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M. Dumas est sur son départ pour aller relever M. de Bougainville.
Je vous remercie de la lettre de M. Bernier; ily a lieu d'espérer qu'il n’hivernera aucun vaisseau ennemi à Québec et que rien ne s’opposera au passage des nôtres.
A Montréal, le 6 novembre 1759.
J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 1” de ce mois. Il paroît par ce que me maïque M. de Bourlamaque que l’ennemi avoit dessein de venir à l’Ile-aux-Noix, qu’il en a été détourné sitôt après avoir su Québec pris. Ils ont levé un de nos chebecs ; ils travaillent à relever les autres. Le général Ambherst a accepté l'échange proposé, et je vais faire partir tout ce que j'ai d'Anglois ici, afin de retirer le même nombre de nos troupes.
J'ai suivi, Monsieur, votre plan dans tout son entier tant pour les troupes à laisser à Jacques-Cartier. que celles pour l'Ile-aux-Noix et Saint-Jean. Je n'ai pu mettre au premier fort que trois cents hommes de garnison, M. de Bourlamaque m'ayant marqué qu’il n’y auroit de logement que pour ce nombre. Je lui ai marqué de commencer à déblayer sitôt ma lettre reçue, et de ne garder de Canadiens tant à l’Ile-aux-Noix qu’à Saint-Jean que le nombre d'ouvriers purement nécessaire pour finir les ouvrages indispensables. M. de
Lusignan commande au premier fort et je lui laisse deux piquets de Berry avec deux cents hommes de troupes de la marine. J’ai prié M. de Bourlamaque de nommer un commandant à celui de Saint-Jean, qui aura un piquet de la Reine et un de chacun des deux bataillons que vous avez fait passer ici, auxquels je joindrai cinquante hommes de la marine,
M. Dumas part aujourd’hui pour se rendre à Jacques- Cartier.
Vous ne doutez point du plaisir que je me fais d'avance de vous voir, ainsi que celui que se promet M”*° de Vaudreuil, qui me charge de vous faire ses compliments, et ne perdez pas un moment pour nous le donner à l’un et à l’autre.
J’ai l'honneur d’être, avec un parfait attachement, etc.
VAUDREUIL
P. S.— Il est arrivé à l’Ile-aux-Noix depuis quatre jours cinq Anglois pris au fond de la baie de Missiscoui, qui y sont arrivés demi-morts de faim. Ils en annoncent encore dix dont deux sont mourants, qu’ils ont laissés dans la rivière de Missiscoui. C’est un débris du parti de Rogers, qui a pris route pour Connecticut avec les plus vigoureux de son détachement. Ils auront eu beaucoup à souffrir, car ils manquoient de vivres.
À Montréal, le 9 novembre 1759.
J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 5 de ce mois,
Il n'est rien de mieux que les arrangements que vous avez pris pour le déblai de votre armée. Il me suffit que vous ayez destiné les piquets de la Sarre et de Languedoc à hiverner à Jacques-Cartier. Je m'en rapporte entièrement aux instructions que vous aurez données à M. Dumas.
Je sais très bon gré aux habitants de Charlesbourg de vous avoir demandé des Hurons pour s’éviter de fournir des charrettes aux Anglois.
Le procédé du général Murray envers mon maître d'hôtel et le domestique de Monsieur l’intendant est très déplacé. |
Je n'ai pas eu encore la traduction des gazettes et lettres angloises que les courriers de l’Acadie m'ont portées. |
J’aurois bien souhaité, Monsieur, avoir l'honneur de vour voir avant de terminer mes dernières dépêches ; je m'en étois flatté, mais les circonstances ne l'ont pas permis. Les sentiments que vous m'avez toujours connus doivent bien vous persuader du plaisir que j'ai eu de parler de vous aux deux ministres. Je vous ai rendu la justice qui vous est due, et je me suis en cela satisfait,
Comme la saison presse, j'envoie M. le chevalier Le Mercier au-devant de vous pour prendre vos ordres
et vos dépêches ; je l’ai détaché pour porter mes paquets et instruire le ministre de la triste situation de la colonie, Son zèle et les connoïssances qu'il a du pays ne me laissent aucun doute qu'il s’acquittera très bien de cette importante mission.
Il me tarde bien d’être à portée de vous renouveler de vive voix l’attachement vif et sincère que je vous ai voué et avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.
VAUDREUIL
P.S.— M°* de Vaudreuil n’est pas moins empressée | que moi du plaisir de vous voir. Elle vous prie d’agréer ici mille choses de sa part.
À Montréal, lé 13 novembre 1759.
Je vous adresse plusieurs lettres qui sont à votre adresse, Je ne pense pas qu’elles soient de conséquence. Il n’y a rien de nouveau. J’ai fait partir tous les Anglois pour se rendre à la Pointe en échange. Ils sont au nombre de deux cent cinquante officiers et autres. Je leur ai fait donner tout ce qui leur falloit au bas du rapide Saint-Jean et les ai fait partir de nuit, afin qu'ils ne prissent pas connoissance des forts Saint-Jean et l’Ile-aux-Noix.
Les troupes de cette île déblaient pour entrer dans leurs quartiers d'hiver, Berry hivernera, comme j'ai
LETTRES DU MARQUIS DE VAUDREUIL To
déja eu l'honneur de vous le marquer, depuis Berthier jusqu’à l’Assomption, et la Reine à Chambly et dans la Rivière. Je compte que le courrier ‘vous trouvera en route pour Montréal. Je suis impatient ainsi que M"*° de Vaudreuil de votre arrivée et de vous prouver l’attachement sincère avec lequel J'ai l'honneur
d’être, etc.
VAUDREUIL
P. S.—Je vous marquois que je vous envoyois plusieurs lettres, mais elles sont parties d'hier soir.
À Montréal, le 21 avril 1760.
J’ai l'honneur de vous envoyer ci-joint un paquet de M. de Bougainville à votre adresse; vous verrez qu’il n’y a rieu d’intéressant dans sa partie.
Je ne vous entretiendrai pas de la lettre que M. Dumas m'a écrite le 18 de ce mois ; il aura l’honneur de vous rendre compte que les cent trente vaches qu'il a fait lever à la place des quatre-vingts bœufs qui devoient rester en réserve pour la subsistance de l’armée à son arrivée à la Pointe-aux-Trembles, suffiront à peine pour nourrir sa troupe jusqu’à la fin de ce mois. Vous serez à même, Monsieur, de prendre tel arrangement que vous jugerez convenable à cet égard et le munitionnaire exécutera vos ordres,
J'ai l'honneur de vous envoyer aussi ci-joint extrait de la lettre que le R. P. Gounon ma écrite le 17 de ce mois pour me faire part des avis qu’il a reçus de Québec. Je crois qu’on lui a exagéré la maladie et la foiblesse de la garnison angloise. Vous ne tarderez pas, Monsieur, de savoir positivement sa situation; M. Dumas espéroit en avoir des nouvelles le 19,.
M. de Longueuil aura sans doute eu l'honneur de vous instruire à votre passage aux Trois-Rivières de tout ce qui concerne le départ de ses milices, de ses sauvages et des boulets qu’il y a aux forges. Je suis bien persuadé de son exactitude à se conformer à tout ce que vous lui aurez prescrit.
J'ai une vraie peine du vent contraire que vous éprouvez aujourd'hui. Je me flatte qu’il vous sera plus favorable demain, que les glaces n'auront occasionné aucun accident à vos bateaux.
M”° de Vaudreuil est en prières; vous y avez la première part. Elle vous prie d’agréer ici de nouvelles assurances des sentiments qu’elle vous a voués.
Vous savez qu’on ne sauroit rien ajouter à l'étendue, la vivacité et la sincérité de l'attachement avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.
VAUDREUIL
P. S.— Dès demain matin, il partira, dans des bateaux bien couverts, environ quatre mille livres de bœuf et environ cent vingt quintaux de pain, Le tout sera adressé au munitionnaire.
XCVIITI
À Montréal, le 22 avril 1760.
Je ne saurois me priver du plaisir de vous écrire par M. de Fournerie. À
Je recois dans ce moment une lettre de M. Vauquelin qui m’apprend que, pendant qu’il faisoit sa route sur le lac, il s’étoit aperçu que la Pomone débordoit ses perroquets, qu'il soupconna que cette frégate avoit touché, mais que, ne faisant point le signal convenu en pareil cas, il crut que l’amarre de son canot ou de sa chaloupe avoit manqué et qu’elle vouloit les ravoir; qu’étant à distance de trois lieues de cette frégate, elle cargua toutes ses voiles qu'elle avoit conservées jusqu’alors, à l’exception de ses perroquets, ce qui ne lui
permettoit pas de douter qu’elle eût échoué.
Cette lettre m'occupe, je vous assure, beaucoup. Peutêtre le sieur Sauvage, plus prudent et plus exact que le sieur Vauquelin à suivre son ordre, se sera décidé à mouiller ; peut-être aussi se sera-t-il échoué. Cette incertitude ne peut que m'inquiéter. Quoi qu’il en soit, je me flatte que le mal n’aura pas été sans remède, persuadé que vous y aurez pourvu en passant, de façon que nous n’aurons rien perdu.
Vous trouverez ci-joint une lettre à votre adresse.
Continuation des témoignages du souvenir de M”° de
Vaudreuil et des vœux qu’elle fait pour votre santé,
À Montréal, le 24 avril 1760.
Je reçois dans ce moment des lettres de M. Pouchot. Vous trouverez ci-joint celle qu'il m'a adressée pour vous. Je n'entre pas dans le détail de ce qu'il me marque parce que je suis bien convaincu qu'il a l’honneur de vous en faire part. Notre gazetier sauvage de Chouaguen ne nous apprend rien de bien intéressant ; ce n’est qu'une continuation des discours ordinaires des Anglois, car ils ont assuré qu’ils n’avoient pas eu! de nouvelles d'Orange depuis l’automne. Il paroît que nos barques leur portent ombrage et qu’ils ont quelque appréhension d’être attaqués eux-mêmes. Au surplus le fort de Chouaguen est dans le même état que cet automne, et 1l n’a pas été construit plus de bateaux qu’il n’y en avoit dans ce temps-là.
Permettez, Monsieur, que M. de Bourlamaque trouve bien des assurances de mon souvenir et que je joigne ici une lettre à son adresse, ainsi qu’une troisième lettre pour M. Desandrouins.
II me tarde de recevoir de vos nouvelles. Je ne:
suis pas en peine qu’elles ne soient bonnes, pourvu que votre santé ne soit point altérée. L'intérêt que M"° de Vaudreuil y prend ne cède en rien à la vivacité et à la sincérité de l’attachement avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc. |
V'AUDREUIL.
P. S. — La compagnie de Robidou, de Vaudreuil, que M. Godefroy nous dit ici n’être pas partie, doit être rendue avec le bateau qui a amené des vivres ; celle de Sabourin n’a pu partir par rapport aux glaces qui les ont empêchés de se rendre ici, il doit cependant vous en être parvenu huit qui sont venus et que vous recevrez par le même bateau.
Les douze hommes de Vertu et Liesse que l’on disoit désertés, se sont embarqués avec le sieur Blin, leur officier, au bas du courant de Sainte-Marie. Les huit autres qui devoient être remplacés, j'ai été obligé de les occuper à mener des effets à Chambly. Il est resté encore quelques miliciens dans les côtes, à ce que j'ai été informé; je vais travailler à les amasser et les ferai partir pour vous joindre. Les officiers de chaque bataillon n'auroient pas dû partir de leurs quartiers sans que le nombre des miliciens qu'ils devoient avoir fut complet, ou du moins en donner avis.
Un courrier qui arrive actuellement de Ristigouche et que J'ai questionné m'a donné des nouvelles bien satisfaisantes de notre navire de Gaspé, Il m’assure qu'il y a plus de trois semaines qu’on avoit rendu le passage de la baie libre ; qu’on avoit travaillé avec tant de zèle que, non seulement on avoit cassé les glaces, mais que mème on avoit scié celles qui étoient trop épaisses, D’après cela, ce courrier croit fermement que ce navire s'est mis en route assez tôt pour paroître présentement. Dieu le veuille! nous y avons un grand intérêt. :
Ce courrier m'a dit aussi qu'il avoit rencontré à Kamouraska le sieur Legris qui, comme vous savez, Monsieur, va s'établir en vigie au Bic.
Du reste il n’y a rien d’intéressant dans la partie de Acadie.
À Montréal, le 26 avril 1760.
M. Charest m'a demandé la permission d'aller faire un tour à la Pointe-de-Lévis pour voir les enfants qu'il y laissa l’automne dernier, Il m’a témoigné combien il seroit charmé de trouver quelques occasions pour se signaler, Comme il a l'honneur d’être connu de vous, Monsieur, je crois superflu d’avoir celui de vous le recommander, Si, comme je pense, vous formez une troupe de volontaires pris sur les milices de Ja côte du Sud, vous pourrez lui en donner le commandement. Je suis dans la confiance qu'il s’en acquittera bien; ila donné déjà des preuves de sa valeur et de son courage.
Nous n'avons rien de nouveau.
Je vous crois maintenant extrêmement occupé et peut-être vis-à-vis Québec. Je me flatte que vous êtes bien convaincu que rien n’égale l'intérêt que je prends à vos progrès ; vous savez combien je désire qu'ils soient aussi heureux que rapides.
Vous connoissez l'étendue, la vivacité et la sincérité de l’attachement avec lequel j'ai l’honneur d’être, etc.
VAUDREUIL
P. S. — Agréez toujours, Monsieur, mille choses de la part de M”° de Vaudreuil.
ALU Pre A 0 RCE TR TE SR TO NE LE PRE PAL LETTRES DU MARQUIS DE VAUDREUIL 163
A Montréal, le 30 avril 1760.
J'ai honneur de joindre ici un paquet que M. de Bougainville m’a adressé pour vous. Il n’y a rien de nouveau dans sa partie.
Tous les sauvages qui sont partis d’ici ont été équipés. Ceux qui pourroient s’y joindre ne doivent point avoir d'équipement parce qu’il est censé qu'ils l'ont eu ou que ce sont de mauvais sujets.
Ceux de l’Acadie ont été aussi équipés. J’en suis très mécontent; ils n’ont point désoûlé, et j'ai appris que, contre ma défense, ils avoient mené avec eux leurs femmes. Je vous prie, Monsieur, de ne point faire délivrer de vivres à ces femmes. Supposé que leurs maris servent utilement, vous pourrez les adresser à M. de Longueuil, aux Trois-Rivières, qui leur fera délivrer leur ration ainsi que je l’ai réglé. Vous serez par là débarrassé de leur importunité.
Kisensik m’a instamment demandé de vous aller Joindre avec douze à treize Népissings ou Iroquois qui reviennent de leurs chasses ; ils m'ont promis de faire grande diligence.
J’ai l'honneur d’être toujours avec l’attachement le
plus vif et le plus sincère, etc.
VAUDREUIL
P.S. — Kisensik et sa bande ont été bien équipés.
AUTOGRAPHE. — Ci-joint une lettre angloise, dont je sais le contenu, qui permet qu’on la fasse tenir quand il y aura occasion,
À Montréal, le 30 avril 1760.
Kisensik, que j'ai eu l'honneur de vous annoncer, me prie au moment de son départ de vous écrire pour vous le recommander ainsi que les sauvages de sa bande. Je le fais avec plaisir parce que je sais qu'ils sont tous de bons sujets dont vous ne pourrez que vous louer, et parce que je suis bien persuadé que les services de ce chef vous sont connus depuis longtemps.
CIIT
À Montréal, le 30 avril 1760.
J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire samedi dernier, 26 de ce mois, par laquelle j'ai appris que les ennemis se fortifioient sur les hauteurs du Cap-Rouge et sur la côte du fleuve à la tête des Trois-Rampes, que vous avez pris le parti de marcher par terre, de remonter la rivière du Cap-Rouge pour déboucher par la Suëête, et que vous espérez les attaquer dimanche à midi, supposé qu'ils nous attendent à Sainte-Foye.
Vous jugez bien, Monsieur, combien je suis impatient de savoir le dénouement d’une affaire aussi capitale. Si, comme je l’espère, le succès répond à vos efforts et à
nes vœux, dans cette même journée nous aurons su à quoi nous en tenir. ;
Je me flatte et je désire encore plus que vos premières lettres m’apprennent que vous jouissez de la plus parfaite santé, maloré vos fatigues et la dureté de la saison et particulièrement les risques que vous aurez courus.
J’étois bien convaincu de la bonne volonté de toute l’armée ; il me suffisoit que vous fussiez à sa tête ; et, pourvu que chacun vous imite, nos ennemis seront bientôt vaincus.
J'ai communiqué votre lettre à Monsieur l’intendant : il lui tarde tout comme à moi de savoir ce qui se sera passé dimanche dernier.
Nous n'avons ici rien d’intéressant.
M”*° de Vaudreuil est infiniment sensible à l'honneur de votre souvenir. Agréez ici mille choses de sa part. Elle est constamment en prières, et rien n’égalera ses inquiétudes jusqu’à ce que nous ayons de vos nouvelles. Je ne saurois vous exprimer combien vous l’occupez. Je ne lui cède certainement rien, l'attachement que je vous ai voué de tous les temps étant des plus vifs et des plus sincères, ainsi que les sentiments inviolables avec lesquels j'ai l'honneur d’être, ete.
VAUDREUIL
P. S. — M. de Longueuil m’écrit du 25 que le restant du bataillon de Languedoc, les milices et les nations sauvages de son gouvernement sont partis, et qu'il compte qu'ils arriveront tous le même jour à Jacques- Cartier; ainsi ils auront pu vous joindre le lendemain. |
Il m'a ajouté du 28 au soir que, dans le moment, il. lui arrive un grand nombre de sauvages de différentes nations qui sortent des terres; il les fait partir dans l'instant pour vous aller joindre.
A Montréal, le 30 avril 1760.
J'ai l'honneur de vous faire part des représentations que Barbot, courrier, m'a faites au sujet de l'obligation où il a été de faire six lieues à pied, faute de chevaux, aux postes de la Pointe-aux-Trembles et des Ecureuils, lesquels ont été enlevés par MM. de Bourlamaque et de Montreuil ou pour les besoins de l'artillerie. Comme il est très essentiel de faire subsister ces deux postes, pour que les courriers puissent faire diligence, je vous prie, Monsieur, de vouloir bien ou faire rendre les chevaux en question, ou donner vos ordres pour qu'ils soient remplacés par d’autres.
À Montréal, le 2 mai 1760.
J'ai recu les deux lettres que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire les 27 et 29 de ce mois.
Je suis très sensible au détail exact et circonstancié
que vous avez bien voulu me faire de votre brillante affaire du 28 avec l’armée angloise. Il n’a fallu rien moins que votre expérience et votre coup d'œil militaire pour déterminer la victoire en notre faveur. Cette Journée sera mémorable et entièrement votre ouvrage. Il me seroit bien difficile de vous exprimer la vive joie que j'en ressens; l'attachement que je vous ai voué vous en est, Je pense, un sûr garant,
Je regrette infiniment les braves officiers, soldats et Canadiens que nous avons perdus; ils ne pouvoient que signaler leur valeur, combattant sous les yeux d’un général qu'ils aiment également et dont la bravoure doit être admirée. Je vous parle, Monsieur, de l’abondance de mon cœur; ce n’est pas ici la seule occasion où je ne vous ai rendu que la justice que vous méritez à tous égards. Je renouvelle mes vœux pour votre conservation ; je vous prie d’être convaincu que personne n'y prend un plus vif intérêt que moi.
Du reste je n'ai aucune inquiétude, Je me repose entièrement sur vous, et je suis dans la ferme confiance que dans peu vous aurez recouvré au Roi la ville de Québec. Ce sera le comble aux services que vous aurez rendus à cette colonie, qui vous ont, de tous les temps, acquis des suffrages universels.
Je me joindrai avec grand plaisir à vous, Monsieur, pour procurer aux troupes de terre, à celles de la colonie et à nos miliciens les grâces dont ils se sont rendus dignes par leur ardeur et leur intrépidité.
Qu'il est dommage, Monsieur, que l'orage affreux que vous essuyâtes du 26 au 27 ait mis des bornes à vos vues! Si vous eussiez, comme vous aviez lieu d’espé-
rer, surpris les ennemis, vous auriez, dans un seul jour, décidé par votre prévoyance du bonheur de la colonie.
La goélette que les Anglois expédièrent dimanche dernier, a eu sans doute pour objet d'informer le général Amberst de notre tentative. J’ai un parti de sauvages à Carillon et Saint-Frédéric ; je me flatte que sous peu de jours il nous donnera des nouvelles de l’ennemi. M. de Bougainville se tient sur ses gardes. Je ne perds pas de vue cette frontière, où je m'’attends que les ennemis feront quelques mouvements, sans qu'ils puissent cependant être bien considérables, avant que vous soyez en possession de Québec.
Je n'aurai rien de plus pressé que de vous instruire des nouvelles que j'aurai. |
Je suis très mécontent de nos sauvages ; il est bien fâcheux que le pillage leur ait fait négliger de poursuivre l’ennemi, Je vous prie de vouloir bien leur faire rendre les couvertes et tout ce qu’ils ont pris appartenant aux Francois; ce seroit une perte que nous ne saurions remplacer.
Continuez, je vous prie, à me donner le plus souvent que vous pourrez des nouvelles de votre santé. Du reste j'ai l'honneur de vous réitérer que je ne suis pas en peine de vos progrès.
M"° de Vaudreuil est extrêmement sensible à l’honneur de votre souvenir ; elle a ressenti une Joie si vive qu’elle n’a pas la force de vous la témoigner. Elle est actuellement chez Monsieur l’évêque pour unir ses prières à celles de ce prélat. Vous y avez certainement
la meilleure part. Elle me charge de vous faire agréer
mille tendres choses de sa part.
VAUDREUIL
P. S.—$Si Messieurs de l'artillerie pouvoient se passer d’un charron, il seroit très nécessaire à M. Pouchot. Je pense qu’il seroit possible d’en trouver aux environs de Québec.
A Montréal, le 4 maï 1760.
J’ai l'honneur de vous recommander le sieur Cugnet, qui aura celui de vous remettre cette lettre. IL va près de Québec où il pourroit être nécessaire aux intérêts de son frère, de qui je vous ai parlé avant votre départ. Comme je m'intéresse beaucoup au premier et à sa famille, je vous serai très obligé de vouloir bien le favoriser et avoir égard aux représentations qu’il pourra être dans le cas de vous faire concernant son frère.
À Montréal, le 4 mai 1760.
Vous savez que nous manquons de matelots. Ilen faudroit trente pour le lac Champlain et pareil nombre pour le lac Ontario. Comme tous ceux qui sont dans la
colonie sont répandus dans les côtes du Sud et que nous n'avons point d'autre ressource, je vous prie, Monsieur, : dé vouloir bien faire passer vos ordres le plus promptement qu'il sera possible à tous les capitaines de ces côtes pour qu’ils vous envoient aussitôt tous ces matelots et qu’ils fassent d’exactes recherches pour ne pas en excepter un seul.
Je vous enverrai à votre première demande les quatre mille livres de poudre que j'ai fait venir du fort Lévis, elles sont en dépôt à Lachine ; mais je me flatte que vous n’en aurez pas besoin. |
Agréez, Monsieur, que j'aie l'honneur de vous faire part d’une idée qui me vient, Supposé que vous soyez obligé de faire monter à l’assaut, vous connoissez parfaitement les endroits forts et foibles de la place. Il y en à qui ne sont qu’en pieux, qu’on pourra escalader ou abattre en y accrochant des cordages: je veux dire la palissade qui ferme la partie qui prend de la batterie du Château au cap au Diamant, où il y a des sentiers tres praticables. Vous pourriez vous servir de nos échelles, ne fût-ce même que pour inquiéter l'ennemi et lui faire craindre l'assaut. Je regarde ces observations comme superilues, étant bien persuadé qu’elles ne vous auront pas échappé et que votre pénétration vous fournira bien d’autres moyens pour accélérer votre expédition.
LETTRES DU MARQUIS DE VAUDREUIL dat
A Montréal, le 5 mai 1760.
J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire le 1°” de ce mois.
Je suis bien convaincu que vos travaux ne vont point aussi vite que vous le désireriez. Je sais que le terrain que vous avez à parcourir est très ingrat; mais je sais aussi que rien ne doit être à l’épreuve de votre armée par le bon ton et le bon exemple que vous lui donnez.
Nous nous attendions bien que les ennemis feroient un feu d'artillerie considérable, Je suis charmé que, dès le soir du 1°” de ce mois, vous ayez commencé à leur jeter des bombes. J'espère que vous n'aurez pas tardé à avoir du canon en batterie. |
Si les ennemis se retranchent dans la ville, 1l n’y a pas le moindre lieu de douter qu’ils se préparent à une résistance opiniâtre. Il est de leur intérêt d'éluder autant qu’ils le pourront, et il est du nôtre de ne pas perdre un instant, C’est sur quoi Je n’ai, je vous assure, Monsieur, aucune inquiétude, me reposant entièrement sur les connoïssances que vous avez de la situation et des tristes circonstances de la colonie.
Je me flatte que le capitaine Canon rencontrera la frécate que les Anglois ont expédiée, et qu’il la prendra.
Vous voudrez bien faire avertir nos vigies que vous avez fait mouiller dans le bassin la frégate de M. Vauquelin.
Je regarderois, Monsieur, la prise de Québec fort incertaine si tout autre que vous en faisoit le siège ; mais je suis fort tranquille sur l'événement d’une opération aussi capitale par la confiance que j'ai entièrement en vous et qui gst due à tous égards à votre zèle et à votre expérience.
J’aurois bien souhaité apprendre le rétablissement de M. de Bourlamaque, et par l’intérêt que j'y prends et parce que je vous vois avec peine accablé de tous les détails de votre armée. Permettez que je vous exhorte à vous ménager. Rien ne me touche de plus près, et je regarderai toujours comme une victoire votre retour en parfaite santé. |
Je sais très bon gré à La Gorgendière de son empressement à offrir à M. de Bourlamaque et aux messieurs qui ont resté chez lui tout ce qu’il avoit en son pouvoir de propre à leur usage. ;
J’ai communiqué votre lettre à Monsieur l’intendant ; il vous écrit sur tout ce qui concerne sa partie, et il fera partir incessamment tout ce qui est nécessaire pour vos hôpitaux, du moins relativement à nos moyens.
Supposé qu'il vous déserte quelques Canadiens de ce gouvernement, Je vous prie de vouloir bien m’en envoyer le rôle ; je les ferai punir. Je me persuade qu'il ne vous en échappera pas par les justes mesures que je suis bien assuré que vous aurez prises. -
Je ne doute point que ceux du gouvernement de Québec ne se rassemblent journellement et que leur nombre n’augmente d’instant en instant; ils sont particulièrement intéressés à la prise de Québec et ils y feront de leur mieux.
* EUNANTR
Vous avez omis, Monsieur, de joindre à votre lettre celles que vous avez écrites au recu de M. Murray ; je compte les recevoir par le prochain courrier.
M"° de Vaudreuil est très sensible à l’honneur de votre souvenir; elle me charge toujours de vous dire mille tendres choses pour elle.
Vous connoïssez l'étendue, la vivacité et la sincérité de l’attachement avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.
VAUDREUIL
P. S.— Vous trouverez ci-joint, Monsieur, deux lettres de M. de Bougainville à votre adresse, de l’Ileaux-Noix. Il n’y a rien de nouveau dans ce poste.
A Montréal, le 6 mai 1760,
J'ai recu la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire le 3 de ce mois.
Je vois avec plaisir que, malgré l’ingratitude du terrain, vous commenciez à être à couvert dans la tranchée, Aïnsi Jespère que vous n'aurez plus un aussi grand nombre de blessés. Il a effectivement bien augmenté depuis le 28; mais cela ne pouvoit guère être autrement, eu égard au grand feu de l’ennemi.
‘Il me tardera d'apprendre le progrès de vos deux batteries à canon et de votre batterie à mortier. Le parti que vous prenez de les faire tirer ensemble est
le meilleur pour faire diversion aux quatre feux de l'ennemi et éviter qu'ils ne démontent nos batteries. Votre armée n’aura pas eu peu à faire à se remettre en état de tirer aujourd’hui ; il n’a fallu rien moins que son zèle et son ardeur pour aller si vite en besogne ; mais que ne doit-on pas en attendre sous votre commandement !
Il ne sera pas possible de loger dans la ville des Trois-Rivières les vingt officiers que vous y avez envoyés, d'autant mieux qu’il n’y a personne pour les garder. Comme Monsieur lintendant avoit prévu à arranger leur logement, je donne ordre par ce courrier à M. de Longueuil de faire monter ici douze de ces officiers à commencer par le colonel Young, de laisser les huit autres aux Trois-Rivières suivant la nomination que M. Young en feroit, Je lui commande d’ailleurs de prendre les plus Justes mesures et les plus grandes précautions pour qu'aucun soldat ne puisse lui échapper; il ne pourra pas en contenir beaucoup dans les prisons des Trois-Rivières, qui sont petites.
Je me flatte que vous aurez dans peu toutes les milices de la côte du Sud et que MM. de Montesson et Dufils-Charest, que vous avez chargés de les lever, s’en acquitteront bien.
Il vente aujourd’hui bon nord-est; il est bien à désirer qu'il nous mène des vaisseaux ; il ne se peut que nous n’en n'ayons en rivière.
Il auroit été bien à souhaiter que la frégate de M. Vauquelin eût pu mouiller plus tôt dans le bassin, la frégate que les Anglois ont expédiée n’auroit point
passé ; mais c’est encore beaucoup qu’elle ait été prête le 5 de ce mois.
Le procédé des ennemis est bien violent par l'incendie du quartier Saint-Roch et de la Potasse ; c’est bien un dessein marqué de ruiner totalement les faubourgs et la ville. Mais que peut-il leur en résulter? Le palais n’a sans doute échappé à cet incendie que parce qu'il est couvert d’ardoises.
Je m'attends que les soixante blessés que vous avez fait embarquer seront menés ici de ce nord-est; cela vaudra beaucoup mieux, parce que l'hôpital des Trois- Rivières auroit été bientôt engorgé et qu’il convient de ménager le peu de logement qu’il y a pour un besoin bien pressant.
Monsieur l’intendant met tout en usage pour pourvoir à vos besoins. Vous connoissez notre insuffisance sur toutes choses; aussi a-t-il fallu avoir recours aux ressources des particuliers, qui ont fourni de grand cœur draps, couvertes, etc.
J'apprends toujours avec une nouvelle peine la perte de nos messieurs qui meurent de leurs blessures. Je les regrette infiniment, particulièrement MM. de Palmarolle et de Trécesson.
Nous n'avons aucune nouvelle intéressante. J'attends incessamment le retour du parti de M. de Langy ; je n'aurai rien de plus pressé que de vous faire part du rapport des prisonniers qu’il m’aura menés,
J’aurois bien souhaité, Monsieur, recevoir les lettres que vous avez écrites à M. Murray et celles que vous avez reçues de lui, que vous m'avez annoncées par
le précédent courrier, J’espère qu’elles me parviendront par le prochain.
.M"*° de Vaudreuil est toujours très sensible à l'honneur de votre souvenir, et elle vous prie d’agréer ici mille et mille choses pour elle. Permettez que jy joigne aussi mille choses pour M. de Bourlamaque.
A Montréal, le 9 mai 1760.
J’ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 6 de ce mois. |
Je vous ai rendu, Monsieur, dans ma lettre du 2 de ce mois, la justice qui vous est due à tous égards, et je suis charmé que vous l’ayez reçue comme un témoignage de la sincérité et de la solidité des sentiments que je vous ai voués. Je serois infiniment flatté de vous en donner des preuves parfaites,
J'ai bien pensé que la perte de l’ennemi auroit au moins égalé la nôtre, Je vois par les rapports qui vous ont été faits qu’elle est plus considérable et que, malgré cela, ils sont encore aussi nombreux qu’on les supposoit avant l'affaire. |
Je suis bien peiné que l’ingratitude du terrain se déclare de plus en plus. Il ne faut rien moins, Monsieur, que le bon ton, la bonne volonté et l’ardeur que vous inspirez pour faire franchir toutes ces difficultés à votre armée, |
2 ET AA LETTRES DU MARQUIS DE VAUDREUIL La:
ee ee mr me Je vois avec peine que vos batteries ne seront en état de tirer que du 10 au 11. C’est encore beaucoup, eu égard à la mauvaise qualité du terrain. J'espère que les ennemis ne perdront rien à attendre. Il est heureux que les Anglois aient modéré le feu de leur artillerie. Je ne manque pas de répandre que Québec ne tardera pas longtemps à se rendre. Je m'en flatte, fondé sur la confiance que j'ai en vous. II est bien à souhaiter que cela soit, avant qu'il paroisse aucun vaisseau anglois dans le fleuve, supposé que nous ayons le malheur qu’il en vienne.
M. Vauquelin m’écrit du 4 qu'il comptoit passer la nuit du même jour sous la ville, Cependant je vois par votre lettre qu’il ne l’avoit pas encore fait. Il auroit éte bien à souhaiter que cette frégate eût, dès son arrivée, été en état d'aller mouiller dans le bassin de l’Iled'Orléans ; elle se seroit opposée au passage de la frégate angloise,
Vous aurez vu, Monsieur, par la lettre du sieur Legris qu’une goélette angloise est en observation au Bic. Il seroit très important de la faire enlever. Je crois que M. Vauquelin s’acquitteroit bien de cette mission, à moins que vous n’ayez d’autres vues sur sa frégate ; sur quoi je ne puis que m'en rapporter entièrement à vous.
Vous trouverez ci-joint, Monsieur, une lettre que M. de Bougainville m'a envoyée à cachet volant à votre adresse, Je ne vous la fais passer que pour qu’il ne perde pas vis-à-vis de vous le fruit de sa bonne volonté, du désir qu’il auroit de vous joindre et de finir la campagne de Québec; car je ne trouve point de possibilité à ce qu'il a l'honneur de vous demander, eu égard
surtout au temps qui s’écouleroit avant qu’il eût reçu votre réponse et qu’il vous eût joint. D'ailleurs la frontière où il commande peut, d’instant en instant, devenir très-sérieuse, et peut-être apprendrons-nous par les prisonniers que M. de Langy pourra nous mener que les Anglois se meuvent de ce côté-là. D’après ces raisons, je réponds à M. de Bougainville que, selon moi, tout s'oppose à sa demande.
Voudrez-vous bien, Monsieur, me marquer dans toutes vos lettres à combien de toises vous en êtes de la ville.
Le courrier que vous m'avez expédié m'a remis toutes mes lettres en très mauvais état, ainsi qu'à Monsieur l'intendant, Je vous prie de recommander qu'on fasse un paquet séparé de ces lettres et qu’on ne les mêle pas avec celles du public.
Mr° de Vaudreuil est toujours très sensible à l’honneur de votre souvenir ; elle ne vous perd pas de vue dans les prières au’elle offre chaque jour à Dieu.
A Montréal, le 9 mai 1760, à huit heures du soir.
Plus je réfléchis, plus je trouve que la frégate et la goélette que les Anglois ont au Bic en croisière nous sont nuisibles, particulièrement par rapport à nos vigies. Il est par conséquent essentiel que nous nous en emparions le plus tôt qu’il sera possible, et je désire, Monsieur,
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qu'avant que cette lettre vous parvienne vous ayez fait partir M. Vauquelin et M. de Grand-Rivière pour cette mission. En tout cas, je vous prie de ne pas éluder leur départ, à moins que vous n'ayez des motifs plus pressants et plus intéressants que les miens. J’ai eu l’honneur de vous remettre les signaux que les frégates doivent faire pour se faire connoître au navire de Gaspé ; cependant, crainte d’oubli, j'en joins ici une nouvelle expédition. Je ne puis que m'en rapporter aux ordres que vous donnerez à ces messieurs pour se faire connoître des bâtiments que nous attendons de France dont vous avez les signaux et de celui de Gaspé (sic). Il sera à propos que cette frégate et cette goélette reviennent sitôt qu’elles auront rempli leur objet et assuré
nos V19168.
À Montréal, le 11 mai 1760.
J’ai recu la lettre que vous m’avez fait l'honneur de m'écrire le 8 de ce mois.
Je suis convaincu que vous ne perdrez pas un instant, C'est de là d’où dépend effectivement votre réussite ; elle deviendroit bien douteuse si une flotte angloise primoit la nôtre. L’unique crainte que J'aie, Monsieur, est que vous ne succombiez aux peines que vous vous donnez. Ménagez-vous, je vous prie, un peu plus, votre santé m'occupe, je vous assure, essentiellement,
J’entre bien dans la joie que les milices de Québec ne peuvent qu'avoir de se réunir sous vos ordres. Je pressens que leurs semences donnent matière à une foule de représentations, et je suis bien persuadé que, sans rien déranger de votre objet capital, vous surveillerez à celui-là.
Il me tardera d'apprendre les progrès de vos batteries. Je me flatte qu’elles feront dans peu brèche, si toutefois elles ne sont rasées par la supériorité de celles des ennemis.
Je n'ai, je vous assure, nulle inquiétude sur le dénouement du siège. Il me suffit que vous soyez chargé d’une opération si importante pour cette colomie.
J'espère que M. Vauquelin aura enfin passé sous Québec. Du reste, je me remets à ce que j'ai eu l’honneur de vous écrire à son égard.
Il est indispensable que, sans tarder un instant, vous fassiez le procès du sieur Cugnet, militaire. Si, par les preuves, il est convaincu d’avoir trahi, donné à l'ennemi des avis ou éveils contraires aux intérêts de la patrie, je vous prie, Monsieur, de lui faire casser la tête surle-champ. Si, au contraire, il étoit prouvé que le sieur Cugnet s’étoit restreint et n’avoit pas mésusé de l’ordre que le général Murray lui donna en le chargeant de la police des François, il ne pourroit être puni, parce que la création et l'établissement de cet emploi étoient nécessaires et fondés sur le droit du vainqueur. Mais, en ce cas, vous voudrez bien le faire garder toujours à bord d'une des frégates, parce qu'après votre expédition Monsieur l’intendant fera de plus amples informations, cette matière étant de la plus grande conséquence.
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Je vous suis très obligé des copies que vous m'avez envoyées de votre correspondance du 29 du mois dernier avec M. Murray. Je suis bien peiné du sort de nos prisonniers qui ont eu le malheur de sauter l'hiver dernier par l'effet de la poudre qu'il y avoit dans la maison où ils avoient été mis. Il faut bien croire, comme le dit M. Murray, que ca été un pur accident ; mais, dans le fond, il n’étoit pas prudent à lui de laisser des poudres dans cette maison, tandis qu'il y mettoit nos prisonniers. Je sens combien M. de Bourlamaque vous fait faute ; c’est un nouveau motif au vrai intérêt que Je prends à son rétablissement.
Agréez la continuation des vœux de M"° de Vaudreuil. Elle est constamment en prières et ne pense, je vous assure, qu'à vous. Vous jugez bien, Monsieur, que j'en suis charmé.
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À Montréal, le 13 mai 1760.
J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10 de ce mois.
Il est bien à souhaiter, Monsieur, que la supériorité du feu de l’ennemi ne dérange point vos batteries et qu'elles fassent tous les progrès que nous avons lieu d'espérer de leur grande proximité de la place. Du reste, Je n'ai nulle inquiétude, persuadé que vous ferez l'impossible,
L'arrivée d’une frégate angloise à Québec paroît d'assez mauvais augure à la vérité pour nous. Si les circonstances eussent pu permettre à nos frégates de passer dans le principe sous la ville et de mouiller dans le bassin, elles auroient vraisemblablement enlevé la frégate que les Anglois ont expédiée, et peut-être auroient-elles pris à l’abordage celle qui leur est arrivée.
Quelques prisonniers ou déserteurs vous arriveroient fort à propos ; il seroit fort à désirer que nous sussions au vrai les nouvelles que cette frégate a portées, quoique je pense comme vous qu’elle ne vient point d'Europe.
Nous sommes effectivement, Monsieur, dans le moment le plus critique, et l'incertitude si les vaisseaux que le gros vent du nord-est aura fait paroître sont anglois ou francois, ne laisse pas que de me faire faire de justes et sérieuses réflexions sur l’état de la colonie, Je ne crois pas néanmoins, en supposant que les vaisseaux anglois arrivent avant les nôtres, qu'il y ait des troupes de débarquement. En ce cas, les secours que la garnison de Québec recevroit, ne devroient pas être bien considérables. Mais s'ils l’étoient, je ne puis que m'en rapporter au parti que vous jugeriez le plus convenable de prendre. Il seroit bien fâcheux que nous fussions réduits à la nécessité de lever le siège, mais ce seroit encore plus prudent que de courir le risque de perdre entièrement la colonie. C’est ce que je soumets à votre prudence, quoique dans la confiance que vos pénibles travaux seront couronnés par la reddition de Québec. Mon objet essentiel est que vous vous ménagiez et que vous ne succombiez pas dans toutes vos fatigues.
J’ai communiqué votre lettre à Monsieur l’intendant : il ne vous enverra point de fascines. Vous n’avez sans doute pas eu peu à faire à vous en procurer la quantité nécessaire, |
Vous trouverez ci-joint, Monsieur, deux lettres à votre adresse, l’une de M. de Bougainville et l’autre de M. Pouchot. Je n'aurai pas l'honneur de vous entretenir de ce qu'ils me marquent, ne doutant pas qu'ils vous en instruisent avec la même exactitude, Il paroît que les ennemis commencent à se mouvoir dans ces deux parties. Je voudrois bien que M. de Langy me menât des prisonniers ; mais, d’après ce que M. de Bougainville m'écrit, il ne paroît pas qu’il en ait fait, J'ai disposé toutes choses pour faire passer à propos des secours dans ces deux parties ; notre disette ne nous permet pas de les prématurer d’un instant, |
Vos premières lettres, Monsieur, seront infiniment intéressantes ; elles seront toujours très satisfaisantes pour moi, dès que j'apprendrai que vous jouissez d’une parfaite santé. M°*° de Vaudreuil n’en est pas moins occupée que moi; elle est très sensible à l'honneur de votre souvenir et me charge d’avoir l'honneur de vous dire mille choses pour elle.
Le colonel Young, huit officiers, quarante et quelques soldats anglois arrivèrent hier au soir.
A Montréal, le 15 mai 1760.
J’ai l'honneur de vous adresser ci-joint la lettre en original que j'ai reçue de M. de Bougainville, avec le rapport des deux prisonniers que M. de Langy a faits, tel qu'il me l’a envoyé.
Vous verrez, Monsieur, que le général Amherst surseoit tout mouvement sur nos frontières jusqu’à l’arrivée des dépêches de la cour de Londres. C’est tout ce que nous pouvons désirer de mieux, eu égard aux circonstances présentes, et je m'applaudis de n'avoir point augmenté encore les forces de M. de Bougainville et celles de M. Pouchot. Je ne saurois assez prévoir à éviter une consommation des vivres que je conserve précieusement pour secourir à propos ces frontières.
Ce que ces prisonniers ont dit de la paix doit nous la faire regarder comme prochaine, surtout s’il est vrai que les préliminaires ont déjà été insérés dans les gazettes, et qu'on y ait annoncé que Louisbourg devoit être rasé et devenir un port neutre et servir uniquement à faire la pêche.
Je n’ajoute pas beaucoup de foi à l'avantage que les Anglois prétendent avoir eu sur mer, du moins qu'il ait été aussi complet que M. de Bougainville le pense, parce qu'ils sont ingénieux à se donner les violons.
J'ai fait partir environ quarante Abénaquis de bonne volonté qui m'ont promis de me mener des prisonniers. Le paquebot que les Anglois attendoient sera vraisemblablement arrivé et ces prisonniers pourront
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conséquemment nous donner quelques nouvelles plus positives.
Si la garnison de Québec n’a d’autres secours que ceux annoncés par ces déserteurs, ils leur deviendront inutiles, parce qu’à peine peuvent-ils actuellement être déterminés à Halifax ou à Louisbourg.
Ce pressentiment de paix fait un bruit étonnant dans la ville. Comme on pourroit la regarder certaine à votre armée et que cela pourroit produire quelque ralentissement à l’ardeur qu’elle a constamment marquée, il seroit peut-être à propos que vous ne rendissiez point cette nouvelle publique ; c’est sur quoi je ne puis que men rapporter à vous. Je prends néanmoins la précaution d’arrêter jusqu’au prochain courrier toutes les lettres du public, en sorte qu’il n’arrivera que celles de Monsieur l’intendant et les miennes.
M. de Bougainville a toujours le même désir de vous joindre ; je lui réitère qu’il ne sauroit se rendre auprès de vous avant que vous n’eussiez terminé votre opération; qu'au surplus je m'en rapporte fort aux ordres que vous pourrez lui donner.
À Montréal, le 15 mai 1760, à deux heures après-midi.
J’ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 12 de ce mois.
J’ai été charmé d'apprendre que vos batteries avoient tiré le 11 et qu’elles se soutenoient malgré la vivacité
de l'ennemi. Je souhaite fort qu’il ne leur fasse pas de plus grand dommage que celui que vous avez fait réparer. Je sais, Monsieur, que rien n’est à l’épreuve de votre ardeur et de vos ressources ; aussi je suis toujours dans la ferme confiance que la garnison de Québec succombera à vos efforts. |
Je fais passer à la Pointe-aux-Trembles les quatre milliers de poudre que j'avois à Lachine. Ils seront déposés dans l’église de ce lieu. Je désire que vous ne soyez pas dans la nécessité de les employer.
La batterie que vous établissez de l’autre côté de la rivière Saint-Charles et qui prendra .de revers le rempart, ne pourra effectivement que bien faire.
Si l’opiniâtreté de l'ennemi vous met dans la nécessité de donner l'assaut, il n’y aura rien de mieux que vos différentes attaques pour faciliter la réelle. Je ne suis pas en peine, Monsieur, que vous n’employiez tous les moyens et les ruses imaginables pour terminer votre expédition aussi glorieusement que vous l’avez cominencée,
S'il est réellement question de paix en Europe, il n’en viendra vraisemblablement pas en prime des vaisseaux ; mais, si, par un effet du malheur attaché à cette colonie, il arrivoit aux Anglois une flotte avant que vous fussiez en possession de Québec et que les circonstances fissent alors évanouir toutes nos espérances, bien loin d’avoir aucun reproche à nous faire, nous aurions par devers nous la satisfaction d’avoir l’un et l’autre fait même au delà du possible pour conserver encore la colonie au Roi; cependant je me flatte toujours, je me fonde essentiellement sur la confiance que je vous ai vouée et
que vous méritez à tous égards. J’ai seulement l’honneur de vous réitérer, Monsieur, que vous m’occupez infiniment et que ma plus grande peine est que votre santé ne soit enfin altérée par l’accablement de vos occupat'ons, que vous ne sauriez partager avec qui que ce soit.
Les matelots que vous voudrez bien m'envoyer sitôt qu'ils seront arrivés, seront bien vite employés sur nos frontières.
I n’est rien de mieux que votre réponse à M. Murray. Je suis très sensible à l'attention que vous avez bien voulu avoir de m'en faire part, ainsi que de sa lettre et de lextrait des gazettes angloises qu’il vous a communiquées.
Je pense bien comme vous, Monsieur, qu’il ne vous a point envoyé les nouvelles qui auroient pu nous flatter. Quoi qu'il en soit, tout ce qui résulte de ces gazettes paroît de très bon augure, d'autant mieux qu’il y à de l’uniformité avec les avis que nous avons eus l'automne dernier et pendant l'hiver. J'ajoute à cela le rapport de nos deux prisonniers qui disent avoir vu dans une gazette un préliminaire, et qu’on attribuoit le retardement des paquebots à une paix qu’on regardoit comme prochaine.
Je réfléchis, Monsieur, que l’interception des lettres que l'on écrit d'ici à l’armée ne pourroit produire qu’un mauvais effet par l'inquiétude ou la méfiance qu’un chacun auroit, n’ayant aucune nouvelle; aïnsi je leur laisse suivre leur cours.
J'apprends toujours avec une nouvelle peine que nous avons de nos messieurs blessés, et je suis de plus
en plus porté à me joindre à vous pour leur procurer des grâces du Roi.
J’ai communiqué votre lettre à Monsieur l’intendant : il est très sensible à l'honneur de votre souvenir, M”° de Vaudreuil ne l’est pas moins; elle a les plus vives inquiétudes pour vous; elle redouble ses vœux et vous prie d’être bien convaincu de leur étenduetet de leur sincérité.
Les lettres que je recevrai de vous au commencement de la semaine prochaine seront bien intéressantes. Personne ne désire plus que moi qu’elles soient déci-
sives pour nous.
VAUDREUIL
P.S.— M. de Bailleul est parti avant-hier sur sa barque chargée de vivres. Je fus surpris que cet officier eût resté sur sa terre tandis que j'avois fait commander tous les officiers de la colonie. Il m'a dit qu’il l’avoit ignoré et que de plus il avoit été malade.
Je recois dans le moment des nouvelles de M. Pouchot; je ne vous en entretiendrai pas, parce qu’il vous fait sans doute le même détail qu’à moi dans la lettre que vous trouverez ci-jointe. [l n’y avoit rien d’intéressant dans cette partie, et, tout bien considéré, il paroît que les Anglois veulent y rester tranquilles, comme du côté du lac Champlain, jusqu’à l’arrivée des ordres de la cour d'Angleterre.
Je joins aussi ici quelques lettres pour Messieurs les officiers des troupes de terre ou de l'artillerie.