‹ Collection des manuscrits (volume 4)Chapitre 15 sur 26 · LXXXII · texte numérisé non relu

LXXXII

\ Québec, le 23 mai 1759.

Nous venons, Monsieur, d'apprendre par deux capitaines marchands qu'ils ont vu à Saint-Barnabe sept ou dix vaisseaux. Ce pourrait être l'avant-garde des

Anglois. Cependant on n'a pas fait de signaux, et nous n'avons point d'avis; ce qui m'empêche, vu la nécessité de ménager nos vivres, de faire avancer nos bataillons ; mais faites -les tenir prêts, car, avant vingt-quatre heures, vous recevrez peut-être un second courrier poulies mettre en mouvement. M. de Rigaud aura la bonté de faire tenir prêts les Canadiens nue M. de Yaudreuil destine à la défense de cette partie.

J'envoie des ordres pour que le bataillon de Languedoc marche.

MONTCALM

Je compte M. le marquis de Vaudreuil parti ; s'il ne l'est pas, vous lui communiquerez ma lettre.

Il serait à souhaiter que nous eussions ions les charpentiers qui sont à Montréal, sauf à laisser ceux qui sont nécessaires pour L'entretien des bateaux. Je demande tous 1rs charpentiers, tant des troupes de terre que < lanadiens.

• Depuis cel endroit jusqu'à la lin du recueil, les numéros

.1rs lettres concordent avec ceux de la présent lition.

[Autographe]

25 mai 1759

J'ai encore moins de temps, mon cher chevalier, pour écrire, depuis l'arrivée de M. le marquis de Vaudreuil ; car il faut lui faire jouer le rôle de général. Je lui sers de secrétaire et de major. Il me tarde que nous vous ayons et de vous embrasser. Songez que le Long-Sault est un poste très bon va extremis, et écrivez-le au chevalier de La Corne. Si vous vouliez pour votre Ileaux-Noix un ingénieur au lieu de Lapause, on en enverrait un. Je vous embrasse. J'ai reçu, je crois, trois cents lettres.

(Cette lettre n'est pas signée).

29 juin 1759 f.

Je fus hier à la ville. Je vis le conseil tumultueux, indécent, de la marine. Somme toute, de vous à moi, à cause de ses frères, la tête avoit tourné à La Milletière, le seul qui ait manœuvré le commandant de bouche (?). Le cri général est contre Mercier ; impatience pour ses

* La date n'est pas autographe.

t La date n'est pas autographe.

batteries auxquelles toute l'année est subordonnée. On dit que le marquis de Vaudreuil arrive ce soir. Enfin il m'a promis d'établir une vigie au sud.

Hier au soir, on voyoitde la Canardière tous les vaisseaux s'appareiller; j'envoyai dire qu'on se couchât, et cela se réduisit à trois qui sont en avant-garde. Incertain si je vous verrai avant. Unis heures. Je vous envoie l'ordre ; voyez s'il y a quelque chose à ajouter ; j'ai laissé en blanc un détail à faire avec l'ingénieur.

Béarn et Languedoc ont un bon terrain, demandent à décamper, ce qu'ils font après-midi ; ils s'épauleront eu tout cas, mais ils craignent du retard, si c'étoit de nuit.

Bonjour, M. le chevalier. M. de Fournery entre, qui prétend que l'on a tiré beaucoup de coups de fusil à la pointe de Lévis et qu'il oroiroii un débarquement J'envoie à la ville.

(Ci'tto lettre nV.-t pus signée).

| Autographe, sauf la date]

•i- juillet 17.")'.'.

Depuis vous avoir quitté, mon cher chevalier, je suis ;'i cheval et je cours, et je suis effrayé de notre position, sur laquelle je vous conjure de réfléchir <;m< opiniâtreté pour une première opinion. 1" La multiplication d'ouvragés au-dessus ,1, cette fortification uaturelle

depuis le Sault de Montmorency jusqu'à la pointe du Lessey (*) ? 2" Comment voulez- vous que l'on garde cet espace immense depuis le poste de Royal-Broussillon jusqu'à la Sarre? 3" Languedoc et Béarn trop loin; si on peut, campons-les plus près, fût-ce dans les blés, et par séparation, même par demi-bataillon. 4" Si M. le marquis de Vaudreuil ne eommandoit pas l'armée et que je la commandasse en chef, il en arriverait tout ce qui pourrait, je resserrerais ma ligue de la Canardière à Beauport, et j'espérerais avec deux mille Montréalistes et sauvages garder la gauche, et je n'y mettrais rien de plus. 5" Pensez-vous que les ennemis préfèrent une descente qu'ils peuvent protéger du canon, à une que leur canon ne protégera pas, eu ce cas de Beauport à la Canardière ? 6" L'opinion des vieux officiers de l'armée est telle. 7" Je vous écris de chez Poulhariez, sans cependant m'en communiquer avec personne, afiu que vous dormiez dessus, comme vous dites très bien. Mais je vois l'armée battue ; et, par cette seconde disposition, quand même, ce dont je doute, ils penseraient pénétrer par la partie du Sault Montmorency à Beauport, nous avons une retraite assurée, et, par le centre, si nous sommes forcés, nulle retraite. Si nous diminuons la gauche et que vous n'y trouviez pas assez de monde pour nous en charger, considérous-la comme corps de troupes légères, et ne regardons la gauche que vers

(*) du Lest, parce que c'étoit l'endroit où les marins prenaient leur lest Note de l'éditeur.

Royal-Boussillon, et nous mettrions plus de troupes de là à la Canardière.

Je suis sûr que demain vous serez la plume à la main, effrayé du détail des gardes.

Il faut faire un habit suivant l'étoffe, qui est courte. Je vous écris avec ouverture ; je défère volontiers à votre avis ; mais tâchons de n'en avoir qu'un, mon cher chevalier. L'amitié et l'intérêt nous y doit porter (sic). De Languedoc et Béarn au rivage, je vois une heure ; de Royal-Roussillon à la Sarre, je parie demi Jieue ; faisant treize cents toises. Qu'est-ce que ces cinq bataillons ? Heureusement, du Sault ici, il ne faut que Montréalistes et sauvages par la nature du terrain ; et, si le fort s'y portait, alors comme alors ; mais nous devons supposer l'attaque par le centre. Bonsoir chevalier.

Si nous sommes forcés par le centre, nulle ressource ; par la partie du Sault, nous sommes toujours à même de jirendre cette position si militaire que vous pensez que nous devions prendre par choix, et c'eût été assez mon avis; je parle de cette derrière, la rivière Saint- Charles.

Nous pourrions faire faire en deux fois vingt-quatre heures un ouvrage en avant de Royal-Boussillon, depuis le bord des bois à la naissance du Grand-Rideau jusqu'à la vieille Beauport ; ensuite les faire resserrer, et les milices de la ville de Montréal prendroienl leur place, ou quelques-unes du gouvernemenl de Montréal à option.

Vous avez dix-huit redoutes ou redans, indépendamment des ouvrages de la tète du ponl et des épaule-

ments qui couvrent les rampes depuis le Sault jusqu'à Beau port.

Les dix-huit redoutes

ou redaus,au moins 1,200 hommes.

Les épaulements oOO " '1,650 hommes.

La garde de la tête

du pont 150 " j

On nous demandera pour la ville un supplément de 300 Canadiens.

1,950 hommes.

Fonds de l'armée, pour vous seul.

Cinq bataillons.... 2,900 hommes *~\

Trois-Rivières 1,100

Montréal 3,800 " 10,800 hommes.

Québec, au plus... 3,000 " et avec les sinuosités de quatre à cinq lieues à garder. Voilà le tableau, méditez-le ce soir.

Il y a douze cents toises de la Canardière à la rivière Saint-Charles ; il y faut au moins trois ou quatre cents Canadiens.

(Cette lettre n'est pas signée).

* Le manuscrit porte 1,900 hommes, c'est une erreur ainsi que le prouve le total et un autre tableau donné dans la lettre du 3 juillet.

[Autographe, sauf la date]

2 juillet 1759.

Vous êtes heureux d'être infatigable. C'est toujours au mieux. Je ne crois à rien de votre homme. Je ne sais si on vous l'aura envoyé ; en tout cas, j'écris à Saint-Sauveur que ce ne soit que vers le midi. Je suis d'avis de garder stricte un homme qui nage si bien et que je soupçonne déserteur-espion pour s'en retourner.

(Cette lettre n'est pas signée).

[Autographe, sauf la date]

3 juillet 1759.

Quoique vous n'aimiez pas que l'on change d'avis, examinez bien ; car, si votre cavalerie ne peul manœuvrer dans votre partie, il est inutile de la garder. En ce cas, il vaudrait mieux nous la laisser que de l'avoir inutile. Exécutez-vous sur une partie où quelques hommes de plus ou de moins ne décideront pas du succès et dont la perte est moins décisive.

La mettez-vous dans la plaine îles Molières i Si elle remonte les rampes, vous oe les aurez pas rompus. La tiendrez-vous sur la hauteur ? Elle aura bien de la peine à descendre les rampes. Ici, il y a plaine Poui moi, je m'en rapporte au mieux.

LXXXVIII [Autographe, sauf la date]

3 juillet 1759.

Avant que de vous coucher, je serai bien aise d'avoir de vos nouvelles. Rien de nouveau chez nous. Je marcherai sur-le-champ, avec tout, sauf deux mille six mi sept cents hommes ; au reste, Québec n'a que deux mille six cents hommes, attendu ses détachements.

Ainsi, voilà notre état au juste :

Chevalier de Lévis

Montréal 3,000 hommes]

Réserve 500 "

L'Ange-Gardien 200 « 3,760 hommes.

Volontaires 60 "

MONTCALM

Cinq bataillons 2,700 hommes)

rp • -n- ■> hSn «« !• 3,450 hommes.

rrois-Rivières /oO )

Je marcherai avec cela.

Québec 2,600

Je ne vous vois aucun corps solide ; je serai demain chez vous. Je voudrois vous envoyer les cinq compagnies de grenadiers et retarder mon mouvement qui ne plaît pas ici, où l'on a peur, entre nous, de se. trouver seuls. Mais j'irai vite avec mes trois mille deux cents

hommes ; car, qui de trois mille quatre cent cinquante ôte deux cent cinquante grenadiers que je vous offre, reste à trois mille deux cents. Au reste, rompra vos gens et les retrancher, vous défiler du canoD, des partis au delà du Sault, des patrouilles même jusqu'aux concessions les plus éloignées en remontant le Sault, Bon soir chevalier.

Le camp reconnu servirait à retraite en cas de besoin et jonction ; peut-être vous deviendra nécessaire si les boulets vous chassent, et de simples postes en avant.

Dormez dessus. Je serai demain à vous à sept heures.

(Cette lettre n'est pas signée).

[Autographe, sauf la date]

5juille1 1759.

Imaginez jusqu'à Senezergues qui veut une lunette à la gauche pour la garde. C'est bien pour le coup qu'où passera la vie à observer. Cependant, si vous la vouliez pour là ou ailleurs, l'intendant en offre une.

Senezergues prétend que Monin a une pacotille de quatre cent cinquante paires de souliers. Si vous pouviez découvrir cria, [es faire acheter par le Roi, qui en a et aura besoin.

Ce 5 juillet au soir 1759.

Tout ce que vous faites, mou cher chevalier, est toujours très bien. S'il ue falloit que votre vigilance pour sauver le pays, la besogne serait sûre, mais il faut autre chose.

Je me flatte que vous pourrez avoir demain deux pièces de canon de gros calibre. M. Jacquot, à qui j'en écris dans le moment, sera demain chez vous au point du jour.

Voyez de lui donner vos ordres pour vos mortiers. On pourrait en retirer un de la ville, en monter un des deux et laisser toujours celui de la pointe de Laisse *.

J'ai été à la ville faire travailler à force à un épaulement.

Trois déserteurs de ce soir, ils prennent tous parti dans nos troupes.

Bellecombe n'a su ce qu'il vous disoit, et le chevalier de Bernetz n'a su ce qu'il écrivoit.

Le soldat de Royal-Eoussillon a été arrêté par M. de Saint-Maurice, officier de nos troupes, volant avec fracture. Il a contrevenu au ban de l'armée. On n'a point instruit et on n'instruira pas son procès. Il doit m'être conduit demain. Je l'enverrai avec un ordre signé de moi pour lui faire casser la tête, comme contrevenant au ban. Le major-général ordonnera l'heure, et on y enverra des piquets. Vous voyez que voilà la

* du Lest.

forme dont vous parlez bien suivie. M. de Poulhariez devoit me faire l'honneur de croire que je savois là forme, et que je n'aurois pas permis que l'on eût jugé un soldat de nos troupes, sans j appeler un aide-majori et que l'eût-on fait à mon insu, j'aurois bientôt fait recommencer la procédure, la première étant nulle par lu forme, et quand même il y eut eu à la ville conseil de guerre et sentence, parce que Poulhariez, qui sait moins le droit que moi, ignore peut-être que, la forme de la procédure étant nulle, la sentence le devient. Il est vrai que, si on l'eût fait pendre à mon insu, je n'aurois pas t'ait recommencer la procédure, parce que, pour me servir des termes du chancelier Daguesseau, en écrivant à la. cour des aides de Montpellier sur un fait pareil, il leuT écrivoit : " Le Roi désapprouvre votre conduite; mais je n'ai rien à décider sur le fait actuel, puisque vous avez fait vider la compétence par la main du bourreau ".

Vous eiiiiiinis.se/, mes sentiments pour vous, mon cher chevalier.

MONTCALM

Autographe. — M. de Ramezay a fait les signaux, dmit avis qu'il a vu beaucoup de berges dépasser le cap et demande du secours, -le viens d'ordonner qu'on prenne les armes à l'un des camps, depuis Guyenne jusqu'au jour ou après la h... ■ et les découvertes faites. Nous verrons au jour, de vous donne toujours ■ et a\ is ; je lui envoie des piquets.

La lin de ce met a été déchiré.

[Autographe, sauf la date]

Du 5 au 6 juillet 1759.

J'ai reçu le billet de M. le chevalier de Lévis. J'envoie Marcel chercher les canons et les plates-formes.

Montcalm.

Les ordres de Mercier, à qui sont-ils donnés pour cela ?

[Autographe, saui la date]

Du 5 au 6 juillet 1759.

Je vous envoie, mon cher chevalier, une lettre de M. le marquis de Vaudreuil. Voyez si, sur sa lettre, vous voudriez envoyer quelques sauvages à l'Ànsedes-Mères, quand ce ne seroit que des Hurons et quelques Abénakis avec Florimond. A votre prudence.

7 juillet 1759.

De Caire va monter à cheval et être chez vous ; Lapause a jalonné et fait reconnoître des chemins pour nous porter à tous les gués du Sault Montmorency;

Longueuil, qui étoit avec lui, y retourne aujourd'hui avec une douzaine de sergents pour les bien connottre. Je suis persuadé que l'ennemi va chercher à faire des chemins pour chercher à mener du canon vis-à-vis tous ces gués, et j'y voudrais des épaulements.

Les outils ne vous manqueront pas ; car je vais vous faire envoyer ce matin cent pelles et cent pioches ; s'il vous en faut davantage, demandez.

Userait bon que nos sauvages donnassent une pou -- e aux travailleurs des ennemis, et leur donner quelques Canadiens avec, ou volontaires, pour qu'ils ne disent pas qu'on leur fait faire la guerre à eux seuls.

La ville aura pu dormir ; car ils n'ont point tin' de bombes cette nuit. Je m'occupe aujourd'hui de la partie qui concerne la pointe Lessé *.

Bonjour, Monsieur le chevalier.

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