I.XV1I [Autographe
Ce l janvier 1759.
Je n'ai pu vous écrire plus tôt, mon cher chevalier, faute de courrier, ni répondre à votre obligeante lettre du 28. Dieu fait bien tout ce qu'il fait, le conta Montréal ; nullité dans ma | i il mieux. Je
me purge demain, m'occupe de i mais beaucoup
trop ilf l'avenir.
Je vous envoie une lettre de d'Hébécourl relatives l'émeute, lorsqu'il voulut punir le soldat de Guyenne
vendant sa couverte. Elle me fait frémir; cependanl je n'y .sais aucun remède que d'espérer que tout sera tranquille.
La misère excessive ici ; lîintendant vouloit nous mettre au quarteron; quatre cents femmes l'ont fait trembler hier; il a cédé à la demi-livre.
La nouvelle du roi de Prusse pris, venant, d'Acadie, est toujours la même; mais le fort bâti à la rivière Saint-Jean prouve que ce grand Boishébert qui me cbagrine, reconnoît mal. Beaucoup d'adjudications de matériaux qui s'amasseront ; d'ouvrages, peu ou point, n souvenez-vous que faute de vivres, trois à quatre mille hommes à Carillon au plus à la fin de mai. Bourlamaque assez bien, soutirant, attendant la sortie d'un corps étranger et perdaul quelques dents. Un bal dimanche. La paix ou tout ira mal. 1759 sera pis que 1*758. Je ne sais comment nous ferons. Ah ! que je vois noir! M. de Vaudreuil et un peu l'intendant attendent des miracles. Je vous écrirai exactement; brûlez mes lettres.
Mes vœux, mes sentiments sont et seront toujours sans bornes, mon cher chevalier, dans cette nouvelle année et suivantes.
MONTCALM
Dimanche, bal. J'ai bien publié le legs de Ch mpredon pour qu'on trouve l'hiver prochain des pensions avec plus de facilité.
Monsieur l'intendant a écrit à M. Martel, comme vouloit Bellecombe.
144 LETTHES DU MAEQTJIS DE MONTl \ l M .
[Autographe]
Co 6 janvier 1759 ".
Comme il me paraît, mon chevalier, que M. d'Hert arrivera avant le courrier qui ne part que lundi au soir, je vous écris par lui.
En réponse à votre lettre du l'r, je vous renvoie celle de d'Hébécourt que j'ai communiquée à Monsieur l'intendant, pour qui ça été une marque de confiance qu'il faut avoir; très bien à vous de l'avoir communiquée à M. de Vaudreuil. Rien à ajouter à ce que vous avez écrit. Forte dose de mercure f pour le nommé Chevalier. Détachement d'élite avec Penisseault à qui vous parlerez. Je mettrais quatre sergents et seize hommes au lieu de huit, el renvoi de pareil nombn sur les six piquets, sans affectation, avec adresse. Je crois le mal moindre que d'Hébécourt ue le dit, el je trouve qu'il manque d'habitude de commandement et ne sait pas prendre sur lui ; Littéral. Il faut bien savoir donner du magasin aux suidais qui manquent, puisqu'il n'y a plus de marchands forains, et ne leur jamais dire qu'on retiendra ; donner, et puis l'on verra. Il vaut mieux
prévenir Les plaintes et demandes en donnant proprio nmiii qu'ayant l'air forcé.
* Cette lettre ne peut être de 1 7ô'.» ; car il est question de Bougainville comme étant à Québec, tandis qu'il était parti peur France en novembre précédent. La lettre doit I7ês — (Note de l'i ditei r. i
I Ces mots sont soulignés dans L'original.
Nos meilleurs capitaines ne sont jamais capables de commander qu'avec un officier-général à demi-lieue pour lui écrire deux fois par jour. A la première navigation, nous ferons relever la garnison en plein. Autre idée que j'ai, dont je n'ai pas parlé ; tàtez-le : Si d'Hert, qui a un bon ton, vouloit aller avec Pénisseault, un ordre de M. de Vaudreuil pour faire fonction de major de la place. Cela pourrait l'aider pour la croix de Saint- Louis, et je lui ferais donner une gratification ; il seroit relevé avec d'Hébécourt. Combinez bien cette idée, qui peut ne pas convenir à d'Hert ; peut-être sa santé ne lui permettrait pas, et ce seroit fâcher d'Hébécourt, à qui cela n'ôteroit pas cependant le commandement.
Au reste, jusqu'à la fin de décembre, nous n'avons pas eu de la neige, ce qui a facilité les visites des Anglois et la désertion. Elle n'avoit pas encore pris les nôtres : le soldat déserté est de la colonie ainsi que les six Allemands désertés du fort Saint-Frédéric, auquel il faut aussi bien prendre garde et envoyer peut-être quelques soldats de plus. Parlez-en avec l'ami Péan, et inspirez-lui les précautions à écrire à Lusignan. Recommandez à d'Hébécourt que s'il envoie des soldats de sa garnison en parti avec des raquettes, qu'il les fasse remettre aux magasins, que l'on voie (à ce) que les sauvages ne leur en donnent ni en vendent ; cela peut faciliter la désertion.
Monsieur l'intendant doit écrire, par mon avis, à M. de Vaudreuil de promettre une forte récompense aux sauvages qui ramèneront des déserteurs. Il n'y a qu'à promettre une somme forte, cinquante écus, et
faire des placards de cela que l'on envoieà Saint-Jean, Chambly, Saint-Frédéric et Carillon. J'ai pensé que M. de Vaudreuil goûterait mieux cette idée venant de M. Bigot, ordonnateur des fonds. Parlez-en à Péan ; cela ne peut que faire un bon effet.
Rien de mieux que les détachements continuels de sauvages. Applaudissez-en beaucoup M. de Vaudreuil, et voyez d'en faire partir un vers les premiers jours de février, et puis nous verrons d'en faire partir un dès les premiers jours de mais et relever toul vers le 20 d'avril, si l'hiver n'est pas rude et (pic la navigation soit libre.
L'intendant n'est pas content de cette tuerie de bœufs ; il m'a dit qu'il l'alloit taxer à cinq sous. On le paiera dix de la main à la main. M. de Vaudreuil a des torts.
Si le régiment de Béarn est obligé de sortir de Montréal pour subsister, vous piaillez. Monsieur, si vous le jii^''- a propos, permettre a quelques officiers de rester, pourvu que dan- chaque quartier, il y en ait pour répondre de la sagesse du soldat à votre prudence. Vous avez bien raison de ne vouloir ni soldat- delà Reine ni de Languedoc; cela aurait eu l'air affecté ; il faut que cela n'ait que l'air de détachement d'élite pour la sûreté du nninitionnaire. Vingl hommes n'est pas trop et donnera plus île facilité à d'Hébécourt pour le
renvoi sans affectai ; car il tant tâcher de renvoyer
de- mutins el des mauvais sergents.
Cependant, il ne faul pas que l'escorte du retour soi) de gens de sac et de corde ; cat s'il- se reconnoissoieni
tous pour tels, qui sait si d'être coupables ne leur
donnerait pas la pénétration de croire que c'esl un fail
exprès, et la crainte d'un châtiment peut faire déserter et même attenter sur le munitiounaire qu'on escorte. J'ai bien à cœur que l'on donne forte dose de mercure à Chevalier, de Royal-Roussillon. Je suis enchanté que vous soyez content de La Rochebeaucour.
L'on nous a dit ici, d'après des lettres de M. des Chesnaies, des nouvelles de la Belle-Rivière et que les Cinq-Nations parloient de préparatifs à Orange. On croit Moet de Louvigny enveloppé, La Chauvignerie, fils, perdu. Les Anglois ont dune des Catabas pour eux. Il faudrait, ou chercher à les gagner par des colliers et présents, ou que du côté de la Louisiane nos alliés fussent frapper chez eux au printemps. Quand on enverra aux Illinois, M. de Vaudreuil pourrait en écrire.
Je vous envoie beaucoup de réponses de bonne année ; j'écrirai les autres par le premier courrier. Je crois avoir répondu au père Contrecœur ; comme j'ai cependant quelque scrupule, dites-le lui, je vous prie, et qu'il ne doute pas de mes sentiments pour lui. Si vous avez besoin describe, faites travailler Marcel, qu'il n'oublie pas son métieret qu'il s'estime heureux de vous être utile. Bougainville s'est raccroché, gagne et croit avoir plus de conduite que Saint- Vincent, Belot, Johanne, Marin, etc. Je ne le pense pas ; avec de l'esprit et du talent, c'est, comme vous le dites, quelquefois une tête.
Demain, grand souper et dames.
Mardi, l'intendant chez moi ; jeudi, Monseigneur. Je soutiens noblesse et dignité ; mais je mange mon bien et je frémis pour l'avenir. Du 1" avril 1756 au 1"
148 LETTBES DU MAEQUIS DE MONTCALM
janvier 1758, cinquante-sept mille livres d'argent sec dépensé. El si j'avois eu quelques provisions. Que faire ? Celui qui est dans ma place doit faire ainsi. Nous en faisons tous trop pour nos moyens, et je ne crois pas trop pour les circonstances.
Les lettres de M. et de M'"" de Vaudreuil n'étant que des réponses de bonne année, je n'en ai point à leur faire, mais mille respects. Je regretterais Martel.
On n'a pas manqué de dire ici M"' de Tonancourt avec M. Dumas. -l'ai vu la lettre de M. de Vaudreuilà Itevol; elle m'a paru saur et bien; le style en est simple. Rigaud nous a écril des lettres en style badin et noble, capables de faire croire à qui les li mit que c'est un homme de beaucoup d'esprit.
Ne doutez pas, mon cher chevalier, de ma tendre et inviolable amitié.
Mille compliments à Roquemaure. Je lui renvoie une lettre pour lui. Dites-lui que Doreil voudrait que 1rs nouveaux venus lui payassent le droit de serment ; je crois que c'est bien fait, quoique rigoureusement on peut le disputer. Ce sera récompense pour son secrétaire. 11 en agit bien; el quoique je lui aie ; m'eût embarrassé, car en fait de noms il est maître.
d'avuis promis d'en parler a M. de 1,'oipirmaure et
oublié.
Observez que c'est la Reine, Béarn ri Royal-Roussillon ipii sont les piquets mutins. Entre nous, ces derniers auront pris l'esprit de Béarn ; aussi le séparerai-je la campagne prochaine. Ce n'esl pas que Béarn ne suii un lion bataillon, mené par Mtalartic, D'Alquier r metl m le ton 'pie l'hôpital avoit gâté.
Pontleroy ne sympathise pas avec Lotbinière qui a tort, entre nous. Jusqu'à présent la marche de Pontleroy est sage ; il en écrit à M. de Vaudreuil.
Cela finira par un mémoire respectueux au ministre, si on veut lui restreindre ses fonctions, inter nos.
(Cette lettre n'est pas signée).
[Autographe]
A Québec, ce S janvier 1759.
Je crois qu'enfin M. de Boishébert partira demain et vous portera ma lettre, mon cher chevalier, en vous remerciant d'avoir fait punir Sabi'evoix (et) Bleury. Entre nous, la faute d'avoir été chercher mon domestique pour le battre chez moi est la grave (sic), et pourrait exiger un séjour aux arrêts jusqu'à ma réponse. Je suis fâché que cela ait regardé un sujet que j'aime. Il faut être bien ivre pour aller chez moi pour battre un de mes gens. Et que faisoit le chevalier de Boucherville qui l'accompagnoit et qui est sage ? Car il me semble que, sans Marcel et Beauclair, ces Messieurs eussent encore bien frotté Joseph, qui n'avoit, à ce que prétend Marcel, aucun tort d'origine et qui, en eût-il, devoit être en sûreté chez moi.
Bleury m'a écrit et je lui réponds. J'écris aussi quatre mots à cette occasion à M. le marquis de Vaudreuil, pour le remercier.
Hier grand bal ; j'y ai resté jusqu'à une heure. Je suis beaucoup plus cette année de la cour de M'"" Péan ; cela prouve le désœuvrement.
Ma santé a besoin de ménagement et cela m'est facile sur un certain article.
Adieu, mon cher chevalier ; aimez-moi comme je vous aime et je n'aurai rien à désirer. Bourlamaque va bien, mais dans le vrai souffre souvent : esquilles et corps étrangers à sortir.