LETTRES
MARQUIS DE MOBTCALM
A Québec, 21 mai 1756.
Je pars demain, mon cher chevalier, avec le regrei
de ne vous avoir pas embrassé, et de n'avoir pas vu M. le chevalier de Tonrville : mais j'ai appris avec satisfaction que vous êtes tous en bonne santé.
M. de Bourlamaque voudra bien vous remettre une instruction que vous communiquerez aux commandants de bataillons du régiment de Eoyal-Koussillon.
Le major du régiment de la Sarre a un exemplaire de l'ordonnance sur la discipline et le service des troupes, qu'il faut leur faire lire à mesure qu'elles débarquent. Vous aurez ensuite soin de retirer cet exemplaire manuscrit.
M. de Bourlamaque vous fera pari du peu de connoissance que je lui ai donné, sur le pays et ceux qui L'habitent, et s'il étoii parti, sans vous attendre, M de Senezergues y suppléerait, el encore mieux, M. Doreil, que vous aurez dans peu de jours. -T'ai cru convenable de l'attendre, pour faire faire aux troupes les distributions.
Vous avez toute autorité pour la discipline intérieure, sur nos troupes; vous n'avez rien à voir sur celles de la colonie, pas même sur les recrues arrivées, qui sont censées leur appartenir en entier jusqu'à ce qu'ils nous aient donné notre lot.
Les troupes sonl sous l'entière autorité de l'étatmajor, comme dans les garnisons de France. J'ai donné le mot connue officier général employé. Quant à vous, mon cher chevalier, comme brigadier employé, pour l'ordinaire du 25 juin L750, nous ne devez pas le donner ; il ne \ ous est dû que la sentinelle, ei les postes doivent se mettre en haie sans aunes, service des places.
Quelque empressement que vous ayez de voir M. le marquis de Vaudreuil, je vous prie de rester ici jusqu'à ce que j'aie l'honneur de vous faire pari de ses intentions, il esl nécessaire qu'il reste un officier supérieur avec nos bataillons jusqu'à ce qu'on les déblaye. Cela vous donnera le temps de vous reposer et de vous arranger.
A l'égard de M. I les < iombles, je le prie de se rendre. le ] il us tôt qu'il sera possible, à Montréal, 1 1 s'il se peut au bout de vingt-quatre heures de repos, M. l'intendant lui en procurera les moj en
Pour La Roche * il trouvera ici mou secrétaire, qui aura soin de lui, e( .si vous l'approuvez, il ne viendra à Montréal qu'avec vous.
Ayez grande attention, ainsi que MM. Des Combles et de La Roche, de faire retirer tout ce -que le Roi vous a donné pour votre coucher et celui de vos gens; vous en aurez besoin ici.
Vous trouverez qu'il est d'usage, dans la colonie, de rendre des honneurs au gouverneur généra], à l'évêque, à l'intendant, aux capitaines de vaisseaux, que nous ne conm lissons pas ; mais ils sont réglés par des ordres particuliers du Roi, et cela doit suffire.
J'ai l'honneur, etc., etc.,
MriNTCALM.
Vous voudrez bien communiquer à MM. Des Combles et de La Roche, les articles qui les concernent. Si l'on vous remet, mon cher chevalier, des lettres de .M. le marquis de Vaudreuil pour moi, ayez la bonté de les ouvrir; elles pourraient contenir des ordres.
Ai rOGRAPHB. — Vous aurez la bonté, mon cher chevalier, de m'envoyer, par le premier courrier qui viendra à Montréal, détails exacts de la force de nos bataillons. Faites attention, qu'outre les courriers extraordinaires dont M. de Longueuil ou l'intendant vous avertiront, il part, tous les lundis au soir, un courrier.
La Rochebeaucour,
12 LETTBES DTJ MARQUIS DE MONTCALM
A Montréal, le 29 mai 1756.
M. Doreil, mon cher chevalier, vous rendra compte des arrangements que j'ai pris et que je propo : M. l'intendant, poui vous el pouT M. de Bourlamaque. [ls sonl différents de ceux du baron de Dieskau. Ils peuvent être moins avantageux, mais je les crois plus honnêtes.
La Sarre partira toujours, par eau, vendredi ou samedi, et vous leur ordonnerez que l'un disperse lis officiers et sergents île façon qu'il y en ail dans chaque Dans les bateaux où il ne pourra y avoir un sergent, il laut qu'il y ait au moins un caporal, chef d'ordinaire, qui sera chargé, ainsi que les sergents dans tous les bateaux où ils seront, île la distribution journalière «les vivres. C'est leur affaire de les compasser pour le nombre de jour- pour lesquels on les leur aura donnés, de prendre garde que l'on n'y touche que parleur ordre, les faire couvrir en cas de pluie pour empêcher qu'ils ne se gâtent. 11 y aura une lent.', avec les outils et ustensiles nécessaires de cuisine, par bateau. < In commettra de, soldats pour avoir soin di s, pour débarquer et embarquer ; et, s'il y avoit quelqu'un de ceux qui auront été commis qui ne s'y prêtât pas, ou qui laissât prendre quelque chose, le chef d'ordinaire du bateau en rendra compte au chef de division, qui les fera punir, et payer les effets qu'ils auront perdus. 11 \ aura un soldat de garde par bateau, compris un
sergent et un caporal sur le tout, avec un officier. Quand les bateaux arrêtent pour faire halte, loger ou camper, l'officier, sergent, on soldats, sautent à terre avec leurs armes, et se rassemblent avec l'officier, qui s'en sert pour établir des gardes aux bateaux, autour du camp ou du logement. Si l'on est dans le cas de loger, on ne doit laisser sortir les soldats du bateau, qu'après que l'officier major a établi le logement. On ne sauroit trop recommander l'attention à faire garder les bateaux, et à empêcher qu'on n'y prenne rien pendant la nuit, et avoir grande attention à la conservation des vivres.
Défense aux soldat- et Canadiens d'avoir des disputes ensemble. Lorsqu'ils auront des démêlés, il en rendront compte à celui qui commandera le bateau, et, si le cas mérite attention, au commandant de division. Les Soldats percheront, rameront, et tireront à la cordelle, et porteront, indistinctement avec les Canadiens, laissant cependant aux derniers la direction et la conduite des bateaux, et exécuteront ce qu'ils leur demanderont pour la manœuvre.
Les commandants dos bateaux auront attention de ne jamais permettre, que leurs bateaux dépassent celui qui aura été marqué pour chef de brigade. Les brigades seront composées, au moins de quatre bateaux et au plus de six, lesquels ne partiront que les uns après les autres, suivant que le commandant l'aura réglé.
Voilà, mon cher chevalier, en gros, ce qu'il y a à ordonner, à quoi vous ajouterez toutes les précautions que vous croirez convenables, et, avant que de donner votre ordre, conférez avec M. de Longueuil, homme de mérite. Royal-Koussillon partira le plus tôt que faire
se pourra, comme il marche par terre, il n'y a rien à lui prescrire que la discipline accoutumée, si M. Doreil, n'étoil pas porteur <le ma lettre, je vous écrirais des vo lûmes ; mais il suppléera a tout, el je n'ai pas besoin de lui recommander de parler au chevalier de Lévis, avec vérité el confiance. .Mis compliments à M. de Fontbrune. Envoyez, au plus tôt, M. H.'- Combles, et par terre ; nous en sommes pressés. M. l'intendanl y pourvoira et donnera ses ordres pour son voyage, article qui ilnit être sur le compte du Roi, et le seul qu'un homme comme vous doive preudre.
Ai roGRAPHE. — NTe doutez pas de m i tendre amitié, mon cher chevalier.
i l'a- signée.)
| Autographe |
A Montréal, le '■', juin 1756.
J'étois eu peine de \ otre santé, mon cher cb et je n'ai pas moins d'impatience de vous voir que Ma;-, mais M. le marquis île Vaudreuil désire que vous ne pariiez qu'après avoir mis eu mouvemenl la première division de Royal-Roussillon, pour venir à votre aise, et c'esl vous rendre service. Doreil vous le dira. D'ailleurs la chose ne presse pa - ; et, pressât-elle, nous ne aller plus vite. Tout est lent, el à Versailles mi ne sait, ni on ne saura rien de ce que vous saurez aisément el vite.
J'espère, comme vous, que le séjour dans un bon climat, et le soin dans de bons hôpitaux, rétabliront vite nos soldats. Je eonnois assez le chevalier de Bernetz, pour savoir que votre présence, bonne partout, ne seroil pas absolument nécessaire; mais le général le veut. D'ailleurs, vous aurez par là, le temps de vous retourner, et voici mon avis, sur lequel vous raisonnerez avec M. Doreil. Vous ferez bien de faire partir plus tôt que plus tard, par eau, ceux de vos gens dont vous aurez besoin en campagne, et Laisser le reste à Québec. Mais au contraire, je fais tout venir ici, hors la moitié de ma batterie de cuisine, parce que je prévois que je serai obligé d'être à Montréal, sauf à aller à Québec, si le marquis de Vaudreuil y va, et vous serez obligé d'être à Québec, ou, si je vais à Québec, vous serez obligé d'être ici, ergo, laissez la plus grande partie de vus affaires, si vous le jugez à propos à Québec, moyennant quoi, uous nous aiderons mutuellement. Pour ici, il ne vous faut aucune maison ; M. le marquis de Vaudreuil en a une bonne, jusqu'à ce que vous allie/ à un camp; et moi, qui n'en ai point encore, je pourrai vous donner un morceau. M. Doreil, à qui je vous renvoie pour les nouvelles, vous aidera d'avis, et l'intendant, de moyen.
Je vous prie de dire a M. deBellecombe 411e les avancements ne sont pas aisés dans un pays où il ne vaque pas d'emploi, et où tous les régiments ont des sujets. On y songera cependant dans l'occasion. Vous serez très content de M. le marquis de Vaudreuil; je l'ai prévenu sur votre compte, comme je le devois. De vos provisions, je ferai passer ici toute l'eau-de-vie, si
Ki LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
voua eu avez, et rien qu'une petite portion du reste. Voyez M. Doreil.
Je vous prie de joindre mes remerciements aux vôtres, auprès de M. de Montalais, de toutes les bontés qu'il a eues pour nos troupes, dont M. le chevalier de Bernetz me paroît bien touché et bien reconnois8ant. Beaxicoup de compliments à M. le chevalier de Tourville, -le vous joins ici un bulletin *, dans le cas où vous ne seriez pas au fait. Si vous écrivez à M. de Mirepoix, nulle choses pour moi, ainsi que des respects à Madame, et mille amitiés à Léran. Je suis fort aise que M de Fontbrune se porte bien et que vous ayez été content de La Roche; je leur fais bien des compliments.
.l'ai l'honneur, etc.,
MONTi u.M.
M. de Bourlamaque vous fait ses compliments.
Bulletin dont il estquestion dans la lettre précédt nte.
Les bataillonsde la Reine et de Languedoc 3ont campés à Carillon, avec un corps de Canadiens el de sauvagi en avant, pour éclairer cette partie, par de
' Pièce suivante.
fréquents détachements, où l'on prend toujours quelques chevelures sur l'Anglois. Béarn est eu marche depuis quinze jours pour camper à Niagara. Guyenne est en marche pour camper à Frontenac ; la Sarre l'y joindra. Nos ingénieurs y passent, cette partie ayant besoin de leur présence pour y mettre ce fort en bon état. L'Anglois commence à se rassembler vers le fort de Chouaguen et le lac Saint-Sacrement. La destination du régiment de Royal-ltoussillon, qui ne saurait être à Montréal que vers la fin de ce mois, dépendra des nouvelles de l'ennemi. La navigation du lac Ontario est un objet de conséquence ; nous y avons quatre bâtiments avec de l'artillerie ; les Anglois y en avoient deux ; ils en construisent un troisième. Nous avons un gros détachement de Canadiens et sauvages en marche, depuis trois semaines, vers Chouaguen. Nos petits partis font assez bien. Nos dernières nouvelles du fort Duquesne, à trois cents lieues d'ici, sont du 27 avril, les ennemis ne paroissoient faire aucun mouvement considérable de ce côté-là. Les nations d'en haut paroissent bien disposées. Je ne vois encore du côté des Cinq-Nations, que la neutralité.
Instructions pour M. le chevalier de Léois, brigadier • li s armées.
M. le chevalier de Lévis, conformément aux ordres que je lui ai remis, de M. le marquis de Vaudreuil, restera au camp de Carillon, pour y commander les troupes, ci veiller à lu défense de cette frontière. Je remets à M. lu chevalier de Lévis, l'instruction qui m'avoil été donnée, par M. le marquis de Vaudreuil, les lettres de Rlonsieur l'intendant, relatives aux besoins des troupes, lu réponse 'I1' M. Varin au mémoire îles effets qui manquent au magasin du Roi, les divers états qui m'ont été remis par les îieurs Almain et La Force, de ce qui est dans les magasins de Saint-Frédéric el de Carillon, un état de l'artillerie el munition de guerre, soil ici, soit au fort de Saint-Frédéric, remis par M. Lusignan, un état île l'effectif des troupes qui resteront aux ordres de M. le chevalier de Lévis, soit ici, soil au Portage, mi pour la garnison du fort Saint-Frédéric, un état des I .( i-t .'s pour la sûreté du camp, et des détachements actuels, .le n'ai îicn à prescrire a M. le chevalier du Lévis pour les divers objets de police et, de discipline ; il ,i connoissance de tous les ordres que j'ai donnés a cet égard, après en avoir conféré avec lui.
A l'égard de l'artillerie, il lui a paru, ainsi qu'à moi, qu'elle ne pouvoil servir pour la défense des postes avancés. M taudn.ii, pour l'y conduire, l'aire un chemin qui, dans l'occasion, pourrait un jour, nous être plus
nuisible qu'utile. M. le chevalier de Lévis doit faire mettre en état, le plus tôt qu'il lui sera possible, les canons destinés à la défense du fort et du plateau. Si l'ennemi, pour multiplier ses attaques, venoit tenter un débarquement sur le fond du camp, il y a une pointe, en avant du camp de la Reine, où la direction du feu d'une batterie, feroit un grand effet.
M. le chevalier de Lévis aura quatre cents bons fusils, dans des caisses, qu'il ne fera ouvrir qu'au moment d'uue action; il n'en donnera aucun, sous aucun prétexte.
Quant aux travaux, je n'ai pas besoin de recommander à M. le chevalier de Lévis d'accélérer; mais il doit presser M. de Lotbinière, le restreindre à la partie de l'ouvrage la plus pressée, et l'empêcher de se distraire par d'autres objets utiles, mais qui peuvent se faire avec le temps, lui faire toujours prendre les voies les plus courtes, tenir la main à ee que les ouvriers ne se détournent pas, et que les troupes ue se relâchent pas sur le nombre qu'elles peuvent en fournir, se faire rendre compte des outils, du besoin qu'on en a, pour les demander à l'avance, et faire faire des recherches, surtout chez les miliciens, pour qu'on ne détourne pas les outils. Quant aux hôpitaux, on ne doit garder ici que les malades attaqués trop vivement pour être transportés ; renvoyer les autres au fort Saint-Frédéric. Lorsque le sieur Henry, chirurgien-major de Royal-Roussillon, sera arrivé, il faut lui confier la direction des hôpitaux, en l'absence du sieur Arnoux. M. le, chevalier de. Lévis continuera à faire entretenir la propreté du fort,
20 LETTRES M MARQUiS DE MONTCALM
en en chargeant le sieui de la Milletière, qui s'acquitte très bien des fonctions de major du fort.
Quant aux vivres, on est actuellement content du pain, tant l'officier que le soldat. Comme il est nécessaire de tout consommer, dans une colonie où les vivres sont raves, il faut continuel' à faire le pain de l'officiel avec les deux-tiers de farine blanche, et l'autre tiers de farine gerniée ; pour ce qui est de celui du soldai, par moitié. Cependant, si M. le chevalier de Lévis croyoit nécessaire de le rendre meilleur, pour la conservation des hommes, il feroit très bien de mêler la quantité des farines germées avec la bonne. Il est trop éclairé pour ne pas s'y déterminer, avec connoissance, sans écouter 1rs [.lainles, souvent mal fondées, de divers officiers. J'ai ordonné un cinquième tour, nécessaire et indispensable, dans ce moment, et dans le cas d'une augmentation de troupes ; j'ai augmente les employés à la boulangerie, de quelques hommes de plus, pour que les farines soient mieux écrasées. J'ai arrangé pour que dorénavant toutes les troupes prissent le pain pour quatre jours; ou doit faire la distribution tous les jours, pour l'hôpital et les sauvages. M. le chevalier de Lévis ordonnera pour toutes les autres distributions, et s'en fera rendre compte.
La conservation des bateaux exige beaucoup d'attention, el de les faire entretenir. Il fera visiter tous ceux qui arriveront et partiront, pour voir si l'on apporterait île l'eau-de-vie, et si l'on emporteroil fusils et outils.
Il v ;i six bateaux destinés au va-et-vient, pour aller au porl Saint- Frédéric ; je les ai réduits à quatre. M. le chevalier de Lévis est aussi au lait que moi, de la façon
de conduire les sauvages, et la nécessité de porter autant de douceur que de patience, en y mettant aussi de la fermeté. Le grand moyen d'en tirer parti, est d'arrêter le commerce illicite de l'eau-de-vie. 11 paraît que, depuis les précautions et ordres multiples, l'ivrognerie a cessé, en grande partie.
Il ne reste qu'à remettre sous les yeux de M. le chevalier de Lévis, ses propres réflexions, pour la défensive de ce poste, auquel il faudrait trois mille hommes effectifs. M. le chevalier de Lévis ne peut, cependant compter, à présent, que sur deux mille quatre-vingt-huit combattants, non compris les sauvages [qui font une navette continuelle, et qui ne sont au camp, au portage ou au détachement, que cent soixante-quinze *], dont envirou quatorze cents troupes de terre ou de la marine.
M. le chevalier de Lévis doit toujours laisser les troupes dans la persuasion de la bonté de ce poste. Je pense même qu'on sera assez heureux pour s'y soutenir ; mais ça ne sera pas par sa position, avec des forces inférieures, mais parce que nous aurons à combattre des troupes foibles, des officiers-généraux peu capables, ou peu instruits du local. 11 n'y a que la ruse, la chicane, et une défense nerveuse, qui puissent nous y faire soutenir, en cas d'attaque, jusques à ce que le fort soit en état de défense. Il :.e faut pas se dissimuler que le dit fort, avec un travail assidu, ne saurait être en état d'y sacrifier (sic) une garnison, que dans un mois au
* Ce qui est entre crochets, a été ajouté en marge, de la maiu du marquis de Montcalm.
22 I M i RES D! MARQUIS DE MOH L'CALM
plus tôt. Si l'ennemi a des forces supérieures, il doit multiplier ses attaques, venir par 1rs deux vives du lac Saint-Sacrement, par le bois, que M. le chevalier de Lévis a reconnu très praticable, et même par le côté des Deux-Rochers, pour venir par le fond du camp. Toute fausse que seroii cette dernière attaque, elle occuperait toujours partie de uns foi
Le projet de défense doit être de porter toute son attention au poste du Portage, où il j a actuellement cinq cents hommes, aux ordres de M. le chevalier de La Corne, trois cents à la rive droite, et deux cents à la rive gauche du lac Saint-Sacrement , augmenter ce poste, jusques à huit cents hommes; si son camp augmente, le secourir diligemment, avec un bataillon ; marcher avec la plus grande partie de ce qui sera en état du reste des troupes, pour aller à l'ennemi, et le combattre dans le bois, à la canadienne ; ne laisser au camp de Carillon qu'un lieutenant-colonel avec un détachement proportionné, aux loues que M. le chevalier île Lévis pourra avoir, el laisser avec lui les officiers el les soldats îles troupes de terre, de la marine et de la milice, les moins en étal de marcher. La position à prendre pour le détachement, est sui le plateau, la gauche au liai, la droite à la rivière, pour y veiller à la conservation du fort el dis bateaux ; et il donnera ses ordres à M. de Lusignan, officier d'artillerie, suivant le temps de la campagne, où l'ennemi l'attaquera, de l'aire ses dispositions pour la défense du fort ou le faire sauter,
C'est à M. le chevalier de Lévis a déterminer sa retraite, pour se retirer, par la rivière, ou. dans le cas où il n'auroit pas assez de bateaux, faire traverse] le lac
Champlain à une partie de ses troupes, qui se retireroit pHT (erre, par la rive droite du lac Champlain, dans le temps que l'autre partie se retiieroit, avec les bateaux, qui seraient venus la reprendre. M. le chevalier de Lé\ is sait mieux que moi, ] ar là découverte qu'il a faite avec M. de la Colombière, que toute retraite sur le fort Saint-Frédéric, par terre, à la rive gauche du lac Champlain, ne seroit pas praticable ; l'ennemi nous y gagnerait de vitesse, el seroil arrivé à la rivière à la Barbue, avant nous. Cette même découverte rassure contre la possibilité de mener l'artillerie par le chemin des Agniers. Ainsi le fort Saint-Frédéric et le fort Carillon, s'il étoit achevé, n'auroient rien à craindre pour cette partie, mais le bois est praticable pour les troupes. Je ne parle pas a M. le chevalier <le Lévis du poste des Deux-Rochers. Il a vu, par lui-même, que ce poste est à six lieues du camp, qu'il peut se tourner, qu'il y faudrait un détachement considérable, qui ne seroit d'aucune utilité.
M. le chevalier de Lévis sait qu'on a formé six compagnies des troupes de la marine, et six de milices, qui doivent être doublées, et incorporées, avec celles des troupes de la marine, dans un ordre de bataille, d'en ai fait remettre le contrôle, à chaque capitaine des dites
troll], es.
Je prie M. le chevalier de Lévis de distinguer, un peu, deux sergents de milice, qui m'ont paru très intelligents, qui sont, le sieur Hyard, qui a tout le détail
de ees milices, sous l'autorité des i illieiels-inajols des
troupes de la marine, et le sieur Eymé, qui commande le va-et-vient. Il y a aussi deux officiers de milice, détachés avec M. Duplessis, qui m'ont paru de bonne
24 LETTRES DU MARQUIS DE MON h Al. M
volonté, les sieurs Riverin et Brisebois. On peut Les employer au détail de ce corps, utilement, et en pins d'une occasion, ne fût-ce qu'à conduire et escorter des convois de bateaux.
M. le chevalier de Lévis donnera les ordres qu'il croira convenables, pour le besoiD du service, à M. de Lusignan, coinmandanl du fort Saint-Frédéric. Outre la garnison de quatre-vingts hommes qu'il y a, M. de Lusignan a retenu vingl et un miliciens des Trois- Rivières. -Te les lui ai laissés, lès avant crus nécessaires pour le service journalier du fort, et j'en ai remis le contrôle à M. le chet alier de Lévis.
Je laisse le major-général pour y continuer ses fonctions, attendu mon retour prochain, et jusques à ce que les circonstances permettenl de le rappeler, pour l'employer ailleurs.
Je joins à la présente instruction, l'état de la situation actuelle du fort, et de ee qui a été fail depuis le lundi 5, premier jour de travail, après mon arrivée, jusques à a tijourd'hui.
MONTCALM
Situation du fort Vaudreuil, composé dt quatre bataillons, sur la montagm '/<■ Carillon, du 15 jwiUet 17'a'i, savoir:
Le bastion de la Reine est élevé de onze pièces, dont trois et quatre, mises depuis l'arrivée de M. le marquis de Montcalm. Ce bastion est élevé de treize pieds. comptant le saulagt .
La courtine qui est entre le bastion de la Reine, et celui de Languedoc, est de cinq pièces, et neuf pieds de
haut, comptant le saulage. Le bastion de Languedoc a cinq pièces, et sept pieds de haut comptant le saulage.
La courtine qui se trouve entre le bastion de Languedoc et celui de Joaunès, est de cinq pièces, et huit pieds de haut, comptant le saulage. Le bastion de Joannès est de cinq pièces, et huit pieds de haut, comptant le saulage.
Huit et sept pièces à la courtine entre le bastion de la Reine et (celui) de Germain, et neuf pieds de haut, comptant le saulage, dont deux et trois pièces de mises, depuis l'arrivée de M. le marquis de Montcalm.
A Montréal, le 20 juillet 1756
J'ai rendu compte, mon cher chevalier, à M. le marquis de Vaudreuil, de votre partie ; je lui ai communiqué votre instruction. Vous avez actuellement en marche, quatre cents hommes pour vous joindre ; il vous en fera passer d'autres ; ainsi voilà de quoi augmenter le poste du Portage, et accélérer vos travaux. D'ici à peu, vous aurez cent vingt de nos soldats convalescents. Monsieur l'intendant vous enverra le mémoire, que je lui ai remis, de vos besoius, apostille, et vous verrez qu'il ne veut vous laisser manquer de rien. Je vais demain au soir coucher à Lachiue ; je pars après-demain. Je vous voudrais où je vais, pour mon utilité ; mais vous êtes
nécessaire <n'i vous ("-(es. Je pense que vous Ferez bien d'annoncer avec mystère el confidence, que vous allez opérer et marcher en avant, en ne laissant qu'une partie de votre monde : cela cadrera avec la fausse confidence que je fais au major-géneral. Mettez-y du mystère, e< laissez parvenir aux sauvages, parmi lesquels l'Anglois peul avoir des espions, que d'ici à peu vous marcherez à l'Anglois. S'il faut même faire quelques petits détachements, comme pour reconnottre une marche en avant, par la partie où l'on fut, l'année dernière, faites-le avec circonspection. Ce sont des idées soumises à vos réflexions, et sur lesquelles, M. le marquis de Vaudreuil à qui j'ai communiqué votre lettre, s'en remet à votre prudence, Quand vous ne feriez, sans agir, que persuader le projet, ce seroit un grand coup. Parlez-en aux officiers, comme rempli de difficulté, mais comme si M. le marquis de Vaudreuil en avoit grande envie, et cela en confidence, à deux ou trois des principaux. Pour les sauvages, (il est) facile à leur faire croire, surtout eu conférant avec deux ou trois chefs [roquois, soupçonnés d'avoir relation avec les Agniers, sur la possibilité, et les chemins à tenir.
Vous connaissez les sentiments aussi sincères qu'in- \ iolables avec lesquels, etc., etc., etc.,
MotJTCALM.
Faites copier par Reboul, sergent de la Reine, et secrétaire de lîoquemaure, les minutes d'ordres, instructions, consignes, Ce n'est pas que cela en vaille la peine; mais je suis bien aise de les avoir. Adressez le tout à Estè\ e, mon secrétaire.
Messieurs les capitaines île la colonie doivent monter la garde comme les autres, et couler à fond avec les lieutenants, lorsqu'il n'y a qu'un poste d'officiers.
Le cinquième four est très approuvé. L'intendant en voudrait même un sixième, et-le magasin ou hangar. couvert. Comme vous allez a voir une grande augmentation de monde, vous pouvez le faire, sans vous détourner de votre fortification.
Doreil demande des états du régiment de la Reine; parlez-en à M. d'Hert.
J'ai prévenu M. de Vaudreui] sur ce que MM. de Saint- Laurent, de Beaujeu et de La Corne, ont désiré que je lui dise. M. I [ci tel, ci-devant cadet, aura le traitement comme officier, du jour qu'il l'est.
Au fort de Frontenac, le 30 juillet 1750.
Me voici, mon «lier chevalier, à cent quarante lieues de vous, toujours au moment d'opérer, ou ne pas opérer. J'attends Béarn et les barques de Niagara. Si elles arrivoient demain, je partirais le 5 avec cent cinquante linteaux, jour me réunir le G à M. de Rigaud, à la grand'terre, vis-à-vis l'Ile-aux-Galops, y rester le 7, repartir le S, sur deux colonnes, l'une par terre et l'autre par mer, débarquer mes troupes le 10, tâcher d'établir douze pièces de 12, pour pouvoir foudroyer le fort Ontario le 13 au matin, les faire sommer un moment
avant. Si je prend9 le fort Ontario, peut-être ne j >i*-ndrai-je pas le vieux Ghouaguen. Si leurs barques sont dans le port, j'essaierai de les brûler, ou de faire tuer un des deux officiers partisans, que le Roi nourrit et
paye inutilement depuis un an. Si je ne fais rien de ce que je vous écris, n'en soyez pas surpris. Au reste, il faut être fort téméraire, ou hou citoyen, pour tenter cette besogne avec moins d'artillerie, moins de troupes, que les assiégés, et un embarras horrible pour les vivres. Ce que je vous écris est pour vous seul. Mrs compliments à Fontbrune.
Ne doutez pas, etc., etc., etc.,
MONTCALM
Je me Batte que vous approuverez, mon cher chevalier, que je vous écrive sans cérémonie, et que vous voudrez bien imiter cet exemple.
Au camp de Frontenac, le 2 «tout 1756.
Béarn est arrivé, mon artillerie est chargée sur cent trois bateaux : j'en ai cent vingt-cinq prêts à porter mes vivres et mes troupes, quinze qui doivent me suivre, trois jours après, ma subsistance assurée jusqu'au 17 inclus. I.e camp de M. de Rigaud doit être fourni, d'ici jusqu'au h, la Sarre jusqu'au 13; il est avec AI.de Rigaud. Je pense qu'avec trois fours, ils peuvent,
n'étant que mille hommes, s'égaliser jusqu'au 17. Il m'arrive un officier de M, de Rigaud, pour me dire qu'il meurt de faim ; les Canadiens ont mangé leurs vivres; un four de M. de Rigaud est tombé, et il a peur que les autres en fassent autant.
Pour prendre Chouaguen, il faut mener de l'artillerie, où la débarquera-t-on ? M. Mercier, qui est plus canadien que tous les Canadiens même, qui a fait battre et prendre M. de Dieskau, veut débarquer à une petite anse, à demi-lieue de Chouaguen. Officier de la part de M. de Rigaud, pour me dire, que ce sont des accores, où mon escadre ne pourra pas débarquer et périra, mais qu'il faut débarquer à trois lieues et demie plus haut, et faire un chemin. Quel parti prendre ? Le voici :
Je ne veux pas qu'il soit dit que j'ai marché à un siège, pour le lever, que j'ai exposé l'artillerie.
Je pars après-demain au soir, ou le 5 au matin, avec quatre pièces de canon de campagne, des munitions pour deux mille hommes, des vivres, et, moins roi que pirate, je vais reconnoître, avec mes deux yeux, ce qu'il y a à faire, travailler à un chemin. Je lais-e, ici, Béarn, cent bateaux, dont quatre-vingts pour l'artillerie, cinq cents Canadiens, pour les faire parvenir, si le cas y échéoit, et je tâcherai de tenir la campagne audacieusement, si je ne puis faire un siège. J'ai à Niagara, deux cents hommes. A la vérité, M. le marquis de Vaudreuil me croira, dans dix jours, maître de Chouaguen.
Ne doutez pas de mon amitié.
(Cette lettre n'est pas signée.)
M. DE LA ROCHEBEAUCOUR V M. DE FONrBRUNE, CAPITAINE AU RÉGIMENT DE LA MARINE, A CARILLON
A Frontenac, le 4 août 1756.
Vous iii'nwz accordé trop de bonté, Monsieur, pour que je ne vous donne pas de mes nouvelles; M. de Bougainville est depuis avant-hier à la baie de Niaburé, où M. de Eigaud commande six cents Canadiens i I le n'aiment de la Sarre. M. de Montcaltn part ce soir avec les Folles-Avoines, les Iroquois de la Présentation et les Voyageurs ; M. de Bourlamaque part demain à quatre heures, avec six cents Canadiens, Guyenne, les vivres, l'hôpital et vingt bateaux pour l'artill campagne. Cela fera une première division de cent bateaux. La seconde division de l'armée, si elle n'a pas contre-ordre, partira. 1" 7; elle sera composée de Béarn et quatre cents Canadiens, menant la grosse artillerie; autre escadre de ceul bateaux. L'escadre du lac Ontario, coramaudée. par le sieur de la Force, avec lieux cents hommes de troupes et d'équipage, et vingthuit pièces de canon, des vivres pour vingl jours, appareillera ce soir, s'il y a du nord-est, pour tenir croisière. I o dernier com oi, avec la prise angloi le que nous avons armée, partira le I I, aux ordres d'un lieutenant de Béai n. I In construit, à force, des fours à la baie de NTiaouré. Les ambassadeurs des Cinq-Nations, sont à Montréal ; M. de Montcalm leur a donné audience, Je ne suis m dans les secrets de la guerre, ni de la
politique ; mais je crois, avec bien d'autres, que la grosse artillerie ne passera pas la baie de Niaouré. M. de Montcalm n'en peut plus, de travail ; il n'a pas le temps de dormir ; ce sera trop, pour ne rien faire.
Mes respects, s'il vous plaît, à M. le chevalier de Lévis, je lui demande en grâce, la continuation de ses bontés ; à vous, Monsieur, de me garder toujours l'amitié que vous m'avez témoignée ; j'ose me flatter de la mériter par le vrai et sincère retour que j'en ai. Je ne puis vous exprimer toute ma reconnoissance, ni les sentiments avec lesquels, etc., etc., etc.,
La Eocheiseaucouk *.