‹ Collection des manuscrits (volume 4)Chapitre 13 sur 26 · LXX · texte numérisé non relu

LXX

[Autographe]

A Québec, ce 12 janvier !7">9.

(Pour vous seul)

J'ai trouvé dans uns paquets, mon cher chevalier, une lettre pour vous que j'ai l'honneur de vous renvoyée

L'aventure de la Belle-Eivière me fâche un peu ; je ne la voulois qu'au printemps. Elle n'a pas empêché hier une jolie tête dont je a'étois pas prié; et. si l'on dit à Montréal que j'y ai été i-n masque, dites que je ne me masque jamais.

Cependant j'\ étois avec le plus joli officier de la Sarre que l'un puisse voir, .le vous jure que vous lui donneriez la préférence sur la Naudière. Mais motus ; brûlez ma lettre, d'autant que mois ave/, mon incomiii ide à Montréal.

Chacun son b mps : cependant le public dit «pie je tourne bride.

La misère est grande. Je suis de votre avis : nourrir le peuple avant de songer à entrer en campagne. Heureux qu'on ne nous consulte pas ! De vous à moi : avant mon départ, je concilierai avec Cadet pour le vin pour nos officiers ; mais mot à personne. Ce sera un bon service à nos troupes.

Nous méditons une grande fête pour jeudi prochain, avec Roquemaure, qui sera sur sou compte, où je serai de hasard. Ma sauté me reprend. .Te suis inquiet pour Du Verny.

Adieu, mon cher chevalier ; amusez- vous, portez- vous bien, aimez-moi autant que je vous aime. Ma laconicité vient de ce que j'ai trop de lettres à écrire.

Joseph a grand'peur, d'autant que M. Després se vante qu'il lui donnera des coups de bâton. Je vous prie de l'envoyer chercher et lui dire ou lui faire dire par Monsieur le général que, si pareille aventure arrivoit, je vous promets de faire, à mou arrivée, donner cent coups de bâton à M. Després, qui est d'étoffe à ne pas manquer à mes gens.

(Cette lettre n'est pus signée).

[Autographe]

A Québec, ce 17 janvier 1759.

(Pour vous seul)

M. le marquis de Vaudreuil recevra par le premier courrier ua bon mémoire très militaire sur les diverses

manœuvres de l'ennemi vers Québec et sur les oppositions à faire, ("est Pontleroy qui le lui adresse et qui l'a fait. Je l'ai relu, revu. Pelegrin lui eu adresse un sur les oppositions maritimes avec uns seules ressources, dans le cas ou l'on auroit trois vaisseaux de guerre, une escadre de dix ou de quinze, et l'usage à en faire (sic). J'ai traité la matière des hôpitaux avec l'intendant, notre traitement en lettres du premier terme, l'article vin avec Cadet. Avant de quitter ces lieux, je concilierai et je tirerai pied ou ailes pour les nôtres. Vous voyez que me voilà aux grandes choses e1 à la lecture d'un livre fait par le chevalier de Mirabeau, capitaine de vaisseau, qui, dans une page, fait une satire cruelle du Canada.

Venons aux frivoles. Je retrouvai hier un peu ma santé ; j'en avois besoin ; le jour me parut agréable : je repris d'anciens errements qui m'ont fait abandonner les nouveaux projets.

Bourlamaque est triste. Demain, grande partie de campagne, cinquante-deux personnes ; pique-nique ; Boquemaure, M"" Gauthier, M"" de la Naudière onl tout arrangé, -''en suis, on m'en a mis, on a comptésur moi ; je ne puis jamais être un homme ordinaire. Aussi je fournis l'illumination, violons, orgeat, bière, partie de vin et de quoi faire vingt-six plats, sur soixante-six qu'il y aura, à deux tables, servies également en ambigu. Ce détail pour vous seul ; mais, comme Montréal esl l'écho de Québec, on dira : " M. de Montcalm donne la fête". Le chevalier répondra : " Non, c'est un piquenique : e'est la répétition de celui de la Sainte- " Catherine ; on y a mis M. de Montcalm. Je crois

" bien 411e, noble et galant comme il est, il aura suppléé " à tout ce qui auroit pu embarrasser la société qui l'en " a mis, et fourni par là plus que les autres ".

L'intendant en avoit fait un; moins .arrangé que celui de demain, jeudi dernier, dam. Les clames de la société Péan, avec qui je suis très intimement, d'autant qu'on croit que j'ai des vues pour Lélie et que l'on ne les rejette pas, en méditent un pour jeudi d'ensuite.

L'intendant à qui M. ... * a donné à lire la page qui le peint et le Canada, en a été touché ; il s'est reconnu et l'a dénoté.

Dites à Pouchot, et faites écrire par Cornier à Pontbonne (et) Lapause, qu'il me prend un ennui d'écrire des lettres de bonne année. Ce sont tous trois mes amis ; je suis le leur ; j'aime mieux ne pas répondre à mes amis que manquer aux indifférents. D'ailleurs, des excuses faites par vous, mon cher chevalier, valent mieux qu'une mauvaise lettre. Soyez autant de mes amis que je le suis des vôtres, et j'y compte. Je vous développe mes foiblesses et les replis de mon cœur. Brûlez ma lettre. Si vous étiez gouverneur général, je vous dirais : " Retenez-le-moi ou envoyez-le-moi à ses Acadiens à Miramiehi, sur les glaces, au reste.

(Cette lettre n'est pas signée).

* Un nom illisible.

[Autographe]

A Québec, ce 22 janvier 1759.

(Pour vous seul)

Je réponds, mon cher chevalier, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 17. Je vous envoie la lettre de d'Hébécourt et ma réponse qui en indique une communiquée à Monsieur l'intendant avec qui j'ai tout arrangé. Ma santé bonne. Nous ne nous occupons que de profiter du temps. Je cherche à tuer le temps et ;'i m'amuser. La partie de campagne a été au mieux jalousée. On a fort approuvé le refus total des momons.

Hier au soir, grand dîner et souper à l'intendance; j'y donnai la journée, essai d'un cavagnole le soir, où Cadillac et moi instruisions.

Mille choses à M""' Pénisseault sur sa peur el ses pertes. Je lui suis fort attaché et fort aise du zèle de nos soldats. Je n'ai point de secrétaire e1 le courrier veut partir.

On ne peut vous aimer plus véritablemenl el plus tendrement, mon cher chevalier.

En Vous remerciant d'avoir calmé et tranquillisé Joseph ; je l'étois depuis longtemps. Mes respects & M. et à M"" la marquise de Vaudreuil. ■'(• n'écris pas au premier, n'ayant rien à lui marquer; mais dites-lui bien des choses, ainsi qu'au capitaine Rigaud.

I lel te lel I re n'esl pas signée i.

[Autographe]

Sans date.

Il part un courriel extraordinaire, mon cher chevalier, dépêché par M. de Raraezay pour avoir une réponse positive à faire aux sauvages malécites et micmacs, qui se plaignent d'être mal nourris, mal traités, veulent aller chez eux, dussent-ils se jeter entre les bras de l'Anglois.

L'intendant prétend que M. le général n'est pas encore décidé sur l'Acadie, et qu'il veut y conserver un corps à Miramichi. On y achemine vivres et marchandises. On dit ici que Boishébert ne part que le 25 mars. Il a. gagné cent mille écus la dernière campagne. Je crois qu'il prodigue à qui vous savez sa jeunesse et sa bourse, Comment parer à cela ? C'est beaucoup de n'avoir pas une exclusion totale. Le peu qui me reste m'ennuie : et, de vous à moi, n'en dites mot, parce que je pourrois changer, je crois partir le 3 mars. Partir plus tôt n'eût pas convenu ; mais, ou les choses changeroient bien, ou je ne crois pas que Québec me possède l'hiver prochain, si le malheur s'obstine à nous retenir eu Canada. On se divertit, on ne songe à rien, tout va et ira au diable.

Mon amitié pour vous est sans bornes.

(Cette lettre n'est pas signée).

[Autographe]

A Québec, le 30 janvier \~~>9.

(Pour vous seul)

Je dois réponse, mon cher chevalier, à trois de vos lettres, dont la dernière est du 27. Très reconnaissant de votre obligeante attention. Puisque je l'ai entrepris, j'achèverai le carnaval ici.

Je suis bien aise qu'on ait goûté les doux mémoires. Chargez-vous toujours de mes respects pour le général et Madame; je n'ai rien à leur écrire.

Je ne réponds pas à Marcel ni à Malartic, mille remercîments de ce qu'il m'a écrit. Je vous envoie une lettre de d'Espinassy et ma réponse à cachet- volant ; il est fou, mais il a l'âge. C'est son affaire. Ne faites semblant de rien. Je n'écris pas à Sainl-Alembert ; je vous envoie sa lettre. Je me garderai bien d'engager Saint-Luc a lui prêter.

A l'égard de notre détachemenl pour Niagara, très bien à vous d'avoir fait diminuer.

Cent cinquante ou deux cents au plus, dans l'un et l'autre cas. Voici, à mon avis, la composition. Deux capitaines, les premiers à marcher, la Sarre el Royal- Roussillon à fournir, moins anciens que Pouchot, mais

Les premiers à marcher, toute préférence impossible i t

bonne raison ; cinq lieutenants, cinq sergents, un par détachement de trente ou quarante, les premiers à marcher, sauf dans Béarn. Si Pouchot y veul prendre un

officier-major, et dans Languedoc la Milletière, si c'est l'avis de M. de Vaudreuil. Les sergents, premiers à marcher, sauf le choix d'un ; soldats, premiers à marcher. Au reste, je vais donner une ordonnance que je vous adresserai le premier courrier, pour, dérogeant à l'ordonnance, ordonner que, tant que les troupes seront en Canada, le tour de garde et détachement suive sans interruption de quartier d'hiver ou campagne.

Vous êtes fait pour plaire, pour aimer, être aimé et être heureux ; mais vous ne le serez jamais autant que du meilleur de vos amis, et votre amitié me dédommagera de tout.

Que ferons-nous, la campagne prochaine ? Elle sera épineuse. Nous agirons d'accord, pour le mieux, et, dans un malheur général qu'il faut éviter, nous nous tirerons d'affaire.

(Cette lettre n'est pas signée).

[Autographe]

A Québec, ce 2 février 1759.

M. Cadet, mon cher chevalier, qui vous remettra ma lettre, est très disposé, s'il arrive du vin (car l'étoffe manque clans la colonie) à nous en fournir, et même aux officiers de la colonie, sur le pied de cent écus, en fixant, pour éviter tout abus, à quatre barriques par mois par bataillon. Une quantité est nécessaire à une

armée; le soldat veut boire, quand il travaille et gagne de l'argent^ n'importe à quel prix.

M. de Lotbinière n'a plus celle de Carillon. D'ailleurs, à l'armée, cela devroit regarder on le général ou sou état-major. Moi, je voudrais que M. Cadet s'exécutanl lioui- les troupes, il eût celle de l'armée. Il a goûté mon idée ; cela le dédommagerait du plaisir qu'il 3e propose de faire de bonne grâce. S'il lui vient de la mélasse, il \ feroil vendre de la bière. Je lui ai dit de vous en parler, et que, s'il le falloit, vous pourriez en dire un mot a M. le marquis de Vaudreuil.

J'ai en cela en vue le bien de l'officier. On taxerait en proportion du prix vin et bière. Bien de nouveau ici.

MONTCALM

M. Cadet ne s'en ouvrira qu'avec vous, mon chei chevalier, et l'hiver il continueroit, en donnant part au commandant de l'hiver et en supposant que ces forts nous restent ; car qui, diable ! sait où tout en sera au 1" novembre 1759. Sans me décourager, je redoute cette campagne.

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