‹ Collection des meilleurs dissertationsChapitre 17 sur 54 · I. 7« uv · texte numérisé non relu

I. 7« uv

<( loyal serment , » Philippe de Valois renvoya les mêmes chevaliers , pour lui dire qu'il ne convenait pas « qu'il vinst pardevers luy, se luy roy n'avoit son (( conseil, car en ceste besoingne, il n'a mie voulu (( aller avant de luy seul, ne de volentë, mais meu- (( remént par tout son grant conseil, et en présence ^< de pers^ barons, de clercs, de lays, et de plusieurs (( qui lesioient du propre lignage > amis et affins dudit (( comte ( i)* » Des précautions si sages et si prudentes sont-elles les effets d'une animosité outrée?

Robert d'Artois était fort éloigné d'entrer dans des vues ^.judicieuses et si pleines de bonté, et encore moins> dans aucune -disposition de soumission. Iré^ c'esi^àwlire outré de colère de ce que les pièces qu'il avait produites avaient été déclarées fausses, et que sa fourberie; était reconnue, il s'abandonna à tout ce que la lureur put lui suggérer ; il se répandit en injures et en reproches, protesta que s'il avait contribué à faire mettre la couronne sur la tête à Philippe de Valois, il travaillerait dorénavant de tout son pouvoir à la lui enlever. Il fit embarquer secrètement ses .équipages à Bordeaux, ex. les envoya en Angleterre; pour lui, il se retira \ Bruxelles auprès du duc de Brabant. Il engagea quelques-uns de ses complices à le suivre, en envoya d'autres dans divers pay^, fît périr ceux de la fermeté desquels il croyait ne devoir pas être sûr. La comtesse sa femme agissait avec aussi peu de ménagement en Normandie , où elle s'était

(i) Procès de Robert d'Artois.

retirée ; elle n*épai^nail pas davantage le roî sost frère en paroles, et tâchait d^ëloigner les plus coupables d*entre les faussaires. Mais presque tous forent pris à la fin, entre antres la servante oii 'meschine de la damoiselle de Divion : c'était elle qui avait scelle les lettres de confirmation àfe Philippë-le-Bel, suivant la mëthode que lui avait enseigiiée sa maîtresse. On se saisit aussi -deT Piferre Tesfen, clerc et notaire, qm avait donne k formule des lettres; dé Jean d'Evreux, qui avait écrit la fausse con&fmation ; etc., et de plusieurs autres, enti^ lesquels ëiâit &ère Jean Aubery, dominicain, confesseur de Robert d'Artois. Celui-ci ^ embarrassa plus que lés autres.

Par une équivoque assez plaisSsinte, Robert avait dit qu'il tenait d'un bofhme vêtu de noir, la lettre de confirmalioii de Philippe -lef- 6e). Cela ét^ait vrai eh partie; Robert l'avait montrée et donnée an dominicain, l'avait ensuite reprise* de sé^ mains, et avait exigé de lui, sous le sceau de la confession, qu'il di*rait que c'était lui confesseur qui la lui avait donnée* i^uand on voulut faire répondre le dominicain , il se crut obligé en conscience' de Êiirenne fausse déposition, le tout de peur de révéler ce qui lui avait été dit sous le sceau de la confession ; niais l'évéque de Paris, au tribunal duquel il avait été traduit, l'ayant menacé de la question^ il déclara que si les docteiurs et les jurisconsultes étaient d'avis qu'il ne fût pas obligé, sous peine de péché mortel, de garder ce secret , il avouerait tout ce qui lai avait été confié. Le cas (ut consulté ; et il fot décidé que le moine pou-

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vait et devait faire cette révélation. L*év4que reçut sa déposition, par laquelle Tartifice de Robert d'Artois fut découvert.

PluÀ les dépositions des prisonniers chargeaient Robert d'Artois, moins avait-il envie de se représen- « ter, conune le roi et son conseil Ten pressaient. Enfin y Philippe de Valois élant instruit des menées qu'il &isait à la cour de Bruxelles, de se^ liaisons.avec ses ennemis; y ayant d'ailleurs 4e fortes présomptions contre lui touchant les empoisonnemens des deux comtesses d'Artois, même d'attentats contre sa propre personne, il laissa à: la justice son cours ordinaire, et décerna le 8 août i33i, à la requête du procureur-général, un ajournement personnel contre ledit Robert, pour paraître devant lui et sa Cour gar-* nie de pairs, au jour de Saint-Michel suivant* Le roi était alors en Normandie , où les pratiques secrètes et dangereuses du comte et de la comtesse l'avaient obligé de se rendre. Robert ne comparut point , et il y eut défaut contre lui (i). Cependant le procès de la Divion étant en état d'être jugé, elle fut, pour ses crimes et faussetés, condamnée à être brûlée, ce qui fut exécuté le 6 octobre suivant. Elle renouvela ses confessions le jour même xle son exécutibu.

Il y eut un second et un troisième ajournement (2), chacun à près de deux mois l'un de l'autre, donnés

(i) Défaut contre Robert d'Artois, par arrêt donné au

Louvre, auprès Paris, le jour de la fête ie SaintrMichel i33i.

(2) Le second ajournement était au i4 décènilNrjÇ. Le troi-

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et signifiés à Robert d* Artois, qui y défera aussi peu qu^il avait fait au premier : il envoya seulement Henri de Bru:selles, doyen de Cambi'ai, et Jehaii Copelet, avocat, ses procureurs; mais comme leur commission ne portait que de se présenter le mardi i8 février, quoique Tajournement fôt au lundi 17, ils ne furent pas reçus à comparaître en droit. Cependant Philippe de Valois, pour montrer qu*i^ ne souhaitait rien tant que la justification de Robert, et pour lui donner des marques évidentes de sa clémence et de sa modération, reçut à son audience, et hors de jugement, ces procureurs de Robert , écouta les excuses qu'ils lui proposèrent de sa part, et y ré-^ pondit. Et quoique les trois ajournemens fussent suffisans pour purger la contumace, il assigna un nouvel ajournement pour le mercredi avant Pâques fleuries, et ce à la très-humble prière du roi de Bohême et du duc de Normandie, qui se prosternèrent à genoux devant le roi pour obtenir ce quatrième délai. Enfin, sur ce que Robert prétextait ne pouvoir pas se rendre à la cour, à cause du comte de Bar, son ennemi , le roi dit qu'il lui accorderait im sauf-conduit ; ce qu'il « nommeroit et envoyeroit de sa gent tels et si forts « qu^ils le conduiroient sauvement ; )) commanda et pria le comte de Bar, qui était présent à cette audience, de donner a audit Robert et aux siens et à (( tous le pays de Brabant, toute seureté, et qu'il ne — I ». . I ■ I ' lit .«I I .p . . I I .■ II.»

sième au lendemain de la quinzaine de la fête de la Chandeleur, c'est-à-dire au 17 février i33i.

(c leur fist dommage ne en corps, ne en biens au (( royaume de France,, ne dehors, depuis le jour des (( brandons jusqu'à l^octave de Pâques (l); ^ oe que le Qomte de Bar fit. . , .

Toutes ces assurances ne portèrent pas Robert d'Ar-^ tois à se rendre au jour 4^igné ; au .cojntraire, il prit dé plus fortes liaisons avec les bannis du rc^aume, qi^i étaient à Bruxelles, et il le$ ez^gagea ps^r serment à Taider envers ei comte, tous. Philippe de Valois se vit alors obligé de rendre. i,in arrêt solennel en sa Cour sulEsammen]b garnie de pairs, le mercredi avant Pâques fleuries i33i (19 m^rs^), par lequel Robert fut banni du royaume, et ses. biens confisqués*

Il s^est conservé des plans de la séance, de ce lit de justice ; il fiit des plu& augustes. Les rois de Bohême et de Navarre , tous les. princes dt^ sang qui étaient alors en France, iw fort gra^d nombre de prélats, et de barons, etc., y ass^stèrejcit : le roi voulut même que le duc de ]\ormandi.e, son i^ aîné, y prît. séance ,/ei pour cela il rémanpipa. (^), jet l\n doiina les pairies de Normandie, Anjou et Maine^pour y avoir ua rang convenable à sa. naissance. .

Cet arrêt augmenta ranlmosité de Robert ^contre Philippe de Valois j il n'y eut rien qu'il ne tentât contre lui ', il travailla à erwoust^r le roi , la reine sop

(i) Procès de Robert d^Arloîs.

(a) Par lettres données k Paris, an Louvre, le 17 férrier i33i, jour auquel Robert d'Artois avait été ajourné pour U troisième fois.

ëponse^ et le duc de Normandie, leur fils aîné, c^est?à-dire à les faire përir par le moyen d*ène figure de cire que Ton piquait au cœur; opération plus criminelle dans Fintention 9 qa^elle ne peut être réelle dans son effet. Il envoya en France des gens affidés pour assassiner le duc de Bourgogne, le chancelier Guillaume de Sainte-Maure, 1^ seigneur de Trie, maréchal de France, et le comte de Barj qu*il regardait comme ses ennemis déclarés ; mais ces horribles projets ayant été découverts, et ne trouvant plus d^asile assuré dans les terres ^du comte de Namur, oii il s*était retiré, obligé d'errer cotttinuelleiinent, et de chan* ger à tout moment de demeure , il se déguisa enfin en marchand, et passa en Angleterre, où Edouard III le reçut avec joie, lui aàsigba des terres et' des pensions, concerta avec lui lesinûyetii^ de s'emparer du royaume de France; et il ne .tint pas à Robert que cela ne fÙt exécuté.

Une conduite aiSissi criininfllè contre son souverain et contre sa pairie, contraignit le roi de le déclarer son ennemi (i); mais ce ne fut qu'après lui avoir laissé tout: le ^mps nécessaire de se reconnat*tre, et cinq ans après le premier arrêt de bannissement. • :

Les détailiS de toute cette importante affaire, la manière dont les faussaires procédèrent à la falurication des Ùlux titres, leurs dépositions, et les peines

(i) Par lettres données au bois de Vincenncs, le 7® jour de mars i336.

que plusieurs d^entre eut subirent ^ enfin les différens évènemens de la vie de Robert d* Artois, méritent d^étre traites dans un autre Mémoire. Il me suffit d'avoir prouve, dan$ celui-ci, que Philippe de Yalois ne mérite point les reproches que quelques historiens lui font, de n'avoir pas assez ménagé Robert d'Artois. Si celui-ci fut privé de la jouissance de ce comté, ce fut par les décisions de Philippe-le«Bel et de Philippe-le-Long. Philippe de Yalûis n'y a eu aucune part; il admit au contraire Robert à revenir contre ^ces décisions, et à faire valoir les titres qu'il prétendait avoir. Quand ces titres eurent été reconnus faux, le roi fit tous, ses efforts, employa les prières, les sollicitations, donna tous 1^ délais imaginables pour empêcher Robert de se perdre lui-même.

Enfin il: observa toute Téqûilé et toute la modération que' méritait une affaire qui intéressait un prince époux de sa sœiu', un prince à qui il avait donné toute sa confiance , k qui il avait laissé prendre un si grand crédit, que plusieurs des témoins qui' déposèrent dans son procès, convenaient qu'ils auraient mieux aimé désobéir au roi qu'à Robert 4' Artois; prince d'ailleurs qui avait de très-grandes qualités, et qu'on pourrait regarder comme le plus glorieux dé son siècle, s'il n'avait terni l'éclat de sa vie p^i* une fin si peu convenable à sa naissance et à ses devoirs.

OBSERVATIONS DU R GWFFET

SVK LE PROCÈS DE ROBERT d'uRTOIS (i).

M. Lângelot a &it de grandes recherches , qa*il a donnëes au public, dans un Mémoire intitulé /u^tification de la conduite de Philippe de Vidais dans le procès de Robert d Artois ^ qui se trouvé imprimé au huitième et au neuvième volume des Mémoires de l'Académie des inscriptions et beliesletires (2).

Cet habile critique reproche au Père Daniel : i* d'àvoir dit que Robert fut poussé trop rudement j et qu'il s'abandonna à son desespoir; 3** de Tavoir représenté comme un prince malheureux j poussé à toute outrance j qui ne sauait où se réfugier j qui

(1) £xtr. du t« S de VlUsL de France de Daniel, édit. de 1755, in-4®-

(a) C'est le Mémoire précédent, dans lequel Lancelot a établi les principaux faits et les remarques propres à. éclaircir Thistoire du procès dont il s'agit. Quant aux Dissertations postérieures du même académicien , sur la vie et la conduite de Robert d'Artois, elles ne sont, en grande par* tîe , que le déreloppement et la preuve des propositions contenues dans la première. Craignant qu'aux yeux du plus grand nombre des lecteurs, l'intérêt de ces savantes recherches ne paraisse pas proportionné à leur étendue, nous avons cru pouvoir nous dispenser de les réunir aux observations du Père Griffet , qui en rappelle assez exactement les plus curieuses circonstances. (Ëe&V. CL.)

fut regardé avec compassion comme un homme de mérite persécute j et que Von vit sans jalousie dédommagé par les bonnes grâces du roi d^ Angleterre. Ces reproches ne paraissent pas tout à fait justes, puisque Ton a pu voir datia Thist^e 4e Philippe de Valois, que le Père Daniel blâme très-fortement la conduite de Robert d'Artois, eft plus dVn endroit^ et quMl v^etx donne pas uûe idée plus avantageuse qUe celle qui résulte du Mémoite de M* Lancelot. On peut encore observer qpe s'il échappe au Père Daniel quelques expressions favorables à ce prince , elles se rapportent plutôt à ce quô les Anglais en publiaient, et à ce que les Français ennemis du gouvernement pouvaient en penser , qu à ce qu'il tu pensait lui-même.

M . . Lancelot ajoute que du Hailjan et; Mézerai avaient déjà parlé sur le compte de ce prince à peu près avec autant de ménagement que le Père Daniel , faute d'avoir assez réfléchi sur sia conduite et ^ur celle de Philippe de Valois. Il prouve ensuite,' par la simple exposition des faits, que Robert d'Artois s^était rendu digne des plus rudes châtimens, et que Philippe de Valois fit tout son possible pour les lui épargner. A peine Robert eut->il atteint l'âge de vingt et un ans (i), qu'il réclama contre le jugement rendu

pendant sa minorité, par le roi Philippe-le-Bel, en fa-

(i) C'était l'âge marqué en ce temps-là pour la majorité des nobles mâles. Les roturiers étaient majeurs à quatorze ans, el les filles nobles à quinze.

veur de la princesse Mathilde , sa tante , à qui le comté d^Ârtois avait été adjugé , conformément il la toutume du pays y où la rq>résentation n^a point lieu.

Cette réclamation n'avait sans doute rien de criminel en elle-même, d^autant plus que, par le pre* mier arirêt rendu en faveur de MatbUde , les droits des mineurs , o'est-à-dii^ caix de Robert et de se3 sœurs, avaient été spécialement réservés. Il lui était donc permis de lès faire valoir.

On revint donc à un nouvel examen; et par un second jugement, Taihrét doiinéen faveui* de Mathilde fut confirmé le 9 octobre de rân iBôgi ^^

Robert parut acquiescer à ce nouvel arrêt ;. il^e'-» eut les sommes et les fonds de terre qui lui furent adjugés, ainsi qu'à ses sœurs, comme héritières de Philippe d'Artois leur père. Ainsi il renoAça, du moins tacitement, à toutes ses prétentiods sûr le comté d'Artois , dont la ' paisible "possession demeura à sa tante Mathilde. ' " '

Cependant l'an r3i6 i aptes la mort de Louis-Hu* tin , il favorisa la révolte de la noblesse d'Artois contre Mathilde, et força le régent, les armes à la^ main^ de regarder le jugement de Philippe 4e-Bel comme nul, et de rappeler les droits de Robert à un/ nouvel examen; mais ils* étaient si peu fondés, que;^ par un troisième jugement rendu au mois dé mai dé* l'an i3i8, l'Artois fut adjugé de nouveau îî la com-^' tesse Mathilde (i), et Robert d^ Artois ne put s'em-^

(i) tr On remarquera peut-être comme une siugularilé ^

pécher encore d'acquiescer lui-même à cet arrêt. Les règnes de Philippe-le-Long et de Charles-le-Bel se passèrent sans que Robert songeât à renouveler ses prëtentions ; mais Philippe de Valois étant monté sur le trône , après quelques contradictions que Robert lui aida à surmonter, ce prince s'imagina qu'il n'y avait point d'injustice que Philipperde Valois ne dût

« dît le président Hénault, la circonstance où PArtois est « donné à Mahaat par . préférence k son neyeu, tandis qae^ «•l'on faisait valoir la loi sallque contre Jeanne, fille de <c Loois-Hutin, en faveur de Philippe-le-Long. N'était-ce « pas, en effet, une espèce de contradiction de voir la corner tesse d'Artois, en qualité de pair de France, soutenant la <r couronne sur la tête d'un prince qui venait de priver de « cette même couronne l'héritière de son frère, sous pré- <t texte qu'une fille n'était pas faite pour la porter? La loi « saliqae n'était-elle donc pas la même pour l'Artois que <v pour la France? Non; parce que les coutumes de chaque «r province fixaient la nature des £efs, et que la couronne <c n'était dans aucune coutume, parce qu'elle n'était pas un « fief : car, quoique Mézerai ait dit que le royaume se gou- « vernait comme un grand fief, on sent bien qu'il ne vou- « lait pas dire que la France fût un fief, puisqu'un fief super pose un suzerain et des vassaux , et que la couronne ne « relève que de Dieu, et n'a que des sujets. A la vérité le 9 roi avait des vassaux à cause de son domaine ; mais ils ff n'en étaient pas moins ses sujets , et son domaine n'ayâit « de supérieur que lui-même. Le royaume ne tombe point en « quenouille, dit Loisel, quoique les femmes soient capables de « tous autres fiefs. » (Voyez Hist. de Franu, t. i, in-8^)

(fifi^CL.)

faire pour payer ses services. Le roi , pour le d^doni' mager de la comté d'Artois, avait érigé en pairie la terre de Beaumont-le-Roger, que Robert possédait , ce qui était en ce temps-là une distinction particulière : mais elle ne put satisfaire cet esprit inquiet et ambitieux. Le Père Daniel a marqué dans son histoire les indignes moyens dont il se servit pour se faire adjuger l'Artois au préjudice de sa tante. On peut les voir plus en détail dans le premier des Mémoires de M. Lancelot j inséré au dixième tome des Mémoires de V Académie des belles -lettres: écritures contre- ^ faites, pièces falsifias, témoins subornés, sceaux!'' ajoutés après coup à des pièces supposées et altérées, enfin tout ce qu^il y eut jamais de plus atroce et de plus noir fut employé par ce prince , par la comtesse de Beaumont sa femme, et par ceux qu'ils mettaient en œuvre.

Les jugemens définitifs qui avaient été rendus sur cette affaire en iSog et en iSiS, ne permettaient pas, ce semble , d'y revenir pour l'examiner de nouveau. Cependant Robert d'Artois ayant demandé au roi un nouvel examen , sous prétexte qu'il avait à produire des titres incontestables, et des preuves par témoins très -décisives, qui lui avaient été inconnus jusqu'alors, le monarque voulut bien lui accorder sa demande, quoiqu'elle parût conirairè aux règles ordinaires de la justice : cette demande fut faite au mois de juin de l'an 1829; et la comtesse Mathilde se préparait à soutenir cette nouvelle attaque , à laquelle elle ne se îiia jamais attendue, lorsqu'elle mourut, le

!3i7 octobre suivant. La commune opinion fut qu*el]e avait été enherbécj ainsi qu'on parlait en ce temps-là , c'est-à-dire empoisonnée ; mais comme ce fait ne fut point approfondi , il ne resta à Robert d'Artois que l'odieux d'un si horrible soupçon,

« La reine Jeanne , fille aînée de Mathilde , et « veuve de Philippe-le-Long , demanda que la jouis- (( sance provisionnelle de l'Artois lui fût adjugée. Elle (( l'obtint; mais en même temps, on admit la requête (( de Robert d'Artois, tendante à être ouï dire et 0,a proposer ce qui lui semblera à faire contre cette \< princesse : elle .ne survécut qu'un mois à cette dé- « claration ; le miême genre de mort qui avait em- « porté la mère , fit disparaître la fille. )) Un officier de sa bouche, qui avait été au service de Mathilde, lui présenta de l'hypocras, dont elle mourut peu d'heures après avec des marques indubitables de pois(m^ disent les chroniques de Flandre.

Jeanne, fille aînée de Philippe-le-Long et de cette princesse, qui avait épousé le duc de Bourgogne, parut pour demander le comté d'Artois comme héritière de sa mère. Ce fut donc contre elle que Robert d'Artois fut obligé de produire les faux titres qull avait &it fabriquer. Mais la duchesse de Bourgogne s'inscrivit en faux contre ces titres, dont la supposition était visible. On arrêta le clerc, c'est-à-dire le secrétaire de la Divion , femme intrigante et habile faussaire; ce clerc avoua tout. La Divion elle-même ne put s'empêcher de reconnaître le mystère d'iniquité. Philippe de Valois fit appeler Robert d'Artois^ lui

montra ces pièces , ei Texhorta vivement à y tenoncer; il lui fit même parler par des princes du sang et des prêlais; mais Robert persista toujours, contre Tëvidence du £dt, à soutenir que les pièces étaient té-' ritables.

La comtesse de Beaumont, sœur du roi, et femme de Robert, ëtait entrée fi)rt avant dans cette malheureuse intrigue, etquelcpes-unes de ces pièces avaient été fid>riquëes en sa présence; il était prouvé au procès que cette princesse avait travaillé elle-même à la subornation de plusieurs lémoins, jusqu^àles menacer de la mort, s'ils ne déposaient conformément aux sentimens de son mari. Le roi lui envoya des gens de son conseil pour Tengager à se désister d'une procédure si monstrueqse ; mais elle fut inflexible.

Le roi fiit donc obligé de rendre un jugement sur cette affaire, par lequel les pièces produites par Robert d'Artois, furent déclarées fausses et supposées. L'arrêt est du ^3 mars, l'an i33o, et il fut prononcé en présence de Robert d* Artois. Le procureur - général lui demanda s'il prétendait encore se servir des pièces qu'il avait produites : il n'eut pas le frotit de soutenir à la face de ses juges des pièces de cette nature , et il déclara même, en présence de ses juges, la manière dont elles avaient été fabriquées, sans en omettre la moindre circonstance; et comme on a encore ce fameux procès en original, M.Lancelot, qui l'a lu avec soin, est entré là -dessus dans un fort grand détail, tiré du procès même.

La conduite de Robert éuit si noire et si crimi-

nelle, que la Cour des pairs, qui jugea le procès avec le roi, soUicila ce prince de faire arrêter Robert d'Artois, afin de le punir selon la rigueur des lois. Mais le roi, toujours porté à clëmence, et qui ne pouvait se résoudre à perdre un prince qu'il avait aimé, voulut absolument lui donner le temps de rentrer en lui-même.

Cependant, au lieu de profiter de Findulgence du roi, Robert ne parlait que de se venger; il se répandait en invectives contre le roi et son conseil , tandis que la comtesse sa femme, retirée en Normandie, y tenait pareillement des discours séditieux.

Robert, qui connaissait les périls auxquels il s'exposait par une telle conduite, commença par faire embarquer ses cbevaux et son trésor, qui , selon les his* toriens,. était très-considérable, pour les faire passer en Angleterre. Après avoir pris cette précaution , il sortit des terres qui étaient sous Tobéissance du roi , et se retira à Bruxelles, auprès du duc de Brabant.

Alors le roi le fit ajourner pour comparaître à sa Cour; mais on laissa exprès de longs intervalles entre les ajournemens , pour donner à ce prince le temps de se reconnaître.

Pendant ce temps-là, Robert, accompagné de quelques scélérats, dévoués à toutes ses volontés, songeait à employer le sortilège et l'assassinat pour se venger. Il avait un religieux auprès de lui (i), qu'il voulut engager à baptiser une de ces images de cire , par

(i) Les manuscrits de la Bibliothèque da roi donnent,

lesquelles on croyait pouvoii- faire mourir les per-» sonnes qu'elles représentaient; mais ce religieux re^

sar cette circonstance, Aes détails assez cnrieax..Le$ voici :

Robert s'était attaché spécialement TaToné de la ville de Hay, et Berthelot, son écuyer, qui lui avaient donné Henri Sachebren, de l'ordre de la Trinité, pour lai servir de cha^ pelain, au moins par intervalles. Ce fut sur c.ç religieux que Robert jeta les yeux pour l'employer à ses mauvais desseins ; mais il ne s'ouvrit à lui que successivement, et il pa* rait qu'il ne parvint pas à le corrompre.

Robert voulut d'abord l'envoyer en France pour ses affaires ; mais Sacbebren s'y refusa, sous le prétexte qu'il serait aisément reconnu par les autres religieux de son ordre.

Vers la Saint -Jean -Baptiste de l'année i333, Robert étant à Namur, voulut lui faire croire que la reine de France , par haine contre lui , avait fait fadre un sortilège , bri^s écrks, dont l'effet était tel, que si lui Robert d'Artois le mettait sur sa tête, sur son chiefy il dormirait tant qu'il l'aurait , et si fort , qu'on le prendroit tout dormant là où l'on çaudroîU U lui demanda si la chose était possible , et comment on pourrait opérer un pareil sortilège.

Sacbebren lui répondit qu'il n'en croyait rien, et que c'était un propos de gens trompeurs , de truffleurs. Alors Robert soutint que le fait était vrai, et qu'il voulait savoir comment on pourrait s'en préserver. Berthelot, qui était présent à la conversation , prétendit' qu'un nommé Henri Fouriau, de Namur, en savait faire; et comme Sacbebren le connaissait , on exigea de lui de le voir. Fouriau écrivit mi billet avec de l'encre noire et rouge, et l'apporta à Robert, avec le cornet où était le reste de l'encre dont il s'était servi.

Sacbebren dépeint l'état où était Robert de la manière suivante :

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