisément.

Vous trouverez ci-joint copie de la lettre que M. de Bourlamaque a écrite à mon frère. Vous serez à même d'examiner toutes choses, de les réfléchir et de donner les ordres que vous jugerez le plus convenables. Je ne puis que vous réitérer la confiance que j'ai en vous et l'espérance que j'ai que rien ne sera à l'épreuve de votre zèle et de votre pénétration. Votre présence aura rassuré et encouragé les esprits timides, Quant à moi,

il me suffit que vous soyez à Montréal pour que Je raie aucune inquiétude. Vous aurez eu vraisemblablement des nouvelles de M. le chevalier de La Corne en arrivant.

Les ennemis nous laissent toujours ici bien tranquilles. Ils ont ravagé les maisons de la baie Saint- Paul. Ils augmentent en nombre par le sud au-dessus des paroisses qui sont vis-à-vis la Pointe-aux-Trembles ; j'aurai attention de vous envoyer les dépositions des premiers prisonniers ou déserteurs que nous aurons.

Il ne me reste qu’à vous renouveler les vœux que je fais pour votre santé. Ménagez-vous, je vous prie ; je crains que vous ne succombiez aux fatigues que vous avez eues et que vous ne cessez d’avoir,

Vous savez que rien n'égale l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

VAUDREUIL

P. S.— Nous ne devons rien épargner, Monsieur, pour conserver nos Rapides. Si les corvettes du Roï pouvoient y contribuer, il n’y auroit pas difficulté à les faire échouer, même de faire de plus grands sacrifices si vous le jugez nécessaire. C’est sur quoi, comme sur toutes autres choses, je vous laisse une entière liberté.

Permettez, Monsieur, que je fasse ici mille compliments à M. Le Mercier et à tous vos messieurs.

LVIT

Au quartier général, le 18 août 1759.

J'ai recu les deux lettres que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire les 13 et 14 de ce mois.

Il n’est rien de mieux que les arrangements que vous avez pris à tous égards ; aussi suis-je fort tranquille pour l’Ile-aux-Noix et pour nos Rapides, y ayant tout lieu d'espérer que l'ennemi vous donnera le temps de pourvoir solidement à la sûreté de ces deux parties.

Vous trouverez ci-joint trois lettres de M. de Bourlamaque et une lettre de M. le chevalier de La Corne ; Je marque au premier que je m’en remets entièrement à vous.

Nos récoltes font un objet capital. Vous avez pris, Monsieur, les mesures les plus convenables relativement aux circonstances, et d’après cela, je me flatte que nous sauverons nos grains. Cela est d’autant plus essentiel que notre disette augmente chaque jour et qu'il faut nécessairement que nous soutenions la colonie avec ses propres ressources. C’est dans cette vue que je donne ordre à mon frère, ainsi que Monsieur l’intendant à M. Martel de ne plus faire bluter les farines, d’en faire faire du pain telles qu’elles sortiront du moulin. Nous n'en mangerons pas d'autre ici ; je suis bien assuré que vous voudrez bien en user de même à votre table.

Je suis bien charmé que vous ayez trouvé bien les dispositions et l’ordre que mon frère avoit établi, Je suis bien convaincu de son empressement à vous

seconder dans toutes les occasions et de la satisfaction qu'il y trouvera lui-même.

“Votre arrivée à Montréal a produit un effet merveilleux ; les esprits timides ont acquis un degré de force supérieur ; les dames, à commencer par M°*° de Vaudreuil, ont cessé de craindre l’ennemi; votre présence les a non seulement rassurées, mais même aguerries ; les demoiselles, moins expérimentées, ne désirent pas moins de faire éclater la confiance qu’elles ont en vous. Elles méritent les unes et les autres, que vous leur en teniez bon compte ; mais il faut nécessairement qu’elles vous donnent du répit. Vous avez une besogne beaucoup plus sérieuse et plus pressée. Vous allez, mon cher chevalier, être le héros de la colonie et celui des cœurs ; vous en méritez le titre par les excellentes qualités que vous réunissez.

Le général Wolfe est toujours très pacifique; il n’a point envie de venir nous tâter; 1l augmente ses retranchements ; 1l ne fait plus mystère de dire que l’expédition du Canada est manquée et qu'il ne compte plus sur la jonction du général Ambherst. La seule ressource qu'il trouve dans son désespoir est de piller, ravager et brûler les habitations qui sont à sa proximité. Un procédé s1 contraire aux lois de la guerre ne laisse pas que de lui coûter cher par le nombre d'hommes qu'il perd journellement. Certains prisonniers et déserteurs ont assuré que, le 1” du mois prochain, les troupes de la marine rentreroient dans leur bord. Il est bien à souhaïter qu'il en soit de même de celles de terre. Du reste, on canonne et bombarde toujours Québec. Le dernier détachement de M. de Repentigny n’a rien fait,

parce que les sauvages ont hésité de donner sur un corps de cinq à six cents Anglois.

Continuez-moi, je vous prie, la même part dans votre amitié; rien n’égale celle que je vous ai vouée et l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

Au quartier général, le 21 août 1759.

J'ai recu la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire de Lachine, le 15 de ce mois.

J'ai vu M. de la Colombière et je l’ai prévenu que je ne pourrois me dispenser de le punir, s’il m'étoit porté des plaintes au sujet de l'affaire qu'il a eue.

J'espère que vous serez de retour à Montréal peu de jours après l’arrivée de ce courrier. Je ne suis pas en peine que vous n'ayez disposé toutes choses pour rendre nos Rapides impénétrables ; c’est sur quoi je n'ai pas la moindre inquiétude ; il me suflit que vous ayez le temps d'opérer. | La lettre que vous trouverez ci-jointe m'a été communiquée et remise à cachet volant, Tout ce que je puis avoir l'honneur de vous marquer à ce sujet, c’est que je suis inviolable dans la confiance que je vous al vouée pour la sûreté des frontières et du gouvernement de Montréal. Du reste, je suis bien persuadé que M. de Bourlamaque ne se trouvera que plus à son aise par

votre proximité et les ordres que vous pourrez donner suivant l'exigence des cas.

Tout nous annonce que les Anglois ne feront pas un bien long séjour dans la colonie ; il y a du moins lieu de le conjecturer d’après le parti violent qu’ils prennent de piller, ravager et brûler les habitations qui sont à leur proximité.

Mais nous ne devons pas moins prévoir à assurer la subsistance de l’armée. Je ne puis que vous réitérer ce que j'ai eu l’honneur de vous marquer à ce sujet sur la récolte de nos grains. J’ai écrit par le précédent courrier à mon frère de suivre les arrangements que vous avez pris à cet égard et de plus de destiner deux cents hommes, et même un plus grand nombre pour accélérer cette opération, étant d’une conséquence décisive que, du 15 au 20 du mois prochain, nous fassions vivre l’armée à même la farine que produira le blé de cette année,

Vous connoissez l'étendue des sentiments que je vous ai voués de l’attachement lé plus vif et le plus sincère, avec lesquels j'ai l'honneur d’être, etc.

VAUDREUIL

P.S. — M"° de Vaudreuil m'a fait part de la lettre que vous avez eu la bonté de lui écrire des Cèdres. Je ne puis que vous réitérer ma vive sensibilité aux nouvelles preuves que vous voulez bien me donner de votre amitié; vous savez que rien n’égale la vivacité et la solidité de ma reconnoissance.

Au quartier général, le 26 août 1759.

J’ai tout lieu d'espérer que cette lettre vous trouvera de retour à Montréal en parfaite santé. Je me flatte que vous êtes bien convaincu que personne n’y prend plus d'intérêt que moi et que rien n’égale les sentiments que je vous al voués.

Le général Wolfe ne paroît occupé que de faire piller, ravager et brûler les habitations où 1l peut faire passer des détachements. Le camp et les vaisseaux qu’il à au-dessus de Québec paroissent fort indécis dans leurs mouvements. On ne sait s'ils veulent monter plus haut ou descendre; aussi continuai-je à leur faire la guerre à l'œil. Plusieurs vaisseaux de la flotte ont descendu le fleuve ; cela donneroit lieu de supposer son prochain départ ; mais je ne m'y fie pas.

Nos Abénaquis ont donné une grande preuve de leur fidélité ; ils ont arrêté sept Loups qui guidoient et escortoient deux officiers anglois détachés par le général Ambherst, Ils sont tous actuellement aux fers à bord de la frégate du sieur Canon. Suivant les instructions de ces officiers, ils devoient haranguer et porter les Abénaquis à la neutralité; du reste ils devoient pénétrer jusqu’au général Wolfe et revenir sur leurs pas pour rejoindre le général Amherst. Il paroît que cette instruction n’étoit qu’un honnête prétexte; car, à la vue de nos Abénaquis qu’ils ont rencontrés dans les bois, ils ont fui. Il n’est point d'instance qu’ils n’aient faite et

de somme d'argent qu’ils ne leur aient offerte, pour les engager à les mettre en lieu de joindre le général Wolfe ; mais ils ont été incorruptibles, Vous jugez bien, Monsieur, que je leur donnerai beaucoup au delà de la somme qu'ils ont refusée.

Parmi les papiers qui ont été trouvés sur ces officiers, il n'y a pas une seule lettre du général Amherst, Il y en à plusieurs écrites par des officiers, dont une rapporte fort exactement l'affaire de Niagara, l'évacuation de Carillon et de Saint-Fréderic. L’officier qui l'écrit paroît très éclairé; il dit qu’il n’est pas bien décidé si le général Amherst avancera pour nous attaquer au fort Saint-Jean, ce qui donne tout lieu de présumer qu’il ignore le poste que nous occupons à l’Ile-aux-Noix. Il ajoute que ces mouvements dépendent des succès que le général Wolfe aura. Il faut espérer qu'ils ne linduiront qu’à faire sa retraite, Cependant mon frère m'écrit que trois déserteurs, arrivés à M. de Bourlamaque, lui ont rapporté que les Anglois construisoient à Saint-Frédéric une barque de quatorze à quinze canons et deux bâtiments plats qui porteront chacun quatre canons de 24, et d’après cela on conclut qu’il ne tardera pas d’être attaqué. Vous aurez été à même de questionner ces déserteurs.

Aucune des lettres dont ces deux officiers étoient porteurs ne parle en aucune facon des Rapides. Il seroit bien à souhaiter que les Anglois n’eussent point de vues de ce côté-là ; en tout cas, je n'ai aucune inquiétude, me reposant entièrement sur les arrangements que vous aurez pris.

L'objet de nos récoltes devient chaque jour plus intéressant et plus urgent. Il est d’une nécessité absolue que nous ayons ici des nouvelles farines dès le 10 du mois prochain, pour la subsistance de l’armée. Il est aussi très important que nous ne perdions pas un seul épi de blé, parce que la récolte du gouvernement de Montréal est presque notre unique ressource, pour faire vivre toute la colonie pendant l'hiver. Je suis bien assuré que mon frère aura, en votre absence, employé tous les moyens imaginables pour remplir mes intentions à cet égard; mais je vous prie, Monsieur, de vouloir bien y donner vos soins et de forcer de monde, si les circonstances peuvent vous le permettre. Il est indispensable de faire convertir en pain la farine telle qu’elle sortira du moulin, sans être blutée, du moins jusqu’à ce que nous ayons le temps d’en user différemment.

J’oubliois d’avoir l'honneur de vous marquer que j'ai instruit M. de Bourlamaque par un courrier que je lui expédiai hier de la détention des deux officiers anglois. Je lui ajoutai qu’ils avoient fait leur route par le portage de la baie de Missiscoui et ensuite par les bois de Maska. Je le priai d'avoir toujours des partis de ce côté-là et dans tous les autres endroits par où il pourroit pénétrer quelque parti ou espion anglois. J’écrivis aussi à mon frère de faire bien valoir la fidélité des Abénaquis auprès des gens du Sault et du Lac, et d’être très surveillant, ayant tout lieu de croire que les Anglois auront mis tout en œuvre pour faire passer des paroles dans leur village. Je suis bien persuadé que vous ne laisserez rien à dire à ces sauvages à cette occasion et

que vous donnerez des ordres à M. de Bourlamarque pour qu’il ait toujours des partis en mouvement sur toutes les routes que l'ennemi pourroit tenir.

J’entre fort dans le plaisir que M" de Vaudreuil aura à vous revoir. J’en aurai toujours un bien grand lorsque je pourrai vous donner des preuves de l’attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

[Autographe] Ce 26 [août 1759], au soir.

Je vous écris cette lettre pour vous seul. Je joins ici celle que M. de Bourlamaque m'a écrite ; vous verrez assurément qu'il n’a pas été charmé de la destination que je vous ai donnée et qu’il est fort jaloux de commander en chef. M. le marquis de Montcalm à qui j'ai communiqué cette lettre m’a engagé à écrire à M. de Bourlamaque celle que vous trouverez ci-jointe, même à l’autoriser par un ordre à venir servir ici. Son objet en cela, m'a-t-1l dit, est de vous mettre à même de [ne] renvoyer M. de Bourlamaque que lorsque vous le Jugerez à propos, et que ce n’est que dans cette vue qu'il vous adresse cet ordre.

Vous jugez bien, Monsieur, qu’il s’en faut de beaucoup que j'approuve M. de Bourlamaque. Je vous prie de ne pas vous gêner avec lui, mais au contraire de laisser mon ordre comme nor avenu. Mon intention est qu'il reste à l’Ile-aux-Noix, et qu’il se conforme à

ce que vous lui prescrirez, que vous vous portiez vousmême dans ce poste comme partout ailleurs toutes les fois que vous le jugerez à propos. Je ne puis que vous réitérer toute la confiance que j'ai en vous. Vous connoissez mes sentiments d’attachement, avec lesquels je suis, etc.

Du quartier général, le 28 août 1759.

Les sentiments que je vous ai voués vous persuaderont aisément combien je désire recevoir de vos nouvelles et apprendre que le voyage que vous avez fait n'a point altéré votre santé ; vous savez que rien n’égale l'intérêt que j'y prends.

Vous aurez sans doute vu la déposition de trois déserteurs arrivés à l’Ile-aux-Noix le 18 de ce mois, J'espère que M. de Bourlamaque en aura d’autres ou des prisonniers qui lauront plus particulièrement instruit des vues du général Ambherst. Il seroit bien à souhaiter qu’il s’attachât uniquement cette année à s'établir solidement à Saint-Frédéric, comme les déserteurs le pensent eux-mêmes. M. le marquis de Montcalm lui a écrit par le dernier courrier pour l’informer du sort des deux officiers qu'il avoit détachés vers le général Wolfe sous la conduite de sept Loups. Comme, suivant des lettres particulières, les mouvements du général Amherst dépendoient du succès du général Wolfe, il pourroit se faire que, n'ayant plus aucune

ressource pour avoir de ses nouvelles, il hésitera à pénétrer plus avant ; cependant il est de la prudence de ne pas s’y fier. :

Nous eûmes hier un déserteur du Sault qui nous assura que tout se disposoit pour le prochain départ de la flotte, qu’on n’attendroit même pas la maturité. des grains (et en effet les Anglois les font faucher, ne pouvant les brûler), qu'il y avoit beaucoup de malades dans la flotte, outre ceux de l’armée et les blessés.

Les vaisseaux qui sont au-dessus de Québec ont rembarqué le monde qu’ils avoient campé à la côte du Sud et manœuvré de facon à donner lieu de penser qu’ils désiroient rejoindre la flotte ; mais, hier, vers les huit heures et demie du soir, 1l passa sous le canon de la ville cinq bâtiments qui ont joint les premiers. Je les ai fait examiner ; 1l y a lieu de croire que ce n’est qu’une frégate de trente-deux canons, et les autres de deux et quatre canons, gréés en brûlots ; peut-être ne sont-ils pas ainsi armés.

L’unique chose qui nous occupe actuellement est l’arrivée des farines que nous avons demandées à Montréal ; ce qui est notre unique ressource pour faire vivre la colonie, Comme nous sommes extrêmement pressés et qu'il se présente beaucoup de difficultés à cette opération, dont la principale provient de l’insuffsance du monde qui y est employé, je charge mon frère de vous voir à ce sujet et je vous prie, Monsieur, de vouloir bien prendre les arrangements convenables pour hâter une besogne aussi capitale, de laquelle dépend le salut de la colonie, dussiez-vous rappeler le monde nécessaire des Rapides ou même de l’Ile-aux-

Noix. Nous ne devons rien négliger pour nous assurer qu'il ne se perdra pas, s’il est possible, un seul épi de blé parce que nous n’avons presque point d'autre ressource que la récolte du gouvernement de Montréal pour faire vivre toute la colonie jusqu’au printemps prochain.

Dès demain l’armée n'aura que trois quarts de pain. Il est de la plus grande conséquence de réduire la ration à Montréal, à l’Ile-aux-Noix et à l’Ile-aux-Galops à une livre de pain. Cet arrangement est d'autant plus indispensable que, si notre armée savoit qu'on en use différemment à Montréal et dans ces deux postes, elle seroit très mécontente. D'ailleurs nous ne saurions assez économiser, eu égard à l’extrême disette que nous éprouverons certainement cet hiver. C’est pourquoi, je vous prie, Monsieur, de vouloir bien donner vos ordres pour cet effet, de facon qu’on s’y conforme.

Il ne me reste qu’à vous renouveler les assurances de l’attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

VAUDREUIL

P,S. — Depuis ma lettre écrite, Monsieur, j'ai été informé par un marin qu’il a vu le vaisseau de cinquantequatre canons avec six frégates. Il y a tout lieu de penser qu’ils en veulent à nos vaisseaux. Suivant le journal d’un Anglois il paroît que c’étoit d’abord leur mission, ayant aussi pour objet de faciliter la jonction de l’armée du général Amherst. Il faut espérer que nous saurons dans les suites plus exactement leurs vues qui pourroient [être] aussi de couper toute communication,

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