‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 5)Chapitre 18 sur 30 · LX VIII · texte numérisé non relu

LX VIII

De la Pointe-aux-Trembles de Québec, ce 14 septembre 1759, à 8 heures du soir.

Je reçus hier au soir, sur ma route, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 11 de ce mois. J’ai lu celle de M. le chevalier de La Corne. Quoique le

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rapport que les sauvages lui ont fait d’un prochain mouvement des Anglois dans la partie des Rapides

mérite confirmation, néanmoins il ne laisse pas que

d’inquiéter, dans les circonstances où nous nous trouvons. Le général Amherst, connoiïssant la force de notre position à l’Ile-aux-Noix, pouvoit bien s'être réduit aux ouvrages qu'il fait faire à Saint-Frédéric, dans l'unique vue de nous faire prendre le change en faisant marcher

. par Chouaguen des forces capables de pénétrer par nos

Rapides. Cependant le dernier déserteur que j'aie eu, m'assura que depuis environ huit jours, le général Wolfe avoit reçu par une frégate des lettres du général Amherst qui lui marquoit qu'il avoit perdu toute espérance de faire aucune tentative par le haut du Canada, qu’ainsi 1l n’avoit qu'à opérer lui-même si la chose lui étoit possible. Vous avez d’abord, Monsieur, fait pour le mieux en disposant un corps de quatre cents hommes pour faire passer à M. le chevalier de La Corne. Je désire que l'ennemi nous donne le temps de conférer ensemble, parce que nous serons en état d'envoyer quelque chose de mieux à M. le chevalier de La Corne, si le cas l'exige. Si les Anglois ne font bientôt ce mouvement, la saison qui avance tous les jours leur en rendra l’entreprise très difficile et peut-être même les obligera à y renoncer pour cette année.

Les dépêches que j'ai reçues des pays d’'En-Haut se réduisent à la demande que M. de Bellestre me fait des munitions de guerre. Je donne ordre à mon frère de lui faire passer dans deux canots deux milliers de poudre, quatre milliers de balles et le surplus en marchandises de traite pour les sauvages. Cet envoi est absolument

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indispensable. Je ne dois pas vous cacher que nous sommes très courts de munitions, n'ayant pu, faute de charrettes enlever un seul baril de poudre du dépôt que nous avions près de la ville.

Je vous apprends avec peine que M. le marquis de Montcalm est mort de ses blessures ce matin, à quatre heures. Je le recrette infiniment, quoique je sois fort dédommagé de sa perte, le commandement des troupes de terre vous échouant. Je me flatte que vous êtes bien convaincu de la joie que j'aurai de vous en voir en possession. Comme je me flatte que cette lettre vous trouvera en chemin, je remets à avoir l’honneur de vous dire bien des choses, lorsque j'aurai le plaisir de vous voir.

M. de Ramezay m'écrit qu'il sait positivement que le général Wolfe fut tué hier dans l’action.

Vous savez qu'on ne peut rien ajouter à l’attachement vif et sincère avec lequel j’ai l'honneur d’être, etc.

De Jacques-Cartier, le 16 septembre 1769.

J’ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 13 de ce mois. J’y réponds par M. le chevalier de Montreuil qui m'a demandé à aller faire un tour à Montréal. Je souhaite fort que les nouvelles que vous avez eues par des sauvages d’un prochain mouvement des Anglois du côté de l’Ile-aux-Galops ne

se solent point confirmées. Quoi qu'il en soit, je me flatte que cette lettre vous trouvera en route pour venir ici.

Il n’est rien de mieux que les arrangements que vous avez pris à tous égards. Il me tarde bien de conférer avec vous sur toutes choses,

M. le chevalier de Montreuil vous remettra la lettre que le général Amherst a écrite à M. le marquis de Montcalm. Rien n'égale le plaisir que j'aurai à vous renouveler de vive voix l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

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