‹ Collection des manuscrits (volume 4)Chapitre 7 sur 26 · XL VII · texte numérisé non relu

XL VII

[Autographe]

A Quel ce 9 janvier 1758.

D'Hert n'étant pas parti, le courrier vous app mon cher chevalier, mes deux paquets de lettres. I Iran 1 souper au palais ; j'y eus, comme de raison, la fève, el M""' Péan fut ma reine. Au reste, je me suis retiré à une heure, fou de voir autant jouer et berlander. J'ignore les destins des joueurs. Je compte ( vnXi r nos) y être pour une quinzaine de louis ; il y a des sociétés qu'on ne peut refuser. Le souper (pour vous seul) de quatre-vingts personnes, froid à la glace, servi à meilleure heure; la gaieté de la lin du repas, du ton de la taverne, et le gros jeu, l'occupation, le métier. Ecrivez à d'Hébécourt qu'il aille en avant maîtredes magasins, qu'il donne, gratifie.

Brûlez ma lettre, mon cher chevalier.

Vous voyez que si j'écris mal, j'écris beaucoup.

[Autographe]

Ce 11 janvier 1758.

M. de la Rochette part demain, mon clier chevalier, pour les revues de nos quatre bataillons. Je vous écris par lui pour ne laisser aucune occasion sans vous donner de mes nouvelles.

Toujours du jeu : Johanne perd gros du sien, et s'arrête; Belot et Saint-Vincent s'écrasent; Marin ne trouve plus de prêteurs ; Bougainville pourrait bien se rembourber de ce soir ; les Berry remontent et gagnent ; l'intendant court après son argent, et moi après le sommeil que je n'ai pas à mon ordinaire. Je mange trop, je digère mal, et je ne fais aucun exercice d'aucune espèce, je vous jure. Bourlamaque passe sa vie dans la rue du Parloir, au fond du cul-de-sac. J'en fais autant; mais c'est à l'entrée. M'"" Péan, inquiète de sa petite ; je pense que ce n'est rien ; au moins, hier, il n'y avoit qu'une fiévrote de rhume. Mon barbier m'assure qu'il s'est sauvé une dizaine d'Anglois des prisons. M. d'Espinassy m'assure' que nous aurons de bounes balles à feu, des grenades à enflammer et des tourteaux. C'est un garçon capable, qui sait et qui a de L'imagination; je le croirais le plus fort.

On ne peut vous êtes plus tendrement dévoué, mon cher chevalier.

(( letfce lettre n'est pas signée).

114 LKTÏKES DU MABQUIS DE MONTCALM

A Québec, ce 13 janvier 1758.

Celle-ci, mon cher chevalier, est en réponse à votre lettre du 8. Quoiqu'il vous en ait coûté quatre louis, que vous avez noblement donné à propos, suivant votre usage, j'aime bien la plaisanterie îles grenadiers de Béarn. Il est fâcheux que le minime Sans-Chagrin se soit évadé. Il faudroil que M. de Vaudreuil fit envoyer le signalement dans toutes les paroisses, ainsi qu'ici ; car c'est l'impunité des crimes qui les occasionne. M. de Monrepos a raison en maxime générale, mm his in Idem ; mais il y a un examen à faire. Avoit-il commencé la procédure ? Avoit-il déjà décrété le dit Sans- Chagrin ? S'il ne l'a pas fait, c'est à lui à faire la procédure sur un homme trouvé mort, à nous à faire contumacer le nommé Sans-Chagrin comme déserteur. Qu'en résultera-t-il l Que si Sans-Chagrin est arrêté et que l'on croie assez de preuves pour le condamner comme assassin, M. de Monrepos le revendiquera, et nous le lui remettrons sans aucune difficulté; s'il n'a pas assez de preuves, il n'aura qu'à rester dans le silence et nous le jugerons.

Dieu a peut-être permis l'évasion de cet homme pour lui préparer, par un autre crime, la punition d'un dont il étoil coupable, vis-à-vis duquel il n'y auroit pas eu assez de preuves. Si M. de Monrepos a commen information el trouvé à décréter son homme, c'esl le i is de la maxime non bi8in idem; et il faut le laisser

Al' CHEVALIER DE LÉVIS 11 J

agir, contuniacer. C'est là mon avis ; cependant, avant de vous terminer ma lettre, je passerai chez M. Bigot pour savoir le sien.

Je vous renvoie une lettré de M. le marquis de Vaudreuil qui vous prouvera que vous ne serez pas consulté du tout, ou je serais bien surpris. Vous pouvez me la renvoyer ou me la garder. Quant à moi, on me le communiquera par manière d'acquit ou point du tout.

Bisogna cli compatire, cara patria. Des généraux hessois que le Roi a envoyés pour défendre la colonie, et, vu leur qualité d'étrangers, on ne peut avoir confiance en eux.

M. de Muceaux écrit du Sault-Saint-Louis qu'on a arrêté à Carillon et mené à Montréal, les fers aux pieds, six voleurs d'effets du Roi, à Carillon. Vous savez que je ne crois jamais aucune nouvelle jusqu'à ce que vous me le mandiez.

M. de Vaudreuil s'est donc mis eu frais, et a donné daus le panneau d'une banque de pharaon, chez lui II n'a pas vu que Péan le faisoit pour justifier la conduite de l'intendant. Tout comme il leur plaira, mais je ne les approuverai pas davantage.

Je suis toujours bien aise d'avoir écrit à M. de Vaudreuil. Il aura vu qu'au moins je m'aperçois des manquements du sieur Mercier, qui croit faire sa cour en me manquant ; car le principe vient toujours du général ; et il aura vu ce que je pense à votre égard, quoiqu'il ne lui soit pas permis d'en douter.

L'intendant m'a dit, il y a trois jours, qu'il attendoit avec impatience le résultat de la recherche de MM. de

Contrecœur et de Monrepos. Je ne vois pas cependant qu'on se presse.

Dès les premiers jours de carême nous allons faire travailler aux réparations des quatre bataillons, |" mipouvoir faire mouvement s'il le falloit à la première navigation ; de même pour les quatre vôtres.

Dites à M. de Vaudreuil que n'ayant rien de particulier à lui écrire, je vous ai prié de lui accuser la réception de la lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire le 5, et l'assurer, ainsi que M"" de Vaudreuil, de mon respect.

Monsieur l'intendant, que je viens de voir, approuve ma décision et écrit en conséquence à M. de Monrepos.

Levassent part dimanche en droiture pour Saint-Jean. S'il est possible, on nous fera des bateaux anglois pour les découvertes. 11 faudra bien prendre garde que les officiers ne se les approprient, Il y aura une gabarre pour le mnnitionnaire et qui pourra servir à ramasser de la pierre.

Ce que M. de Muceaux a écrit a eu un fondement. L'intendant me l'a expliqué. Il y a cinq voleurs d'effets du Roi en prison à Montréal, arrêtés par ses ordres. Je crois que c'est à Saint-Jean. On lui écrit qu'il pourioit \ avoir des officiers impliqués ; Dieu veuille qu'il n'y en ait pas des nôtres. F. n tout cas. je les renvoyerois en France, à petit bruit, fut-ce le premier capitaine d'un de nos six bataillons.

Ne doutez pas, mon cher chevalier, de mou inviolable amitié.

Quelles dames chez M. le marquis de Vaudreuil ! Voyons si je devinerai, Quatre Descbambault, M""'

Baraute et M"" de Vaudreuil, six en tout, et trentequatre hommes.

Longueuil a eu une espèce de coup de sang manqué ; mais il va bien.

Il s'épouffe de temps en temps quelques Anglois.

De la façon dont l'intendant m'a parlé, nous aurons bal, et, je pense, pharaon ; il s'autorisera de Montréal.

(Cette lettre n'est pas signée).

[Autographe]

Ce 16 janvier 1758.

Je me suis fait saigner avant-hier, mon cher chevalier ; hier l'émétique, deux lavements et de l'huile d'amande douce. Cela s'appelle donc une carène entière.

Je viens de recevoir votre lettre du 13. Je répondrai par le courrier. L'intendant doute de la possibilité d'avoir un amas de fourrage et d'avoine. C'est leur affaire ; c'est à eux à nous donner les moyens et à nous à les bien employer.

Adieu, mon cher chevalier, ne doutez pas de mon amitié.

Montcalm.

P. S. — Tous écrasés, même l'Estang, de Selles ; le seul Cadillac gagne mille louis.

[Autographe]

Ce 18 janvier 17.JS.

Je dois quelques réponses île bonne année, mon cher chevalier, ne fut-ce qu'à M""! de Villiers, que j'honore fort, à Villars, (Jornier, Bellecombe ; niais je nie trouve trop fatigué pour leur répondre à ce courrier. Mes fortes évacuations m'ont fatigué ; j'en avois grand besoin. Je digère mal et je suis dans un pays à mal digérer; car tout impatiente quand on est citoyen. Si vous aviez interrogé Babaty sur l'état actuel du fort Duquesne, vous auriez dit : Pauvre Eoi !

Que ne laissoit-on Pouchot puisqu'il faisoit bien ?

Je pense comme vous que d'Hert auroit déplu et que tout ira bien.

J'ai reçu deux lettres de La Boche et Marcel ; mais je n'ai rien à leur écrire.

Je ferai une belle missive par la première occasion sur notre état mauvais et sur nos dettes.

(Cette lettre n'est pas signé'').

lu

A ( Jui'-Imi-, ci- '10 janvier 17'iS, au soir.

M. de Boishéberl n'étanl pus parti ce matin, je tous écris à toul événement cette lettre ce soir, qui partira par lui ou par quelque autre,

Le retour des Hurons qui ont mené Schuyler et Martin donne lieu à de grands raisonnements dans une ville où les plus petites nouvelles s'amplifient, où l'on passe de la plus grande confiance à la plus grande crainte, et où tout le monde est général d'armée. Pour moi, j'attends de vos nouvelles, de celles du marquis de Vaudreuil et du récit que Langv vous aura fait. Je ne vois jusqu'ici qu'un camp poussé dans l'arrière-saison, ou par crainte de leur part ou pour des travaux.

Si l'ennemi, par un coup de désespoir, veut entreprendre sur un des deux forts, il faudroit renforcer, pour peu qu'on le craignit, Saint-Frédéric de cinquante hommes, et Carillon de deux cents Canadiens, maniant la hache et bons tireurs, à deux fins, celle de la défense, et construire quelques baraques, enfermer les demilunes avec des palissades, élever les côtés bas et se ménager le moyen d'avoir de l'eau, même en cassant la glace, article qui peut déterminer la reddition d'une place et servir de prétexte ou d'excuse à ceux qui la rendraient.

Je voudrais des officiers canadiens en état d'aller en parti, et presque tout l'hiver des partis de trente ou quarante sauvages pour faire des prisonniers. L'article de l'eau est de tous celui qui m'inquiète le plus. L'ennemi ne viendra pas dans cette saison pour faire un siège régulier ; mais il peut essayer de venir tenter une surprise ou une escalade, et brûler la basse- ville et les magasins qui seroient toujours mieux en dernière ligne qu'en première. Au reste, il me semble que s'il avoit à agir par surprise ce devroit être à présent; que s'il ne veut l'entreprendre que pendant les glaces, ce ne

120 LETTRES DU MAKQTJ1S DE MONTCA.LM

peut être que pour mener sur les glaces de quoi bombarder, opération cependant difficile. Mais il me semble même qu'alors il aurait dû ne pas tenir ses troupes campées aussi tard, ne fût-ce que pour ne pas fatiguer des troupes destinées à opérer. Si l'on craignoit et que l'on envoyât un renfort, ne serait-ce pas là le cas d'y faire passer Désandrouins, à qui je conseillerais de rester à Montréal '

Ne négligez rien, mon cher chevalier, pour faire prendre à l'occasion un bon parti à M. le marquis de Vaudreuil, et pour rendre vigilant M. d'Hébécourt.

Si, d'après les lettres de M. le marquis de Vaudreuil et les vôtres, je crois devoir lui écrire, je vous enverrai copie de ma lettre pour que vous soyez instruit de ce que je marquerais. Si ma présence étoit nécessaire, ne fût-ce que pour conférer, je partirais de suite sur une de ses lettres un des vôtres. J'avoue cependant, entre nous, que j'en semis fâché et que je me plais plus ici ; mais le devoir l'emportera toujours sur la satisfaction. Quoique nous ayons des casemates à Carillon, un bombardement y donnerait une furieuse tablature par rapport aux bâtiments mils et aux magasins couverts de bardeaux, et par rapport à ce que les casemates étant remplis d'effets, la garnison ne pourrait pas s'y reposer successivement à couvert, et par rapport à ce que la citerne n'est pas remplie, ni même propre à recevoir de L'eau, étant empoisonnée, dit-on, par la Bltration de quelque drogue, ("est une histoire que je n'ai pas bien présente, mais que Malartic doit savoir.

Il est certain que les Atiglois doi\ent chercher à faire quelque entreprise ; d'j échouer ne les mettra pas en

plus mauvaise posture. Je pense à la vérité que ce sera plutôt au petit printemps, et s'ils ont conservé les troupes réglées venues cette année d'Europe, ils doivent, s'ils renoncent à l'entreprise de Louisbo.urg, embrasser trois objets à la fois : marche vers la Belle-Rivière, occupation du poste de Chouaguen, pour de là menacer Frontenac et la Présentation, et mouvement vers la frontière du lac Saint-Sacrement; mais quelque faute de leur part et quelque bonheur de la nôtre nous tireront d'affaire.

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