‹ Collection des manuscritsChapitre 19 sur 57 · LE MARQUIS DE MONTCALM AU MAJOR GÉNÉRAL AMHERST · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE MONTCALM AU MAJOR GÉNÉRAL AMHERST

Sans date, fin de juillet 1759.

Monsieur,

J'ai l'honneur de remercier Votre Excellence de la lettre qu'elle m'a fait celui de m'écrire en date du 17,

et de m'a voir fait passer des lettres du sieur de La Milletière, otiicier prisonnier. J'ai fait remettre au sieur Grant, major du régiment écossois de Montgomery, la lettre de Votre Excellence et les cent livres sterlings qu'elle a fait compter au sieur Bonueau, capitaine au régiment de Guyenne. J'attends toujours votre dernière décision pour l'échange des prisonniers en l'exécution du cartel.

A l'égard du sauvage de Cayu(ja, dont Votre Excellence me parle, qui a déclaré avoir assassiné le sieur Michel à l'instigation des François, le nom même de cette nation est inconnu ; nous n'en avons jamais eu dans nos armées ; il faut que ce soit du côté de la Louisiane, et je rends également justice aux François de cette colonie Et de quoi n'est pas capable un sauvage, condamné à des supplices, et qui croit pouvoir se les épargner par une fausse déclaration ? et ce .n'est pas sur de pareilles que je jugerois de la nation angloise ; aussi, suis-je persuadé que Votre Excellence pense de même.

La nécessité de secourir la capitale de cette colonie me prive de l'honneur de faire la campagne vis-à-vis d'un général de votre réputation. Quel qu'en eût été l'événement, j'en aurois été tiatté. Ce n'est pas que je ne sois rempli aussi d'estime pour la personne du général Wolfe, vis-à-vis duquel je me trouve.

Il y a aujourd'hui dix-huic jours qu'il paroît occupé (Vincendier Québec ; car indépendamment des bombes et boulets, il y jette beaucoup de pots à feu et carcasses.

Par des lettres au marquis de Vaudreuil, il paroît surpris que nous nous servions d'Indiens, comme si les

gouverneurs et généraux de Sa Majesté Britannique n'en avoient jamais employés.

Ses billets et déclarations, tour à tour, mêlés de douceur et de menaces, pour débaucher les troupes provinciales, dont Sa Majesté très chrétienne se sert, ainsi que le fait Sa Majesté Britannique, ne produiront aucun effet. Nos armées sont on ne sauroit plus près ; il faut espérer que nous pouri-ons nous mesurer et mériter réciproquement l'estime que nos nations, quoique en guerre, sont faites pour s'accorder.

Personne n'est plus pénétré que moi de ce sentiment pour la nation angloise et pour les généraux.

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