‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 5)Chapitre 20 sur 30 · LXX VIII · texte numérisé non relu

LXX VIII

A Montréal, le 12 octobre 1759.

J'ai l'honneur de vous adresser un billet par lequel M. le chevalier de Montreuil me demande un passeport pour deux domestiques de feu M. le marquis de Montcalm., Comme j'ai su qu'ils étoient mariés et qu’il pourroit se faire qu’ils abandonnassent leurs femmes pour se retirer en France, j'ai jugé à propos de vous renvoyer cette affaire; je m’en rapporterai à ce que vous déciderez à ce sujet avec M. de Montreuil.

À Montréal, le 13 octobre 1759.

J’ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré le 10, celle du général Monckton et celles de M. Bernier à M. de Bougainville, -

Je vous envoie copie de ma lettre à M. Monckton, qui vous mettra au fait de ce qui concerne les deux officiers dont vous me parlez.

Je pense, ainsi que vous, qu'il est essentiel de mettre ordre à la fréquentation des négociants. La circonstance mérite des ménagements à leur égard; pour ce qui est de leurs négociations, comme elles sont sans mon aveu, elles ne peuvent avoir de suite; si cependant je peux en découvrir les auteurs, je les punirai.

Si jJ'avois des subsistances et des moyens de tenir des partis autour de Québec, je traiterois avec la dernière rigueur les sujets du Roi qui communiqueroient avec l'ennemi. Dans la position où nous sommes, ce seroit sacrifier tous les habitants du voisinage de la ville, si je me servois de cette voie.

J’ai lu avec beaucoup d'attention les propositions de M. Bernier. La chose est délicate; je vais la balancer, connoître notre état et nos ressources; après quoi, je vous ferai part de ma façon de penser. S'il est vrai qu’ils soient obligés de renoncer à Québec, la mauvaise saison les y aura contraints avant que j’entre en aucune nécociation. Je vous observerai seulement qu’il est douloureux de faire la guerre dans son propre pays où les avantages sont toujours onéreux à la nation.

La lettre du général Monckton m'a paru assez polie ; je lui écris dans le même goût.

Je fais repartir MM. de Figuiéry et de Braux.

A mesure que la saison avance, vous ne pouvez mieux faire, Monsieur, [que] de réduire notre armée à l'indispensable pour vos travaux, afin d'économiser, autant que nous pourrons, les vivres.

Il me paroît que quoique les lettres de M. Bernier soient adressées à M. de Bougainville, ce dernier ne vous marque rien de sa facon de penser à ce sujet,

M°° de Vaudreuil est très sensible à l’honneur de votre souvenir ; elle me charge de vous dire mille choses de sa part.

J’ai l'honneur d’être avec les sentiments les plus vifs

et les plus sincères, etc.

VAUDREUIL

P. S. — Je vous envoie plusieurs lettres qui me sont parvenues à votre adresse.

A Montréal, le 16 octobre 1759,

Le général Amherst s’est mis enfin en mouvement, Il a une petite marine qui porte du 24 et du 18. Ces bâtiments ont serré de près M. de Laubara. Il à été obligé de couler à fond six chebecs et de se sauver par terre. Il avoit déjà fait quelques prisonniers qui ont rapporté que l’armée ennemie est de dix mille hommes. M. de Bourlamaque croit qu’elle auroït déjà paru, si

elle n’avoit été retardée par le vent de nord-est. Mais il n’est pas instruit de la route qu’elle peut avoir tenue, ni par où 1l sera attaqué. Je vais envoyer au secours de M. de Bourlamaque toutes les milices de ce gouvernement, Je donne ordre aussi à M. de Longueuil de lui faire passer aussi les milices des Trois-Rivières. Je prévois que tout cela n'ira pas à plus de quinze cents hommes parce que nous avons beaucoup de malades. Voyez, Monsieur, si les circonstances ne pourroient pas vous permettre de renvoyer les milices du gouvernement de Montréal. Il faudroit qu’elles eussent des officiers afin qu'aucun milicien ne pût s’écarter, et que ces milices pussent se porter de suite à l’Ile-aux-Noix. Je ne doute pas que vous ne preniez des précautions pour que cette nouvelle ne pénètre pas jusqu’à Québec. Nous n'avons aucune nouvelle des Rapides,

J’ai l'honneur d’être toujours avec l'attachement le

plus vif et le plus sincère, etc.

VAUDREUIL

P.S. — Je joins ici, Monsieur, la lettre de M. de Bourlamaque,

A Montréal, le 16 octobre 1759.

La rareté des vivres de toute espèce, la difficulté de faire battre du blé assez à temps pour faire les approvisionnements, la disette de marchandises dans les maga-

sins du Roi comme chez le particulier, tout m’oblige à

réduire le poste de Jacques-Cartier à cinq cents hommes,

soldats de la colonie, savoir : trois cents hommes dans le retranchement, une compagnie de cent cinquante volontaires à la Pointe-aux-Trembles, et cinquante hommes à la côte du Sud, comme vous me paroissez déterminé à les y établir. Auriez-vous le temps de les y mettre à couvert ? Je vous prie de me marquer comment vous comptez les y faire subsister ; toutes ces difficultés m'inquiètent,

Tous les miliciens depuis Saint-Augustin jusqu’à Sainte-Anne se tiendront prêts à marcher au premier ordre du commandant de Jacques-Cartier. Ces paroisses fourniront au moins trois cents hommes d’élite. Je ferai commander dans le gouvernement des Trois-Rivières un bon détachement de cinq cents hommes choisis pour marcher au Nord ou au Sud au besoin. Je ne doute pas que nous tirions bien meilleur parti de nos miliciens par cet arrangement qu’en les mettant en garnison, car ils sont harassés et se rebutent. D'ailleurs, comme nous sommes obligés de placer les troupes chez l'habitant, il ne s’accoutume pas à leur livrer sa maison pendant qu'il va tenir leur place sur la frontière.

J’avois déterminé de faire hiverner tous les miliciens qui ont quitté l’armée sans permission; mais les rôles que l’on m'en a donnés sont fautifs; le plus grand nombre a des permissions. M. de Blau en a donné grand nombre ; il est vrai que son poste a manqué de vivres pendant six jours. Outre cela, je vous dirai qu’il y a maintenant dans toutes les paroïsses plus d’infirmes que de gens en santé. Je vais prendre le parti de laisser

l'habitant tranquille pendant l’hiver, en tenant pourtant tout ce qu’il y a de bons hommes commandés pour marcher au premier ordre.

Comme les troupes de la colonie ne pourroient pas fournir à tout, je vous propose de détacher un piquet par bataillon pour en placer cinq à l’Ie-aux-Noix avec cent cinquante soldats de la colonie, les employés et les ouvriers, et trois piquets à Saint-Jean avec cent hommes de la colonie; les Rapides auront trois cents hommes de nos troupes. Marquez-moi, je vous prie, si cet arrangement est de votre goût.

Le nord-est a empêché les goélettes de partir, sans quoi elles seroient déjà rendues à Québec. Il seroit fort à souhaiter que nous eussions les moyens nécessaires pour harceler l'ennemi pendant tout l'hiver; mais nous manquons de tout, et notre épuisement se manifeste chaque jour davantage. Je vois avec douleur que cela nous réduira à une défensive exacte ; maïs je ne découvre aucun moyen ni ressource pour faire mieux.

J'ai l’honneur d’être avec le plus sincère attache-

ment, etc.

V'AUDREUIL.

P. S.—J’ai recu hier une lettre de M. de Bourlamaque qui me marque que nos bâtiments ont été attaqués dans le lac Champlain par un corsaire anglois de dix-huit pièces de canon. On ne sait point encore quel sort auront eu nos chebecs; mais la goélette fut poursuivie par ce bâtiment qui, heureusement, s’échoua : et la goélette se sauva dans la baie de Missiscoui, Je

vous envoie ci-joint sa lettre; vous verrez ce qu’il me marque.

Je vous prie de renvoyer le nommé Louis Malo, de Sainte-Thérèse, à sa mère, pour lui faire ses foins et ses guérêts,.

À Montréal, le 17 octobre 1759, à dix heures et demie du matin.

Le sieur Denel, officier sur la frégate le Machaut, m’annonce son départ pour Batiscan. Je profite de son occasion pour avoir le plaisir de vous écrire, et je lui donne ordre d’aller jusqu’à votre camp pour avoir l’honneur de vous remettre ma lettre. Depuis celle que M. de Bourlamaque m'écrivit hier, je n’ai pas reçu de ses nouvelles ; mais on a entendu distinctement hier au soir et ce matin le bruit du canon. Mon frère, M. Dumas, M. Le Mercier et autres officiers sont partis ce matin avec les milices de la ville. J'espère que celles des campagnes ne tarderont pas à les joindre ; mais, comme j'ai eu l’honneur de vous le marquer, cela se réduira à bien peu de chose. Aïnsi, je compte, Monsieur, que vous me renverrez le gouvernement de Montréal. Vous jugez bien que je ne suis pas peu occupé à lever et faire marcher les milices. Je suis d’ailleurs obligé de veiller à nos Rapides. Tout cela ne me permet pas de m’absenter de la ville. (Comme vous connoiïssez parfaitement la partie de l’Ile-aux-Noix, votre présence pourroit fort y

être nécessaire. C’est à vous, Monsieur, à en décider; , en ce cas, le plus promptement que vous pourriez partir ne seroit que mieux, Je ne pense pas qu'il y ait à craindre pour Jacques-Cartier; les Anglois sont assez occupés de leur hivernement à Québec. Ainsi, nous n’aurions à craindre que quelque détachement. Vous remettrez le commandement de l’armée à tel officier que vous jugerez à propos, soit à M. de Longueuil ou au plus ancien officier des troupes de terre. La partie de l’Ile-aux-Noix est maintenant l’objet capital des Anglois. Le général Amherst fera sans doute les plus puissants efforts pour pénétrer jusqu'à Montréal. La prise de Québec ne peut qu’exciter son émulation. Si vous décidez votre départ, je serai charmé de vous renouveler de vive voix les sentiments que Je vous ai voués et l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

À Montréal, le 19 octobre 1759.

J’ai recu la lettre que vous m’avez fait l'honneur de m'écrire le 19 de ce mois avec celle que vous aviez bien voulu y joindre de M. Bernier.

J’ai lu les différents avis que vous avez eus du mouvement que les Anglois projetoient sur votre camp. Je vois bien qu’ils n’entreprendront pas de l’attaquer réellement; mais ils pourroient bien en faire la démonstra-

ns 1 "7 4 J

tion, s'ils ont connoissance que le général Amherst ait marché avec son armée pour venir nous attaquer. J'ai déjà fait passer à M. de Bourlamaque le nombre d'hommes qu’il m’a demandés pour border les retranchements de l’Ile-aux-Noix. M. de Saint-Luc a actuellement pris poste dans le bois en avant du fort de la Tortue, d’où il envoie à la découverte sur la rivière Chazy. Mon frère a établi son camp à la Prairie, d’où il fait faire des découvertes de tous côtés, surtout à Châteauguay, où les Iroquois en faisoient déjà avec des

Canadiens ingambes que j’avois mis avec eux. Je joins

ici les deux dernières lettres que j'ai recues de M. de Bourlamaque, par l’une desquelles vous verrez qu’un oficier et six Anglois partis de la Pointe il y a vingt jours se sont rendus à bord de notre goélette, ayant cru que c’étoit un bâtiment de la flotte du général Amherst, Il est naturel de penser que ce général tentera toutes les voies et fera les plus puissants efforts pour percer. La prise de Québec, les ordres de la cour d'Angleterre, dont 1il est particulièrement chargé, et son honneur exigent du moins qu'il fasse son possible. Je le crois fort en route actuellement et je suis très impatient qu’il soit découvert; j'en fais mon objet capital. M. de Boutlamaque ne néglige rien de son côté ; j'espère que nous saurons dans peu à quoi nous en tenir, et je me flatte que, pour peu que le général Amherst soit retardé dans son opération, la saison avancée et les temps fâcheux que nous devons avoir seront des obstacles qu’il ne

pourra surmonter.

J'ai déjà eu l’honneur de vous marquer que je mettois tout ce gouvernement et même celui des Trois-

Rivières en mouvement. La plus grande difficulté que je trouve consiste à l’approvisionnement de l’armée, ne pouvant suffire à faire battre les grains qui nous sont nécessaires.

Je ne puis que vous renouveler ce que j'ai eu l’honneur de vous écrire par mes deux dernières lettres. Je m'en rapporte fort au parti que vous jugerez à propos de prendre, Je serois cependant bien charmé que les circonstances pussent vous permettre de venir ici. Nous devons mettre tout en œuvre pour faire échouer le général Ambherst dans sa tentative. De là dépend essentiellement le salut de la colonie.

J’ai recu des lettres de M. le chevalier de La Corne

du 11; il n’y avoit rien de nouveau dans cette partie. = Les deux goélettes sont parties ce matin, comme j'ai eu l'honneur de vous l’annoncer par la lettre que j'ai eu celui de vous écrire par le sieur Dussault.

Je suis entièrement consolé de la perte des meubles, hardes et provisions que j'avois dans les voûtes du château ; je m’en oceupois beaucoup moins que des équipages de Messieurs les officiers.

Vous aurez vu par une de mes lettres ce que j'écrivois au général Monckton au sujet de l’échange de nos prisonniers et que, conformément à sa propre façon de penser, j'allois terminer cet échange avec le général Ambherst. Je ne désirerois pas moins que vous qu'il fût possible d'échanger M. de Bellecombe ; mais je perdrois par là l'avantage de tout ce que j'ai écrit sur le cartel au sujet de nos messieurs qui, à cause de leurs blessures, se sont trouvés à l'hôpital.

(SK) ©9

LETTRES DU MARQUIS DE VAUDREUIL Le

M. Dumas est employé avec mon frère au camp de la Prairie. Dès que nous saurons à quoi nous en tenir sur la marche du général Ambherst, je le renverrai à Jacques-Cartier. Je ne pourrai qu’alors régler la garnison de ce poste, M. de Rigauville pourra y hiverner.

Je prendrai un vrai intérêt à l’avancement de Messieurs les officiers que vous me faites l'honneur de me recommander,

Vous savez que rien n’égale l’attachement aussi vif que sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

ré

VAUDREUIL

P. S. — Ci-joint à cachet volant la lettre que j'écris à M. Bernier.

Je vous envoie, Monsieur, une lettre de M. de Bourlamaque à mou frère, par laquelle vous verrez que les ennemis sont en marche et qu’ils doivent être à présent ou à la Pointe-au-Fer ou dans la baie de Missiscoui. Je travaille de mon mieux à faire passer des forces à la Prairie et à Saint-Jean; maïs je crains de la mauvaise volonté des Canadiens qu’ils n'arrivent trop tard.

À Montréal, le 19 octobre 1759.

Les vents contraires ont retardé le départ des deux goélettes que j'avois déjà eu l’honneur de vous annoncer. J’ai déjà eu celui de vous marquer que je renvoyois

à l'amiral Saunders MM. Lemaître et Douglas, gardemarine, Sur la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en dernier lieu, je me suis décidé à renvoyer aussi au commandant de Québec le troisième gardemarine. Je donne ordre à M. de la Grand-Rivière de le remettre au sieur Dussault. Je ne crois pas devoir demander l'échange de M. de Bellecombe; 1l n’est pas censé prisonnier, et nous perdrions tout l'avantage du cartel ou du moins de ce que nous avons écrit à ce sujet.

À Montréal, le 21 octobre 1759.

J’ai recu les deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m'écrire les 18 et 19 de ce mois.

Les vivres qui ont été expédiés pour votre armée doivent actuellement y être arrivés.

Le rôle des habitants qui vous ont déserté a été omis dans votre première lettre.

J'apprends avec plaisir le départ du bataillon de milice de la ville de Montréal composé de cinq cents hommes. Je compte fort que le sieur Réaume fera diligence ; mais l'ennemi se hâte beaucoup. Vous verrez, Monsieur, par la lettre que M. de Bourlamaque écrivit hier à midi et demi à mon frère, que ses découvreurs ont été repoussés par une avant-garde de quinze berges qui est venue reconnoître nos retranchements de l’Ileaux-Noix jusqu’à la portée et demie de canon. Je mets

tout en œuvre pour faire passer des forces considérables dans cette partie; mais la levée de nos miliciens se réduit à peu de chose. La majeure partie est exténuée ou hors d'état de marcher; il y en a beaucoup de malades et d’estropiés. D'ailleurs il nous faut du monde dans toutes les paroisses pour battre les blés qui nous sont absolument nécessaires.

J’aurois bien souhaité, Monsieur, que vous eussiez fait partir aussi les six cents miliciens qui vous restent du gouvernement de Montréal. Nous n’avons pas maintenant d'objet plus capital que d'arrêter le général Amherst. Son armée est de dix à onze mille hommes dont sept régiments de troupes régulières, suivant la déposition de deux prisonniers qui se rendirent d’euxmêmes à bord de notre goélette, croyant que c’étoit un bâtiment anglois. Ci-joint ces dépositions. Si, par les erands efforts que je suis bien convaincu que ce général fera, il parvenoit à se rendre maître de Montréal ou même de nous couper, tout seroit dit, tandis que les progrès que les Anglois pourroient faire ailleurs n’auroient rien de décisif. Vous connoissez mieux'que personne notre position; elle est critique et mérite certainement la plus grande attention. Ainsi, Monsieur, je me flatte que vous ferez votre possible pour faire passer par Sorel de nouvelles forces de votre armée.

Nous laisserons dans ce poste cinq piquets des bataillons qui y sont et nous compléterons le nombre des soldats qui devront y hiverner de ceux des troupes de la colonie.

Nous laisserons aussi les trois piquets de bataillon

qui sont à l’Ile-aux-Noix ; nous complèterons le surplus en soldats de la marine,

Vous aurez vu par une lettre de M. de Bourlamaque que je vous ai ci-devant envoyée que notre goélette étoit rentrée.

Je vous ferai part de toutes les nouvelles qui seront intéressantes,

A Montréal, le 21 octobre, à trois heures après-midi.

Je reçois dans le même moment une lettre de M. de Bourlamaque que vous trouverez aussi ci-jointe, par laquelle vous verrez que les quinze berges qui parurent à midi à la vue des retranchements, se retirèrent ensuite au haut de la rivière, d’où il étoit parti le soir du même jour un coup de canon de retraite, ce qui paroît effectivement annoncer que l’armée du général Amherst y est campée. Vous verrez aussi que nos milices avancent lentement; cependant les officiers se hâtent de leur mieux pour les faire avancer. Ils me rapportent presque tous les mêmes raisons que je vous expose dans mon autre lettre. Nous n'avons ici ni sergents ni soldats des troupes, ce quioccasionne des raisonnements dans la ville, que je ne dois pas vous cacher. On crie de ce que je n’ai pas fait monter des troupes de Jacques- Cartier. On dit hautement que ce côté-ci pris, tout est dit; il est vrai qu'il n’en seroit pas de même quand

Jacques-Cartier le seroit. Nous pouvons bien espérer d'empêcher le général Amherst de pénétrer; mais, si nos Rapides étoient forcés, nous n’aurions personne pour recevoir ici l'ennemi, D'ailleurs, si les habitants sen- : toient un bataillon de troupes ici, ils n’en seroient que plus ardents, et tout le monde agiroit avec plus de confiance. Pesez, je vous prie, Monsieur, toutes ces raisons ; j'ai l'honneur de vous en faire part avec d'autant plus de confiance que je connoïs votre amour pour le salut de cette colonie. Je pense donc qu’eu égard aux circonstances, il conviendroit que, sitôt ma lettre recue, vous fissiez monter ici un bataillon et même deux des troupes et les milices de ce gouvernement. Pour accélérer leur marche, il n’y auroit qu’à défaire le pont de Jacques- Cartier et vous servir de ces bateaux, si Vous n’en aviez pas assez, n'étant pas possible de vous en envoyer d'ici. Il suffiroit d’en garder trois à quatre à Jacques-Cartier. Le passage est si étroit qu’on auroit bientôt passé la petite armée de M. de Bougainville, Supposé, Monsieur, que, comme je le désirerois, vous veniez me Joindre, je ne suis pas en peine des mesures que vous prendrez pour la sûreté de Jacques-Cartier. Au reste, nous n'avons rien de plus précieux que de conserver Montréal.

J’ai l'honneur d’être avec l’attachement le plus vif et

le plus sincère, etc.

VAUDREUIL

P. S.— Ci-joint un précis de l'aventure de nos chebecs. .

Page 1