LE MARQUIS DE MONTCALM AU MAJOR GKANT
Sans date, fin de juillet 1759.
Monsieur,
Le général Amherst, par la lettre dont il m'a honoré le 17, me fait toujours espérer un prochain échange, et conséquemment à ce qu'il m'écrit, j'ai l'honneur de vous faire passer sa lettre, et d'y joindre une lettre de change de deux mille trois cents livres, en représentation des C3nt livres sterlings qu'il a encore avancées à M. Bonneau, capitaine au régiment de Guyenne.
Je vous serai obligé de me renvoyer la quittance ci-jointe, signée.
XYIII
M. JEFFREY AMHERST AU MARQUIS DE MONTCALM
Au cami) de Crown-Point, ce 15 août 1759. Monsieur,
N'ayant encore pu assembler les prisonniers de guerre que Votre Excellence a ci-devant réclamés, en vertu du dernier cartel, je ne saurois, jusqu'à présent, ajouter rien de plus à ce que j'ai déjà eu l'honneur de lui communiquer à ce sujet, sinon, que je renouvellerai mes ordres, pour qu'on les fasse approcher des frontières.
Ce que j'en ai dit à Votre Excellence, à l'égard du sauvage Cayuga n'étoit que pour la prévenir de ma façon de penser à leur sujet, et pour lui témoigner combien je suis résolu de restreindre leur férocité *, Pour ne pas retarder le sieur Lebœuf, officier de milice, chargé de la dépêche de Votre Excellence, que M. de Bourlamaque demande d'être renvoyé aussitôt, je me bornerai simplement à la remercier d'avoir fait tenir au major Grant ma lettre et les livres sterlings, que j'avoisfait compter à M. le capitaine Bouneau, et de l'assurer eu même temps, que la lettre de M. le chevalier de La Milletière pour son frère, sera rendue exactement.
P. S. — Je prends la liberté de recommander les lettres incluses, à Votre Excellence.
" Il en auroit été de même d'un de mes propres sauvages, s'il eût été convaincu d'avoir assassiné un François, sous le manteau d'amitié.
Monsieur,
Sans date, août 1759.
J'ai l'honneur de répondre à la lettre que Votre Excellence m'a fait celui de ni'écrire en date du 15. J'ai fait remettre, avec exactitude, les lettres qu'il m'avoit adressées, et je prends la liberté de vous envoyer la réponse de M. de Bougainville à M. Abercromby, votre aide de camp.
Quant à l'échange des prisonniers, je compte que Votre Excellence voudra bien faire renvoyer en même temps ceux faits à Niagara et lors de l'abandon de Carillon.
Je sais que, malgré les soins des officiers anglois, dont on ne sauroit trop se louer, et nonobstant la capitulation de Niagara, vos sauvages ont pillé quelques équipages. Je n'en parle pas à Votre Excellence à titre de plainte. Je suis bien persuadé que tous les officiers principaux et autres de votre armée font de leur mieux, ainsi que dans la nôtre ; mais est-il toujours possible de faire ce que l'on veut, avec de pareils alliés, sur la bonne foi desquels, il y a rarement à compter ? Votre Excellence en jugera en apprenant ma surpidse d'avoir trouvé deux émissaires en la personne du capitaine Kennedy et du lieutenant Hamilton.
Votre Excellence ne peut disconvenir que, suivant les lois de la guerre, les circonstances de la mission de ces deux officiers les mettoient dans le cas de n'être pas considérés comme tels par nous. Mais que Votre ExceUeuce se rassure sur la générosité inséparable de
nos nations. Ils seront gardés avec l'exactitude qu'exige de s'être chargés de pareille commission ; mais ils seront renvoyés lors de l'échange avec tous les autres prisonniers.
J'aurai l'honneur de faire observer à Votre Excellence qu'il est nécessaire que cet échange soit consommé avant le 15 octoljre. Il y auroit ensuite de l'inhumanité, et peut-être de l'impossibilité, ce qui dépend des saisons, à faire voyager des prisonniers ; aussi vous préviens-je que, si l'échange ne peut avoir lieu avant cette époque, alors je prendrai le parti de renvoyer les prisonniers anglois en paquebots, en Angleterre, et j'en adresserai un état également aux ministres de Leurs Majestés très chrétienne et britannique, pour qu'ils puissent consommer entre eux, à cet égard, ce qu'il y aura à faire.
J'ose espérer que Votre Excellence en agiroit de même et renverroit tous les autres en France.
M. JEFFREY AMHERST AU MARQUIS DE MONTCALM
Du camp de Crown-Point, ce 10 septembre 1759.
Monsieur,
Si l'échange des prisonniers n'a pas encore eu lieu. Votre Excellence, j'en suis persuadé, me rendra la justice de croire que je n'en ai pas moins l'exécution du traité à cœur. Je l'ai déjà prévenue des ordres que j'ai donnés pour faire rapprocher les vôtres des fron-
tières ; mais ils sont si éloignés et si dispersés que, jusqu'à présent, il ne m'a pas encore été possible d'y réussir. Dans ces circonstances, pour adoucir le sort de ceux faits à Niagara, et à Carillon, je les ai fait aussi transporter à la Nouvelle-York et ses environs, jusqu'à ce que l'échange pût avoir lieu ; et, pour qu'ils ne manquent de rien, j'y ai envoyé un commissaire, chargé d'ordres et d'argent, pour veiller à leur bon traitement, et leur fournir ce dont ils pourront avoir besoin. Indépendamment de quoi, je renouvellerai mes ordres à ce sujet, et, si Votre Excellence, dans ces entrefaites, juge à propos de me renvoyer les nôtres, elle peut compter sur un nombre pareil, et de même grade que les siens, aussitôt qu'ils seront arrivés ici ; et, s'ils ne le sont pas avant que les nôtres me parviennent, en ce cas-là, ces derniers ne serviront pas, jusqu'à ce qu'ils soient dûment échangés. Si Votre Excellence n'agrée pas cette proposition, et que l'échange ne puisse avoir absolument heu avant le 15 d'octobre je ne saurois qu'approuver le plan qu'elle se propose de renvoyer les nôtres en paquebot, en Angleterre ; et elle peut compter que j'en agirai de même et renverrai les vôtres en France.
Nonobstant le rapport qu'on a fait à Votre Excellence, que mes sauvages ont pillé quelques équipages après la capitulation de Niagara, j'ose l'assurer que ces rapports doivent être sans fondement. Les officiers de mon armée savent trop ce qu'ils doivent à l'humanité, l'honneur de la nation, et mes défenses expresses contre de pareilles irrégularités pour qu'ils les souffrent
avec connoissance, et quelque sauvage que ce puisse être, qui auroit été convaincu de pareils excès, en auroit été sur le champ puni de mort. Telles sont mes intentions, et je ne doute point qu'elles ne soient remplies à la rigueur.
A l'égard du capitaine Kennedy et du lieutenant Hamilton, je m'attends bien que Votre Excellence me les renverra, puisqu'elle ne peut les regarder que comme prisonniers de guerre.
J'ai fait remettre la lettre de M. de Bougaiuville à mon aide de camp, le capitaine Abercromby, et j'en envoie un nombre d'autres, de vos messieurs, à leurs familles et amis en Canada, qui me sont parvenues depuis peu de jours, à M. de Bourlamaque, afin qu'il puisse retenir celles qui sont pour les officiers sous lui, et vous faire passer le reste.
Il y en a tant, que je me proposois, avant l'arrivée de votre dépêche, de les envoyer exprès, pour la satisfaction des prisonniers qui y sont intéressés.
Je joins ici deux lettres pour Votre Excellence, une autre pour M, de Bougainville et un paquet pour M. le marquis de Vaudreuil.
M. ROBERT MONCKTON AU CHEVALIER DE LÉYIS
A Québec, ce 1er octobre 1759.
Monsieur,
J'ai reçu par M. de Bougain\Tlle k lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire en date du 28 septembre.
J'aurois été fort aise de traiter avec vous d'échange de prisonniers, si je n'apprenois par vous-même que déjà vous êtes en traité, pour ce même objet avec Son Excellence le major général Amherst, commandant en chef les forces de Sa Majesté Britannique en Amérique. Comme les prisonniers auglois, tant soldats qu'habitants de German Flats et de concessions intérieures de nos colonies, pris, par vos partis, depuis deux ou trois ans, doivent être en grand nombre, je ne puis prendre sur moi de délivrer aucun des prisonniers que j'ai, que sur le pied d'échange. Comme je sais que l'intention du général Amherst est d'insister sur le renvoi de tous nos habitants, afin de me conformer à cette intention, j'enveiTai à la Xouvelle-York les prisonniers qui sont entre mes mains.
Je serai toujours disposé à donner assistance à l'iiôpital-général. Mais comme la garnison qui doit demeurer ici sera très considérable, il n'est pas en mon pouvoir de me défaire d'aucunes des provisions qui lui sont destinées, quoique nous en ayons en suffisante quantité. Mais, comme il y a beaucoup de marchands à la suite
de nos troupes, eu état, j'ose le dire, de fournir à l'hôpital tout ce qui lui est nécessaire, si Votre Excellence , lui veut envoyer des espèces pour cet objet, je tiendrai la main à ce que les choses lui soient vendues au prix auqiiel nos gens les paient.
Sir,
M. ROBERT MONCKTON AU CHEVALIER DE LÉVIS
Québec, Ist October, 1759.
Colonel Bougaimilk' delivcied me your letter of the 29th September.
It will always give me a gxeat pleasure to render service to wounded officers and soldiers, and I could Avish that it was more in my poMer to assist the hospital.
I ^vrite by the colonel to His Excellency the marquis de Yaudreuil in answer to his letter of the 28th of Septeml)er. As therein His Excellency acquaints me that he is already in treaty of exchange with His Excellency gênerai Amherst, commander in chief of His Britannic Majesty's forces, in America, and that ail the prisoners are advanced for that purpose. I cannot take upon me to give u}» auy prisoners upon ransom, as tlune are so many inlialntants of the l)ack settlemcnts of our colonies now in your hands, and as 1 know that it is gênerai Amherst's intentions to insist on their being given up.
[Traduction]
M. ROBERT MONCKTON AU CHEVALIER DE LÉVIS
Québec, le 1er octobre 1759.
Monsieur,
Le colonel Boiigainville m'a remis votre lettre du 29 septembre. J'aurai toujours un grand plaisir de rendre service aux officiers et aux soldats blessés.
Je souhaiterois qu'il fût davantage en mon pouvoir d'assister l'hôpital. J'écris, par le colonel, à Son Excellence le marquis de Vaudreuil, en réponse à sa lettre du 28 septembre. Comme dans cette lettre, Son Excellence me fait connoître qu'il est déjà à traiter de l'échange avec Son Excellence, le général Amherst, commandant en chef des troupes de Sa Majesté Britannique en Amérique, et que tous les prisonniers sont avancés pour cette raison, je ne puis prendre sur moi de rendre aucun prisonnier, parce que plusieurs habitants de nos établissements des derrières sont entre vos mains, et que je sais que les intentions du général Amherst sont qu'on les rende.