‹ Collection des manuscrits (volume 4)Chapitre 14 sur 26 · I. XX VII · texte numérisé non relu

I. XX VII

| Autographe |

A Québec, ce 5 février 1 7 >9.

Belot va à Montréal, mon cher chevalier, pour affaire. Rien de nouveau ici. Tout le monde s'y amuse de Bon mieux; mais, de vousà moi,je m'y ennuie, Cela serait

égal à Montréal. Entre nous, et n'en dites mot : je partirai le 1er mars, assez peu content de mon voyage. Cet incommode l'est totalement ; je ne vous en dis pas davantage.

Je vous envoie quatre copies, pour nos quatre commandants de bataillon, d'un règlement que vous approuverez, je pense ; nos officiers l'ont trouvé ici raisonnable. Quand est-ce que la pièce que nous jouons en Canada finira ?

Montcalm.

Je rouvre ma lettre, mon cher chevalier, pour vous remercier et vous accuser la réception de celles dont Massé étoit porteur.

[Autographe]

A Québec, ce 9 février 1759.

Voici, mon cher chevalier, réponse à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 5. Je soupçonnois volontiers le Loup ; je l'eusse renvoyé avec sûreté, sans l'amarrer. Je ne réponds pas à d'Hébécourt ; mais vous qui êtes plus à portée, vous pourrez lui répoudre, et des excuses et amitiées pour moi.

Je souhaite que vous soyez content et je suis bien aise que vous vous amusiez. Je prévois avec douleur les difficultés de la campagne prochaine, et je crois qu'on y entrera encore tard. Dieu sur tout! Ici je végète, et, soit ennui, mécontentement, difficultés de la campagne

prochaine, je n'y ai pas autant de satisfaction que l'hiver dernier. Au plaisir près de vous voir, mon cher chevalier, je crois quejem'ennuierôis autant à Montréal. J'ai remis hier à l'intendant le mémoire de Malartic. Il répond à Martel une lettre que ce dernier communiquera à Malartic. La retenue se fera au prix ordinaire.

B lamaque reprend bien, ce me semble, et est plus

gai, pour lui, s'entend, qui est naturellement triste. Aimez-moi autant que je vous aime, et je le mérite par l'amitié inviolable que je vous ai vouée pour toujours.

11 nous est arrivé un courrier de Gaspé. Nul bâtiment de France, mais une prise angloise, chargée de farine, lard, et... *, que le Prince- Edouard, parti de Québec, a faite et y a envoyée. Elle nous arrivera à Québec plus tard que si elle partoit de France.

Dimanche, bal à l'intendance, et de gros momons sûrement. Cet officier prisonnier, annoncé de l'Acadie, n'arrive ni n'arrivera.

ii Vue lettre n'est |uis signée i.

| Autographe]

Ce 15 février 1759.

( Pour VOUS seul)

Rien de nouveau, mon cher chevalier: les plaisirs a l'ordinaire ; deux liais encore ; ma vie accoutumée

* Un mot illisible.

entre les maisons Péan et La Naudière ; beaucoup de tranquillité dans la tête et le cœur.

Brûlez ma lettre, mon cher chevalier que j'aime fort et au delà de toute expression.

En vous remerciant, mon cher chevalier, de vos nouvelles contenues dans votre lettre du 12.

Lisez avec attention la lettre du chevalier Savôumin ; faites-en usage, si vous voulez, auprès de M. de Vaudreuil. Mon avis seroit : renvoyer à l'avis de d'Hébécourt, et, s'il le juge à propos, confier au chevalier de Savournin, avec Du Fay sous lui, et... *. Au reste, à votre prudence et examen d'en parler ou n'en pas parler.

(Cette lettre n'est pas signée).

[Autographe]

Ce 17 février 1759.

Comme certainement, mon cher chevalier, mes deux aides de camp vous font leur cour, je vous prie de leur dire que j'ai reçu leurs deux lettres, qu'une grande paresse pour écrire m'a pris, que je les en remercie et que je ne leur réponds pas.

Mes réflexions sur les dernières nouvelles sont : les pays d'En-Haut perdus, Chouaguen rétabli, M. de

* Un mot illisible, peut-être un nom propre.

Vaudreuil endormi par la déclaration vraie ou fausse des Hollandois sur la partie de Québec et sans vivres pour aller à Carillon, où, suivant Mercier, on ne peut j ouvrir la campagne qu'avec dos cinq bataillons et les soldats de la colonie de Montréal, niais toujours les secours des Canadiens parés pour arriver après avoir abandonné Carillon et y avoir laissé établir l'ennemi. Car enfin, ne vinssent-ils que huit à dix mille hommes, quelle manœuvre avec cinq bataillons faisant deux mille hommes et quatre ou cinq cents soldats colonie? Sur ce nombre, à distraire garnison, non valeur et de quoi armer les chébecs et jacobites pour assurer la retraite.

Vous m'écrivez qu'on a envoyé ordre à Boishébertde partir dans les huit premiers jouis de mars. Je crains que vous ne vous soyez trompé de mois Je suis persuadé qu'il n'en fera rien à moins d'un ordre exprès e1 d'un jour fixe. Je voudrais cependanl le savoir par le retour de ce courrier. Von-, pourrir/ peut-être le savoir sans affectation par Mercier. Il paraît que Boishébert m- veut partir que dans les huit premiers jours d'avril.

Brûlez ma lettre. Aimez-moi toujours, mon ehei chevalier.

m lotte lettre n'est pas signée).

[Autographe]

A Québec, ce 24 février 1759.

Je réponds par celle-ci, mon cher chevalier, à votre dernière lettre du 20, en vous remerciant de votre attention à m'écrire par chaque occasion.

Boishébert, un dieu, un diable, ne partira qu'à la fin de mars, c'est-à-dire, au plus tôt du 20 au 25 mars, et, dès qu'il ne part pas dans les premiers jours, cela m'est égal.

D'après les conseils sauvages, je les vois accommodés, et les pays d'En-Haut perdus; mais des millions dépensés, soit là, au Détroit ou en Acadie, sans nécessité. Nuls vivres pour entrer en campagne. L'année dernière, un tiers des terres ne fut pas ensemencé ; cette annéeci, il y en aura moitié. Les bœufs à la charrue enlevés ; quatre ou cinq cents quarts de bœuf qu'on sale pour attendre le lard de France. La colonie est perdue si la paix n'arrive pas ; je ne vois rien qui puisse la sauver. Ceux qui la gouvernent ont de furieux reproches à se faire ; pour moi, je n'en ai point à me faire.

J'attends avec bien de l'impatience les nouvelles de notre patrie; Dieu veuille qu'elles soient satisfaisantes.

Nous avons eu hier un bal, mardi, le dernier ; et ne croyez pas que je m'amuse beaucoup.

On ne peut vous aimer plus tendrement, mon cher chevalier.

Je vous prie de remettre cette lettre ci-jointe en main propre à La Rochebeaucour que vous enverrez chercher.

(Cette lettre n'est pas signé'-;.

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